‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 3)Chapitre 23 sur 170 · I. Apapi ÏUL-AÂ-qene». I. TÂ-Âl I*» RIsqkreii · texte numérisé non relu

I. Apapi ÏUL-AÂ-qene». I. TÂ-Âl I*» RIsqkreii

U. TÂ-U U RÂSQENBN n.

7 ('AXi99paY(&ouOcAoic).

? (Ts6(Udfftc).

7 TÀlÂQEN lUSQENEN 10.

7 Rames RI-oni.T8-KB0FBB.

La Syrie et l'empire chaldéen depuis l'invasion cananéenne jusqu'us invasions égyptiennes. — La dix-huitième dynastie. — La diz-iMSvième dynastie. — Séti I" et Ramsès II.

I<a Syrie et rcmplre ehaldéen depuis FliiTasleM Jusqo^aux InTasIeiis ésypflenne*.

Ce fut Thotmès I«', fils et successeur d'Amenhotq), qû

le premier entraîna les Égyptiens à la conquête de rAsio<

Le pajs qu'ils rencontrèrent au delà de Tisthme portait

S lors le nom de Syrie * , La Syrie se termine vers le nord z derniers escarpements du mont Tauros. Elle est mée à Test par TEuphrate et le désert, au sud par la ar Rouge, à l'ouest par la Méditerranée. Elle est traversée i sud au nord par deux chaînes de montagnes parallèles, Liban et TAntiliban; entre les deux s'étend une large liée parcourue dans toute sa longueur par le Natsana itany) et TOronte. L'Oronte prend sa source dans TAnti- )an. Il est formé par la réunion d'un nombre considérable » petits ruisseaux et de torrents. Il coule d'abord au nord- >rd-ouest, mais, arrivé dans la plaine, il tourne à l'est, iverse un lac d'environ trois lieues de long sur une lieue \ large, puis incline au nord et court presque parallèleent à la mer jusque vers 36* de latitude. En cet endroit se jette brusquement à l'ouest, puis au sud, et se précipite ins la mer après un cours d'environ soixante lieues, dont violence lui a fait donner par les riverains le nom de ahr-el-Assy, le fleuve rebelle. Le Natsana* naît dans l'Aniiban, à quelques kilomètres de l'Oronte, et se dirige vers sud-sud-ouest. A mesure qu'il s'éloigne de sa source, vallée s'étrécit peu à peu et le force à resserrer son mrs : elle finit par former une gorge abrupte de plus de t)is cents mètres de profondeur, et si étroite qu'en un enroit des masses de rochers détachés d'un des flancs de la lontagne sont venus s'arc-bouter sur le flanc de la monigne opposée et forment comme un pont naturel au-dessus B la vallée. Le Natsana ne sort de ce ravin que pour >niber dans la mer, à trente lieues environ de sa source rincipale. Le bassin des deux rivières n'est qu'une seule jJlée d'environ quatre-vingts lieues de long et coupée à la ^8sance du Natsana et de l'Oronte par une mince chaîne

1* Le nom égyptien est Khar, ou, par dégénérescence de Taspirée ^en shuintante Shar. C'est peut- être une variante du nom d^Àkharrou, accident, sous lequel les Assyriens désignaient la côte syrienne de la '^diterranée. Les monuments égyptiens des basses époques donnent la ^^^tAshar, — 2. Sur le nom de Natsana, cf. Maspero, dans les Ué- ^JM,t.I, p. 140-141.

de collines peu élevées. Peu de pays du monde antique étaient aussi fertiles que cette région creuse de la Syrie. Vers le sud, ce sont des champs de blé et des vignobles qui tapissent le fond de la vallée et s'étagent aux flancs de la montagne, partout où le pied de l'homme a pu atteindre. Au nord, les alluvions de TOronte ont produit un sol noir et fécond, riche en céréales et en fruits de toute sorte. Aussi la Syrie Creuse (Gœlé-Syrie), après avoir nourri tour à tour les conquérants égyptiens, assyriens, persana, macédoniens, qui ont passé sur elle, a^-t-elle fini par devenir entre les mains des Romains un des greniers de l'univers.

