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. La victoire de Barak avait délivré les peuples du Ndrd; ceux du Sud, qui n'avaient pris aucune part à la lutte, eu-' rent hientôt affaire aux petits princes du désert d'Arabie. « Quand Israël avait semé, Madian montait avec Amalek et les Orientaux, et ils montaient contre lui ; — et faisant un camp contre eux, ils ravageaient les fruits du pays jusqu'à Gaza, et ne laissaient rien de reste en Israël, ni vivres, ni' menu bétail, ni bœufs, ni ânes. — Car eux et leurs tTùtt^ peaux montaient, et ils venaient, avec leurs tentes, en aussi grand nombre que les sauterelles, tellement qu'eux et leurs chameaux étaient sans nombre, et ils venaient au ^ pays pour le ravager. » Un homme de la tribu de Manassé, Jéroubaal, qui est aussi Gédéon, sauva Israël. A la tête dequelques hommes résolus, il surprit les Madianitès pendant la nuit et les mit en pleine déroute : les fugitifs furent achevés, au passage du Jourdain, par les gens d*Êphraïm.Le succès fut si grand qu'on proposa au vainqueur de lui donner le titre de roi pour lui et pour ses enfants ; il répondit : «Moi, je ne dominerai point sur vous, ni mon fils ne dominera sur vous ; Jahveh dominera sur vofus. » Gédéon se faisait de son Dieu une idée assw étrange,- s'il est vrai que pour mieux l'honorer il ait fondu, av«c l'or du butin, une idole qu'il établit à Ophra, dans sa maison ; aussi l'auteur du livre des Juges a-t-il soin d'ajouter que cette idole « devint un piège pour Gédéon et pour sa maison ». L'un des soixante-dix fils du héros, Abimelek, fit égorger tous ses frères à Sichem, et se proclama roi; il périt au bout de trois ans dans une révolte. L'anarchie qu'il avait essayé de combattre recommença plus forte que : jamais^ et livra Israël sans défense aux entreprises dea Philistins.
Il y a longtemps déjà qu'on a reconnu l'origine étrangère des Philistins. « Une hypothèse très-vraisemblable, adoptiMpar les meilleurs exégètes et ethnographes, les fait vernir do Crète 2. Le nom seul de Plischti ('AUoçuXoi) indique
"î, Juges, in-nc. — 2. Hîtzig. Urgesehiehte und Mythologie d^r Phi^ Usiœer, p. 14 sqq. ; Gesenius^ Thetaurus, aux mots Caphlor, Crethi,
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une origine étrangère ou de longues migratioivs, et rappelle celui des Pélasges. Plusieurs fois ils sont appelés dans les écrivains hébreux Crethi^^ mot où Ton ne peut se refuser à reconnaître le nom de Cretois. Ailleurs *, ce mot paraît s'échanger contre celui de Cari (Garions?), pour désigner la garde du corps des rois de Juda : on sait que les Gariens étaient alliés aux Cretois, et jouaient * comme eux dans l'antiquité le rôle de mercenaires. Les traditions hébraïques sont du moins unanimes pour faire venir les Philistins de l'île de Gaphtor *, mot vague qui, comme les noms de Kittirriy de T/iarsis et d'Ophir^ n'offrait aux Hébreux d'autre idée que celle d'un pays maritime et lointain. Le mot Caphthor^ il est vrai, correspond assez bien à celui de Kvpros. Mais quand on voit les Hébreux désigner en général toutes les îles et les côtes de la Méditerranée par Kitlim (nom propre de la ville de Kittiwm^ dans l'île de Chypre) et Tharsis (la colonie phénicienne de Tartesse en Espagne), on admet facilement qu'ils aient pu appliquer le nom de l'île de Chypre à bien d'autres îles, et ^1 particulier à la Crète. Etienne de Byzance*^ nous présente la ville de Gaza comme une colonie Cretoise*. » Les monuments égyptiens confirment cette hypothèse et nous donnent la date de la migration philistine. Les Philistins Caiaaient partie des tribus qui envahirent l'Egypte au teipps de Ramsès IH. Battus par ce prince, ils préférèrent entrer à son service plutôt que de retourner dans leur patrie loin*-
etc.; Ewald, Geschichte des Volks Israël^ I, p. 325 sqq., 2« édit.; Bérthèau, Zur Geschichte der Israeliteriy p. 188 sqq.; Hovers, Die Phœni' xietf ï, p. 3-4, 10, 27-29| 33 sqq., 663 ; Tuch, CommêtUar ûher die GenesiSf p. 243; Lengerke, Kerukan^ I, p. 193 sqq.; Knobel, Die Vœ\r kertafel die GenesiSy p. 215 sqq; Munk, PciesHne, p. 82 sqq. — 1. 1 Sam., zzz, 14; Sophon., n, 5; Éxéch^, zzv, 16.^ 2. II Sam,, XX, )3; II, JRoif, XI, 4, 19. — 3. Ewald, Geschichte, I, 286 ; Winer, Bibl. /iciiko.,art. Kreihi und Pleihi ; Bertheau» Zur Getehichte, p. 307, 312 aqq. —4. Le chapitre x, 14, de la Genèse semble les faire venir d'Egypte ou da pays des Casluhim, mais il est probable qu*il y a en cet endroit une transposition et qu*il faut placer les mots.... et les Capht(h rit» après Casluhim, — 5. Aux mots rd(a et Mivùi». — 6. E. Renan, Histoire générale des langues sémUiques^ 4* édit., t. I, p. ôS-tô.
