‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 2)Chapitre 68 sur 176 · LES SARGONIDES ET LE MOI^DB ORIENTAL- JUSQU'A L'AVÈNEMENT DE KYROS · texte numérisé non relu

LES SARGONIDES ET LE MOI^DB ORIENTAL- JUSQU'A L'AVÈNEMENT DE KYROS

LES BARGOIODEB'.

Saryoukin (721*704); guerres contre I*Égypte^ l'Élan! et l*Ârméii!e; conquête de la Ghaldée. — Sln-akhè-lrib (704-68]) ;.Tahraqa et Jlizklah; guerres contre TÉlam; Assour^^kh^idin (681-667); campagnes d'Arabie. — Les Assyriens en Egypte; Tahraqa (692-666) ; conquête de l'Egypte par Assour-akhè-idin (672) ; Assour-ban-habal (667-6..)» conquête de FÉlam

saryoukin («tfl-V04)| guerres eontre l'^sypie, l'Atom ei rjLrméBlei eenqaéto 4e I» ChaMée.

La croissance de l'Assyrie s'était faite jusqu'alors aux dépens de tribus à moitié barbares ou de petits royaumes impuissants à résister longtemps contre des forces supérieures. La destruction systématique de ces tribus Qt la chute progressive de ces royaumes la laissèrent partout en présence d'Ëtats aussi solidement organisés qu'elle-mên^e pouvait l'être et capables non-seulement de lui tenir tête, mais de la battre. Au sud>ouest elle confinait à TËgypte ; au nord, elle rencontra le royaume d'Ourarti ; au sud-est, la conquête des principautés chaldéennes la mit en contact direct avec le vieil empire d'Élam. L'Egypte, l'Ourarti, TËlam, arrêtèrent son élan et formèrent entre elle et le reste du monde une barrière qu'elle ne parvint ja-

1 . Le nom patronymique des descendants de Saryoukin a été dérivé de la forme Sargon, que le nom de Saryoukin prend dans Jésalah^nJ.

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mais à franchir. Saryoukin et ses successeurs ne cessèrent pas, un demi-siëcle duirant, de remporter des victoires sur les armées de ces trois royaumes, d'envahir leurs villes, d'y installer des gouverneurs, des princes vassaux et des garnisons. Il n'était pas aussi faieile d'occuper un pays comme l'Egypte cpie de mettre la main sur Hamath ou sur Samarie. Les succès des Assyriens aux bords du Nil, de TAras et de FOula! ne furent que succès éphémères, promptement effacés par des désastres : leurs Soldats furent chassés autant de fois qu'ils crurent avoir réussi à s'établir solidement. H est vrai qu'ils finirent par user leurs ennemis à force de victoires ; mais leurs victoires les usèrent eux-mêmes. En abattant l'Egypte et l'Élam, ils croyaient travailler pour eux : ils travaillaient pour les Perses.

« Dès les premières années de son règne, Saryeukin fut ^engagé avec ces trois ennemis de sa puissance. A Kalou, en 7Î1, il avait frappé le roi d'Élam, Klhoumbanigas ; l'année d'après il eut affaire à l'Egypte. La ruine d'Israël n'avait porté atteinte ni aux projets de Shabak, m aux espérances des Syriens. Tous les princes encore indépendants, depuis l'Euphrate jusqu'au Sina!, sans cesse menacés de la déposition, de l'exil ou de la mort, tournaient leurs yeux vers lé monarque éthiopien et n'attendaient plus qu'un signal de lui. Jahoubid*, roi d'Hamath, usurpateur comme Saryou- 'kin lui-même et le personnage le plus important du pays 'depuis que Retzîn était mort, les chefs d'Arpad et do Damas, les Phéniciens de Simyra, les quelques Juifs demeurés à Samarie, étaient prêts à prendre les armes. Les Tyriens défiaient tous les efforts tentés pour les réduire. Les chefs Philistins, les rois de Moab et d'Ammon, Juda lui-même, étaient ouvertement ou secrètement hostiles à l'Assyrie. Depuis 727, Jérusalem était gouvernée

1. n est nommé ailleurs Uou-bid par échange du nom divin lahouy llaJweh, avec le nom divin Ilou, On a quelque raison de croire que certaines inscriptions en un caractère hiéroglyphique spécial trouvées récemment à Hamath appartiennent au règne de ce prince^ on du moins au siècle dans lequel il vivait.