Autour de cet heureux pays, qui est comme le noyau de la Syrie entière, s'étendent dans toutes les directions, an nord, au sud, à Test, à l'ouest, des régions de nature et 3'aspects différents. Vers le nord, entre l'Oronte et VEokr phrate, se trouve une contrée aride et pauvre, bordée à sa partie septentrionale et occidentale par le T$ii|ros et le Ehamana (Amanos). De ces deux montagnes se détachent des contre-forts qui s'abaissent graduellement et se déploient bientôt en plateaux crayeux ou rocheux, semés de collines à croupe arrondie et pelée, ravinés de vallée9 étroites et tortueuses ouvertes vers l'Euphrate, l'Oronte et le désert. Aux plateaux succèdent de vastes plaines traversées par des rangées de collines basses et nues : le sol est sec et pierreux, la végétation rare, les cours d'es^u sont peu nombreux et d'un faible débit. Le plus important est la rivière d'Alep (le Khalus de Xénophon), qui traîne lentement sod cours du nord au sud et va se perdre à la lisière du désert dans un petit lac salé semé d'îlots. A peu près à égale distance entre le Rhalus et l'Ei^phrate se trouve un second lac salé d'assez vastes dimensions, mais sans écoulement. Les céréales, la vigne, l'olive, la pistache, croissent à grand'peine dans ces régions brûlées : la partie montagneuse est seule dssez riche pour nourrir ses habitants.

A l'est de l'Antiliban s'étend la Syrie Damascène, véritable jardin dominé par les cimes neigeuses de l'Hermon et où deux rivières, l'Abana et le Pharphar, entretiennent en face du désert une végétation luxuriante. C'est une large

plaine entrecoupée de canaux : au contraire, le pays sitii,6 a l'ouest du Liban n'est qu'une bande de terrain dont la largeur n'excède pas huit ou dix lieues. De l'embouchure du ^atsana à celle de l'Oronte se déroule comme un long ruban de sable creusé de havres nombreux et coupé fréquemment de pointes rocheuses qui s'avancent assez loin dans k mer pour former de^ ports excellents. Au delà de la plage, sur les premiers versants des coUii^es et dans les ravins, l'oUvier, la vigne, le blé, croissent à merveille, Lea parties hautes de la montagne étaient revêtues jadis d'im^ menses forêts de chênes, de sapins et de cèdres. Ilulla grande rivière^ J^ai^ p^tout des torrents impéti^euit, lo Léon, le Lykos (Nahr-el-Kelb), qui s'|§lancent presque d'un seul bond des sommets du Liban dans la mer.

Sur Je flanc oi;est de l'Hermon, à l'extrémité méridiof n^e de l'Antiliban, commence une vallée qui ne ressemblil à aucune autre au monde. C'est une déchirure produite è^ la surface de la terre par les actions volcaniques, une large fissure qui s'est entre-bâillée au commencement des siècles et ne s'e^t jamais plus refermée. Le Jourdain qui l'arrose y forme, à quelques lieues à peine de sa source, un lac, celui de Merom, dont le piveau concorde avec )e niveau de 1^ Méditerranée. Mais à partir de ce point la vallée se creu^Q et s'enfonce pour ainsi dire en terre ; le fleuve descend du lac de Merom au lac de Oénésareth, du lac de Génésaretb à la mer Morte, où la dépression du terrain atteint son maximum d'intensité, quatre cent dix-neuf mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée. Au sud de la mer Morte la vallée sib resserre, s'élève rapidement jusqu'à une hauteur de pjinq cents mètres avapt de venir expire? au fond de la mer Rouge.

