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L EGYPTE PRxMITIVE, 25
Près de la pointe du Delta, sur la rive gauche du Nil, et confinant au désert Libyque, les anciens plaçaient le nome Létopolitès avec Sekhemt (Latopolis) et Kerkasore*; sur la rive droite, et confinant au désert Arabique, le nome Héliopolitès. On du Nord, l'Héliopolis des Qrecs, en était la capitale. Située sur une hauteur artificielle, elle n'occupait qu'un espace assez restreint, et n'avait pas une population nombreuse; elle n'en était pas moins une des capitales religieuses de TËgypte et le siège d'une école de théologie célèbre dans le monde entier. D'après la tradition grecque, Solon, Pythagore, Platon, Eudoxe, y avaient passé plusieurs années de leur vie dans l'étude des sciences et de la philosophie égyptiennes. Deux villes voisines, Kher et H'â-ben- Len, avaient joué un grand rôle dans les guerres osiriennes, et étaient des sanctuaires renommés. Sur les bords du Nil s'élevaient Babylone et Trouwou. Trouwou était située presque en face de Memphis : ses carrières ouvertes par les rois des premières dynasties ont été exploitées à peu près sans interruption jusqu'à l'époque arabe. Les Grecs l'appelaient Troja, et prétendaient qu'elle avait été bâtie par des prisonniers troyens, comme sa voisine Babylone d'Egypte l'avait été par des prisonniers babyloniens *.
La nomenclature des provinces du Delta n'est pas encore établie avec assez de certitude pour que je me hasarde à la donner en détail. Il me suffira de citer : sur la branche Canopique du Nil, rive droite, Saî (Sais) dans le nome Saïtès; entre la branche Canopique et la branche Sébennytique, Khsôou (Xoïs) et Pa-outs (Bouto], cette dernière dans le nome Am inférieur ou Patonouts (Phthénéotès ') ; sur la branche Sébenny tique, rive gauche, Thebnouter (Sebennytos), rive droite, Hâ-ta-*b-ra (Athribis); entre la branche jébennytique et la branche Pélusiaque, Pabanebdad ou Dadou (Mondes) et Tanis. Au delà de la branche Pélusiaque, entre le Nil et le Désert, s'élevait la ville de Tsal, forteresse
1. BrugBcb, G. Insch,, 1. 1, p. 243-244* — 2. Diodore de Sicile, 1. 1, ch. 56; Stiabon, 1. XVII, ch. 1. Cf. sur Trouwou, Bruffsch, Zeitsch.. 1867, p. 89-95. — 3. Brugsch, Zeitschrift, 1871, p. U-13.
frontière de l'Êgyptè du côté de la Syrie, et dont remplacement est encore inconnu *. Aussi bien ces villes du Delta, malgré leur antiquité et leur richesse, n'eurent dans l'histoire d'Egypte qu'un rôle secondaire. Des vingt premières dynasties, elles n'en fournirent qu'une seule, la quatorzième, originaire de Xois, et encore est-elle insignifiante. Vers Je onzième siècle, elles n'arrivèrent à la vie politique et à la prépondérante que pour présidor à la décadence du pays, et l'accélérer par leurs rivalités perpétuelles. La fondation de Naucratis, et surtout d'Alexandrie, les ruina si complètement, qu'au premier siècle de notre ère la plupart d'entre elles étaient réduites à la condition de simples bourgades.
Telle était la répartition des nomes à la surface du pays. Leur origine remontait, comme je l'ai dit plus haut, jusqu'aux générations antéhistoriques ; c'est à peine si les générations postérieures purent compléter ou modifier en quelques-unes de ses parties le système administratif établi parleurs ancêtres. Aussi bien les Shesou-Hor avaient eu le mérite de fonder presque toutes les institutions de TÉgypte historique. On leur attribuait, ou plutôt on attribuait aux dieux qu'on disait avoir régné sur eux, l'établissement des premières lois civiles, la découverte des arts utiles à la vie ou au plaisir de l'homme, l'invention du papier et de l'écriture. La religion de l'Egypte était, en partie au moins, leur ouvrage : ils avaient créé la plupart des noms divins, et fixé presque tous les dogmes dont nous trouvons l'exposé sur les monuments d'époque postérieure.
De 1» rellston égTptteBiie.
Lorsqu'on parcourt les grands recueils où les savants de notre siècle ont reproduit en partie les restes des monuments égyptiens, ce qui frappe tout d'abord, c'est l'abon-
1. Brugsch {Zeitschrift, 1872, p. 16, et VExode et Ut Monumenit égyptiens, Alexandrie, 1874) propose de Tidentifier avec Tanis.
