DB* LA ONZIÈMB ▲ LA QUINZIÈME DYNASTIE (MOYEN EMPIRE
La onzième dynastie ; débuts de la puissance thébaine. — La douzième dynastie; conquête de la Nubie; le lac Mœris. — De la treizième à la quinzième dynastie.
!•• «A Blême dynasUei débnto de la poUmMiee thébaine*
Depuis ravénement de Mena, toute la civilisation égyptienne semblait s'être concentrée dans la partie moyenne du pays, entre Memphis et Abydos. C'est à Memphis que les princes avaient régné, à Memphis que les arts s'étaient développés et avaient produit leurs chefs-d'œuvre : les nomes du sud n'avaient joué qu'un rôle tout à fait secondaire. Leurs métropoles vivaient dans une obscurité profonde ; leurs dieux même étaient inconnus à ce point que sur les monuments des six premières dynasties publiés jusqu'à ce jour, j'ai trouvé une seule fois , dans un nom propre, le nom du grand dieu de Thèbes, Ammon, le seigneur des deux mondes, le patron de l'Egypte au temps des conquêtes.
Lorsque Memphis, après une suprématie millénaire, eut perdu à jamais la suzeraineté, au milieu des révolutions qui troublèrent le règne des princes de Hnès, les villes du sud de l'Egypte, Coptos, Silsilis, Thèbes surtout, commencèrent de naître à la vie politique. Rien ne prouve mieux l'état d'infériorité où elles étaient par rapport aux villes du centre et du nord que l'aspect des premiers monuments qu'elles nous ont laissés. Les stèles sont rudes .. et grossières, chargées d'hiéroglyphes et de ^çwtÇi^ ÏJ^"^- . chôment taillés : les traditions artistiques ^il \iQtLXkfc\«
MIST» ANC, n
98 CHAPITRE IXI.
dans les écoles semblent différer des traditions memphites, et ne présentent avec les monuments de la sixième dynastie aucune de ces ressemblances qui accusent des liens de parenté. Les noms des rois et des particuliers, les titres donnés aux fonctionnaires, ont une tournure inusitée ; tout est nouveau , jusqu'à la religion elle-même*. C'est Osiris, c'est Khnoum, c'est BJiem, c'est Ammon surtout qu'on invoque. Phtah, Imh'otep, Râ, tous les dieux memphites et héliopolitaina se sont abaissés au rang de dieux provinciaux, dans le même temps que Memphis descendait de la cdgnité de capitale à la condition de ville de province.
La onzième dynastie était originaire de Thèbes : elle se rattachait à Papi Meri-Râ par des liens encore inconnus et fut la souche de la dix-huitième dynastie. D'abord vassale des rois héracléopolitainç, elle ne pe^rvint que lentement à conquérir son indépendance. Le premier de s^ princes dont nous sachions le nom, Entew I*', n'avait pas droit ai;^ cartouche : il était simple noble [erpâ]^ saAS plus de. titreji que les autres chefs des grandes familles égyptioQne^. Soii fils, Mentouhotep I", tout en prenant le cartouche, n'«^t encore qu'un /for, souverain partiel, chef des pays du sud sous la suzeraineté des rois légitimes. Trois générations après lui, Entew IV rompit le dernier lien de vas8&lage et se fit appeler Dieu bon^ niaître des deux p,ays\ U ne faudrait pas toutefois se laisser abuser à ce 4<^¥niec titre et croire que l'autorité des Entew s'étendît dq^ lor» sur l'Egypte tout entière : les rois d'HéraçléopoUa conservaient la possession dû Delta et durent faire seutir plus d'une fois leur pouvoir aux monarques thébains.Le premier de ceux-ci qui parvint à « réunir les deux régions » sous un sceptre unique fut Mentouhotep IV (Râ-neb-kherou), à qui cet exploit valut plus tard d'occuper dans U^ listes royales une place d'honneur et parfois même de représQ»-
1. Mariette, Catalogue, p. 26-27; Histoire d'Egypte, p. 28. — 2. Tous ces faits ressortent des légendes de la Table de Karnak. Cf. Prisse d'AveoDCs, Notice sur la Saik desAncétreSy p. 14-15; de Rougé, LeUr^ à M. leemans, p. 5-6 et 13; Brugscb, GcschiclUc, v-^^^-^^^*
PÉRIODE THÉBAINJ3. 99
ter à lui seul la famille dont il faisait partie^. Ses successeurs ne réussirent pas à se maintenir longtemps au pouvoir et cédèrent la place au fondateur de la douzième dynastie^ après avoir dominé un peu moins d'un demi-siècle sur TEgypte entière*.
Quelques tablettes sculptées sur les rochers, quelques stèles funéraires et quelques menus objets dispersés dans les différents musées de TElurope, quelques tombeaux à moitié ruinés, voilà tout ce qui nous reste des seize rois qui composèrent la première dynastie thébaine dans sa période de vasselage et dans sa période de grandeur. Les luttes constantes qu'ils durent avoir à soutenir contre les roi» héracléopolitains ne les empêchèrent paa de faire quelques expédition» heureuses contre les peuples voisins de ïlÉtr gypte. Mentouhotep III (Râ-neb-tàoui) se fit représenter près de Philsp.» vainqueur de treize nations barbares; Entew IV (Râ-noub-khoper) avait battu les Nègres et les Asiatiques * ; (Sânkh-karâ) Ameni prétendait inspirer la terreur à toutes les nations. Leurs succès devaient être fort peu de chose. Au nord et à l'ouest, les colonies du Sinai avaient été abandonnées ; vers le sud, les conquêtes de Papi et de ses successeurs étaient perdues et la frontière ne dépassait pas Éléphantine de beaucoup. C'est aux rois de la douzième dynastie qu'il était réservé de réduire la Nubie en province égyptienne.
Gomme rois constructeurs, les Entew et les Mentouhotep ont laissé peu de traces de leur passage : les ressources dont ils disposaient, même au temps de leur grandeur, n'étaient pas suffisantes pour leur permettre d'élever des monuments considérables. La ville de leur origine, Thèbes, fut embellie par eux dans la mesure de leurs moyens : du moins une inscription de Tan II de Mentouhotep III (Râneb-taoui) nous apprend que ce prince envoya une expédition à là vallée d^ Hammâmât pour chercher la pierre né«
I. Manette, la Table de Saqqarah, p. 6. — 2. En tout quarante-trois ans, au dire de Manéthon, Edit. Unger, p. 107. — 3. BircU, (e PaçM^u* Abboîî^ p. 11-12. — 4. Lepsius, Denkm. II, 150.
100 CHAPITRE m.
cessaire aux constructions qu'il faisait dans Thèbes*. Les seules ruines de cette époque qui subsistent encore, se trouvent à Drah-abou'l Neggah, sur remplacement delà nécropole. C'était laque s'étaient fait ensevelir Entew AâP, Entew Aâ II, Entew IV (Râ-noub-khoper), Mentouhotep IV (Râ-noub-kherou) et plusieurs de leurs successeurs. Les tombes, déjà violées par les malfaiteurs au temps de la vingtième dynastie ^, sont aujourd'hui détruites, excepté celle d'Entew-Aâl*'. C'était une pyramide en briques crues, de travail médiocre, élevée presque sur la lisière du désert. Là chambre sépulcrale, revêtue sur toutes ses faces d'une belle maçonnerie en calcaire, renfermait, outre le sarcophage disparu sans retour, une stèle de l'an L, où le roi était figuré en pied, l'urœus au front, accompagné de quatre de ses chiens favoris'.
