‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 2)Chapitre 92 sur 176 · DB 1, V, A · texte numérisé non relu

DB 1, V, A

DP *-^.

La plupart des syllabiques étaient polyphones, c'est- à- dire susceptibles de plusieurs sons. Pour éviter rincertilude qui aurait pu résulter de leur valeur multiple, ou avait soin de leur adjoindre un ou plusieurs compléoicrds phonétiques, c'est-à-dire une ou plusieurs des lettres qui for-

maient l'expression phonétique du mot. Ainsi , f i cpond aux articulations ab et meb; lorsqu'il devait avoir la valeur

AS on le faisait suivre du b, y J; lorsqu'il devait avoir la

valeur mer, on écrivait y ^^. yj peut se lire également ab, SEM ou soTEM, DEN OU TEN ; si je trouve dans un texte le

groupe yÂ^ = x + M, comme ni ad, ni den ne renfennent la lettre m, il faudra que je donne à vi la valeur de seM

ou soreM^ entendre. Si, au contraire, je trouve j4 ou ^, je devrais lire ad ou DeN. Lorsque le scribe a lu^^li^^edc^

Î)rendre cette précaution, c'est que le contexte incliqnaïl e sens du mot, et par suite la valeur phonétique dn si^^ne , de manière à rendre toute erreur impossible. 4insi, dans

le membre de phrase 1 J^ l' i i i vi J ]^ 3l * — ^ "^ u-se.Y So* TeM ou AD ou DCN kheru-w , i&. . .'. . sa voix; il faut traduire nécessairement le signe yj par entendre, écoaler, et, nécessairement aussi le lire sess ou soreM. Eo résumé,

les signes syllabiques peuvent s'employer isolés J, fl'o.v; '^^ Nea; rsn, nub; ou bien se combiner avec un ou plu-

BIST. ANC. 3â

sieurs signes alphabétiques correspondant à chacune des articulations dont ils sont formés. Dans ce cas ils peuvent se placer :

i"* Derrière tous les signes alphabétiques dont ils sont l'équivalent syllabique, '"'^ \XI , notscm, doux, agréable; \yïy AS,Jldte, roseau;

2* Entre deux des signes alphabétiques '^"^ | \, notscm,

3* Devant tout ou partie des signes alphabétiques ( \,

NOTSeM, \ P, AS.

On trouve, enfin, à côté des signes alphabétiques un grand nombre de signes idéographiques. Parfois ils servent à rendre dans récriture une idée exprimée dans le langage

par un mot plus ou moins long : |, se lit.^, NUTen, et

signifie dieu; j , se lit ,,.,^®, et signifie vie. Le plus souvent ils ne se lisent pas et rentrent dans la classe des déterminatif s. On appelle délerminatifs les signes d'idée placés après l'expression phonétique de chaque mot, de manière à figurer aux yeux par une image l'objet ou l'idée dont les signes précédents nous donnent la. valeur littérale. Le

mot %» mm , pain, se compose de deux parties : la première "^ ^ phonétique est formée du syllabique '^, aq, et de son complément j, q; la seconde (^ représente l'objet même, le pain. Les déterminatifs sont de deux natures. Les uns ne conviennent qu'à un seul objet ou à une seule idée : ce sont les déterminatifs spéciaux. L'oreille ^ est un déterminatif spécial, car elle ne s'emploie que dans

les mots qui expriment l'idée d'oreille: ||iP^9, MesTseE,

Î'^, ÂNKH, ,„^^9 DeN. Les autres sont génériques, c'est-àire se placent après un grand nombre de racines qui B^ont que des rapports éloignés de sens l«s unes avec les

autres. Ainsi, ^ détermine : i"" tous les mots qui marquent

un acte matériel de la bouche : T X^^ 3l» ^'* manger;

KHCRU, crier; ^ Jl, tsod, parler; 2* tous les mots qui marquent une idée abstraite, entraînant ou pouvant entraîner un acte matérid de la bouche JË1,2» *^^^* méditer; @ 2l» ^^^» connaître, savoir; b*^31» ^P^j^g^r, Quand le mênae mot a plusieurs déterminatifs, c'est ordinairement le dernier qui donne le sens de la racine, j ^^^ j[^, H'ereR, a le détermînatif des saisons ^ ou X, d'abord, le cheval Jfjf ensuite. Il signifie : cheval, attelage de chevaux.

