Samuel^ vm
nom de Saûl, et Saûl, de son côté, ne tarda pas à se lasser de la tutelle dans laquelle Samuel entendait le maintenir. Pour avoir sous la main une force toujours prète^ il avait organisé une petite armée permanente de trois mille hommes, dont deux mille restaient avec lui et mille étaient sous les ordres de son fils Jonathan. Jonathan en profita pour enlever aux Philistins la forteresse de Gibea. qu'ils possédaient depuis longtemps déjà : aussitôt Saûl convoqua le peuple à Guilgal et pria Samuel d'offrir au Seigneur le sacrifice expiatoire. « Il attendit sept jours, mais Samuel ne vint pas à Guilgal et le peuple s'écarta de Saûl. — Et Saûl dit : Amenez-moi un holocauste et des sacrifices de prospérités. Et il offrit l'holocauste. » A peine avait-il fini, que Samuel arriva et, jaloux de ce qu'il çonsL dérait comme une usurpation, accahla le roi de reproches, « Jahveh aurait affermi ton règne pour Israël à toujours^ — Mais maintenant ton règne ne sera^ pas affermi. Jahveh s'est cherché un homme selon son cœur et lui a commandé d'être le conducteur de son peuple, parce que tu n'as point gardé le commandement de Jahveh. » Saûl, réduit à six cents hommes, n'en battit pas moins les Philistins près de Mikhmas, et les poursuivit jusqu'à Beth-Aven. Cette victoire affermit son autorité et rendit courage aux Israélites : les Moabites, les Ammonites, les Édomites^ les rois syriens de Tsobah furent vaincus tour à tour. Amalek fut frappé le dernier et les circonstances qui accompagnèrent sa défaite augmentèrent encore 1§. haine de Samuel pour le roi.
Samuel avait ordonné aux Israélites de détruire Amalek. «Fais mourir tant les hommes que les femmes, les adultes comme les enfants à la mamelle, le gros et le menu bétail, les chameaux et les ânes.» Saûl vainqueur épargna le roi Agag et réserva le meilleur du butin. Samuel, indigné de cette désobéissance, maudit Saûl encore une fois. « N'estil pas vrai qu'au temps où tu étais petit à tes propres yeux, tu as été fait chef des tribus d'Israël, et Jahveh t'a oint pour roi sur Israël? — Or Jahveh t'avait envoyé pour cette expédition et t'avait dit : Va et détruis ces pé-
L'EMPIRE JUIF. 31 i
cheurs, les Amalekites, et fais-leur la guerre jusqu'à ce ([u'ils soient consutnés. — Pourquoi n'as-tu pas obéi à la voix de JahTeh ? » Saûl essaya en vain de s'excuser; Samuel loi répondit : « Je ne retournerai pas avec toi, parce que tu «s rejeté la parole de Jahveli et que Jahveh t'a rejeté afin que tu ne sois plus roi sur Israël. » — Et comme Sa^ muel se tournait pour s'en aller, Saûl lui prit le pan de son manteau, qui se déchira. — Alors Samuel lui dit : ce Jahveh a aujourd'hui déchiré le royaume d'Israël de dessus toi et l'a donné à ton prochain qui est meilleur que toi.» — Et Saûl répondit : J'ai péc)|é, mais honore-moi maintenant, je te prie, en la présence des anciens de mon peuple et en la présence d'Israël et retourne-t'en avec moi et je me prosternerai devant Jahveh ton Dieu. » Sa-' muel y consentit, et donna Tordre qu'on lui amenât Agag. Quand celui-ci parut, Samuel s'écria : « Gomme ton épée a privé les femmes de leurs enfants, ainsi ta mère sera privée d'enfants entre les femmes. » Et il mit Agag en pièces devant Jahveh à Guilgal, et s'en retourna à Rama. Saûl ne le revit plus de ce jour
Aussi bien le vieux prophète ne songeait à rien moins que susciter roi contre roi dans Israël. Il se rendit à Belhléhem, sous prétexte d'y célébrer un sacrifice, et sacra mystérieusement comme héritier du trône David, le plus jeune des fils du riche Isaï (Jessé). Appelé à la cour pour distraire le roi de la mélancolie dans laquelle il était tombé, David devint bientôt le favori de Saûl et l'ami de cœur de Jonathan. Ses exploits et son courage dans une guerre contre les Philistins le désignèrent à l'attention du peuplé. « Gomme il revenait, des femmes sortirent de toutes les villes d'Israël en chantant et en dansant au-devant du roi Saûl, avec des tambours et des cymbales. — Ef ks femmes * qui jouaient des instruments se répétaient Tune à l'autre : « Saûl a frappé ses mille, et David scf dix mille. » La jalousie de Saûl s'éveilla : dans un accès de fureur, il essaya de percer David de sa lance. Revenu à lui-même, il éloigna le jeune homme, le fit capitaine et bientôt^ en récompense de ses services, lui donna la main
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312 CHAPITRE Vin.
de sa seconde fille MikhaL Sauvé à plusieurs reprisecT pair ' sa femme, par son beau-frère Jonathan et par le grand prêtre Akhimelek, David finit par quitter le pays et par se retirer chez Akhis, roi de Gath, et de là au pays de Moab^ Il mena désormais l'existence aventureuse d'un condojitiere, un jour allié aux Philistins, le lendemain leur ennemiy poursuivi avec acharnement par Saûl et ne viysmt que de la charité d'une femme ou de oe qu'il prenait dans les champs. La fortune semblait l'accabler de toutes les manières : Samuel mourut à Rama ; Saûl fit tuer son ami le grand prêtre ^Akhimelek et lui enleva sa femme Mikhal pour la marier à un autre homme. De guerre lasse, il se réfugia chez les Philistins : Âkhis le reçut avec bienveillance et lui donna pour résidence la ville de Tsiklag.
Il y était depuis un an et demi quand la guerre éclata. Saûl rassembla son arQiée au nord d'Ephraîm sur les monts de Gilboa; mais son cœur se troubla pour la première fois et son âme fut remplie de sombres pressentiments. La légende raconte que dans un moment de découragement il se rendit chez une magicienne d'Endor et la pria d'évo* quer l'ombre de Samuel. Samuel apparut, la figure enveloppée de son manteau et renouvela les malédictions qu'il avait lancées contre Saûl. « Jahveh a déchiré le royaume entre tes mains et l'a donné à ton serviteur David , parce que tu n'as pas obéi à la voix de Jahveh et que tu n'as pas exécuté l'ardeur de sa colère contre Amalek; à cause de cela, Jahveh t'a fait ceci aujourd'hui. Et même Jahveh livrera Israël avec toi entre les mains des Philistins, et vous serez demain avec moi, toi et tes ûhf Jahveh livra aussi le camp d'Israël entre les mains des Philistins*. » Le lendemain, en effet, les Israélites furent battus à Gilboa : Jonathan et deux de ses frères périrent dans le combat : Saûl, désespéré, se perça de son épée. Les ennemis lui coupèrent la tète, et pendirent le cadavre de Saûl à la muraille de Bethshean, où les habitant» de