Après Thèbes, c'est Goptos qui paraît avoir eu le plus à se louer de l'activité des premiers princes thébains. Située au débouché des routes qui mènent aux bords de la mer Rouge et aux carrières de Rohannou *, Coptos avait pris dès lors un grand développement. Entew IV (Râ-noub-khoper) y avait élevé des édifices dont les fragments ont servi de nos jours à la construction d'un pont *. Mentouhotep III (Râneb-taoui) avait une dévotion spéciale pour le dieu local Min ou Khem, forme d'Ammon-Râ, générateur*, et marqua son zèle par la construction de divers monuments aujourd'hui détruits. L'exploration de la vallée de Hammâmât devait mener plus loin encore un des derniers princes de la dynastie (Sânkhkarâ) Ameni. Désireux d'établir des communications directes avec l'Arabie et l'Egypte, il envoya un des hauts fonctionnaires de sa cour fonder une colonie sur les bords de la mer Rouge, très-probablement aux environs de Qoçeyr. Comme on voit, l'esprit d'initia-
1. Lepsius, Denkm., II, 149, d.— 2.Bfrc^, le Papyrus 4boo«;Chabas, Mélanges égyptologiques, iii« série, t. I; et Maspero, une Enquête judiciaire à Thèbes.— 3. Mariette, Catalogue, p. 290-291 ; Birch, the Tabletof Antef'4â 11, dans les Tr, of the Soc, of B. Arch.^ IV, p. 172-195. — 4. Aujourd'hui Wadi'l Hammâmat — 5. Wiikinson, A Handbook for Travellers, p. 32Ï. — 6. Brugscli, GescKiclUe, v- ^^Q-tl2.
tive ne manquait pas à ces princes obscurs. Le développement de leur puissance fut interrompu par des révolutions dont nous ne savons ni la cause, ni les détails. Lorsque TÉgypte, divisée pour quelques années, se trouva de nouveau réunie tout entière entre les mains d'un seul homme, la onzième dynastie avait cessé de régner.
lUm douBlèiiie dynasilei cen^iiéte de îm Nubie i le lae HIœrl«.
L' avènement de la dynastie nouvelle ne se fit pas sans combat. Amenemhat !•', d'origine thébaine comme ses prédécesseurs, eut à lutter contre les compétiteurs dont les entreprises troublèrent ses premières années. « Ce fut après le repas du soir, y> dit-il dans des Instructions au roi Ousortesen I", qui lui sont attribuées, « quand vint la nuit,
— je pris une heure de joie. — Je m'étendis sur les couches moelleuses de mon palais, je m'abandonnai au repos,
— et mon cœur commença de se laisser aller au sommeil ;
— quand, voici, on assembla des armes pour se révolter contre moi, — et je devins aussi faible que le serpent des champs. — Alors je m'éveillai pour combattre moi-même, de mes propres membres, — et je trouvai qu'il n'y avait qu'à frapper qui ne résistait pas. — Si je prenais un assaillant les armes à la main, je faisais retourner cet infâme;
— il n'avait plus de force même dans la nuit : l'on ne combattit point, — aucun accident fâcheux ne se produisit contre moi*. » A force de persévérance, le roi finit par triompher. « Soit que les sauterelles aient organisé le pillage, — soit qu'on ait machiné des désordres dans le palais, — soit que l'inondation' ait été insuffismte et que les citernes se soient desséchées , — soit qu'on^b soit souvenu de ta jeunesse pour agir [contre moi], — je n'ai jamais reculé depuis ma naissance *. >> La guerre se concentra enfin au sud de Memphis, autour de la forte-
1 . Papyrui SaUier, II, pi. 1, 1. 9,-pl. III, 1. 3. — 2. Ihid,, II, pi. IH, 1.4-6.
rcsse de Tetaouî. La prise de cette ville décida du succès et entraîna la soumission de TÉgypte entière *.
Dès lors Amenemhat s'appliqua sans relâche à réparer les malheurs des guerres civiles et à repousser les peuples voisins, Libyens, Nubiens, Asiatiques, dont les incursions perpétuelles troublaient sans cesse le repos de l'Egypte. « J'ai fait que Y endeuillé ne fût plus en deuil, et il n'a plus été entendu; ■— les batailles perpétuelles*, on ne lez a plus vues , — tandis qu'avant [moi] l'on s'était battu comme un taureau qui ignore le passé — [et que] le bienêtre de l'ignorant ou du savant n'était pas assuré*. » — « J'ai [fait] labourer [le pays] jusqu'à Abou^j — j'ai répandu la joie jusqu'à Adhou*,,,, — Je suis le créateur des trois espèces de grains, l'ami de Neprat^, — Le Nil a accordé à mes prières l'inondation sur tous les champs :
— point d'affamé sous moi, point d'altéré sous moi, — car on agissait selon mes ordres, — et tout ce que je disais était un nouveau sujet d'amour. — J'ai renversé le lion
— [et] pris le crocodile; — j'ai réduit les OuaouaV^ — j'ai emmené les Matsiou* [en esclavage] ; — j'ai forcé les Asiatiques à marcher [près de moi] comîne des lévriers •. » En Nubie, le roi avait fait ouvrir à nouveau les mines d'or, qui depuis le temps de Pâpi étaient restées abandonnées.
Amenemhat /•* n'était plus un jeune homme au jour de son avènement : après dix-neuf ans de règne, il appela au pouvoir son fils Oiisorïesen J", qui dès lors partagea avec lui les titres royaux *\ « De sujet [que tu étais] je t'élevai, — je te remis [l'usage] de tes bras, [pour que] tu fusses craint à cause de cela. — [Quant à moi,] je me
1. C'est ainsi que j'interprète le fragment du Papyrus royal de IVm, où le nom de Tetaoui est mentionné. — 2. Littéralement : « le grand lieu de se battre. « — 3. Papyrus Sallier II, pi. 1, 1. 7-9.— 4. Eîéphantine, la frontière méridionale de l'Egypte.— 5. Adhou^ ou Nou-^ùâhm, la Na6à) d'Hérodote, dans le Delta : aussi le Delta lui-môme. — 6. La divinité des grains. — 7. Peuple de Nubie, immédiatement au sud d'Éléphantihe. — 8. Peuple de Libye. — 9. Papyrus Sallier ÎI, pi. II, ). 7;-pl. III, 1. 1. — 10. Mariette, Catalogue, p. 86.
PÉRIODE THÉBATNE. 103
parai des JBneâ ètoîBfes de mon palais, pour paraître aux yeux comme une des plantes [de] mon [jardin], — je me parfumai des essences comme si je répa.ndais Teau de mes citernes*. » Au bout de quelques années, le ïiôle du vieux roi était tellement effacé qu'on oubliait parfois d'inscrire son nom sur les monuments à côté du nom de son fils*. Enfermé dans son palais, il se bornait à donner des conseils qui contribuèrent beaucoup, paraît-il, à la prospérité de FÉgypte. ta réputation de sagesse qu'il s'acquit de la sorte devint si grànàe, qu'un scribe à peu près contemporain composa sôuà son nom un petit pamphlet où le roi a se levant comme un dieu, » est représenté adressant à son fils quelques instructions sur l'art dé gouverner, a Ëcoute mes paroles. — Tu règnes sur les deux mondes; tu régis les trois régions*. — Agis mieux [encore] que n'ont fait tes prédécesseurs. — Maintiens la bonne harmonie entre tes sujets et toi, — de peur qu'ils ne s'abandonnent à la cîpainte; — ne t'isole pas au milieu d'eux : — n'empliâ pas ton cœur, ne fais pas ton frère [uniquement] du riche et du noble, — mais n'admets pas non plus auprès de toi les premiers venus dont l'amitié ii'estpas éprouvée *. » A l'appui de ses paroles, le vieux prince donne un résumé de sa vie dont j'ai déjà cité quelques extraits. Ce petit ouvrage, qui n'a guère plus de trois pages, devint bientôt classique et conserva sa vogue pendant plus de mille ans. Encore kù temps de la dix-neuvième dvnastie, c'était un des morceaux qu'on faisait étudier dans les écoles et q[Ue les jeunes scribes copiaient comme exercice de style*.
