‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 3)Chapitre 24 sur 170 · BIST, ANC, V · texte numérisé non relu

BIST, ANC, V

que les Égyptiens désignaient sous le nom j^Aériiîtte de Shôs (pillards). Ces Shôs ou Shasou répandue) de l'isthme de Suez aux bords de TEuphrate, à la lisière des terres cultivées, ne cessaient de harceler tous les peuples de Syrie; On les trouvait dans les plaines du Sud comme dans celles du Nord; la Gœlé-Syrie et la Phénicie même étaient sujettes à leurs incursions et le voyageur les rencontrait jusque dans les gorges du Liban ^.

Au delà de TEuphrate commençait, sinon Tempire chal^ déen, au moins les nations placées plus directement so»8 l'influence des rois de Ghaldée. La conquête élamite n'avait pas suffi à détruire les petits étatls qui se partageaient lé bassin inférieur du Tigre et de l'EuphrÂte : elle les avait rendu tributaires d'un étranger, mais leur avait laissé l'existence. Koudour-NakhoUnta, le premier d'entre eux, gouvernait de Susé et ses successetitis immédiats agirent comme lui. Les plus connus d'entre êtii, KoudoUr-Lagar mer et Koudour-Mabouk, entreprirent des conquèteé loiiH taines. La Bible nous raconte que tLoudouiT'Lagamer (Kh<)^ dor-Laomer) envahit la Syrie avec sels vassaux, Atïiiràphel, roi de Sinéar, Ariokh, roi d'Êlassar et Thargal, roi des îiations barbares de la Mésopotamie. Il battit les princes delà Syrie du sud confédérés contre lui, et leur imposa' le tribut pendant dbuze années consécutives. La troisième &nnée fut marquée par un soulèvement général : Koudour-Legamer accourut, vainquit les révoltés dans la vallée de Siddim et pilla leurs villes. C'est au retour de cette expédition qu'il fut, dit-on, attaqué par Abraham, chef des HébretiXj et essuya une légère défaite *. Un de ses successeurs, Koudout-Mabouk, conduisit encore des expéditions en Syrie; mais après lui le pouvoir de la dynastie élamite ne cessa d'aller tou'jours diminuant. Les rois de la Chaldée du sud, surtout ceux de Larsam, affirmèrent hautement leur indépendance, tandis qu'au nord les princes d'Aganê commençaient d'étendre les frontières de leur territoire. L'élément sénlito-kou-

1. Pap. Anastasi 1, pi. XIX, l. 1-2. Cf. Chabas, Voyage, p. 112, 1^9. '^2, Genèse, xiY,\', G. Rawlinson, The five great Honairchies, p. 161-1G3; Fr. Lenormant {La langue primiiwe de la Chaldée j p. 372-379).

ïhite prédominant à Babylone et jusqu'alors subordonné à l'élément touranien, réagissait contre Toppression à laquelle il avait été soumis : Saryoukin I, roi d'Aganê et Tun les héros de l'antiquité chaldéenne finit par le faire triompher.

Les aventures de Saryoukin I donnèrent naissance à des légendes populaires que l'histoire officielle finit par recueillir. La statue tfui lui fut élevée plus tard dans, la ville d'Aganê portait sur sa base l'inscription suivante : «Saryoukin, le roi puissant, le roi d'Aganê, c'est moi. Ma mère ne connut point mon père; mais ma famille appartenait aux maîtres du pays. En la ville d'Azpiranni, qui est située sur les bords de l'Euphrate, ma mère me conçut : elle pie mit au monde dans une place secrète. Elle me déposa dans une corbeille de joncs dont elle ferma le couvercle avec du bitume et me jeta ainsi au fleuve dont l'eau ne put pénétrer jusqu*à moi. La rivière m'entratna : elle m'emporta jusque vers Akki, l'ouvrier tireur d'eau. Akki, l'ouvrier tireur d'eau, dans la bonté [de son cœur], me recueillit; Akki, l'ouvrier tireur d'eau, m'éleva comme son propre fils ; Akki, l'ouvrier tireur d'eau, m'établit commme jardinier....; [dans ma profession] de jardinier, Istar me fit prospérer, [au bout de...] ansj je m'emparai du pouvoir royal. » C'est toujours l'histoire populaire des fondateurs de religion ou d'empire : l'histoire de Moïse jeté sur les eaux et recueilli par la fille de Pharaon, l'histoire de Kyroô et de Romulus exposés et nourris par un berger jusqu'à l'adolescence*.

Saryoukin I fut un conquérant : il soumit les petits royaumes chaldéens à l'exception de ceux de Larsam et d'Apirak, Bt pénétra jusqu'au golfe Persique, puis, se tournant contré les Élamites, les vainquit et les contraignit au tribut. Les tribus du nord, les Goutim, qui occupaient tout le pays entre l'Euphrate et les monts Gordyœens, furent réduites, et

1. Smith, Notes on the early hislory, et Fox Talbot, A fragment of mcient Assyrian mythology dans les Transactions of the Society of BihU'cal Archœology, t. I, p. 271-280; Fr. Lenormant, Les Premiéru civilisations, t. II, p. 104-110.