Rien de plus différent comme aspect que les pays situéa à l'est et à l'ouest du Jourdain, A l'est, le terrain monte brusquement jusqu'à une hauteur d'environ mille mètres, puis se déploie et forme un immense plateau légèrement ondulé sur lequel courent les grands affluents du Jourdain et de la mer Morte, l'Yarmouk, le Jabboketl'Arnon. Al'oueat ce sont des masses confuses de collines axiouàlv^'^ ^^\i\.\^

croupe pierreuse et à peine recouverte d'un sol maigre produit néanmoins le blé, Tolivé et le figuier. Un rameau détaché de la chaîne principale un peu au sud du lac de Génésareth, le Garmel (Karmana), se projette vers le nordouest et va droit à la mer. Le pays au nord du Garmel^ la Galilée, abondait en eaux fraîches et en vertes collines; « les grosses fermes étaient ombragées de vignes et de figuiers; les jardins étaient des massifs de pommiers, de noyers, de grenadiers. Le vin était excellent, s'il en faut juger par celui que les Juifs recueillent encore à Safed. » Au sud du Garmel, la contrée se partage naturellement en trois zones parallèles. G'est d'abord une plage sablonneuse qui court le long de la mer, puis une large étendue de plaines boisées par endroits et arrosées par des rivières encombrées de roseaux, enfin la région montagneuse qui sépare le versant maritime de la vallée du Jourdain. La région des dunes est susceptible de culture, et les villes qu'elle renferme, Gaza, Joppé, Ashdod, sont entourées de bosquets d'arbres fruitiers. La plaine est d'une fertilité merveilleuse, formée d'un sol d'alluvion qui produit chaque année des moissons considérables sans engrais et presque sans travail. Les montagnes, assez bien boisées dans certains endroits, deviennent de plus en plus nues à mesure qu'on avance vers le sud. Les vallées y sont sans eau ; le sol aride et brûlé perd peu à peu de sa fertilité et finit par se confondre avec le désert. Dès lors ce n'est plus jusqu'à la mer Rouge qu'une série de plaines sablonneuses, ravinées par le ht de torrents à sec et dominées par des massifs volcaniques, à l'est le Séïr, au sud le Sinaï. Les pluies du printemps y développent pendant quelques semaines une végétation hâtive qui suffit aux besoins des tribus nomades et de leurs troupeaux.

Les peuples qui occupaient cette vaste étendue de territoire au temps de l'ancien empire égyptien avaient disparu presque entièrement de la scène du monde au moment où les lourds bataillons de Thotmès I*' franchissaient pour la première fois l'isthme et le désert. Surpris et débordés par I& grande invasion cananéenne, îi^ ^-s^^t^X. ^\.4 ^n partie

LA CONQUÊTE ÉGYPTIENNE. 18b

détruits, en partie absorbés pat les conquérants. C'est à peine si quelques-unes des tribus primitives purent garder leur indépendance. La conquête hébraïque trouva encore des Rephaïm établis à Torient du Jourdain *. « Un peuple grand et de forte stature », les Anakim, et de qui on disait : « Qui peut tenir devant les enfants d'Anak*?» vivait dispersé dans les massifs montagneux qui bordent la mer Morte. Un de leurs chefs mythiques, Arba, y avait tonde, « sept ans avant Tanis d'Egypte • », la ville de Kiriath- Arba, qui plus tard devint Hébron *. Sur les confins du désert, les Horim habitaient les parages du mont Séïr'^ et les Awim la plaine au sud-est de Gaza *. D'autres tribus durent échapper et se maintenir au moins pour quelque temps sur quelques points du territoire : mais celles-là mêmes succombèrent à la longue. Leur nom s'éteignit, leur souvenir s'effaça ou se perdit au milieu des fables. On se figura les anciens maîtres du pays comme des géants [Rephaïm), à la voix bourdonnante et indistincte [Zonhzorrmiim) , des monstres formidables [Emim) '^ devant qui les autres peuples «paraissaient comme des sauterelles*». La Syrie entière, renouvelée par des invasions successives, se trouva bientôt divisée et comme répartie entre trois grandes races issues d'une souche commune et parlant les dialectes d'une même langue : les Araméens au nord et à l'est du Liban; les Cananéens le long des côtes, au cœur et au midi de la contrée, dans les vallées de TOronte supérieur, du Natsana et du Jourdain ; les Térachites au midi et à l'orient de la mer Morte, sur les confins du désert d'Arabie.