Rien n« saurait mieux montrer l'ëtat dé PËgypte et des pays voisins à cette époque que certains passages des Mémoires d'un aventurier contemporain nommé Sineh^. Ar-
1. Papyrus Saltier, 11^ pi. 1, 1. 5-7.-2. Par exempje sur deux stèleà de Tan IX d'Ousorteseni»' {Louvre, C, 2, 3). — 3. Les deux Égyptes et la Nubie. — 4. Papyrus Sallier, II, pi. 1, 1. 2-4. — 5. Cf. Maspero, The Instnuitions of Amenemhat 1 unto his son Usortesen 1, dans Records of the PasU t. II, 1874, in-l2. — 6. Chabas, Les papyrus hiératiques de Berlin, p. SG-'SÎ, etGoodwin, the Story of Saneha, dans le Fraseras Magazinej 1865 ; Maspero, dans les Bétanges d* archéologie^ FasG. Q-Ilt^.
rivé à la cour d'un petit chef asiatique, on lui demanda des détails sur la puissance des souverains égyptiens. « Y aurait-il eu une mort dans le palais à' Amenemhat sans que nous le sachions? Alors je louai le roi en un développement poétique... Mon exil en ce pays est comme le dessein d'un dieu ; car TÉgypte est aux mains d'un maître qu'on appelle le dieu bienfaisant [et] dont la terreur s'étend sur toutes les nations environnantes, comme la déesse Sekhet [s'étend sur la terre] dans la saison des maladies. Je lui dis ma pensée et il me répondit : « Nous t'accordons l'immunité. » Son fils* entre au palais, apportant abondance de biens à son père ; c'est un dieu sans second, nul autre [comme lui] auparavant; c'est un conseiller sage en ses desseins, bienfaisant en [ses] décrets, qui entre et sort à son gré : il fait fleurir les régions ; tandis que son père est dans son palais, lui, annonce ce qu'il a gagné. C'est un brave qui agit par l'épée, un vaillant qui n'a point d'égal : il voit les barbares, s'élance [sur eux], fond sur les pillards. C'est un lanceur de javeline, qui abat les mains : celles qu'il frappe ne lèvent plus la lance. C'est un redoutable', qui brise les fronts: on ne lui a point résisté en son temps. C'est un coureur rapide, qui massacre le fuyard : aucune arme ne l'atteint. C'est un cœur debout dans son heure. C'est un [lion] qui frappe de la j^riffe * et n'a jamais rendu son arme. C'est un cœur cuirassé à la vue des multitudes et qui n'a rien laissé subsister derrière lui. C'est un [brave] qui se jette en avant quand il voit la lutte. C'est un [soldat] joyeux de s'élancer sur les barbares : il saisit son bouclier, il bondit, sans redoubler son coup, il tue, personne ne'peut éviter sa flèche; sans qu'il [ait besoin de] tendre son arc, les barbares fuient ses bras comme des lévriers. La grande déesse lui a donné de combattre qui ignore son nom; lorsqu'il atteint, il n'épargne point (?). C'est un cmii* merveilleux qui a su
1. Ousortesen I". — 2. Mot à mot « un laveur de face ». — 3. Mot à mot « c^est un frappant avec la griffe ». — 4. Mot à mot « uu semer ». Le titre de semer était traduit en grec par çtXo; pacriXixô; « ami du foi, »
s'emparer de Taffection : son pays Taime plus que soimême et se réjouit en lui plus qu'en un dieu : hommes et femmes accourent lui rendre hommage; il est roi, il a commandé dès l'œuf. Depuis sa naissance, il a été un multiplicateur de naissances, [mais] lui seul est une essence divine. La terre se réjouit de sa domination, [car] c'est un agrandisseur de frontières qui saisira le pays du sud et ne convoite pas les pays du nord; il s'est rendu maître des Asiatiques jusqu'à fouler les Nemmâsha *. » L'association aOusortesen I*'k la couronne 'avait habitué les Égyptiens à considérer ce prince comme roi de fait, du vivant même de son père. Aussi lorsque Amenemhat mourut après au moins dix années de corégence et trente ans de règne*, la transition, si délicate dans une dynastie nouvelle, du fondateur à son successeur immédiat, se fit sans secousse. L'exemple à' Amenemhat /"' fut suivi dès lors par la plupart de ses descendants. Après quarante-deux ans, Ousortesen /•' associa au trône son fils Amenemhat II ^ et celui-ci, trentedeux ans plus tard, partagea le pouvoir avec Ousortesen II; Am^enemhat III et /F régnèrent longtemps ensemble*. Les seuls règnes pour lesquels nous n'ayons point la preuve de ce lait sont ceux à! Ousortesen III et de la reine Seveknowre, la Skémiophris de Manéthon, avec laquelle s'éteignit la douzième dynastie, après deux cent treize ans, un mois et vingt-sept jours de durée totale ^
1. D'après la forme de leur nom, les Nemmdsha devaient être des Bédouins du désert. — 2. Papyrus de Berlin j n- 1. — 3. Une stèle du musée de Boulaq porte la date de Tan XXX d' Amenemhat J"* et de Fan Xd'Ousorteien /" (Mariette, Catalogue, p. 86). Une autre stèle du même musée (Mariette, Catalogue, p. 77) donne l'an X d^Ousortesen /*', seul. On pourrait conclure de Tabsence du nom d^ Amenemhat I" que ce prince mourut en Tan XXX de son règne, Tan X du règne de son fils, si les stèles du Louvre, citées plus haut, p. 103, note 2, ne montraient combien il faut se défier des indications de ce genre que fournissent les monuments. La première stèle de Boulaq prouve qu* Amenemhat vivait encore en Tan X de son fils : la seconde ne prouve nullement qu'il mourut dans la môme année. — 4. De Rougé, Lettre à Leemans, p. 17. — &. C'est le chiffre du Papynis royal de Turin. La douzième dynastie avait été méconnue par GhampoUion, qui faisait des Amenemhat les princes de la dix-septième dynastie, contemporains des Pasteurs. L'honneur
De toutes ΀s- dynasties égyptiennes, la douzième est à coup sûr celle dont Thistoire offre le plus de certitude et le plus d'unité. Sans doute nous sommes loin de connaître tous les événements qu'elle vit s'accomplir : la biographie d-os huit souverains qui la composent et le détail de leurs guerres sont encore des plus incomplets. Mais du moins on p«ul suivre sans interruption le développement de leur politique ; on J)eul, après quatre mille ans et plus, reconstituer Ifeur Egypte telle qu'ils se l'étaient faite et qu'ils la léguèrent à teurs successeurs; A la fois ingénieurs et soldats, laîîîis d«â arts et protecteurs de l'agriculture, ils ne cessèrent un seul instant de travailler à la grandeur du pays qu'ils gouvernaient. Rtecùkr les frontières de l'empire au détriment des peuples buAares fet coloniser la vallée du Nil dans toute sa partie moyenne, de la première cataracte à la quatrième ; régulariser le système des canaux et obtenir, par la création du lac Mœris, une plus juste répartitioti d^s eaux; orner d'édifiées les grandes villes, Héliopollsj Thèbes, Taniis et cent Autres moins connues : telle fut r<feuvre qu'ils s'impoisèrent et qu'ils poursuivirent de pèriô en fils pendant plus de deux siècles. Au feortirde leUrs mains, l'Egypte, agrandie d'un tiers par la conquête de la Nubie, enrichie par de longues années de paix et de bonne admiilistraiion, jouissait d'une prospérité sans égale. Plus tard, au temps des guerres asiatiques et des conquêtes lointaines, elle eut plus d'éclat apparent et fit plus de bruit dans le lUonde : au temps des Ousortesen , elle était plus heureuse^
Deux champs de bataille s'ouvraient aux Ph'âraonià, l'un à l'èsl du Delta, en îSyrie, l'autre au sud d'Éléphantine, dans la Nubie proprement dite. A l'est, l'ÉgyptO) séparée des populations syriennes par le désert^ semblait n'avoir rien à craindre derrière sa ceinture de sables. Tout au plus lui fallait-il subir quelques incursions des Barbares
d'avoir corrigé cette erreur revieht tout entier à Lepsius. Cf. à ce sujet le miêmoire de ce savant, Veter die xtpôlfte ^gyptische Kœnigsài^nUstie, dans les lÊiinoires de VAcûdêmie des tciences de Berlin, 1852.