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par 'Hiisskiah, fils d^Âkhaz. Hizkiah iLvait montifé d^ sa jeunesse une piété ardente et s'était remis aux niain«r d«s prophètes. Le plus célèbre d'entre eux et cekii qiii «»t4e plus d'inQuence sur les destinées du peuple juif, Jesaftik^ fils d'Âmots, devint en quelque sorte le conseiller et -k ïninistre du roi. Grâce à son influence, les prophètes eni^nt autant d'autorité soub Hizkiah que les prêtres' en avaiëât eu pendailt la minorité de Jehoash ; mais, plus hardis (ttlé Jehoïàda, ils voulurent réformer lé culte national. Ilsa^ truisirent les hauts lieux et toutes les images divifi^^ même le grand serpent de bronze qui était dans le tem* pie et à qui on avait offcTt de réncens jusqu'à ce jour*. Ce premier succès sur les dieux étrangers leur ins]^a des ambitions plus hautes : Jesaïah essaya de faire ^a«ser dans la religion populaire les conceptions des ^pt^ phètes sur la divinité et sur les destinées du mô(â^ê. Il voulut qu'on regardât Jahveh, non plus commo le Dieu national d'Israël, mais comme le seul vrai Dieu « qm^ mesuré les eaux du creux de sa main et le ciel de la pauixifè, qui a enfermé ^oute la poussière de la terre dans un b^»seau et pesé a la balance montagnes et collines*. » ^ changement dans l'idée de Dieu entraînait un changem^t dans l'idée du culte. Sinon tous les prophètes, au moinfi Jesaïah ne pouvait s'empêcher d'éprouver un sentiment de dégoût pour les boucheries qu'on décorait du nom de sacrifices. « Qu'ai-je à faire, dit Jahveh, de la multitudn de vos sacrifices? Je suis rassasié d'holocaustes démontons et de la graisse des bêtes grasses ; je ne prends point de plaisir au sang des taureaux, ni des bducs, ni è^ agneaux.... Ne continuez plus de m'apporter des offrandes de néant ; l'encens me dégoûte ; mon âme hait vos nouvelles lunes, et vos sabbats et vos fêtes solennelles. • — Quand vous étendez vos mains, je cache mes yeux de vous, et quand vous multipliez les prières, je n'entends point, car vos mains sont pleines de sangf. » L'offrande agréable à Dieu, c'est la pureté, l'équité, la simplicité et

1. II Rois, xmi, 4. — 2. Jesaïah, xl, 12. — 3: Idem, i, 1M5. *

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k àroitaire d'esprit, la charité. « Lavez-yous, purifiez- Tons^ dtez de devaat mes yeux la malice de vos œuvres, çea9ez de maj faire. — Apprene? à faire le bien, recherci^ffi^ le droit, aidez les opprimés, rendez justice à l'orpheiJHet prenez en main la cause de la veuve *. »

La piété, la crainte de Dieu, la bonne volonté envers les hommes, doivent être la règle et la défense du peuple : si le peuple agit comme ses prophètes le lui commandent, Dieu- lui-même sera « son épée et son bouclier ». Si Tétfoiager opprime le peuple, c'est que le peuple a péché, et Dieu le punit : le devoir est de ne pas résister et de s^humilier sous la verge qui châtie. On conçoit quelle influence cette manière d'envisager les choses exerça sur k> politique extérieure de Juda. Tandis qu'un parti nombreux , inquiet des progrès constants de l'Assyrie, et osûgnant sans cesse pour Jérusalem le sort de Samarie, cjMrchait au dehors la force qui manquait au dedans, les prophètes exhortaient les Juifs à la soumission et les décoarageaient. L'Assyrie est à leurs yeux le fléau de Dieu dont il se sert pour écraser les méchants : lui tenir tôte est. se révolter contre Dieu même et se révolter sans espoir. « Passez jusques à Kalneh, et regardez, puis vous esL allez de là en Hamath la Grande, puis descendez à Gath des Philistins : n'étaient-elles pas meilleures que vous, et leur pays n*était-il pas plus étendu que votre pays^ ?» Ni Kalneh, ni Hamath, ni Gath n'ont pu tenir : ÎÉgypte elle-même « n'est qu'un roseau cassé ; qui s'appoiera sur lui, il lui entrera dans la mf 'n et la lui perjcora*. » Quand il s'agit de savoir si Juda devait ce joindre % Shahak ou rester neutre dans la querelle, le parti de la prudence l'emporta. Hizkiah ne prit point les armes lorsque Jahoubid se mit en campagne avec les prinees d'Arpad, de Simyra et de Damas, et l'événement montra qu'il avait eu raison d'agir de la sorte. Jahoubid fxiX battu à Earkar, pris et écorché vif*, avant que le roi

1 . Jesaxah^ i, 16-17. — 2. Amos, vi, 2. — 3. Jesaïah, xxxvi, 6. — 4. Oppert^ Grande inscription du palais dp, Khersabad, p. 84*93; J. Menant,

