‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 2)Chapitre 32 sur 176 · S. Curtius^ Griechische GeschtehU^ 1. 1, p · texte numérisé non relu

S. Curtius^ Griechische GeschtehU^ 1. 1, p

légendes de Mégare plaçaient au commencement des âges un héros, Lelex, qu'elles faisaient venir d'Egypte; la Pedasos du Satnioeis était une de leurs fondations; en Garie, on montrait encore au temps de Strabon des tombeaux à moitié détruits et des villes ruinées auxquelles on donnait le nom de Lelegia. A côté des Léléges^ les Gares , mêlés de sang koushite, dominaient sur les côtes et les îles de la mer Egée; les Lyciens, resserrés au sud entre les Solymes et les Gares, s'étendaient dans l'intérieur jusqu'aux bords de l'Halys et de TEuphrate, où les monuments assyriens signalent leur présence*. Une partie de la Troade au sud de rida s'appelait Lycie; il y avait une Lycie en Attiqùé, des Lyciens en Grète*. Ges trois nations, les Gares, les Lyciens , les Léléges, sont tellement mêlées à l'origine, qu'il est impossible de fixer les limites précises de leur domaine, et qu'on se voit souvent obligé d'appliquer à toutes ce qui n'est affirmé que d'une seule.

Les Phéniciens n'avaient pas rencontré d'opposition en Gilicie et dans le pays des Solymes : aussi couvrirent-ils la côte de leurs colonies, Kibyra, Masoura, Rouskopous, Sylion, Mygdalô, Phaselis, Sidyma*. Il n'en fut plus de même dès qu'ils sortirent du domaine sémitique pour entrer dans les régions occupées par les races aryennes. Au lieu d'accueillir amicalement les marins qui leur apportaient les produits des civilisations orientales, les Lyciens s'opposèrent à leur établissement et ne permirent point la fondation de colonies. Du promontoire Sacré à la pointe de Cnide il n'y eut sur le continent qu'un seul comptoir phénicien d'importance, Astyra, en face de Rhodes *. Les Gares offrirent moins de résistance. Ils laissèrent les Sidoniens débarquer à Rhodes, refouler dans les montagnes les habitants indigènes et s'emparer des trois ports, Jalysos, Lindos et Gamyros^ Ils se mirent au service des

1. De Rougé, Mémoire 9ur les Attaques, p. 29-30; Finzi, Hieerehei p. 256. — 2. E. Curtius, JHe lonier vor der lonischer Wanderun^, p. 34*36. — 3. Movers, Die Phônigier, t. II, 2*" Theil, p. 346. — 4. Et. de Bysance, s. y» ''A<rcupa ; cf. Movers, Die Thôni^ier, t. II, %^" Theil, p. 247-257. — 6. Idem, tWd., p. 247-257.

étrangers, s'unirent à eux par des mariages et icçurent une telle proportion de sang phénicien qu^on donna pftrfoiB à leur pays le nom de Phoenikê, terre phénicienne. lie peuple qui sortit de ce mélange eut pendant longtemps tkne importance incommensurable pour le développemâfi^t de la civilisation dans les pays qui bordent la mer Ëgéë. Il se répandit au loin, à Mégare, en Attique, où plusieurs des grandes familles du pays tiraient de lui leur origiidë; puis il disparut entièrement sans avoir laissé une hist<ri1re durable, comme c'est le cas pour la plupart des peu|»lés bâtards. L'arrivée et le contact des Phéniciens Tavaient fait naître à la vie civilisée; uni aux Phéniciens et monié sur leurs vaisseaux, il courut le* monde à leurs côtés; quand la puissance des Phéniciens commença de décroîtire, les Gares reculèrent. Us disparurent de Thistoire générale le jour où la dernière colonie égéenne des Phéniciens succomba sous Tinflux de la civilisation grecque. î

Au delà de Rhodes, deux voies s'ouvraient au navigatte^^. Il pouvait tourner vau nord, remonter la côte d'Asie et ga^èr l'embouchure de l'Hellespont. Une partie des flottes ffké-' niciennes suivit cette route. Toujours écartées du- continent par les aryens, elles se dédommagèrent de leur impuissance en occupant celles des Sporades et deô Gyclades que leur position ou leurs richesses naturelles désignaient à l'attention des conquérants*. Aidées par les Gares*, elles colonisèrent et Délos, et Rhénée, et Paros. Oliaros totéfba aux mains des Sidoniens' et Mélos aux mains des <3riblites*. Mélos produisait en abondance le soufre, î'alan, le blanc de foulon; elle avait des mines aussi riches <{Ue celles de Thèra et de Siphnos. Il y eut des pêcheries de pourpre à Nisyra, à Gyaros ; des teintureries et des munuîactures d'étoffes à Gos, Amorgos, Mélos. Toutes ces îles devinrent autant de postes moins faciles à attaquer et plus

l.Movera, Die Phônixîer, t. II, 2«*' Theil, p. 262-263.— 2. Thucydide, I, 4-8, — 3. Héraclîde de Pont dans Et. de Bysance, d. v. ^ÙXiocpoç. — 4. Et. de Bysance, s. v. MiiXoç ; cf. Movert, Die Phônixier, t. ÏI^ 2«" Theil, p. 130-131.

faciles à défendre que n'étaient les comptoirs de terre ferme *. Les Sidoniens ne s'en tinrent pas là; ils remontèrent aux côtes de Tkrace et commencèrent d'exploiter les mines d'or du mont Pangée. Leurs colonies couvrirent Samothrace, Lemnos, Thasos, mais sans grand succès : il appartenait aux .Tyriens de reprendre et de développer l'œuvre que les Sidoniens avaient tentée en ces régions.

