‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 3)Chapitre 20 sur 170 · ANC, "SS · texte numérisé non relu

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Perse et l'Arabie, poussèrent jusqu'au détroit de Bab-el- Mandeb, le franchirent et se fixèrent sur les bords du Nil Bleu, où leur postérité, «Koush la vile, » fut pendant des siècles Tennemie acharnée des Égyptiens. Les Koushites paraissent avoir eu de bonne heure le goût delà mer. «Depuis les bouches de Tlndus, les côtes du Gatoch, du Guzerate, du Goncanet du Malabar; depuis les rivages de la Gédrosie, de la Garamanie, de la Perside, ainsi que par tous les contours du golfe Persique, il y a une série d'exploits mythologiques qui remontent à eux comme à leur principe. Ils longent les côtes de l'Arabie jusqu'aux rives de l'Afrique éthiopienne, où ils s'étendent vers la région de Sofala ; ils pénètrent par le détroit de Bab-el- Mandeb et s'avancent jusqu'à l'extrémité du golfe Élanitique. Leur activité franchit ces bornes. Nous pouvons les suivre sur la route de la Méditerranée, depuis le Delta de l'Egypte jusqu'à Joppé sur les rivages de la Palestine*. » Ainsi du Gange au Nil, de la mer de Grèce à la mer des Indes s'étendit Koush, la plus importante peut-être des races primitives dont l'humanité ait gardé souvenir. Sa renommée et son pouvoir, bien affaiblis pourtant aux siècles où les tribus helléniques naissaient à la vie de l'histoire, pénétrèrent jusqu'en Grèce; les poètes mirent onscèneMemnon*,le fondateur de Suse*, l'allié de Priam, et le vieil Homère célébra les Éthiopiens, les plus sages et les plus lointains des hommes, dont les uns habitent au soleil levant, les autres au soleil couchant*.

Les Koushites parlaient une langue apparentée de très^ près à l'hébreu, à l'arabe et aux autres idiomes sémitiques. L'explication la plus simple de ce phénomène est celle qui verrait dans les Koushites et dans les Sémites, non pas des

1. D'Eckstein dans VAthenxum français, 22 avril 1854. — 2. Hésiode, Théogonie, 984 ; Pindare, Néméennes, III, 62-64 ; Eschyle dans Strabon, XV, 3, S 2. — 3. Hérodote, V, 54 ; Diodore de Sicile, II, 22, § 3. - 4. Albioizotç, roi di^Oà ttZaiarat, l^x^xoi &v6p£^v, Ot (lèv fivKroiAsvov *ricsp(ovoç, ol 6*àvto;;Toç. Odyssée, I. 23, 24. Éphore entendait ce passage de la division des Éthiopiens en Ethiopiens d'Afrique et en Ëthiopiens d'Aaie (Fragm,, 38) ; quoi qu*en dise Strabon^ Texplication d*Éphore ff^Ua vraie.

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races entièrement distinctes, mais les deux parties d'une même race civilisées à des époques différentes. Les KoU" shites, « cette branche ancienne de la famille sémitique, partie la première du berceau commun, la première aussi parmi cette foule de hordes longtemps nomades, se fixa, puis s'éleva à la civilisation, pour devenir à ses frères demeurés pasteurs un objet d'envie et d'exécration tout à la fois ^ » Aussi bien les plus anciennes traditions des Sémites nous montrent-elles les peuples de cette race éta^ blis sur les confins de laGhaldée. Us arrivaient de l'Orient, et descendaient de ce plateau central d'où sont sorties toutes les races nobles de l'ancien monde; ils apportaient avec eux le souvenir de leur patrie transoxienne et du grand déluge qui les en avait chassés. D'abord cantonnés en Arménie, au pied de l'Ararat, entre le cours supérieur du Tigre, de TEuphrate et du Kyros*, ils se répandirent vers le sud, au pays d'Arphaxad', en Mésopotamie, et de là plus tard en Syrie. Plusieurs de leurs tribus poussé* rent jusqu'en Ghaldée, et ajoutèrent aux deux éléments que renfermait déjà ce pays un troisième élément moins important que les deux autres. Les unes se fondirent bientôt avec les Koushites, dont elles parlaient la langue ; les autres, après s'être maintenues un temps plus ou moins long, finirent par quitter la Ghaldée et par aller chercher au loin un sol plus favorable à leurs goût? nomades.