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d'Egypte eut le temps d'accourir à son aide. Shabak venait' à peitie de déboucher en Syrie et de rallier les troupes de son allié Hannon, roi de Gaza, lorscjue Sargon parut en Palestine. Le choc des deux armées eut lieii à Ropeh (Raphia), au sud deGraza, dans l'endroit même où, cinq siècles plus tard, Ptolémée Philopator rencontra Antiochos le Gi*and : les Égyptiens furent yaincus, Hannon pris, et' Shabak, égaré aans sa fuite, ne dut son salut qu'à un ber^: ger philistin qui le conduisit à travers le désert*. La dé*-' faite de Raphia mit à néant les rêves de conquête que Shabak avait pu concevoir et compromit son autorité. Les petits princes du Delta relevèrent la tête et finirent par refouler les Éthiopiens vers Thèbes. Tanis, Bubaste, Khnensou, redevinrent indépendantes : un des parents de Bôkenranw, nommé Stéphinatès par Manéthon, rétablit la principauté de Sais et prit le titre de Pharaon. Cette révolution était achevée en 714, et ce fut sans doute pour l'annoncer officiellemeiit au dehors que le nouveau roi de race indigène envoya cette année-là des présents à Saryoukin.Bhabak, réfugié dans la Haute-Egypte, y mourut bien^ tôt^ après, laissant à son fils Shabatok la possession de* Thèbes et des nomes voisins *.

ij'Êgypte vaincue, ce fut le tour de l'Ourarti. Le pays montagneux où le Tigre et l'Euphrate prennent leur source était habité alors par une seule race, différente des Arméniens modernes', mais affiliée aux Gréorgiens et à quelques autres nations du Caucase*. Il était morcelé en un grand nombre de petits États dont nous savons les noms, sans qu'il soit toujours facile de leur assigner sur la carte une position certaine : le Naïri, aux sources du Ti^e

Annales, p. 182 et 200-201 ; G. Smith, Assyrian Historyy dans la Zeit* schrifi, 1869, p. 97. — 1. Oppert, Grande inscription, p. 7 k-ll; Mémoire sur les rapports de l'Egypte et de V Assyrie, p. U-lô. Shabak est nommé dans le texte Shiltan (selon d'autres Tartan), mais non Pharaon d'Ê- ; gypte. Le titre de Fharaon, Pif ou, parait avoir été réservé par les Assyriens aux petits rois indigènes. — 2. Maspero, dans la Revue critique, 1870, t. II, p. 378-370. — 3. H. Rawlinson, On the Alarodians of Herodot, dans G. Rawlinson, Herodotus, t. IV, p. 203-206. — 4. Fr. Lenormant, Lettres Assyriologiques, V série, t. I, p. 124-129.

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et^ l'EuphraAe; le Manna (Van), au sud-est^ et lé MdU»safi«ir.(Ar8issa), au nord du lajc de Van; les principauté? du mont Mildis * et de Milid (la Mélitène) ; enfin TOurarii ouii^arti*, qui avait réussi à réunir dans une même confédénytioa toutes les tribus voisines. Touklat-habal-asar T' avait envahi le Nalri % ses successeurs en avaient SQUmis la majeure partie : au. neuvième siècle, presque toute la yallée du haut Tigre était vassale ou sujette des^ Assyriens. Assour-^nazir-habal commença la conquête du Mamia; Salmanasar III alla plus loin et s'attaqua à rOorarti. Il battit le roi Aramê en 841, son successeur Sadouri en 832, les troupes du roi de Manna en 830, celles d'Ourarti l'année suivante, le tout sans grand résultat : les ennemis toujours battus relevaient toujours la tête. Bin-nirari III dirigea deux expéditions contre le Manna en 813-814; Salmanasar IV fit quatre campagnes contre rOurarti (787-784), bientôt suivies de deux autres (782 et 780). Au contact de l'Assyrie le pays se civilisa : il prit les arts de ses rivaux et même leur écriture. Un de ses rois, Beliddouris I', fils de Loutîbri, fit venir de Ninive des scribes qui rédigèrent ses inscriptions officielles dans leur langue et lui prodiguèrent les épithètes ronflantes du protocole royal assyrien. L'idiome de Ninive fut quelques années durant la langue savante de TOurarti, puis, sous Isbouinis T', fils de Beliddouris, le système graphique fut appliqué avec quelques modifications à l'écriture des dialectes indigènes. Avec Touklat-habalasar H, l'Assyrie reprit l'avantage : Sarda, roi d'Ourarti, fut battu en 742, puis en 734, et si bien qu'il renonça à la guerre*.

