Lepsius, Denkm., U, J40-i43. — 2. Lepsius, ibid.,11, Vl
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vaux. Jamais disette ne fut de mon temps, jamais affamé sous mon gouvernement, même dans les années de disette*. Car j'ai labouré tous les terrains du nome de Meh jusqu'à ses limites au Sud et au Nord; je fis vivre ses habitants en leur répartissant ses constructions , si bien qu'il n'y eut pas d'affamés en lui. J'ai donné également à la veuve et à la femme mariée, et je n'ai pas préféré le grand au petit dans ce que j'ai donné. Quand la crue
du Nil était haute et que les propriétaires de ainsi les propriétaires de toutes choses avaient bon espoir, je n'ai pas coupé les bras d'eau qui arrosent les champs^. »
Sous l'influence pacifique des vice-rois locaux, la richesse du pays, déjà si grande même en temps de trouble, se développa d'une manière merveilleuse. Il faut avoir vu sur les murailles des tombeaux de Beni-Hassan ou sur les planches du grand ouvrage de Lepsius ' les peintures où les artistes du temps ont représenté les différents métiers alors en usage, pour se faire une idée de l'activité avec laquelle étaient poussés tous les travaux utiles. C'est d'abord le labourage à force de bœufs ou à bras d'hommes; le semage, le foulage des terres par les béliers ; le hersage, la récolte et la mise en gerbes du lin et du blé, le battage, le mesurage, le transport au grenier à dos d'ânes ou paf chalands; la vendange, Tégrenage du raisin, la fabrication du vin dans deux pressoirs différents, la mise en amphores et Taménageinent des caves. D'autres tableaux montrent le sculpteur su;* pierre et le sculpteur sur bois à leurs pièces; des verriers soufflant des bouteilles, des potiers ipodelant leurs vases et les enfournant; des cordonniers, des charpentiers, des menuisiers, des corroyevirs, des femmes au métier, tissant la toile sous la suyyeillanci des eunuques^ sans trêve ni relâche. Malgré l'étalage d§ charité que les nomarques faisaient sur leurs pierres fupé-
1. Littéralement: «lorsqu'il y eut des années do fkim. » — 2. Lepsius,
Derikm.y II, 122. Cf. Birch, On a remarkable inscription of the xn*
dynastyjBrugschjReiseherichten,^. 93 sqq; Geogr, Ins., p. 111-116;
JS^iff. d Egypte, 1. 1, p. 55, sqq.— 3. Lepsius, DenJm., Il, pi. CXX-CXXX.
raires, la condition de ces classes ouvrières était des plus dures. Sans cesse courbées sous le bâton du cpntre-maî- ^re , il leur fiillait peiner du matin . au soir contre une maigre ration de vivres à peine suffisante pour leur nourriture et celle de leur famille. « J'ai vu le forgeron à ses travaux, — à la gueule du four, » — disait un scribe du temps à son fils. « Ses doigts sont [rugueux] comme des objets en peau de crocodile, — il est puant plus qu'un œuf de poisson. — Tout artisan en métaux, — a-t-il plus de repos que le laboureur? — Ses champs à lui, c'est du bois; ses outils, du métal. — La nuit, quand il est censé être libre, — il travaille encore, après tout ce que ses bras on^^ déjà fait [pendant le jour], — la nuit, il veille au flambeau.
« Le tailleur de pierres cherche du travail^ — çjn toute espèce de pierres dures. — Lorsqu'il a fini les travaux de son métier, — et que ses bras sont usés, il se repose ; — comme il reste accroupi dè^ le lever du soleil, — ses genoux et son échine sont rompus. — Le barbier rasQ jusqu'il, la nuit : — lorsqu'il se met à mange;*, [alors seulement] il se met sur son coude [pour se reposer]. — Il va de pâté de maisons en pâté de maisons pour chercher les pratiques; — il se rompt les bras pour emplir son ventre , cornme le» abeilles qui mangent [le produit] de leurs labeur^. — Le batelier descend jusqu'à Natho pour gagner son salaire. — Quand il a accumule travail sur travail, qu'il a tué des pies et des flamants, qu'il s^ peiné sa peine^ — à peine arrivet-il à son verger,' — arrive-t-il à sa maison, — qu'il lui faut s'en aller....
a Je te dirai comme le maçon — la maladie le goûte ; — car il est exposé aux rafales, — construisant péniblement, attaché aux [chapiteaux en forme] de lotus des maisons, — pour atteindre ses fins (?) — Ses deux byas s'usent au travail, — ses vêtements sont en désordre; — il se ronge luimême, — ses doigts lui sont des pains ; — il ne se lave qu'une fois par jour. — Il se fait humble pour plaire : — c'est un pion qui passe de case en case — de dix coudées sur six; — c'est un pion qui passe de mois eu moîv^ ^\xt
les poutres [d'un échafaudage, accroché] aux [chapiteaux en forme de] lotus des maisons, — y faisant tous les travaux nécessaires. — Quand il a son pain, il rentre à la maison, et bat ses enfants....