302 CHAPITRE Vil.
taine et obtinrent de lui la permission de s'établir sur la côte méridionale de la Syrie*.
Le territoire qui leur fut concédé à l'angle de la Syrie et du désert s'étendait du torrent d'Egypte aux environs de Joppé. On y trouvait jusqu'à cinq villes considérables, Gaza, Âscalon, Ashdod, Ekron et Gath, qui toutes commandaient les débouchés de la Palestine et les abords de l'isthme. Aussi les Pharaons avaient-ils cherché dès longtemps à s'assurer la possession du pays. Thotmès III^ Séti P% Ramsès II avaient entretenu des garnisons sémitiques à Gaza '. Ramsès III introduisit une tribu étrangère sur la fidélité de laquelle il pensait pouvoir compter. Les Philistins trouvèrent la campagne et les bourgs ouverts dont elle était semée occupés par les Avvim, qui n'offrirent aucune résistance. Ils prirent possession des cinq villes et s'unirent par des alliances répétées à la population primitive, dont ils adoptèrent la langue et la religion : Marna de Gaza et les dieux-poissons d'Ascalon, Dagon et Derkéto^ devinrent leurs dieux. La race qui résulta de ce mélange se divisa naturellement en deux classes : une classe populaire, formée surtout des familles authochtones, et une aristocratie militaire, descendue des colons de Ramsès III. A leur entrée dans la Palestine, les Israélites, intéressés à ne pas attirer sur eux la colère des Égyptiens, n'eurent garde d'attaquer les Philistins, vassaux directs des Pharaons. Ils l'eussent fait, qu'ils n'auraient pas réussi : Gaza, Ashdod, Ascalon, Ekron et Gath, attribuées pour le principe à Juda, ne furent jamais soumises. Les Enakim, chassés des environs d'Hébron, et les Amorrhéens, dépossédés de leurs montagnes^ trouvèrent un asile assuré sous les murs d'Ekron, d'Ashdodetde Gath. L'arrivée de
1. M. Chabas conteste cette opinion; Études sur d'antiquité historique , l'« édition, p. 292-296 ; Beeherches sur Vhistoirs de la dix^euviime dynastie^ p. 99-101 1; cf. à ce sujet Masjiero dans la \Revue ctitiq^e, 1873, t. II, p. 84-85 et Fr. Lenormant, Histoire ancienne, 1. 1, p. 307-208. — 2. Voir au Papyrus Anastasi III, verso, pi. v-vi, la liste des chefs sémites en garnison à Gaza, sous Ménephtah I*% un demi-siècle à peu près avant l'arrivée des Philistins. Cf. Chabas^ Beeherches twr Pkistoire de la IIX* dynastie, p. 95-99.
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ces fugitifs accrat le nombre des Philistins et. ïie contribua pas peu , à raffermissement de leur puissanco. Les cinq^ « Tilles sœurs » devinrent bientôt les capitales de cinq principautés unies par un lien de fédération très-étroit. Gaza exerçait d'ordinaire une sorte d'hégémonie justifiée par l'importance militaire et commerciale de sa position : venaient ensuite par rang d'influence Ashdod, Ascalon, Gath et Ekron. Chacune d'elles était gouvernée par un chef militaire ou Seren; à Gath, dont la population était mêlée plus fortement qu'ailleurs d'éléments cananéens, le Seren était héréditaire et portait le titre de roi [melek] . Les cinq Sarnim se réunissaient en conseil pour délibérer des affaires et pour offrir les sacrifices au nom de la confédération : ils faisaient la guerre en commun, chacun à la tête du contigent de la cité dont il était chef. Leur principale force consistait en chars montés par la noblesse et en archers dont l'adresse était proverbiale en Israël *.