Minouas I*', successeur de Sarda, n'avait pas fait parler de lui; Saryoukin trouva dans Oursa, fils aîné de Minouas, un des adversaires les plus redoutables de sa politique. Oursa voulait rétablir la suprématie de son peuple et usa de tous les moyens pour toucher à son but. Il essaya d'abord

1. Aiigourd'hui le district d'Erzeroum.— 2. Cf. VAraratâe la Bible et ksAlarodiens d'Hérodote, III, 94, VII, 79.— 3. Voir p. 279-282. — 4. Fr. Lcnormant, Lettres Atsyriologiques, 1" série, 1. 1, p. 121-122, 138-145.

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de détaclier de l'alliance assyrienne Iranzou, roi deManna, et, comme ce prince refusait, il excita une insurrectito ôoétre lui de concert avec Mitatti, roi de Zikartou (Sagèrtiè). Saryoukin accourut au secours de son vassal, enleva €%ssaut les deux villes de Souandakhoul et de DourdoukkSy'qài s^étaient données à Mitatti^ les livra aux flammés et traiStfporta les habitants en Syrie (71&). Des révoltes grftvôtsi, éclatées sur plusieurs points de l'empire à la fois, l'éffipêchèrent de poursuivre ; il dut employer deux année^'à vaincre le pays de Sinoukta (718) et à détrôner Pishîs de Earkémish (717). Lorsqu'il revint en Arménie, Iwtiizou de Manna était mort, son fils Aza avait été assassiné dans une émeute et remplacé par OuUousoun, qui avait remis à Oursa en gage de fidélité vingt-deux de ses placés fortes. Saryoukin, accouru en toute hâte, battit OùUouscrun etMitalti, ravagea le pays, depuis le lac d'Ouroumiyèh jUSK qu'au lac de Yan; Bagadatti, roi du mont Mildis; éisdx tombé entre ses mains, il le fit écorcher vif à rendrait même où Aza avait été assassiné. OuUousoun, craignantle môme sort, « s'enfuit comme un oiseau, » puis vint se jeter aux genoux du vainqueur. Saryoukin le reçut en grâce et hii rendit ses domaines. Oursa allait être atteint, quand te pçtys de Eharkhar se souleva et força son gouverneur à réconnaître pour souverain Dalta, roi d'Bllibi. Saryoukin châtia rudement les rebelles (716) ; rappelé vers le nord paar une révolte d'OuUousoun, il n'eut qu'à paraître pour faire tout rentrer dans le devoir et revint achever la conquête du pays d'EUibi (715). Libre du côté de la Médie, il pnt enfin porter un coup décisif. En 714, il envahit rOurarti et remporta sur son adversaire une grande victoire; Ottrsa s'enfuit presque seul dans les montagnes, où il erra près Ae cinq mois sans pouvoir trouver un asile assuré. Son royaume fut pillé ; plusieurs de ses villes données à Ouilousoun, son dernier allié, OurzanadeMoussassir, vaincn^.

1. Le eaohet d'Oursana est aujourd'hui au mosée de La Haye, fl a élé publié par Dorow, Die Àayrisehe KeUichirift, t. I, et par CaJMiâMé, Cylinders, pi. VIII, 4a

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AlarAouveliede ce désastre, il désespéra de fia cause et

v^l^ mort n'entraîna pas la soumissito du pays; son frère Argislis lui succéda et tint tète aux assyriens avec succès. La victoire sur TOurarti permit à Safyoukin de reporter ses foïC^ à Test) dans la Médie, qu'il parcourut tout entière et occupa en partie (713), au nord-ouest, en Cilicie, et dans le f ays de Kpumanou (Gomana) , auquel il donna un roi de sa . mt^ (712); son autorité sur l'Asie Mineure s'étendit jus* qu'à l'Halys et au Saros. En Syrie, il avait été forcé vers 715 de lever le blocus de Tyr en se contentant d'une soumission nominale; cet échec fut plus que i*éparépar l'hommage de Pharaon et d'.une reine des Arabes (714). Un mo- «M^|E, an put craindre qu'une, guerre sérieuse n'éclatât de iç c6té. Azouri, roi d'Asbdod> avait refusé de payer le tribut; il fut remplacé par son frère Akhmiti, mais les Philistins chassèrent leur nouveau roi et donnèrent la couroiuie à un certain Yavan qui n'appartenait pas à la faznille royale. Yavan, inquiet pour son pouvoir et pour sa ^e,. entra en pourparlers avec les pays voisins de Juda, d'Sdom et d'Egypte; ses ouvertures furent bien accueillies, mais Ifi décision et l'énergie de Saryoukin les empêchèrent d'a|M>utir. Avant même que les confédérés eussent eu le te^ps de rassembler leurs troupes, le générai (tartan) assyrien était en Palestine. Juda, Ëdom et les Philistins ne l^eat même pas mine de résister. Yavan s'enfuit en Libye, au pays de Miloukh^, dont le roi le livra enchaîné ,aax Assyriens (711)*.