Des Gyclades les Phéniciens rayonnèrent sur tous les pays environnants. Toujours à la recherche d^ nouveaux débouchés pour leur commerce, ils s'engagèrent dans l'étroit canal de rUellespont et tombèrent dans un bassin spadeux et tranquille bordé au sud de grandes îles sur lesqueUes ils abordèrent. Après s'être assuré la possession du détroit par la fondation de Lampsaque et d'Abydos, ils se logèrent à Pronectos*, à l'entrée du golfe d'Ascanie, au débouché des mines d'argent que les Bithy- Biens exploitaient dans leurs montagnes'. Au fond de cette première mer intérieure, ils découvrirent un nouveau canal, plus semblable à l'embouchure d'un grand fleuve qu'à ua détroit; ils le franchirent avec peine, sans cesse en danger d'être jetés à la côte par la violence du courant et brisés contre les écueils qui semblaient se rapprocher pour les écraser*, et se trouvèrent devant une mer immense,. aux fiots orageux, dont les rives boisées s'étendaient à perte de vue vers l'orient et l'occident. Ils filèrent le long de la côte orientale où les attirait la renommée des mines du Caucase. A l'aide de leurs alliés les Gares, ils établirent, du Bosphore à la Golchide, une série de postes fortifiés, Héradée Pontique, Sesamos, Karambys, Sinope, qui plus tard, sous la domination grecque, devinrent des villes florissantes. Une nouvelle Tyr s'éleva à l'embouchure du Dnieper, et les Sidoniens s'aventurèrent même dans les grandes plaines de la Russie méridionale'^. Ils rapportèrent

I. Movers, Die Phônixier, t. 11, 2«*' Theil, p. 263-373. — 2. Et. de Bysance, s. v. IIpovtxToç. — 3. Movers, Die Phônixier, t. 11, 2»" Theil, p. 295-297. —4. Cf. chez les Grecs la légende des Symplégades, qui ccrasaient les galères à la sortie du Bosphore. — ô. Movers, Die P/)ônuier, t. U, 2'" TUeil, p. 297-308.

'f('~ff^-*'>' \-r \i ,' i^.^^y^^'!^

.de ces mers lointaines le thon et la sardine, la pourpré, Tambre, Tor et l'argent, le plomb, Tétain nécessaire à la fabrication du bronze, et qu'ils recevaient auparavant par voie de terre, à travers l'Arménie et la Syrie.

De Rhodes on aperçoit au loin, vers le sud, les cimes des montagnes Cretoises. Tandis qu'une partie des flottes phéniciennes courait à la découverte du Pont-Euxin, une autre partie cingla vers, la Crète et Toccupa. Cette île barre, vers le sud, l'entrée de la mer Egée, et forme à elle seule comme un petit continent qui se suffît à lui-même. Elle renferme des vallées fertiles et des montagnes couvertes de forêts. Les Phéniciens chassèrent de la plaine les indigènes, qui se réfugièrent dans les replis de l'Ida. Les pêcheries de pourpre d'Itanos furent ouvertes j Lappa et Kairatos* au nord, Phœnikê ou Arad, Gortyne, Lebênê au sud, furent occupées ou fondées^. î)e Crète on passa bientôt à Cythère. Cythère, située à l'entrée du golfe de Laconie, à trois lieues à peine du continent, servait de relâche aux navires qui se rendaient d'Orient en Italie ou en Sicile '. Le murex brandaris, dont on tirait la « pourpre des îles* », s'y trouvait en telle quantité, qu'à une certaine époque l'île prit le nom de Porphyroessa, « la pourprée *. » Les Phéniciens s'y établirent à demeure et y bâtirent un sanctuaire d'Astartè, le premier peut-être qui eût jamais été élevé en Grèce'. Ils se répandirent de là au long du Péloponèse, puis en Illyrie et en Italie'^. La Grèce continentale, entamée au sud par Cythère, à Test par les Gyclades, ne tarda pas à recevoir elle-même leur visite. L'isthme de Corinthe et les îlots qui le précèdent , Êgine, Salamine, l'Argolide, l'Attique, furent explorés tour à tour, Kadmos, le fondateur de Thèbes et l'inventeur des lettres, établit en Béotie une colonie puissante •.