nomades, pins ruineuses pour la fortune de certains particuliers que pour la sécurité du pays. Pour se mettre à l'abri de ces razzias, difficiles à éviter malgré la vigilance des garde-frontières, les souverains de l'Ancien Empire avaient, de la mer Rouge au Nil, élevé une série de forteresses et bâti une muraille qui barrait l'entrée du Ouady Toumilât aux pillards '.Cette muraille, entretenue avec soin par Am^nemhat I et ses successeu^'S, marquait de ce côté rettrêine limite de Tempire des Pharaons. Au delà commençait le désert, et, pout les gens de tette époque, un monde à peu près inconnu. Sur les peuples de la Syrie et de la Palestine, on n'avait que des notions flottantes empruntées anx caravanes ou apportées dans les ports de la Méditerranée par les marins qui les fréquentaient. Parfois étendant les riverains du Delta voyaient arriver dans leurs "rilleis des bandes d'émigrés ou même des tribus entières qui, ehassècs de leur pays natal par ta misère ou les révolutions, venaient chercher asile en Egypte. Un des basreliefs du tombeau de Noumhotep à Bcni-Sassan nous fait assister à l'arrivée d'une troupe de ces malheureux. Au nombi*e de trente-sept, hommes, femmes et enfants, ils sont amenés devant le gouverneur du nome de Meh', auquel ils présentent une sorte de fatd verdâtre nommé tncsfcem et deux bouquetins. Ils sont armés, comme les Égyptiens, dé Tare, de la javeline, de la hache, de la massue, et vêtus de longues robes ou de pagnes étroits bridant sur la hanche ; l'un d'eux, tout en marchant, joue d'un instrument qui rappelle, par la forme, les lyres de vieux style grec*. Les détails de leur costume, l'éclat et le bon goût des étoffes bariolées à longues franges dont ils sont revêtus, l'élégance de la plupart des objets qu'ils ont avec eux, témoignent d'une civilisation avancée, bien qu'inférieure à celle de TÊgypte. C'était déjà d*Asie que
1. Chabas, Les Papyrus hiératiques de Berlin^ p. 38 39, 81-82, 91. — 3. Ce bas-relief fut signalé et décrit pour la première fois par ChampoUion, qui prit les émigrants pour des gens de )race grecque. 11 se trouve reproduit dans Lepsius, et dans Brugsch, Histoire d'Egypte, p. 63.
TÉgypte tirait les esclaves , les parfums dont elle faisait une si grande consommation, le bois et les essences du cèdre, les vases émaillés, les pierreries, le lapis et les étoffes brodées ou teintes dont la Ghaldée se réserva le monopole jusqu'au temps des Romains*.
Sur un point seulement du territoire asiatique, les Pharaons de la douzième dynastie songèrent à s'établir solidement : ce fut dans la péninsule du Sinaï, auprès des mines de cuivre et de turquoises exploitées jadis par les princes de r Ancien Empire. Des postes placés dans les gorges du Sinaï protégèrent les ouvriers contre les tentatives des Bédouins. Grâce à cette précaution, on put reprendre l'exploitation des anciens filons, ouvrir des filons nouveaux et donner aux travaux une activité qu'ils n'avaient jamais eue auparavant * . Même en cet endroit, les rois de la douzième dynastie ne se départirent point de leur politique habituelle ; ils ne prirent de terrain que ce qui était nécessaire pour l'exploitation des mines et abandonnèrent le reste aux tribus nomades du désert.
De toutes ces tribus, celles qu'ils connaissaient le mieux, pour avoir souvent à repousser leurs incursions, étaient celles des Sati ou ShasouSy pillards effrontés, ainsi que l'indique le nom qu'ils se donnaient à eux-mêmes*. Répandus sur les frontières de l'Egypte et de la Syrie , à la lisière du désert et des terres cultivées, ils vivaient comme les Bédouins d'aujourd'hui, sans demeure fixe, moitié de pillage, moitié du profit de leurs maigres troupeaux. Quelques-uns de leurs royaumes, celui d'Edom par exemple, étaient fréquentés des marchands égyptiens et servaient de refuge aux bannis. Un de ces derniers, qui vivait sous Amenemhat et Ousortesen /", nous a raconté dans ses Mémoires le séjour qu'il fut contraint de faire auprès d'un cheykh Shasou, le prince de Tennou. Sineh^ le héros du récit, forcé de fuir l'Egypte pour des raisons inconnues,
1. Cf. sur ce sujet, Ebers , ^gypten und die Bûcher Moses, t. I, p. 228 sqg. — 2. Lepsius, Briefe^ 337-33Î sqq. — 3. Shasou vient de la racine sémitique îlDV^ y piller, exercer le brigandage.
après avoir franchi la grande muraille , s'enfonce dans le désert. « Je cheminai, dit-il, pendant la nuit, et à Tauhe je gagnai Peten et me dirigeai vers Qamoer, La soif me surprit, je me mis à courir, mon gosier se sécha, je dis : « Voici le goût de la mort. » [Soudain] je relevai mon cœur et raidis mes membres; j'entendais la voix douce des
Les Bédouins qui avaient accueilli Sineh le conduisent de station en station jusqu'au pays d'Edom. Un des chefs de cette contrée l'envoie chercher et l'invite à rester près de lui : « Demeure avec moi, tu pourras entendre le langage de l'Egypte. » Et en effet, Sineh rencontre près du prince « certains hommes d'Egypte qui étaient parmi ses hôtes ^. » Cette circonstance décide l'aventurier à se fixer dans le pays, où il fait rapidement fortune. « Le chef me mit à la tête de ses enfants, me maria à sa fille aînée, [et] me donna mon choix parmi les terres les meilleures qui lui appartenaient jusqu'aux frontières du pays voisin. C'est un bon pays nommé ^a; il a des figues et du raisin, et produit plus de vin qu'il n'a d'eau. Le miel y est en quantité, ainsi que les oliviers et tous les fruits des arbres. On y trouve de l'orge ; ses froments n'ont point de nombre, non plus que ses bestiaux. Ce fut grand, certes, ce qu'on me conféra, quand le chef vint pour m'investir et m'établit chef de tribu parmi les meilleures du pays. J'eus des rations journalières do pains et du vin, chaque jour des viandes rôties, des oies séchées au feu, outre le gibier du pays que je prenais ou qu'on posait devant moi en plus de ce que me rapportaient mes chiens de chasse ; je fis toute espèce de choses et toute sorte de fromages. Je passai de nombreuses années, mes enfants devinrent braves, chacun [d'eux] dirigeait sa tribu. Le voyageur qui allait et revenait dans rintérieur du pays se dirigeait vers moi, car j'accueillais
t. Papyrus de Berlin, n- l, 1. 19-28. —2. Chabaa, U» Pa\i>iT\i% \v\^ ratiques de Berlin, p. 40,
i:0' CHAPITRE m.