Bien ne bougeait plus à l'ouest, au nord et à l'est; js moment était venu d'attaquer la Ghaldée. Depuis la défidte de Kalou, Mardouk-bal-idinna avait employé toutes

1. Pr. Lenormant, Lettres Atsyriologiquetf f série, t. I, p. 53-55, 148-151 ; G. Smith, Assyrian History, dans la Zeitschrift, 1869, p. 98-99. —2. On considère généralement Miloukh comme le nom de Méroé : mais Héfoé s'appelait Beroua et ne renfermait aucun hou kh finale. M. Fr. Uoemaant a eu raison de voir dans Milaukha ou MiUmhhi le Meleh ou Mereh égyptien, le pays de Marea et des lacs de Natron,— 3. G. Smith, Â89j/rian History, dans la Zeitschrift, 1869, p. 99-100, 106-108.

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36A ressources à olettre éon royaume en état de défense. H avait réparé les forteresses, augmenté le nombre ée ses soldats et* entretenu âveè soin ralliancé élamité. Ses précautions ne Tempèchèrent pas d'être surpris au moment où il s'y attendait le moins* Au lieu de marcher droit sur Babylone çt de se heurter de front aux forées de la Ghaldée et de TÉlam réunies , Saryoukin s'étudia à séparer Mardouk-bal*idinna de son allié Soutrouk^Nakhomuta, fils de Kboumbanigas \ Il partagea. son armée en deux corps.- Le premier, oppoeé aux Susiens, entra dans le canton de Rasi ' et força le roi d'Élam à se replier dans la montagne pour couvrir Suse et Madaktou. Le second, placé aux ordres du roi lui-même, descendit vers la mer en suivant le cours du Tigre, soumit en passant le paye dTatbonr, battit un des généraux de Mardouk-bal-idinna soùs les murs de Dour-Atkhar, prit cette ville, y établit une garnison et se rendit maître de tout le Gamboul. Le butprin^ cipal de la campagne se trouvait atteint f Mardoùk^balidinna, coupé de son allié, n'essaya même pas de défendre Babylo^ae. Il déroba une marche aux Assyriens, franchit le Tigre et tenta de forcer la ligne de postes qui l'eaveloppait à l'est. Repoussé , il n'eut plus d'autre ressource que de se rejeter vers le sud et d'aller s'établir au bord de la mer dans son ancienne principauté de Bet-Yakin, où il se fortifi^a de son mieux. Babylone, abandonnée à ellemême, ouvrit ses portes au vainqueur. Saryoukin s'y fit proclamer roi de Ghaldée et y passa l'hiver de 710 •.

n reprit la campagne au printemps de 709. « Mardouk- « bal-idinna avait mis à contribution les villes d'Our, de ce Larsam et de Kisik, la demeure du dieu Lagouda; il avait a réuni ses forces à Dour-Yakin et avait armé sa citadelle. » La bataille décisive se livra sous les murs de Dour-Yakin^

1. C'est l'orthographe des inscriptions suziennes: les textes de Saryoukin appellent ce prince Soutikrak-Nakhoundi. — 2. La Mésobatère des géographes classiques. — 3. Son nom^ légèrement altéré en 'Apxéetvo; pour [SJapxéavoc, figure à partir du commencement de 709 dans le ca* non royal de Ptolémée —4. Aujourd'hui Mohammerah, à l'emboucbare du Shatt-el-Arab, . .

LES SARGONlDËS. 40â

JkVL Tue de la mer. «détendis mes combattants en même « temps sur toute la lig&e de ses canaux , et ils mirètft fib l'ennemi en fuite. Les eaux des fleuves roulèrent les

T<c eadavres de ses soldats comme des troncs d'arbres

« J'anéantis les gardes du corps et les gens de Marsan, et « j'emplis de la terreur de la mort le reste des bataillons ena ,Qemis. Mardouk-bal-idinna abandonna dans son camp les <R insignes de la royauté, le palanquin d'or, le trône d'or, le « ficeptre d'or, le char d'argent, les ornements d'or, et il <c s'échappa par une fuite clandestine. 30 Doùï-Yakin 40Hiba bientôt après aux mains du vainqueur et fut détruite, a Mardouk-bat-idinna , reconnaissant sa propre te faiblesse, fut terrifié; la crainte immense de ma royauté « s'empara de lui; il quitta son sceptre et son trône oc en présence de mon envoyé, il baisa la terre. Il aban« oc donna ses châteaux, il s'enfuit, et l'on ne revit plus ses a traces. » A la place du vieux roi fugitif, Saryoukin établit son fils comme prince de Bet-Yakin (709) *.