Trois des principaux peuples Koushites se fixèrent dans les alentours du golfe Persique. Le premier, appelé Kosséens ou Eissiens par les auteurs classiques, s'établit dans la région montueuse qui s'étend à l'orient du Tigre*. Le second s'échelonna le long du Tigre et de TEuphrate

1. Creutzer et Guigniaut, Religions de Vantiquitéf t. II, 3' partie, p. 822. — 2. Âmos, IX, 17; Gesenius, Thésaurus, s. v. Ktr; Kiiobel, JHe VcsUterlafél der Genesis, p. 150, sqq ; Renan, Histoire des langues simtHques, p. 29 sqq. — 3. Arph-Kasdim, Ator-Kasdim, litt. : • Frontière des (àialdéens. » Michaëlis, SfHeUegium, II, p. 75 ; Gesenius, Thêtaurui, — 4. Hérodote appelle la Susiane Kt(T<r(n ^^ (V. 49) ou yjat^ (T. fiS ; n, 119) et ses habitants Kioaioi (lU, 92 ; Vil, a2J^«-avtiy) $^t%r^ ont la forme KoffaMa et Ko^aatot (c/. Arrien^ Indi^W, K^^ V^

inférieurs, où il forma plus tard rélêment prépondérant de la population chaldéenne. Le troisième vint habiter les rives méridionales du golfe Persique qu'il quitta plus tard pour aller s'installer aux bords de la Méditerranée. Ce ne fut pas d'abord sur le continent même, ce fut dans les petites îles de la côte que les Koushites élevèrent leurs sanctuaires les plus vénérés, sans doute pour les mettre à l'abri d'un coup de main et les soustraire aux chances d'une invasion. Les gens de la troisième tribu, qui furent plus tard les ancêtres des Phéniciens, avaient occupé les Bahréïn, et surtout deux d'entre elles, qu'ils appelèrent Tsour et Arad*. Une autre île sacrée, Dilmoun ou Dilvoun, était située à quelque distance de l'embouchure du Tigre, sur la côte susienne*. C'est dans ces retraites inviolables que s'organisèrent à loisir les premiers collèges sacerdotaux où s'élabora la civilisation à la fois religieuse et scientifique des populations koushites. En astronomie, on leur doit l'invention du zodiaque et de ses douze divisions en trois cent soixante parties ou degrés, dont chacun se subdivisait en soixante minutes, la répartition du jour naturel ou nycthémère en douze heures équinoxiales formées chacune de deux heures ordinaires. Les Grecs trouvèrent, dit-on, à Babylone, des séries d'observations notées sur tablettes d'argile cuite et remontant à une fort haute antiquité'. Leg fouilles modernes nous ont livré les fragments d'un ouvrage de mathématiques où sont enregistrés les carrés des nombres fractionnaires ^ 2 jusqu'à |{} 2

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Au fond des religions koushites comme au fond de toutes les religions, nous retrouvons un dieu à la fois un et multiple : un^ parce que la matière émane de lui et qu'il se confond avec la matière ; multiple parce que chacun des

1. Tyros et Arados, Strabon, 1. XVI, p. 766. D'après Pline, YI, 32, 111e se nommait Tylos. Cf. Androsthènes dans Théophraste, De caus. plant, f II, 5, S. — 2. Fr. Lenormant, Essai sur un document mathématique ehaldéen, p. 123-145; cf. Essai de commentaire, p. 230-222. — 3. £pigènes dans Pline, VII, 65. — 4. Fr. Lenormant, Essai tur un de eument mathématique ehaldéen, Pa.Y\s,lEGB, in•8^

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actes qu'il aecomplit en lui-même sur la matière est con« sidéré comme produit par un être distinct et porte un nom spécial. Au début ces êtres distincts ne sont pas encore groupés et distribués selon une hiérarchie régulière ; ils coexistent* sans être subordonnés, et chacun d'eux est adoré de préférence à tous les autres dans une ville ou par un peuple, Anou dans Ouroukh, Bel à Nipour, Sin à Our, Mardouk à Babylone. Anou, Bel, Sin, Mardouk ne sont qu'une substance unique, et pourtant la substance unique dont ils sont les noms possède double essence : elle réunit en une même personne les deux principes nécessaires de toute génération, le principe mâle et le principe femelle. Chaque dieu se dédouble en une déesse correspondante, Anou et Sin en la déesse Nana, Bel en Bêlit, Mardouk en Zarpanit. Les êtres divins ne se conçoivent plus isolément, mais par couples, et chacun des couples qu'ils forment nest qu'une expression du dieu primordial unique, malgré le dédoublement de sa nature, comme il est unique malgré la multiplicité de ses noms. L'ordre de préséance de ces couples divins se règle au hasard de la politique; celle des villes qui exerce l'hégémonie sur les autres villes chaldéennes impose son dieu aux autres dieux. Sin a le pas au temps de la suprématie d'Our ; Samas au temps de la suprématie de Larsam. Ce fut seulement deux mille ans avant notre ère, sous Saryoukin !•', roi d'Aganë, et sous son fils Naramsin, que les prêtres, travaillant sur le vieux fonds des traditions , essayèrent d'établir un système régulier où les émanations de la divinité, au lieu d'être toutes placées sur le même rang, furent subordonnées les unes aux autres. Ils réussirent à former une religion officielle qui remplaça les cultes locaux et régna désormais sur toute la Gh^ldée^

Au sommet de la hiérarchie trône le dieu suprême, Ilou, qu'à Ninive on nomme plus tard Assour. Du dieu suprême émana le chaos primordial, la matière encore sans forme et dans laquelle toutes les formes sont confondues. La

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