Le nombre des déterminatifs est considérable; voici la liste de ceux qu'on trouve le plus fréquemment dans les textes :

r— ^, 1* [PE], ciel, plafond; a* élever, supériorité. •^, 'jT, nuit, obscurité.

G , 1^ [RA] , soleil, lumière ou absence de lumière ; a* divisions du temps.

**.«, pays montagneux, par suite pays étrangers, fÉgypte étant un pays de plaines.

<^, 1* circonscription de territoire; a^ ville ou village.

SE y nome.

3=, ^1^^ Teau et toutes les idées d'arrosage, de lavage, de purification, de soif qui s'y rattachent.

]|, le feu, la chaleur, la flamme.

m y M y rhomme et la femme ordinaires.

y, J5, les dieux, les ancêtres, les rois, toutes les personnes vénérables.

Ji, toutes les actions : i* de la bouche, a"* de la pensée.

J^ , le repos, la tranquillité, la faiblesse.

^, ^, l'adoration.

596 CHAPITRF, XV.

^, i* rimpiété, le crime; a* TeimemL

^, i* la hauteur; a' Texaltation, la joie.

Ijf , 1* le chef; a* la dignité.

j^, 1* reniant; a* réducation;,^* le renouYellement

j , 1 • embaumement ; a* rites , usages ; 3* images , formes.

'^, 1* la chevelure, les poils; a' la noirceur; 3* le deuil.

i»^, 1* la vue; a* la veille; 3° la science.

/^, M y 1* lodoVat; a* la respiration; 3" la joie, le plaisir; 4" la tristesse; 5* la prison.

s««, V, 1* Talimentation; la parole; 3" les matières terreuses 4* V seul, les districts, les villes.

V^, toutes les actions exigeant le développement d'une force.

^r-», réloignement, récartement.

J , J , 7\ , /v , la marche dans les diverses directions.

7 , 1* les quadrupèdes; a"" la peau et les objets en peau.

1^, ^, les membres.

^^, les oiseaux et les insectes.

"^, i" la petitesse; a* le mal, Timpiété.

J, les arfcres.

^»-.^, le bois.

À$t, i*" les herbages; a"" les plantes en général.

C3, les édifices.

tf:):, 1° les chemins; a^ la marche; 3" le temps écoulé.

■, la pierre.

MÉ^, i" les barques; a' la navigation; 3* le voyage.

T. 1* le vent; a* la fraîcheur.

•••É-, 1* écritures, livres; a* peintures; 3* toutes les idées abstraites.

-^V, i* écriture; a* peinture; 3' le lien, l'attache. "5, |T, les étoffes.

i, •«, S, les différents liquides, vin, lait, parfum, etc. • • •, les matières granulées, blé, couleurs, sable, etc. 9, 1* Tembaumement; a* les comptes, les calcub.

Pour mieux faire comprendre le jeu des différents éléments dont se composait l'écriture égyptienne , on me permettra de donner la transcription et l'analyse d'un passage emprunté à la grande stèle triomphale de Thotmès III .:

Le premier groupe J ^ , se Ht eî; il est composé du sylla-

bique J et de la lettre i, et veut dire aller. "'^ j, n-i. N est l'indice du passé, et / le pronom de la première personne du singulier. EI-N-I, se traduit donc je suis allé.

fj^ , DU est donner, g , / est encore une fois le pronom de la

Sremière personne : dv-i ,je donne ,f accorde. ^\^\ ^"^ , ta ta, éterminé par v— i, signifie : écraser, assommer; -^, k, est le pronom de la seconde personne du masculin singulier. Tata-k, tu écrases. Le signe v- , trois fois répété pour

rnarquer le pluriel, se Ht ur, oêr, grand, chef; 1 Jv'^» déterminé par le signe des pays étrangers , —-• est fè nom de la côte cananéenne Tsàhi : oér-u, Tsàhi, les chefs de pays de Tsàhi. Tous ces mots réunis forment un premier membre de phrase : EÎ-N-I DU-I TA TA-K OER-U TSAHi, je suis allé,j accorde [que] tu écrases les chefs de Tsàhi. Dans

le second membre de phrase se trouvent ^ ^^^^ ses', je*

ter; y m, seT, pronom de la troisième personne du pluriel:

J^, KHCR, sous; J j, signe idéographique se lisant rut, les

Îneds; -mm^, k, toi; @ j^ , khct, littéralement à la suite de^ ocution adverbiale qui signifie ici avec; ^.^^ser, et répété

trois fois pour le pluriel, ser-u; fT^, seN, pronom de la trobième personne du pluriel, dont les deux éléments alphabétiques s et iv sont suivis des trois barres III, signe idéographique du pluriel. En réunissant toutes ces données on a le membre de phrase : SeS'-I SeT KHeR lUTeK KHeT SeT-USeN, je jette eux (les chefs) sous [les] pieds de toi avec [les] pays d'eux.

L'écriture hiéroglyphique ne s'employait guère que sur les monuments publics ou privés; pour les usages de la vie courante et pour la propagation des œuvres littéraires , on se servait d'une écriture cursive dérivée des hiéroglyphes et nommée hiératique, par les modernes. Tandis; que les hiéroglyphiques s'écrivaient indifféremment de droite à gauche ou de gauche à droite, l'écriture hiératique s'écrivait toujours de droite à gauche. En voici quelques spécimens. Le premier emprunté au papyrus Prisse ( xi* dy-nastie) \

se transcrit lettre à lettre :

BAN BU eM KHoPeB NoWeR BU mal en devient ie bien.

Les deux suivants nous reportent à la xix* dynastie :

MÛ N UA KHoPeRD DDT H»eR rA PÀ AO eau une être faire à Soleil le fut'*

eW RaN DÀS M NaKHTD de lui le nom [est] Thébaîdeen Force'.

1. Pap, Prisse, pi. V, 1. i. — 2. Pap. d^Orbiney, p. VI, 1. 6. — 3. Pa/}.. StdUer m, pL 1,1 6.

Le dernier est d'époque gréco-romaine :

NuB eM BaK eM K KHoPRU NeK ABU d*or épervier en ta transformation Tu as fait ^

Entre la xu* et la xxv* dynastie, le système hiératique se simplifia pour la commodité des transactions commerciales. Les caractères s'abrégèrent, diminuèrent de nombre et de volume et formèrent une troisième sorte d'écriture, la populaire ou démotique, employée dans les contrats à partir du règne de Shaoak et de Tahraqà. L'étude du démotique a été négligée à cause des diflicultés que présente le déchiffrement et de l'aridité des textes connus jusqu'à présent. Le passage suivant :

WN-AMV^TAUToPenMARaKH eWAN en lui il était monde du le lieu ne sut lui Point*.

suffira à montrer ce qu'était devenue entre les mains des derniers Égyptiens l'ecriljire large et hardie des vieux scribes.

Ilriglne de l'alphabet phénfelen} ses dérlTés aiieas*

Les Assyriens s'étaient arrêtés au syllabisme, les Égyptiens avaient trouvé le caractère alphabétique sans pouvoir se débarrasser des syllabes et des idéogrammes, des homophones et des polyphones : les Phéniciens inventèrent l'alphabet proprement dit\

Dès le début, Champollion émit Topinion que l'alpha-

1. Pao, de Boulaq, n* 3, p. 3, 1. 20. — a. Roman démotique, pi. III, L 1. — 3, Platon, Phœdon, p. 274; Diodore, I, i5; Tacite, Annales, XI, i4» etc.

ÔOO CHAPITRE XV.

bet phénicien dérivait des hiéroglyphes d'Egypte*. Ses idées développées par Saivolini *, modifiées par MM, Ch. Lenormanl et Van Drivai, n'avaient reçu aucune consécration scientifique, lorsque M. de Rougé reprit le problème pour son compte et en donna la solution '. Il prouva qu'au temps où les Pasteurs régnaient en Egypte, les Cananéens avaient choisi, parmi les formes de l'écriture cursive, un certain nombre de caractères répondant aux articulations fondamentales de leur langue. Sa démonstration, reproduite en Allemagne par MM. Lauth, Brugsch et Ebers, fut considérée comme décisive et les résultats en ont été admis généralement*.