Deux échecs marquèrent la fin de ce règne glorieux. Boudant que les armées assyriennes étaient occupées en CSialdée, l'Ourarti était sorti de ses ruines. Moitié force, moitié adresse, Argistis avait reconquis presque toutes les provinces que son frère avait perdues ; les Assyriens euxi&êmes avaient été l'objet de ses attaques et n'avaient pu garder la province de Manna. En 708 , menacé par le retour de Saryoukin, il détourna l'orage sur le pays de Koummoukh; le roi de ce pays perdit la couronne, mais Argistis ne fot pas inquiété et resta en possession de Manna, dont iLfitunede ses résidences favorites". Une guerre contre r£lam n'eut pas plus de succès. Soutrouk-Nakhounta, battu dans l'BUibi, en 707, prit sa revanche 'l'année suivante; nouHseulement il recouvra les districts qu'il avait perdus en 710, mais il enleva aux Assyriens plusieurs de leurs villes frontières* (706). Saryoukin ne survécut pas

1. Fr. Lenormant, Us Premières civilisations j t. II, p. 241. —

2. Fr. Lenonnaiit, lettres ÂssyriologiqueSy 1" série, t. I, p. 151-154. —

3. G. Smith, Assyrian Uistory, dans la Zeitschri/t, 1869, p. 109-110.

loBgtefAps à ce revers : en 704,. U fut aaaamaé dans^pfilais do Dour-SaryoukiB * qu'il venait de coaatruire, ^t remplacé par son fils^ Sin-akhé-irib, le SeniMwbérib M la Bible».

(^ta-akhè-lrlli (9«4-«8i)l T«hr««» et ni«ktoli| «iierre* eeii< ire riâlavii A«Mor-«kliè-ldiii (Ml-«#9)| cftnpagttM 4*iKré-

La nouvelle du meurtre. ee répandit rapidenient par tout Tempire et fournit aux mécontents l'occasion qu'ils atten<daieut de se révolter. Sin^-akhè^rib, accouru en toute hâte de Babylone où il comçiandait, n'arriva à Ninive que pour assister au prélude d'un soulèvement général. La Gb^dée, déjà troublée quelques mois avant la mort de Saryoukin, commença de s'agiter ouvertement. Un des frères du nouveau roi qu'il avait laissé à sa place pour gouyemer Babylone, mourut quelques semaines après son élévation, et va certain Hagisa, d'ailleurs parfaitement inconnu, lui succéda. Moins d'un mois après, Hagisa fut surpris et tué pai le vieux Mardouk-bal-idinna, qui venait de reparaître en scène. Les peuplades de l'Ârrapakbitis et de la Médie prirent les armes, tandis qu'à l'Occident la plupart des princes de la Phénicie et de la Palestine se déclaraient indépendants. Louliya (Èiulseos), roi de Sidon^ refusa le tribut, et son exemple fut suivi par le roi d'Ascalon. Les habitants d'Ekron, mécontents de Padi, le roi que Saryoukin leur avait imposé, se saisirent de sa personne et renvoyèrent à Hizkiah de Juda. Gelui-ci bésita.un moment entre les conseils pacifiques de.Jesaîah et ceux du parti de la guerre; les promesses de secours des rois d'Egypte finirent par le décider. Il accepta le don que les habitants d'EkrQii lui faisaient de leur ville; mais, au lieu de mettre Padi à mort, comme le voulaient ses anciens sujets, il se contenta de le retenir prisonnier. Recevoir l'hommage des re-

1. Aujourd'hui Khorsabad. C'est de là que viennent la piupactdea monuments assyriens du Louvre. •— 3. J. Menant, Annales, p. 209.

LES SAROONIDES. 405

belles était se mettre en état d'hostilité ouverte contre rAft3yriiE(.Plus]fmident8' qu'Hizkiah et queLouliya, les petits {rrinces d'Ârad, de Byblos, d'Ashdod, les rois de Moab et d'AioDlnon, «Lttendirent pour se décider quek foHuAe se fut prononcée en faveur de Tune des parties belligérantes.