bien tout le monde : je donnais de Tcau à qui avait soif, je mettais Tégaré sur sa route, je saisissais le brigand Les Sati qui s'en allaient au loin pour battre et pour repousser les princes du pays, j'ordonnais et ils marchaient. Car ce roi de Tennou me fit passer plusieurs années parmi son peuple comme général de ses soldats; [aussi] chaque pays que j'envahis, je le forçai de payer tribut des produits de seis terres ; je pris ses bestiaux, j'emportai ce qui lui appartenait, j'enlevai ses bœufs, je tuai ses hommes ; il était à la merci de mon sabre, de mon arc, de mes expéditiions, de me9 desseins pleins de sagesse qui plaisaient au roi. [Ausçi] m*aima-t-il, connaissant ma vaillance ; il me mit ^ la tête de $e3 cQfanta, voyant la valeur de mon bjas.
<c Uu brave dei TennoVf vint ipe défier dans ma lente ; c'était un illustra^ ss^s pareils, [ca^r]il avait détruit tous ses rivaux. Il disait qu il se biattrait avec moi, car il ne m'avait pas encore frappé et il se flattait de prendre mes bes-^ tjaux pour sa tribu. Le roi se consulta avec moi : je dis: J« « ne le connais point ; certes jei ne suis pas son frère, je me <c tiens éloigné de son logis. Est-ce que j'ai jamais ouvert ce sa porte ou franchi ses clôtures? C'est quelque aventurier <c désireux de me voir [et jaloux] d'accomplir sa missiou <c [qui est] de mei dépouiller de mes chats et de mes chiens, <c en plus de mes vaches, de fondre sur mes taureaux, <c mes chèvres, mes^ Veaux, afin de se les approprier. » Je bandai mon arc, je préparai mes flèches, je donnai du jeu à mon poignard ; je fourbis mes armes. Quand l'aube arriva, Tennou vint lui-même, après avoir rassemblé tou-tes ses tribus et convoqné tous ses vassaux : il désirait voir ce combat. Tous les cœurs brûlaient pour moi ; hom^ mes et femmes poussaient desi a Âh ! » et chaque cœur s'attrista pour moi ; [car] on disait : « Est-ce que c'est ua autre brave qui va lutter avec lui ? Voici l'adversaire avec son bouclier, sa javeline, son paquet de dards. » Quand j'apparus, et qu'il eut paru, je détournai de moi ses traits. Gomme pas un seul ue pprtait, il fondit sur moi, et alors je déchargeai mon arc contre lui. Qua.ui moutt^it «'«ufoDça
PÉaiODB THÉBAINE. 111
dans son cou, il poussa un grand cri et tomba à (crr« ^. « Telle était, il y a plus de quatre mille ans, la vie des tribus du désert, telle elle est encore aujourd'hui ; le récit de Sinehj à peine modifié, s'applique fort bien aux Bédouins de nos jours.
Ce fut surtout ver^ TBthiopie'^que se porta Fattention des princes de la douzième dynastie. Là en effet l'Egypte se trouvait directement menacée par des peuplades remuantes qui habitaient les deux rives du Nil et les déserta environnants. C'étaient d'abord, au delà de la première cataracte et jusqu'à mi-chemin de la seconde, les Ôuaouaïj ces vieux ennemis des Égyptiens auxquels Pcpi avait eu affaire. Battus par les princes de la onzième dynastie et réduits par Amenemhat /•', ils reculaient sans cesse devant les établissements des Pharaons, et préféraient s'expatrier plutôt que se soumettre. Plus au sud, auprès de la seconda cataracte, on trouvait le pays de Heh et celui de Shaad, avec des carrières de calcaire blanc '. Dans le désert et au delà de la seconde cataracte erraient cent tribus aux noms étranges, Shemik^ Khesa^ Ses, Kaâs, Arqîriy ^now*, toujours prêtes aux razzias, toujours battues et jamais soumises. Les Pharaons comprirent combien il leur était nécessaire de réduire ces populations indécises et flottantes, et tournèrent contre elles toutes les forces vives de la nation. A force de persévérance, ils parvinrent à en dompter complètement la plupart , à détruire ou à refouler vers le sud celles qui s'obstinèrent à la lutte et à les remplacer par des colonies de fellahs. Dès lors toute la vallée du Nil, depuis l'endroit où il quitte les plaines d'Abyssinie pour entrer dans le lit étroit qu'il s'est creusé au milieu du désert, jusqu'à l'endroit où il se décharge dans la Méditerranée, ne forma plus qu'un seul empire, habité par un seul peuple, parlant la même langue, adorant les mêmes dieux et obéissant au même souverain.
Amenemhat /•' avait battu les Ouaouaï; son fils, Ousor-
1. Fapyrun de Bemn^ n« 1, 1. 76-141. — 2. BtugscYij G,\iwc\vt\\l^\.»V p. 160. — 3. Id., p, 45.
112 CHAPITRE m.
tesen /•' vainquit sept peuples nègres confédérés et porta ses armes jusqu'à Ouady-Halfa *. Sous Amenemhat II ^ le pays des Ouaouaï n'était déjà plus qu'une province égyptienne gouvernée comme les autres nomes par un fonctionnaire royal*. Ousortesen II continua avec grand éclat, ce semble, l'œuvre de ses prédécesseurs, que son fils, Ousortesen III y acheva. Ce prince, si populaire en Egypte que Manéthon ou ses compilateurs l'identifiaient avec le Sésostris de la tradition grecque et lui attribuaient la conquête du monde ', soumit toute la Nubie d'une manière définitive. Après l'annexion du pays de Heh^ il fixa la frontière de l'empire à Semnehy tout près de la seconde cataracte. Une inscription élevée en l'an VIII constate le fait . « [C'est ici] la frontière méridionale réglée en l'an VIII, sous la sainteté du roi des deux régions Khakera Ousortesen III^ vivificateur à toujours et à jamais, afin que nul Nègre ne la franchisse en descendant le courant, si ce n'est pour le transport des bestiaux, bœufs, chèvres, moutons appartenant aux Nègres *. y> Une autre inscription de Tan XVI rappelle la même défense, et nous apprend que « sa sainteté avait permis qu'on érigeât une statue d'elle sur la frontière qu'elle-même avait établie *. »
Nul emplacement n'était mieux choisi pour servir de boulevardà l'Egypte contre les invasions du sud. La grande chaîne de rochers granitiques qui coupe perpendiculairement la vallée en cet endroit, et forme une série de rapides difficiles à franchir, excepté au temps des hautes eaux, défendait l'accès du pays contre toute flotte qui aurait essayé de brusquer le passage. De chaque côté, sur des rochers qui plongent à pic dans le courant, Ousortesen III fit construire une forteresse destinée à commander entiè-
1. Slèle du musée de Florence, dans Rosellini, Monumenti Storici, t. XXV, n« 4. —2. Lepsius, Denkm., II, 123, a; Birch, dans la Zeitschrift, 1874, p. 111 sqq. — 3. Cette opinion a été reprise par M. de Rougé dans un de ses premiers mémoires : Deuxième lettre à M. Alfred Maury sur le Sésostris de la douzième dynastie de Manéthon. — 4. Lepsius, Denkm., II, 136, i. Cf. Brugsch, Geog. Ins., t. I, p. 46-47, et ÏUisiotre cf 'Egypte, t. I, p. 64-65. — 5. Lepsivis, Dcnfc<n., H, 136, h.