L'alphabet phénicien se compose de vingt-deux lettres , dont quinze sont assez peu altérées pour qu'on reconnaisse leur prototype égyptien du premier coup d'œil, et dont les autres se ramènent au type hiératique sans blesser les lois de la vraisemblance*.

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1. Leiirt h M. Dacier, p. 8o. — 2. Analyse grammaticale de Vinscripticn de Rosette, p. 86 sqq. — 3. Dans un mémoire lu en iSSg devant i;Académie des inscriptions et belles-lettres , publié en 1874 , par M. J. de Rougé. — 4. M. Halévy a essayé de prouver que ie caractère phénicien dérivait non pas des formes hiératiques , mais des formes hiéroglyphiques de l*ëcriture égyotienne [Mélanges d'épigrapfue sémitiqae, p. 168-189). — 5. De Rouge, Mémoire sar la prêpagation, pi. I.

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LES ECRITURES DU MOiNDE ORIENTAL. 601

Cet alphabet, employé d'abord dans le pays de Canaan, s'y modifia selon les localités et forma successivement les alphabets araméens, palmyréniens , hébreux. T^ransporté par les Sidoniens et les Tyriens dans les contrées où les menait le commerce, il devint comme la souche commune d'où se détachèrent tous les alphabets du monde connu, depuis l'Inde et la Mongolie, jusqu'à la Gaule et l'Espagne. Je n'ai pas k m'inquiéter ici des systèmes qu'il enfanta chez les peuples de l'extrême Orient ou de l'extrême Occident : il me suffira de montrer comment de Phénicie il passa en Grèce, puis de Grèce en Italie.

Les Grecs connaissaient l'origine phénicienne de leur alphabet. La tradition la plus accréditée, parmi eux, attribuait à Radmos l'honneur d'avoir le premier répandu l'écriture sur le continent européen * ; d'autres légendes nommaient, au lieu de Kadmos, Orphée*, Linos\ Musée* et surtout Palamède. Les titres de Palamède à l'invention ou plutôt à la propagation de l'alphabet parurent si bien fondés qu'on essaya de trouver une combinaison qui réservât ses prétentions sans diminuer la gloire de Kadmos. On imagina que Kadmos avait apporté en Grèce un alphabet de seize ou dix-huit lettres , complété plus tard par Palamède. Les lettres cadméennes primitives étaient, selon les uns, A, B, r. A, E, I, K, A, M, N, G, H, P, 2, T, T; selon les autres. A, B, T, A, E, Z, I, K, A, M, N, 0, P, 2, T, T, <I>. Les lettres de Palamède étaient tantôt au nombre de trois : 6, O, X, tantôt au nombre de quatre : Z, O, 0, X, ou bien, H, '*', O, X, ou d'autres encore ^ La science moderne a prouvé qu'en matière d'alphabet comme en bien autre chose, les Grecs s'étaient laissé trop vite emporter à leur imagination. L'alphabet cadméen se composait des vingt-deux lettres de l'alphabet phénicien plus ou moins modifiées pour satisfaire aux exigences de la phonétique grecque. Les gutturales douces et les semi-voyelles des

1. Hérodote, V, 58. — a. Alcidam. Cont Palamed. p. 75, t. VIII, édit. Reiske. — 3. Diodore, III, 66. — 4. Bekker, Ânecdota grœca, t. II, p. 783. — 5. Servius, Ad. JEneU, II. 83: Plutarqae. Symposion, IX, 3; Pline, H. iV. VII, 56, etc.

langues sémîtîques qui n'avaient que faire dans les idiomes helléniques furent transformées en voyelles véritables : f( en A, a; ^ en 3, e; y en X, X, ou,, y; o en 0,o; ^ en I , i. L'aspirée g prit double valeur : elle fut selon les cas une voyelle longue ou un signe d'aspiration. De ces altérations de valeur résulta un sdphabet que les inscriptions archaïques de Théra nous ont conservé en entier.

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