Après deux ans d'attente, consacrés sans doute à préparer s/)s ressources, Sin-akhè-îrib se porta de sa personne ca Chaldée oii le danger était le plus pressant. L'^trmée de Mardouk-bal-idinna , composée en partie de Babyloniens, en partie de Syriens auxiliaires, fut entièrement vuiîicnè' près dé Eis, et son chef, échappé presque seul du champ de bataille, se réfugia auprès du roi d\Blam. Babylone fat prise, soixanten-dix-nenf Tilles fortes et plcti^. dé quatre cents villages tombèrent entre les main» du vainqueur. Sin-akhè-irib ne se retira qu'après avoir établi comme roi un Assyrien, « Bel-ipaou, l'astrologue qd avait été élevé dans son palais. » Au retour, il saccagea îé territoire occupé par les tribus araméennesdu moyen Èûphrate, mit leurs chefs en croix, amena leur bétail et reiitri'à Ninîve chargé de gloire et de butin. Une campagne rapide dans les montagnes du Eourdistanfit rentrer dans le devoir les peuplés rebelles de TArràpakhitis. Une partie de leur territoire fut colonisée militairement avec les prison* iiiers arainéens, élamites et chaldéens faits l'année précédente et réduite' en province assyrienne*.

La tranquillité assurée au nord, à l'est et au sud, par cette suite rapide de succès, il se hâta de porter ses armes en Syrie. Là encore la célérité de ses marches et <ie son attaque déjouist les projets de ses ennemis. Louliya, le premier atteint , n'osa même pas résister. Il s'enfuit dans une des colonies insulaires dépendantes de Sidtm, et son royaume fut livré à Ithobaal IL Sin-akhè-irib put, comme ses prédécesseurs, faire graver sa stèle de victoire sur les rochers du Nahr-el-Kelb, à côté des stèles de. Ramsès H. Les rois d'Arad, de Byblos, d'Ashdod, d'Am-

1. Oppert, Us Sargonidety p. 41-45; G. Rawliason, The five great liomrchies, t. U, p. 156-159; Fr. Lenormant, Hùtoire, t. II, p. Ô8; Menant, Annales, 314-218.

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mori, de Moai, s'emptessèreiit de fidte leur flcmmîssicfH; te roi d'Ascalon, qui persista dans la révolte, fut pris^^ transporté en Assyrie avec toute sa famille.

Los Tésii^tances sérieuses ne commencèrent qufisbais les murs d'Ekron : au premier bruit de ^arrivée des^Assfriens, les princes du Delta avaient rassemblé leurs armééâ et s'étaient portés au-devant de renvâhisseur. La rencontie eut lieu près d'Altakou*, et cette fois encore la fortunée de l'Assyrie l'emporta sur celle de l'Egypte. Les Égyptiens; défaits à grande perte, laissèrent entre les mains du vainqueur la majeure partie de leurs chars et les enfants d^ de leurs rois. Le fruit immédiat de la victoire fut la prise d'Altakou, que suivit celle de Tainnah, forteresse voisine : Ekron se rendit. « Je dégradai les officiers et les dignitaires qui s'étaient révoltés, et je lés tuai; je mis en croix leurs cadavres sur les enceintes de la ville; je vendis comme esclaves les hommes de la ville qui avaient commis d«3 violences et des vilenies. Quant aux personnes qui n'avaient pas perpétré de crimes ou de péchés, et qui ne méprisaient pas. leurs maîtres, je prononçai leur absolution'. »

Seul de tous les rebelles Hizkiah de Juda restait encore debout. On se demande pourquoi il n'avait pas joint son armée aux armées égyptiennes, afin d'écraser les Assyriens dans une affaire décisive. Sans doute, en s'abstenant de tout acte d'hostilité ouverte , il pensait désarmer la colère du monarque assyrien. Il fut trompé dans son attente. Après la prise d'Ekron, Sin-akhè-irib envahit Juda. « Voici, Jahveh s'en va rendre le pays vide et l'épuiser; et il en renversera le dessus, et dispersera ses habitants. Et tel sera le sacrificateur que le peuple; tel le maître que son serviteur; telle la dame que sa servante; tel le vendeur que l'acheteur ; tel celui qui prête que celui qui emprunte ; tel le créancier que le débiteur. Le pays sera entièrement vidé, et entièrement pillé : car Jahveh a prononcé cet arrêt....

1. Eltekeh, sur Tancien territoire delà tribu de Dan {Josué, zix, 44). — 2. Oppert , Mémoire sur les rapports de V Egypte et de V Assyrie, p. 22-29L

LES SARGONiDES. W)7

JLie vip; ôj^elleut 4 mené deuil, la vigne languit, tous cqux (|a|ra¥aieat le cœuj joyeux soupirent. La joie des tambouis a cessé ; le bxuit de ceux qui s'égayent.est fini; la joie de l^.iiarpea cessé. On n« boira plus de. vin avec des chansons; la ^^ryoifie si^ppaamère àceux qui la boivent. Là ville défigorie a été n»née ; toute maison est fermée, tellement que geijerpime n'y entrée » Les paroles du scribe assyrien com-^. f^^tfOit les paroles du poète : « Aidé par le feu, lé massa- €^ les combats et les tours de siège, je les emportai, je les découpai : j'en fis sortir 200 150 personnes, grandes et petiteài mâles et femelles, des chevaux, des ftnes, des mu-r leta, des chameiaux, des bœufs, des moutons sans nombre, et je les pris comme capture. » Le souvenir de ces désastres resta si amer au cœur des Juifs que plusieurs siècles.. après Démétrios faisait de la captivité de Sin-akbé-irib Tunç des captivités et la considérait comme aussi funeste à sa race que la captivité de Samarie par.Saryoukin et la captivité fiuale de Babylone*.