1. Plus tard Knôsos, — 2. Movers, Die Phônixier, t. II, 2"' Theîl, p. 258-261. — 3. Thucydide, IV, 53. — 4. Éxékiel, xxvn, 7. — 5. Et. de Bysance, s. y. KOÔTipo. — 6. Hérodote, I, 105; Pausanias, I, 15, 5; m, 23, 1. — 7. Movers, Die Phônixier, t. II, 2»" Theil, p. 341-343. — — 8. Idem, tWd., p. 85-92; Fr, Lenormant, La légende de Cadmus et ks étabUssementi phénieiem en Grèce, dans Les premiêret civilisations,

tu.

Aucun de ces étaLlissements ne devait survivre à f invasion Joriennei mais leur présence au milieu des populations primitives de la Grèce eut sur le caractère et la religion de la race hellénique une influence dont on commence à rechercher les traces après l'avoir niée trop longtemps.

&M Mlfratloiifl de* peaples de l'AMe nineure ei VKzode.

Certaines nations de l'Asie Mineure, les Gares et les Lydiens surtout, avaient subi l'ascendant des nations sémitiques au point de perdre en partie leur physionomie aryenne ; d'autres, les Lyciens au sud, les Phrygiens et les My siens au nord, Résistèrent plus énergiquement et se maintinrent pures de tout mélange étranger, « Nous donnons aux peuples maritimes de TÂsie Mineure, à ceux du moins qui appartiennent à la race phrygo*-pélasgique, le nom de Grecs orientaux. Si différent qu'ait été le maintien de chacun d'eux vis-à-vis des Phéniciens, tous sans exception surent s'approprier la civilisation du peuple plus cultivé et lui prendre habilement ses arts. Habitués de longue date à la pèche, ils commencèrent à munir leurs barques de quilles qui les rendirent capables de trajets plus audacieux ; sur le modèle du navire de commerce, aux formes arrondies et au large ventre, ils construisirent le « cheval <c de mer, » comme ils l'appelaient ; ils apprirent à se servir de la voile en même temps que de la rame; le pilote, à son banc, tint le regard fixé, non plus sur les accidents €Qcces8ifs du rivage, mais sur les constellations. Les Phô- Biciens avaient découvert au pôle l'étoile sans éclat qu'ils reconnaissaient comme le guide le plus sûr de leurs courses nocturnes ; les Grecs choisirent une constellation plus brillante, la Grande Ourse, mais, s'ils ne déployèrent pas en cela la même sûreté d'observation astronomique que l^irs maîtres , ils devinrent pour tout le reste leurs disciples et leurs rivaux heureux. Par là ils réussirent à chasser entièrement les Phéniciens de leurs eaux; de là vient que, malgré tout, on trouve sur les rivages de la mer

dl<mie si peu dé traces de la domination phénicienne^.,»'

Les Sidoniens et les Gares ne s'étaient pas feit faul^-i d'exercer la piraterie dans les mers de rArchipel. Co»BVg les Normands du moyen âge, ils s'en pliaient au loin à kt recherche des aventures profitables; ils rôdaient le Iç&g des côtes, toujours à l'affût des belles occasions et des bons, coups de main. S'ils n'étaient point en force, ils débar- . quaient paisiblement, étalaient, leurs marchandises et se contentaient comme pis-aller du gain légitime que pouvçàt leur valoir^ l'échange de leurs denrées. S'ils se croyaient assurés du succès, l'instinct pillard reprenait le dessus :. ils brûlaient les moissons, saccageaient les bourgs et les temples isolés, enlevaient tout ce qui leur tombait entre les mains, principalement les femmes et les enfants, qu'ils allaient ensuite vendre comme esclaves sur les maiv chés de l'Orient, où le bétail humain était taxé à plus haut prix. Les Grecs « s'habituèrent à voir dans la piraterie ub métier comme un autre, celui de chasseur ou de pêcheur^ par exemple : quand des inconnus abordaient quçlqu^ part, on leur demandait ingénument (c'est Homère qvd l'affirme) s'ils étaient marchands ou pirates. » Les flottes, et les factoreries phéniciennes furent attaquées à leur t&ur^ les Gyclades reconquises. Les Sidoniens ne songèrent bientôt plus qu'à se maintenir sur quelques points importants, à Thasos au nord, à Mélos et à Théra dans les Gyclades, à Rhodes et à Gythère au sud. Les Étéocrétès, renforcés sans doute par des émigrants du continent, chassèrent les colons cananéens : la Oète délivrée forma un royaume de cent villes, dont la capitale fut Gnôsos. ce Le premier empire de la Grèce antique fut un État d'îles et de côtes; le premier roi, un roi de mer, » Minos. G'est à Minos qu'on attribuait la gloire d'avoir détruit la piraterie dans les îles de l'Archipel et d'avoir réprimé les courses des Phéniciens et des Gares. L'avènement de la domination Cretoise marque la fin de la domination sidonienne dans les mers de la Grèce : les quelques colonies qui se maintinrent çà et là

Page 1