Saryoukin, reprenant les voies tracées par les conquérants élamites, pénétra jusque dans la Syrie. Au retour de ces expéditions, il fit rebâtir le temple d'Aganê et la pyramide Oulbar, consacrée à la déesse Anounit. Son règne marque au dehors Tapogée de la puissance chaldéenne, au dedans le commencement de la prépondérance des races sémitokoushites sur toute la Chaldée. Il fonda à Ouroukh une bibliothèque qui fit bientôt donner à cette ville le nom de Ville des Livres. Pour la remplir, il fit rechercher tous les vieux livres qui renfermaient les traditions du sacerdoce chaldéen et composer des livres nouveaux en langue sémitique. Un des grands ouvrages résumait les règles d'augures et les «observations des astronomes antérieurs; un autre donnait les règles de grammaire des deux langues sémitique et touranienne. Pour les traités de magie et de législation, qui avaient été rédigés primitivement dans le vieil idiome touranien, Saryoukin les fit traduire et commenter. Rassemblés et transcrits à grand'peine sur des tablettes de terre cuite, ils subsistaient encore plus de quinze siècles après; le roi d'Assyrie Assour-ban-habal, en fit prendre des copies, dont les débris trouvés à Ninive forment une des richesses du Musée britannique*.

Saryoukin I eut pour successeur son fils Naram-sin, comme lui roi guerrier et grand constructeur. Il combattit en Chaldée, en Syrie, et poussa jusqu'au pays de Magan, riche en cuivre, probablement jusqu'à la péninsule du Sinaï*. Mais après lui le pouvoir tomba aux mains d'une femme, Bllatbaou. Le prince qui régnait alors à Larsam, Rim-akou, en profita pour reconquérir toute la Chaldée méridionale : il allait sans doute se jeter sur Babylone elle-même, quand il fut prévenu par un ennemi plus redoutable. Khammouragas, roi des Kassi du pays d'Élam, détrôna la reine Ellatbaou et s'intronisa à sa place. II fit réparer les canaux an-

1. Smith, Notes on the early history; Fr. Lenormant, Études awh

diennes, l'* partie, troisième fascicule, p. 79 ; Les premières civilisa'

tions, 1. 11, p. 105-106. — 2. Smith, Ibid.; Fr. Lenormant, Études acco'

diennes, 1" partie, troisième fascicule, p. 79-80 ; cf. Hàigh dans la

Zeitschrifl, 1874, p. 20-23, elScYvtadct à\im\^Ze\UtlvK(ît^l874,p. 50-53.

cîens, rectifier le cours du fleuve et creuser des bras nouveaux, restaurer les monuments de ses prédécesseurs. Il se tourna ensuite contre Rim-akou et acheva la conquête de toute la Ghaldée*. Babylone agrandie devint sa capitale, et celle de ses successeurs après lui. La dynastie cissienne, dont il fut le fondateur, continua de régner pendant plusieurs siècles, sans grand éclat à ce qu'il semble ; si nous avions d'une manière complète les annales de cette époque, nous n'y trouverions guère que des révoltes contre l'autorité centrale, interrompues çà et là par des luttes contre des Élamites, l'indication des temples restaurés et fondés, des canaux nettoyés ou creusés à nouveau. La Chaldée, replié^ sur elle-même, avait perdu les conquêtes lointaines de Koudour-Lagamer et de Koudour-Nakhounta, de Saryoukin I et de Naram-sin.

Cependant au nord de Babylone et dans les pays jusqu'alors occupés par lesGoutim, venaient de s'élever une ville et un royaume nouveau, Elassar et le pays d'Assour. Elassar* était construite sur la rive gauche du Tigre, à soixante kilomètres au-dessus de sa jonction avec leZab inférieur. Sur la môme rive du fleuve, mais plus haut vers la source, au delà du Zub supérieur, on rencontrait la forteresse de Nini, ou Ninive'. Le pays d'Assour, gouverné par des souverains pontifes Shakannakou*, relevait de la Ghaldée. Ses premiers princes connus, Ismi-dagan et Samsi-Bin, régnaient à la fois surNipour et sur l'Assyrie : ils vivaient entre 1800 et 1760 avant notre ère*. et se trouvaient contemporains des premiers rois de la dix-huitième dynastie. Leurs successeurs, sinon eux-mêmes, étaient destinés à sentir bientôt le poids de la puissance égyptienne.

t. J. Menant, Inscriptions de Hammourabi; J. Oppert, Histoire des empires, p. 34-37 ; G. Rawlinson, The five great Monarchies ^ 1. 1, p. 168- 169 ; Fr. Lenormant, Études accadiennes, p. 80 ; G. Smith, Notes. — î. Aujourd'hui Kalah-Sherghat. — 3. Nini, iVit, est la forme égyptienne du nom. — 4. Ce nom a été lu Patis. M. Pognon a trouvé des variantes qui démontrent Tauthenticité de la lecture Shakannakou. — 5. J. Menant, Annales des rois d' Assyrie j d. 17-19.

lia dlx-haUlème dysasile.