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dance pres({ue incroyaJ}Ie de tableaux mystiques et de scènes religieuses qui sont parvenues jusqu'à nous. Il n'y a presque pas de planches où Ton ne retrouve une des figures de la divinité recevant d'un air impassible les offrandes et les prières du prêtre ou du roi prosterné devant elle. On dirait, à voir tant de représentations sacrées, que ce pays était habité surtout par des dieux et renfermait d'hommes juste ce qu'il en fallait pour les besoins du culte. Les Égyptiens étaient un peuple dévot : soit tendance naturelle, soit effet de l'éducation, ils voyaient Dieu partout dans l'univers, ils vivaient en lui et pour lui. Leur esprit était plein de ses grandeurs, leur bouche pleine de ses louanges, leur littérature pleine d'œuvres inspirées par ses bienfaits. La plupart des manuscrits échappés à la ruine de leur civilisation ne traitent que de matières religieuses, et, dans ceux mêmes qui sont consacrés à des sujets profanes, les allusions et les noms mythologiques se présentent à chaque page, souvent à chaque ligne *«
Au commencement étaitleiVow, l'Océan primordial dans
les proiondeurs infinies duquel flottaient confondus les
germes des choses. De toute éternité. Dieu s'engendra et
s'enfanta lui-même au sein de cette masse liquide sans
forme encore et sans usage. Ce Dieu des Égyptiens était
nn être unique, parfait, doué d'une science et d'une intel-
I ligence certaines, incompréhensible à ce point qu'on ne
' peut dire en quoi il est incompréhensible. Il est le « un
Clique, celui qui existe par essence, le seul qui vive en
substance, le seul générateur dans le ciel et sur la terre
îui ne soit pas engendré ; le père des pères, la mère des
mères. » Toujours égal, toujours immuable dans son im-
niuable perfection, toujours présent au passé comme à
, Tavenir, il remplit l'univers sans qu'image au monde
\ fuisse donner même une faible idée de son immensité :
on le sent partout, on ne le saisit nulle part.
Unique en essence, il n'est pas unique en personne. Il
i. La religion'égyptienne dérive d'un paganisme antérieur, mais de» Tèpoque des Pyramides^ les principes paraissent en être établis tels que i> les expose ici.
est père par Cjsla seul qu'il est, et la puissance de sa nature est telle qu'il engendre éternellement sans jamais s'affaiblir ou s'épuiser. Il n'a pas besoin de sortir de luimême pour devenir fécond ; il trouve en son propre sein la matière de son enfantement perpétuel. Seul, par la plénitude de son être, il conçoit son fruit, et comme en lui la conception ne saurait être distinguée de l'enfantement, de toute éternité il produit en lui-même un autre lui-même. Il est à la fois le père, la mère et le fils de Dieu. Engendrées de Dieu, enfantées de Dieu, sans sortir de Dieu, ces trois personnes sont Dieu en Dieu, et, loin de diviser Funité de la nature divine, coi «nrent toutes trois à son infinie perfection.
Ce Dieu triple et un a tous les attributs de Dieu, l'immensité, Tétemité, l'indépendance, la volonté toute-puissante, la bonté sans limites. Il développe éternellement ces qualités souveraines, ou plutôt, pour me servir d'une expression chère aux écoles religieuses de l'ancienne Egypte , « il crée ses propres membres , qui sont les dieux ^ » et s'associent à son action bienfaisante. Chacun de ces dieux secondaires, considéré comme identique au Dieu un, peut former un type nouveau d'où émanent à leur tour et par le même procédé d'autres types inférieurs. De trinités en trinités, de personnifications en personnifications, on en arrive bientôt à ce nombre vraiment incroyable de divinités aux formes parfois grotesques et souvent monstrueuses, qui descendent par degrés presqiie insensibles de l'ordre le plus élevé aux derniers étages de la nature. Néanmoins, les noms variés, les formes innombrables que le vulgaire est tenté d'attribuer à autant d'êtres distincts et indépendants, n'étaient pour l'adorateur éclairé que des noms et des formes d'un même être. « Lie Dieu, quand il en vient à la génération et qu'il amène à la lumière la force latente des causes cachées, s'appelle Artvmon; quand il est l'esprit qui résume en soi toutes les intelligences Imhotep (IfxoCÔTfiç) ; quand il est celui qui