Les Araméens établis sur les deux rives de l'Euphrate, en Mésopotamie aussi bien qu'en Syrie, ne se sont jamais avancés bien loin vers le sud. Plusieurs de leurs tribus, les Solymes, les Érembes, franchirent l'Amanos et se glissèrent le long des côtes méridionales de l'Asie Mineure jus-

1. Devd.y m, 8. — 2. /fttd., IX, 2. — 3. Nomb,, XIII, 22. — 4. Juges ^ I, 10; Josué, XIV, 15. — 5. Gen., XIV, 6; Dcut., Il, U-ia.— ^^ Deul.^ U, 28. — 7. Veut., H, lO-U, 20-21. — 8. Nomb,, XIU, ^^.

(pi'en Lyde^ Les autres s'échelonnèrent sur I09 pI^tsAui rocheux de la Syrie du nord et sur le versant orient^ dd TAntiliban, entre la montagne et le désert : elles formèrent bientôt deux grands centres de population, l'Aramée du nord entre TEuphrate et l'Âmanos, l'Aram Dammesek ou Syrie Damascène autour de la grande ville de DamjV. Grâce à sa position intermédiaire entre les deuxpiinci^

Îiaux États du monde antique, la Ghaldée et TEi^te, 'Aramée du nord ne tarda pas à devenir un des marchés les plus riches de TOrient. Les caravanes, au lieu d'affronter le désert et d'aller directement des Lords de U mer Morte et du Jourdain aux bords de l'Euphrate et du goIfé Persique, remontaient la vallée du Natsana et de l'Oronte pour aller rejoindre le cours moyen de l'Euphrate et de là redescendre sur Babylone. Les Araméens, maîtres en cet endroit des deux rives du fleuve, avaient construit des forteresses sur chacun des gués qui mènent de la rive syrienne à la rive mésopotamienne. Au gué le plus méridional s'éleva Tour-mêda ou Thapsaque'; au gué central, Earkemish; au gué le plus septentrional, Samosate. Le gué de Samosate, situé au débouché des moutagnes, aurait forcé les chefs de caravanes à faire un détour inutile de près de quarante lieues : il fut peu fréquenté par les marchands qui allaient d'Egypte en Ghaldée. Thapsaqoe était trop rapprochée du désert et par conséquent trop exposée aux incursions des Bédouins. Karkemish, au coBr traire, placée au cœur d'un pays civilisé, à peu près à égale distance des barbares du sud et des barbares du nord, devint bientôt le passage préféré et l'entrepôt des ciur»? vanes. Elle était à quelques kilomètres du fleuve, auprès d'une source qui fit donner le nom de Mabog d'abord an quartier religieux de la ville, et plus tard à la ville entière. Les Grecs, qui la confondaient parfois avec l'antique Ninive', en attribuaient la fondation à Sémiramis à Deuca-

1. Movers, Die Phônixier, t. Il, p. 176 sqq.; Knobel, Diê Vôlkertafelt p. 229-231 ; Renan, HUt des langues sémit., 1. 1, p. 49-52. — 2. Movers, ùteFhônizUf^ t. II, 2"* Theil,p. \6^.— :i, UûmiftiiUaxceUin, I. XIV,2S

au dieu Bacchos, au Lydien Attès. Les Syriens de [ue chrétienne racontaient qu'elle avait été bâtie au 3 du prophète Élijah par deux mages, le Thrace Or- Bt le Perse Zoroastre. Elle devint bientôt le centre d'un l mouvement commercial et religieux. Les fêtes de sa le déesse Atargath furent un rendez-vous pour les s et l'occasion de véritables foires annuelles où les lands de tous les pays affluèrent sous couleur de re*

ruelques lieues au sud-ouest de Earkemish s'élevaient 1 (Batnae] et Khalep (Alep) *. Ebalep, moins favorab)»^ située que Karkemish, n'eut jamais l'importance de isine : c'était pourtant une ville considérable et renée jusqu'en Egypte pour les produits de «ses champs is' ». Au sud de ces villes oo Jr^^cpntrait l'Aram Tso^ dont le territoire s'étendait des rives de l'Oronte aux de TEuphrate^ et sans doute au9si plusieurs petits