« Le tisserand, dans Tintérieur des maisons, — est plus malheureux qu'une femme. — Ses genoux sont à la hauteur de son cœur ; il ne goûte pas Tair libre. — Si un seul jour il manque à fabriquer la quantité d'étoffe réglementaire,
— il est lié comme le lotus des marais. — C'est seulement en gagnant par des dons de pains les gardiens des portes,
— qu'il parvient à voir la lumière [du jour]. — Le fabricant d'armes peine extrêmement — en partant pour les pays étrangers : — c'est une grande somme qu'il donne pour ses ânes, — c'est une grande somme qu'il donne pour les parquer, — lorsqu'il se met en chemin. — A peine arrive-t-il à son verger, — arrive-t-il à sa maison, le soir,— il lui faut s'en aller. — Le courrier, en partant pour les pays étrangers, — lègue ses biens à ses enfants, — par crainte des bêtes sauvages et des Asiatiques. — Que lui arrive-t-il quand il est en Egypte? — A peine arrive-t-il à son verger, — arrive-t-il à sa maison, — il lui faut s'en aller. — S'il part, sa misère lui pèse; — s'il ne s'en va pas, il se réjouit. — Le teinturier, ses doigts puent — l'odeur des poissons pourris ; — ses deux yeux sont battus de fatigue ; — sa main n'arrête pas. — Il passe son temps à couper des haillons ; — c'est son horreur que les vêtements.— Le cordonnier est très-malheureux; — il mendie éternellement; — sa santé est celle d'un poisson crevé;
— il ronge le cuir [pour se nourrir] *. »
Les portraits ne sont pas flattés : s'il fallait les prendre au sérieux, on n'aurait rencontré que misère dans l'Egypte de la douzième dynastie. Aussi bien l'auteur à qui je les emprunte est-il un vieux scribe gourmé et tout infatué des avantages de sa profession, qui veut dégoûter son fils des métiers et l'encourage à suivre la carrière des lettres. « J'ai vu la violence, j'ai vu la violence; —
/. Maspero, Du genre ^pistolairc, p. 50-61.
[c'est pourquoi] mets ton cœur après les lettres ! — J'ai contemplé les travaux manuels, — [et] en vérité, il n*y a rien au delà des lettres. — Comme on fait dans Teau, plonge-loi au sein du livre Qemiy — tu y trouveras ce précepte en propres termes : « Si le scribe va étudier à Sil- « silis, — son inactivité [corporelle] ne sera point sur lui. a — Lui, c'est un autre qui le rassasie ; — il ne remue a pas, il se repose. 5> — « J'ai vu les métiers figurés » y est-il dit en propres termes, — « [aussi] te fais-je aimer la littérature, ta mère ; je fais entrer ses beautés en ta face. — Elle est plus importante que tous les métiers, — elle n'est pas un vain mot sur cette terre ; — celui qui s'est mis à en tirer profit dès son enfance, il est honoré; — on l'envoie remplir des missions. — Celui qui n'y va point reste dans la misère*. » — « Celui qui connaît les lettres — est meilleur que toi par cela seul. — Il n'en est pas de même des métiers que j'ai mis à ta face : — le compagnon y méprise son compagnon. — On n'a jamais dit [au scribe] : « Travaille pour un tel ; — ne transgresse pas tes ordres. » — Certes en te conduisant à KhennoUy — certes j'agis par amour pour toi ; — [car] si tu as profité un seul jour dans l'école, — c'est pour l'éternité, les travaux qu'on y fait sont [durables] comme les montagnes. — C'est ceux-là, vite, vite, que je te fais connaître, que je te fais aimer, — car ils éloignent l'ennemi *. » L'étude des lettres sacrées et le rang de scribe menaient à tout ; les examens passés, le scribe pouvait être, selon ses aptitudes, prêtre, général, receveur des contributions, gouverneur des nomes, ingénieur, architecte. Aussi la littérature, considérée comme moyen de parvenir, était-elle fort en honneur à cette époque, et a-t-elle laissé un certain nombre de morceaux considérés comme classiques dans les siècles postérieurs. J'ai déjà eu plusieurs fois occasion de citer presque toutes les œuvres qui nous restent de la douzième dynastie, les Mémoires de Sineh*, les Instructions du roi Amenem-
1. Maspero, Du genre épistolaire, p. 49-50. — 2. 75id.,p. ^^-^"V» — 3. V. p. 103-105, 108-111.
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hat I à son fils Ousorlesen*, les Recommandations du fecribe Douaôuw-se-Kharda à son fils Papi*, et le bel hymne au Nil du Musée britannique*. On jugera par les extraits que j'en ai donnés, du mérité qu'elles pouvaient avoir aux yeux des Égyptiens.