Il serait curieux de connaître l'impression que fit ce inonde nouveau sur les premiers Égyptiens, qui s'y aventurèrent. Par malheur, le récit des campagnes de Thotmès I"' n'est pas arrivé jusqu'à nous. Nous savons seulement que dès l'an I de son règne, il poussa jusqu'au nord de la Syrie * et qpi'il éleva ses stèles de victoire sur les bords de TEuphrate *, probablement dans les environs de Karkémish. Cette première campagne, ou plutôt ce voyage de découverte, traça la route que les armées égyptiennes devaient suivre désormais dans toutes leurs guerres, sans jamais s'en écarter. Au sortir d'Egypte elles marchaient sur Raphia, la plus méridionale des villes syriennes, de là snr Gaza, Âscalon et lertsa. A la station de louhem, la route se divisait en deux branches. La première, de moitié pins courte que l'autre, menait droit au nord, laissant un peu sur la gauche le grand port de Jopé et ses jardins délicieux : près d'Aaloun elle s'enfonçait dans les gorges du Garniel, puis reparaissait dans la plaine, un peu au nord de Taânak, une des villes royales des Cananéens, et, quelques milles plus loin, aboutissait à Mageddo. L'autre branche tournait à Test, au sortir de Jouhem et courait à travers les monts Amorrhéens; elle remontait vers le Jourdain par Tsewta, contournait les massifs d'Éphraïm par Ophra la Grande et Ophra la Petite, laissait un peu sur la droite Bethshear, puis descendait dans la plaine de lesréel par Eishion et Shounem, pour aboutir derrière Mageddo, à peu près à michemin entre la ville et le Thabor. Mageddb, bfttie au bord du torrent de Qina, barrait les voies du Liban et pouvait à volonté ouvrir ou fermer la route aux armées qui marchaient vers rEuphrîfte. Aussi joua-t-elle dang toutes les guerres des Égyptiens en Asie un rôle prédominait : ^}e fut le point de ralliement des forces cananéennes et le poste

L LepsiuSj Denhm.y III, 5. ^ 3. De Rougé, Annales de TouÉhmit m»

avancé dea peuples du Nord contre les attacpeB venues du sud. Une bataille perdue sous ses murs livrait la Palestine entière aux mains du vainqueur et lui permettait de continuer sa marche vers la Gœlé-Syrie.

Au sortir de Mageddo, les Égyptiens franchissaient le Thabor et débouchaient sur les bords de la mer de Qalilée, auprès de Einneret, remontaient le Jourdain presque jusqu'à sa source par Mérom, Kadesh (plus tard Radesh de Naphtali], Laïs, Hazor; Rohob et franchissaient les collines qui séparent la vallée du Jourdain de celle de Natsana, non loin du bourg actuel de Ghazzé. Us remontaient jusqu'à la source du Natsana, non loin de Tibekhat (Baalbeck?) et descendaient la vallée de TOronte jusqu'à Hamath. Kadesh la Grande était la plus importante des villes qu'ils rencontraient en chemin. Elle était bâtie aux pays des Amorrhéens, sur la rive et dans un des replis de TOronte. Les chefs syriens, battus à Mageddo, rétrogradaient d'ordinaire jusqu'à cett^ ville et livraient leur seconde bataille sous ses murs. Vaincus, ils n'avaient d'autre ressource que de se disperser et de s'enfermer chacun dans sa forteresse. Les rois d'Ég3^te longeaient l'Oronte, prenaient Hamath, puis, arrivés à peu près à la hauteur d'Ântioche, tournaient à droite et gagnaient Khalep et Patan (Batanœ)^ De là à Rarkémish il n'y avait que quelques heures de marche.

Les peuples situés à droite et à gauche de eette route militaire reconnurent l'autorité des Pharaons et firent partie de leur empire. Les uns^ à l'eiremple des Phéniciens, se soumirent presque sans combat; il fallut, pour réduire les autres, de longues guerres et des batailles acharnées. Aussi bien ne peut-on guère se représenter la domination égyptienne comme quelque chose d'analogue à ce que fut plus tard la domination romaine. La 8yrie, l'Arabie, PÉthiopie ne devinrent jamais des provinces assimilées aux nqmes de l'Egypte et administrées par des officiers de race égyptienne. Biles gardèrent lei^rs anciennes lois, leurs anciennes religions, leurs anciennes coutumes, leurs dynasties, res-

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