rement le fleuve et la vallée. Bâtîs en briques crues, comme tous les édifices militaires de l'époque, ces forts présentent non-seulement les hautes murailles et les tours massives des cita/lelles antiques, mais l'escarpe, le fossé, la contreescarpe et le glacis des places plus récentes, et pouvaient défier pendant longtemps tous les moyens d'attaque dont on disposait à cette époque. Leur enceinte renfermait un temple dédié au fondateur, et de nombreuses habitations aujourd'hui ruinées*.
Désormais les expéditions dirigées par les monarques égyptiens au delà de Semneh n'eurent plus pour objet la conquête : on se borna à exiger un tribut et à réclamer un droit de suzeraineté toujours incertain. C'est ainsi qu'on voit Amenemhat III se vanter de victoires remportées sur les nègres éthiopiens, mais sans mention d'acquisition nouvelle ** On se contenta de fortifier et d'embellir le pays récemment annexé. Ousortesen III y fonda, un peu au sud d'Éléphantine, une ville qu'il appela de son nom Herou» Khakerâ, « les voies de Khakerâ, » et fit le long du fleuve tant de fondations utiles, qu'après sa mort il fut divinisé à Semneh * et adoré pendant plus de dix siècles sur le même pied que Dowdown, Anouké, Khnoumet les autres divinités ' locales. Son temple, ruiné pendant les premiers règnes de la dix-huitième dynastie, fut relevé par Thotmès III et a duré jusqu'à nos jours. Son fils et successeur, Amenemhat III ^ fit construire en face de Pselkis une forteresse importante*. D eut aussi l'idée de faire relever les hauteurs que le Nil atteignait k Semneh pendant les hautes eaux; et les notes çu'il a enregistrées sur les rochers voisins ne sont pas au nombre des souvenirs les moins curieux ou les moins importants de son règne *.
1. M. de Vogùé, Fortifications de Semneh en Nubie, dans le Bulletin archéologique de VAthénœum français , 1855, p. 81 sqq. —2. Lepsius, i)enkm.j II, 138. — 3. Lepsius, Denkm,, II, 136, b; Brugsch, G. Ins., t. I, p. 46; De Rougé, Inscription des rochers de Semneh j p. 2-3. — 4. Prisse d'Avennes dans Chabas, Les inscriptions des mines d'or, p. 13-14. — 5. Lepsius, BHef an Ehrenberg, dans le Monatsherichte de TAcadémie de Berlin, 1845.
mST, ANC, ^
114 CHAPITRE m.
Ce n'était pas dans un simple intérêt de curiosité quo les ingénieurs égyptiens postés à Semiieh se livraient à ce travail de relevé. Ils amassaient les éléments de calcul nécessaires à ceux de leuris confrères qui étaient chargés en Egypte de Tentretien dès canaux. On sent quelle devait être Timportânce de cette tâche dans un payfe où le succès de la culture dépend de la répartition des eaux à la surface du sol, et dans un temps où les princes ne cessaiéht«de rechercher tous les moyens possibles pour remédier â l'excès ou à Tinsuffisance de l'inondation. Ousortesen b* fit construire des digues le long de la rive occidentale, contre laquelle portait surtout le fleuve, et ses successeurs, occupés qu'ils étaient par les guerres nubiennes, n'exercèrent pas moins sur le service des eaux la plus active surveillance. Amenemhat III les dépassa tous par la grandeur de ses conceptions et par l'haBileté avec laquelle il sut mener & bonne fin les entreprises les plus gigantesques. Frappé sans doute du peu de résultats que donnaient les réservoirs de faibles dimensions échelonnés, alors comme aujourd'hui, le long du Nil, il forma le projet de les remplacer, ou du moins de compléter leur effet, par la création d'un réservoir énorme, où l'excédant des eaux accumulé pendant les années d'abondance resterait emmagasiné jusqu'au jour où une crue trop faible viendrait menacer de stérilité une partie du pays. Ce réservoir, l'une des merveilles de l'Egypte antique, portait plusieurs noms : il s'appelait Hounty l'inondation*, Afm, le lac par excellence, dont les Grecâ ont fait Mœris, et Ph-Ioum^ la mer, d'où les Arabes ont tiré le nom de Fayoum^ qu'il donnent à la province*.
À quelques lieues en amont de Memphis, la chaîne Libyque s'interrompt soudain et démasque l'entrée d'une vallée qui, d'abord resserrée entre les parois de la montagne, s'élargit à mesure qu'elle s'enfonce vers le couchant cl finit par s'épanouir en amphithéâtre. « Au centre s'étend un large plateau dont le niveau général est celui des
}. Papyrus de Boulaq^ n<> 2. — 2. ChampoUion, VÉgypte tom Im Pharaons, 1. 1, p. 323.