L'ennemi approchait et rien n'était prêt. Jérusalem ellcr mèioe.était àpeine en état de défense '. Depuis quelque temps seulement on avait observé que les brèches de la cité de I)a]i(^ étaient grandes, et Ton avait abattu des maisons afin de fortifier la muraille^. On boucha à la hâte toutes leS'fontainciS qid sont hors de la ville et le torrent qui se répandait sur le pays. On établit un réservoir entre ces deux remparts pour, les eaux du vieil étang ^ « Et le roi ordonna, des capitaines de guerre sur le peuple et les as- Sj^mbla auprès de lui dans la place de la.porte de, la ville et leur parla selon leur cœur en disant ; «Portifiez-vous, ne craigpez point et ne soyez point effrayés à. cause du roi des ÂS9yriens et de toute û multitude qui est avec, lui; mais Jahyeh, notrQ Dieu, est avec vous pour vous aider et pour conduire vos batailles'.» Sin-akhè-irib avançait toujours : après avoir mis à sac la meilleure partie du territoire de Juda, il venait d'emporter la forteresse de Lakhis et se

1. Jeioiahi xxir, 1-3, 7-12.— 2. Dem. ap. Cl. d*Alex., Strom., 1, p. 403. — 3. Jesatah, xxn, 9. — 4. Id., 10.— 5. /d., 1 1. — 6. Il Chron,, xxxn^ 6-6«

préparait à paraître derazit Jérusalem : Hi^âfitakjeésoiirf^AÉ::: traiter à twt prix. Il envoya dire %\^ i:pi dCiaf AmjtièÉm'à) a «J'ai fait une faute : retire-toi d^ moi, je pajf^rai Umtcfd3|aeLi tu m'imposeras. » Pour compléter les trois «èat», tahÔB»:': d'argent et les trente talents d'or qui fureot edgési, ielfé^i.. spr royal ne suffit pas : il fallut mettre en pièces les qpoBtaer. .. du itemplé de l'Éternel et les linteaux que le roilui«-BDAmiB[.n ^it fait cquvrir de IfimeStd'or peu de temps auparavaBW^i i Padi, remis eut liberté, fut rétabU dans £3£ron, et reçat ma . dédommagement de son temps de captivité quelques ^^îlles: • de Juds^. D'autres portions du territoire juif furent livréelf. à Mitinte, roi d'Ashdod, et à Ismi-Baal, roi de {jaza^poor les récompenser de leur fidélité au milieu des épiauves ^ que l'Assyrie venait de traverser. * ; ? ^i v.

Tandis qu'Hizkiah se soumettait sai» combat, ses allite d'Egypte remis de leur défaite d'Aitakou se préparaientiL lui venir en aide.. Siur-akhé^rib était encore à Lakhis, <m^^ cupé à recevoir le tribut, quand il apprit qu^une aitoée égyptienne était en voie de formation à Péluse, et que • le roi d'Étbix)pie, Tabraqa, amenait les tribus du Hatit^ \ Nil au secours de la Judée. A cette nouvelle, il orul'4BÀx£^ doute qu'Hizkiah n'avait traité avec lui que pCmr donner aux Africains le temps d'arriver : furieux de se voirjoéé^' il envoya à Jérusalem trois des principaux personn^gëi» de son armée, le général en chef (tartan), le ohef des eii'- ' nuques (rab-saris) et le Rabshaké, pour lui demander rri-^ son de sa conduite. ^ Ainsi a dit le grand roi, le roi- ^86 Assyriens : « Quelle est cette confiance sur laqii^e 'i^ t'appuies? Tu parles, mais ce ne sont que des paroles; le conseil et la force sont requis à la guerre. Mais en qtii ' t'es-tu confié, pour te rebeller contre moi? Voici mahile^ nant tu t'es confié en ïlgypte, en ce bâton de rosèaé' cassé sur lequel si quelqu'un s'appuie, il lui entrera ikt» la main et la percera; tel est Pharaon^ roi d'Egypte, à tous ceux qui se. confient à lui. Que si vous me dites: a Nous nous confions à Jahveh, notre Dieu I » n'est-ce pas

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