Nous sommes encore mieux placés pourapprécier la perfection que les arts plastiques avaient atteinte. Sans doute iioUs ne pouvons nous figurer exactement ce qu'était un temple ou un palais ; le temps a fait disparaître presque jusqu'aux débris des grands édifices qui ornaient alors toutes les villes royales de l'Egypte. Les portiques des tombes de Beni-Hassan nous permettent cependant d'affirmer que l'architecture avait dès lors produit des chefsd'œuvre. L'un d'eux est décoré de colonnes doriques du fetyle le plus pur et antérieures de deux mille ans pour le moins aux plus anciennes colonnes de cet ordre qui aient été élevées en Grèce. La sculpture, bien qu'inférieure en tertaihs points au gtand art de l'Ahcién Empire, nous a laissé tant de morceaux admirables, qu'on se demande où VËgypte a jpu trouver assez d'artistes pour les exécuter, tes statues d'Amenemhat P' et d'Ousortesen I«' que M* Mariette a récemment découvertes à Tanis sont presque aussi parfaites que la statue de Khàwrâ. Elles paraissaient si belles aux Égyptiens eux-mêmes, que les Pharaons d'époque postérieure, Ramsès II et Ménephtah, les ont usurpées *. En général le style de ces inoniiments est remarquable par une vigueur souvent exagérée j les jambes sont traitées avec une grande liberté de ciseau. Tous les accessoires, dessin des ornements, gravure des hiéroglyphes, ont atteint une perfection qu'ils ne rétrouveront jamais plus. Les bas-reliefs, toujours dénués de perspective, sont, coiîiine pendant la période memphite, d'une extrême finesse; où lés revêtait de couleurs vives qui conservent encore aujourd'hui tout leUr éclat premier. L'art de la douzième dyiiastie, pris dans son ensemble, était de bien peu iiiK-
J. V. p. 101-103. — 2. V. p. 123-125.— 3. ♦. p. 11-13. — 4. Mariette, Catalogue, p. 260-261.
rieut à Tàrt des dynasties memphites. Les défauts qui plus tard arrélèréni le développement de la sculpture égyptienne, la Conveîitîoii dans le rendu des détails, la lourdeur des jointures, la raideur hiératique, se laissaient à peine sentir. Toutes les fois qu'au milieu de la décadence artistique, utie iretiaissance partielle se produisait, les sculpteurs de la dix-huitième et de la vingt-sixième dynasties allaient chercher leur modèle parmi les œuvtes de la douzième ou de la quatrième et s'essayaient à reproduire lé style de leurs prédécesseurs.
De la treizième à la qulnslèine dynaslië.
L*Êgypte était donc en pleine prospérité à la mort d*Ameuemhat III. La douzième dynastie avait conquis la Nubie et recouvré la pétiinsule du Sinaï, assaini le sol, régularisé rînondation, orné lefe principales villes de temples et de monuments, assuré là bonne administration fet par suite doublé la richesse du pays : en un mot, elle avait terminé l'œuvre de réparation que la dynastie précédente n'avait pu qu'ébaucher. C'est à tîe moment qu'elle s'éteignit après deux règnes insignifiants, ceux d'Amenemhat IV et de sa sœur Seveknowre. Treize ans et quelques mois s'étaient à peitie écoulés depuis la mort d'Amenemhat III, quatid le Thébain Sevekhotep I"' [RâkhoUtaoui) monta sur le trône et commença la treizième dynastie.
Elle dura, dit-on, quatte cent cinquante-trois ans et compta soixante rois, dont l'ordre de succession est encore incertain. Pendant ce long intervalle de temps, la série dynastique, plusieurs fois interrompue par le manque de lignée mâle, feô renoua sàUfe secousse, grâce aux droits héréditaires que possédaient les princesses , et qu'elles transmettaient à leurs enfants. Sevekhotep II (Râskhemouatetoom*), fils d'un simple prêtre, Mentouhotep, et d une princesse royale, hérita de sa jnère la couronne d'Egypte*; Nowerhotep II [Râkhaseshesh)^ dont le père n'appartenait