plaines dô^ TÊgypte ; à Touest, au contraire, une dépression considérable de terrain produit une vallée qu'un lac naturel de plus de dix lieues de long (le Birket-Qéroun) emplit de seseâux*.5> Cet emplacement réunissait les deux conditions essentielles à fournir un excellent réservoir: était assez loin du Nil pôuî iié janiàis être atteint directement par l^inondatiôn, et pburtâûi bô ti-ouvâit au niveau de la vallée. Aussi Amenèmhat IIÏ n*feutil pas même besoin d'y pratiqUcï* de profondes éxcavatioiis : il n'eut guère qti'à enfermer une portion du plateau central entre des digues asse^ fortes pour contenir les feaiix et prévenir leur teôuleâient vers le penchant occidental de la vallée, assei hautes pour ne jamais être submergées, même au temps des plus fortes inondations. Les restes de ces digues existent encore aujourd'hui entre les villes modernes d'/ZïaAown fet de Medinel-elrFayôum. Elles avaient jusqu'à cinquante mètres de large et seulement troig mètres et demi de haut ' ; l'espace de terrain qu'elles enfermaient est au plus do trente milles, contrairement au témoignage d'Hérodote, oui attribuait au lac Mœriè Un pourtour dé quatre-vingtdix milles*. Deux Canaux iniinis d'écluses faisaient cominuniquer le réservoir avec lé Kii et régulàrisaietit l'entrée bu la décharge des eaux*. L'un d'entre ëUx branchait sur le fteuve à quelque distance au sud et courait en diagotialé le long de la chaîne Libyque à peu près danâ la direction du Bahr^Ydmouf B.ct\ie\] l'autre branchait beaucoup pluâ bas, à l'est du Fayoum, et suivait probâblenient le tracé (iu canal auxiliaire qui s'ouvre aujourd'hui dans le vulfelhage dé Beni-Souef. C'était probableniéUt au point d'intersection de ces deux canaux qu'étaient placées les écluses, et le rameau nord était le seul ouvert pendant le témpà des basses eaux*. La crue était-elle suffisante, l'eâU eifamagasinée dans le lac, puis relâchée au fur et à mesuré qpe le besoin s'en faisait sentir, mainteUàit l'inondation à hauteur convenable dans toute la moyenne Egypte et sur
1. Ilariette, Aptrçu de Vhigtoire d^Égypte, p. 33.— 2. LefSias, Brt>f6, p. 81. — 3. Hérodote, U^ 149^ Cf. Limnt-Beyj Mémoire sUTUVxtUcfrrU. — 4. StraboD^ h xv, cb. /. — ^ Wilkinson, Haud\)oo\;,^.*X'î»'^^'b*
la rive gauche du Nil jusqu'à la mer. L'année d'après, la crue menaçait-elle d'envahir les villes ou d'emporter les villages du Delta, malgré les terre-pleins artificiels sur lesquels on les avait exhaussés, ou simplement de séjourner trop longtemps sur les terrains bas et de les changer en marécages, le Mœris recevait le surplus des eaux et le gardait jusqu'au moment où le fleuve commençait à baisser. Au milieu du lac s'élevaient, dit-on, deux pyramides couronnées chacune d'un colosse assis, dont l'un représentait Amenemhat et l'autre la reine, sa femme*. Du haut de ce piédestal le vieux Pharaon semblait dominer son œuvre et contempler éternellement le pays dont il avait assuré la fortune
Cet immense travail, l'un des plus utiles qui aient jamais été entrepris par lefi| souverains de l'Egypte, est attribué d'ordinaire au seul Amenemhat III ^, Je ne doute nullement que ce roi y ait eu la part principale ; mais je ne puis m'empêcher de penser que ses prédécesseurs avaient au moins fait exécuter les études préparatoires que suppose pareille entreprise. On sait, en effet, que dès l'avènement de la douzième dynastie, Amenemhat I*' construisit au Fayowm un monument dans les ruines duquel on a retrouvé sa statue'. Ousortesen P' avait élevé dans la capitale du nome, Shed^ que les Grecs appelèrent Crocadilopolis (sous les Ptolémées, Arsinoé), des édifices considérables aujourd'hui détruits : on n'y voit plus que les morceaux d'un obélisque qu'il avait dressé à l'entrée du temple de cette ville*. Amenemhat III ^ pendant son long règne, fit plus pour le Fayowm que n'avaient fait tous ses prédécesseurs réunis. S'il ne fonda point Crocodilopolis, comme le veulent certains auteurs classiques % au moins Tembellit-il de ses monuments et lui donna-t-il , par la création du lac Mœris, une importance qu'elle n'avait pas J auparavant. D établit sa résidence dans le pays et s'y éri-
1. Hérodote, II, 149 ; Diodore, I, 52. — 2. Lepsius, Briefe, p. 81 sqq.J Bnigsch, Histoire d'Egypte, t. I, p. 67-68. — 3. Brugsch, tbid., tli p, 53. — 4. Lepsiûs, Denkm.f II, 119, — 5. Diodore, I, 89, 3.
PÉaiODE THÉBAINE. 117
gea à la fois un palais et un tombeau*. Le palais, devenu temple après la mort de son fondateur, prit bientôt le nom de Lope-^O'hounty ou temple situé à l'entrée du lac, dont les Grecs firent plus tard leur labyrinthe^.
Le labyrinthe s'élevait à l'orient du lac , sur un petit plateau qui fait face à Tancien site de Grocodilopolis. C'était un vaste massif quadrangulaire d'environ deux cents mètres de long sur cent soixante-dix de large '. La façade qui donnait sur le Mœris était tout entière d'un calcaire si blanc, que les anciens le prenaient pour du marbre de Parcs. Le reste de l'édifice était en granit*. Une fois dans l'enceinte, on se trouvait bientôt comme perdu au milieu d'un dédale de petites chambres obscures, toutes carrées, toutes recouvertes d'un seul bloc de pierre en guise de toit et reliées les unes aux autres par des couloirs si habilement enchevêtrés qu'un étranger sans guide ne pouvait en sortir*. Il y en avait, dit-on, trois mille, dont moitié sous terre*. Les murs et les plafonds étaient couverts de légendes et de figures sculptées en bas-relief dans le creux. On enfermait là les emblèmes des divinités ou les statues des rois défunts % et sans doute aussi les objets précieux, les vêtements divins, les sistres, les colliers, les parures emblématiques, en un mot tout le matériel du culte qu'une obscurité perpétuelle pouvait seule préserver des insectes, des mouches, de la poussière et du soleil. Au centre du massif on voyait douze grandes salles hypostyles, affrontées deux à deux, et dont les portes s'ouvraient, six au midi, six au nord*. A l'angle nord du carré, Amenrnemhat III avait fait dresser son tombeau, une pyramide en briques crues revêtue de pierre sculptée. C'est là qu'a-
1. Lynceas de Samos et Demoteles dans Pline, Hist. naL, XXXVI, 13. — 2. Mariette, Papyrus de Boulaq^ t. I, Introduction. — 3. Ce sont les mesures prises sur les iieux par les membres de la Commission prussienne (Lepsius, BriefCy l. l.). Elles diffèrent sensiblement des mesures données par les anciens. — 4. Pline, Hist, nat.f XXXVI, 13. — 6. Strabon, 1. XVII, ch. i.' — 6. Hérodote, II, 148. — 7. Pline, L L — > 8. Hérodote^ 11^ 148.
118 CHAPITRE ni.
près un règne de plus de quarante ans* il fut ensçyeli aw milieu de ses créations.
Entretenues avec soin par tous ses successeurs, elles durèrent longtemps après l'extinction de sa famille et la chute de son empire. Vers le cinquième siècle avant notre ère, quand les Barbares du nord, civilisés à leur tour, commencèrent à venir admirer sur les bords du Nil les restes de la grande civilisation qui s'y éteignit lentement, le Mœris et le labyrinthe apparurent à leurs yeux comme le monument le plus parfait de l'art égyptien. « J'ai vu le labyrinthe, disait Hérodote, et je l'ai trouvé plus grand encore c^ixé sa renommée. Ou rassemblerait tous les édifices et toutes les constr\ictioins des (ji^ecsi, qu'on les trout: yerait inférieurs comme travail et commei coût à ce laby-3 rinthe ; et pourtant, le tem,ple d'ilphèse est rep^^rquable, aussi çeli^i de Sa^^os. lies pyramides encore m'avaient paru plus grandes que leur renommée, et une sçule d'en-t tre elles équivaut à beaucoup des plus grande? çoïlatru^■ tions grecques; et si^ le labyriuthe surpasgç-tril même les pyramides'. ^> Quant a,u Mœi'is, c'est c< une merveille plus graude eq;icore qm U labyrinthe lui-mèmfe*. » L* suite du récit prouvei quQ dès lors lçi9QSA d'Amenemhat m était oublié. On raconta sérieusemient au voyageur grec (jue, <c le lac Rivait été creusé par up rpi du nom de Mœris 5 que pour se débarrasser de la t§rr§ prQyeuant des excav»^ tions, on l'avait jetée au Nil ^ que Psaméti)^ et ses onz^ rivaux résolurent de laisser UA monun^ent commun de leur règne, et décrétèrent la construction du labyrinthe, ui\pôu au-dessus! du lac Mœris, eu face d^ la ville des Crocodiles. » Au Psamétik et au Mœris d'Hérodote, d'autres auteurs substituèrent des Pharaons imaginaires, un Mnévis*, un Imendès% un Pétésukhis^ qu'on chercherait en vain sur les listes dç Mauéthon. C'est de nos JQur« seulement qu'on a retrouvé dans les ruines le nom du fondateur véritable, méconnu pendant plus de vingt siècles.