Quand les rois-prêtres durent renoncer même à la do* mination nominale que les Égyptiens exerçaient encore sur la Syrie, les Philistins avaient déjà fait l'essai de leur puissance sur les nations voisines. Leur première tentative contre Israël, repoussée par Samgar, paraît avoir été insignifiante : ils préféraient encore le métier de pirates à la guerre de terre. Leurs vaisseaux, partis d' Ascalon ou de Maïoumas, le port de Gaza, écumaient les mers et couraient sus aux Phéniciens. Leur audace s'accrut tellement, qu'une de leurs flottes, commandée par le chef d' Ascalon^ attaqua Sidon, battit l'escadre sidonienne et prit la ville*. Cet échec porta un coup mortel à la domination des Sidoniens. L'aristocratie se réfugia à Tyr, où elle pensait trouver un asile sûr contre les entreprises des pirates : Sidon perdit son rang de capitale et disparut de la scène pendant plusieurs siècles. Sa chute fut pour les Israélites des petites tribus du Nord un événement heureux : elle les délivra des Phéniciens et leur assura la paix pendant uu
1. Sur les Philistins consulter l'excellente monographie de Starke, Gaza und die Phiiistœische Kûste, léna, 1,862. — 2. Justin, 1. XVIil, ch, n. Cfr. Movers, Die Fhœninier. t. II, T" Thi;a, p. 315-317.
304 ŒAPITRE VU.
demi-siècle. « Tolah, fils de Pouah, fils de Dodo, homme d'Issashar , fut suscité pour délivrer Israël ; et il habitait àSamir dans la montagne d'Éphrajm. — Il jugea Israël pendant vingt-trois ans ; puis il mourut et fut enseveli à Samir. Après lui fut suscité Jaïr, Galaadite, qui jugea Israël vingt-deux ans; — et il eut trente fils, qui montaient sur trente ânons, et qui avaient trente villes, qu'on appelle les villes de Jaîr jusques à ce jour, lesquelles sont au pays de Gilead * .»
Au sud, les Philistins ne tardèrent pas à devenir me- .naçants. Tandis que les Ammonites et les Amorrhéens envahissaient la Pérée, ils attaquaient Dan, Siméon et Juda. Jephtah de Gilead, qui avait commencé par exercer le métier de brigand au pays deTob, battit successivement les Amorrhéens et les Ammonites. On dit que pour obtenir la victoire il promit à TÉternel de lui offrir en holocauste tout ce qui sortirait de sa maison au-devant de lui quand il reviendrait en paix du pays des enfants d'Ammon. « Comme il venait à Mitspah en sa maison, voici, sa fille qui était seule et unique, sans qu'il eût d'autre fils ou fille, sortit audevant de lui avec tambours et flûtes. — Et il arriva qu'aussitôt qu'il Teut aperçue, il déchira ses vêtements et dit : Ah ! ma fille, tu m'as entièrement abaissé, et tu es du nombre de ceux qui me troublent; car j'ai ouvert ma bouche à Jahveh, et je ne m'en pourrai point rétracter. — Et elle répondit : Mon père, as-tu ouvert ta bouche à Jahveh, faismoi selon ce qui est sorti de ta bouche; puisque Jahveh t'a vengé de tes ennemis, les enfants d'Ammon. — Toutefois elle dit à son père : Que ceci me soit accordé : Laissemoi pour deux mois, afin que je m'en aille et que je descende par les montagnes, et que je pleure ma virginité, moi et mes compagnes. — Et il dit : Va. Et il la laissa aller pour deux mois. Elle s'en alla donc avec ses compagnes et pleura sa virginité dans les montagnes. — Et au bout de deux mois elle retourna vers son père, et il lui fit selon^lc vœu qu'il avait voué. Et ce fut une coutume en Israël, —
l,Juges,x, 1-4,
quB, d^année en nnnée, les filles d'Israël allaient pour lamenter la fille de Jephtah, de Giléad, quatre jours dans Tannée ^ » Les victoires de Jephtali remportées sur les Ammonites n'avaient affranchi que les tribus du centre et de laPérée : celles du Sud restaient toujours en butte aux aggressions des Philistins. La résistance du peuple des campagnes, personnifiée dans Samson le Danite, avait beau multiplier les miracles : Israël s'affaiblissait chaque jour, sans qu'il fût aisé de prévoir le moment où s'arrêterait son déclin.
Débuts de la royauté juiye; Samuel, Saûl et David. — Salomon; le sehisme des dix tribus. — Israël et Juda jusqu'à raYénementd'Omri; la vingt et unième dynastie égyptienne : — Sheshonq !•»; commencements du royaume de Damas.
nébotfl de la royaaté JiilTe ; flamiiel, MUI et iNiTld.
Après avoir soumis Juda et Siméon, les Philistins se portèrent contre les races du centre, Éphraïm, Benjamin et Manassé. Le peuple crut trouver un remède à ses maux dans la réunion du pouvoir civil et de la puissance sacerdotale : il choisit le grand prêtre Éli pour juge et chef d'armée. Tant que dura sa jeunesse, Éli ne faillit pas à Tegpoir d'Israël ; mais, devenu aveugle sur ses vieux jours, les violences et les débauches de ses fils éloignèrent de sa maison l'amour du peuple. Les Philistins envahirent la plaine de Jezréel, vinrent camper en Aphek, et tuèrent quatre mille hommes aux Israélites dans un premier combat. Alors les anciens d'Israël dirent: «Pourquoi Jahveh nous