1. La dernière date connue jusqu'à présent est de l'an XLIII. — 2. Hérodote, II, 148. — 3. Hérodote, II, 149.- 4. Pline, Hist nat., JOLXYI, 13. — 5. Strabon, 1. XVIl,cti.i. — 6. Pline, L l
A côté de CCS entreprises gigantesques, les travaux exécutés par Amenemhat III lui-même et par ceux de sa raco dans les autres parties de l'Egypte n'offrent que peu d'intérêt. A Thèbes, Ousortesen I" commença la construction du grand temple d'Ammon. Dans la ville sainte d'Abydos, il restaura le temple d'Osiris. A Mcmphis, Amenemhat III édifia les propylées au nord du temple de Phtah*. A Tanis, Amenemhat I" fonda, en l'honneur des divinités de Memphis, un temple que ses successeurs agrandirent àTenvi*. Gomme leurs prédécesseurs de l'Ancien Empire, les princes de la douzième dynastie mettaient tous leurs soins à se préparer des tombeaux magnifiques. « Je suis, disait sousi Ousortesen P' le scribe Merri, je suis un serviteur [du prince], ingénieur, chef des travaux, une palme d'amour. Mon maître m'envoya en grande mission d'ingénieur pour lui préparer une grande demeure éternelle. Les couloir^ et la chambre intérieure étaient en maçonnerie et renouvelaient [les merveilles] de construction des dieux. Il y eut [en elle] des colonnes sculptées [belles comme] le ciel, un bassin creusé qui communiquait avec le Nil, des portes, des obélisques, une façade en pierre blanche de Rouwou ; [aassi] Osiris, seigneur de l'Ament, s'est-il réjoui des monuments de mon seigneur, [et] moi-même, j'ai été dans le transport et l'allégresse [en voyant le résultî^t] de mou travail '. » La pyramide funéraire d'Amenemhat III dans les ruines du labyrinthe et celle d'Ousortesen III à Daschour* sont les seuls de ces monuments qui subsistent encore. Aussi n'est-ce point sur les tombes royales ou sur les édifices publics qu'il faut compter pour se faire une idée de la vie commune et juger de la perfection de l'art égyptien à cette époque : les hypogées des particuliers, mieux protégés contre la rapacité des envahisseurs de l'Egypte et coutre les ravages du temps, ont seuls survécu et ont fait revivre à nos yeux la vallée du Nil telle qu'elle était il y a quatre mille ans.
1. Diodore, I, 51.— 2. De Rougé, Cours au Collecte de France, 1800. — 3. Louvre, c. in, 1. IV- VII. — 4.De Rougé, Examen critique^ p. 61.
C'est à Beni-Hassan, dans le cimetière des princes héréditaires de Meh*, qu'on peut le mieux comprendre quelle était alors la condition du pays. Ces princes appartenaient à ce que j*ai appelé ailleurs la féodalité égyptienne. Aux temps agités de la dixième et de la onzième dynastie, leurs ancêtres avaient probablement vécu dans une indépendance complète et formé une de ces dynasties locales inconnues aux annales officielles du royaume, mais si vivaces qu'elles reparaissaient à chaque nouvelle révolution, qui affaiblissait Tautorité du pouvoir central. Soumis par les Entew et les Mentouhotep avant d'avoir réussi à s'étendre sur les nomes voisins, ils se contentaient pour le moment d'occuper auprès de la personne du Pharaon les places les plus élevées auxquelles la hiérarchie du temps leur permettait d'aspirer. Aussi rien n'est-il plus curieux que leur biographie pour se faire une idée de la condition des classes nobles. Le premier d'entre eux que nous connaissions avait été institué nomarque dans la ville de Menât-Khouwou ^ par Amenemhat I" au cours des victoires qui assurèrent à ce prince la possession incontestée de l'Egypte. Lorsqu'il devint prince de Meh, son fils Nakht lui succéda à Menât -Khouwou avec le titre de gouverneur; mais Nakht étant mort sans postérité, le roi Ousortesen I" voulut bien accorder à la sœur du jeune homme, Beqet , la qualité de princesse héritière. Beqet apporta le nome de Meh en dot à son mari le nomarque Nehra, et doubla de la sorte la fortune de ce dernier. L'enfant qui naquit de leur union, Noumhotep, fut nommé tout jeune'gouverneur de la Menât-Khouwou, titre qui paraît avoir appartenu dans la famille à l'héritier présomptif, comme plus tard sous la dixneuvième dynastie le titre de prince de Koush appartenait à l'héritier présomptif de la couronne d'Egypte. Son mariage avec la dame Kheti, princesse héritière du dix-septième nome, mit sous son autorité l'une des provinces les plus fertiles de l'Heptanomide. Sous son fils Nakht, la
1. Dans l'Heptanomide. Cf. sur ces princes, Brugsch, Geog, Ins., 1. 1, p. 111-116. — 2. Aujourd'hui Minith, Brugsch, G. Ins., 1. 1, p. 224.
famille atteignit Tapogée de la grandeur. Nakht, reconnu dans toutes ses dignités , prince du dix-septième nome des droits de sa mère, reçut d'Ousortesen II un grand gouvernement, qui renfermait quinze des nomes du midi d'Aphroditopolis jusqu'aux frontières de Thèbes*.
On voit par cet exemple avec quelle facilité les nomes, principautés héréditaires placées entre les mains de quelques grandes familles , pouvaient passer de Tune à Tautre par mariage ou par héritage, à condition pour le nouveau possesseur de se faire confirmer dans son acquisition par le souverain régnant. Les devoirs de ces petits princes envers leur suzerain et leurs sujets étaient fort nettement définis : ils devaient Timpôt et le service militaire à Tun, bonne et exacte justice aux autres. « J'ai servi mon maître, lorsqu'il marcha pour battre les ennemis dans les contrées étrangères. J'ai marché en qualité de fils d'un chef, de chambellan, de général de l'infanterie, de nomarque do Meh. Je vins contre Koush et en marchant je fus conduit jusqu'au! extrémités de la terre. Je conduisis les butins de mon maître, et ma louange atteignit le ciel. Quand Sa Majesté revint en paix après avoir battu ses ennemis dans Koush la vile, je vins le servir devant lui. Pas un de mes soldats n'.a déserté, lorsque je convoyai les produits de mines d'or à la Sainteté du roi Ousortesen I" vivant à toujours et à jamais. J'allai alors avec le prince héritier, fils aîné du roi de son flanc, moi Ameni v. s. f.; j'allai avec quatre cents hommes tous choisis d'entre mes guerriers, je vins en paix et aucun d'eux ne déserta quand je conduisis le produit des mines d'or. Mon entreprise me fit louer par les rois*. » — « Moi j'étais un maître de bonté, plein d'amabilité, un gouverneur qui aimait son pays.... J'ai travaillé et le nome entier fut en pleine activité. Jamais petit enfant ne fut affligé par moi, jamais veuve maltraitée par moi; jamais je n'ai repoussé laboureur, jamais je n'ai empêché pasteur. Jamais n'exista commandant de cinq hommes dont j'ai réquisitionné les hommes pour mes tra-