de moindre valeur, perdus dans les vallées de l'Anti- , qui formaient comme une chaîne de tribus araméenntre l'Aramée du nord et l'Aramée du sud. Damas, étropole de l'Aramée du sud, occupe un des sites a nature semble avoir destinés de tout temps à l'emment d'une grande ville. D'après la tradition béue, elle avait été fondée par Ouz, fils d'Aram, arrièrefils de Noé. Elle s'allonge dans la plaine au milieu ergers qui la serrent de toutes parts et pénètrent dans lurs, coupée en deux parties inégales par l'Abana et cesse rafraîchie par les canaux que ce fleuve lance toutes les directions. Encore aujourd'hui sa vue ar-

un cri d'admiration au voyageur qui débouche orges de l'Antiliban. « Il a devant lui 1& ville, dont [ues édifices se dessinent déjà à travers les arbres; 3re lui, le dôme majestueux de l'Hermon, avec ses is de neige qui le font ressembLer à la t|te chenue vieillard; sur sa droite, le Hauran, les deux petites

ur Karkemish voy. G. Maspero, De Carchemis oppidi situ, Paris, n-8». — 2. Chabas, Voyage d'un Égyptien, p. lOl-UO. — ^. Pode Leyde, \, 343^ pJ. VU, J. 8. —4. Knobe\, Die Yôlk.,^. VlVVl'^.

chaînes parallèles qui resserrent le cours inférieur di^ Pharphar*, et les tumulus de la région des lacs; sur ssP' gauche, les derniers contre-forts de TAntiliban, allant joindre THermon. L'impression de ces campagnes ricb ment cultivées , de ces vergers délicieux , séparés les uiu^des autres par des rigoles et chargés des plus beaux fruits^ est celle du calme et du bonheur.... Vous vous croyez à^ peine en Orient dans ces environs de Damas', et surtout^ au sortir des âpres et brûlantes régions de la Gaulonitid^ et de riturée, ce qui remplit Tâme, c'est la joie de retrouver les travaux de l'homme et les bénédictions du ciel. Depuis l'anticjuité la plus reculée jusqu'à nos jours, toute cette zone qui entoure Damas de fraîcheur et de bien-être n'a eu qu'un nom, n'a inspiré qu'un rêve, celui du « paradis de Dieu' ». La domination de Damas s'étendait sur toutes les villes situées dans la plaine et sur tous les villages nichés dans les gorges de l'Hermon, sur Abila, sur Khelbon,la ville des vins, et sur quelques petits États voisins, l'Aram Rohob*, l'Aram Maacha*, le pays de Gessour*, situés dans la vallée du haut Jourdain. IDamas n'avait pas encore à cette époque le rôle important qu'elle joua plus tard. Elle n'était pas sur la route que suivaient les caravanes, et vivait au milieu de ses jardins, séparée du reste de la Syrie et protégée contre les invasions par la chaîne de l'Antiliban.

Bientôt après la conqpiête, les tribus cananéennes s'étaient séparées en deux groupes. Les unes s'étaient répandues dans les vallées de l'intérieur de l'Amanos au Séîr et dans les plaines qui s'étendent au sud du Garmei jusqu'au désert et à la frontière d'Egypte. Les autres s'étaient logées le long des côtes entre le Garmei et l'embouchure de rOronte, le mont Liban et la mer. La différence de sites amena entre ces deux groupes une différence de mœurs et de caractère. Les Cananéens de l'intérieur, agriculteurs ou

1. Nahr-el-Âwadj, — 2. La plaine est, en effet, à plus de dix-sept cents mètres au-dessus du niveau de la mer. — 3. Renan, Les ApôtreSf II, p. 1 77-J 78. — 4. U Sam., X, 6, 8.— 5. 1 Chron., XIX, 6. — 6. II Sam., XV, 8.

'^stcurs selon les localités, se subdivisèrent en un grand lorubre de tribus sans cesse en guerre les unes contre les ^tres. Les Cananéens de la côte, étouffés entre la mon- ^gTie et la mer, se firent marins et commerçants.

X'antiquité classique donnait aux Cananéens de la côte ^ nom de Phéniciens. Selon certaines traditions grecques, , ^ avaient été appelés ainsi de Phénix, fils d'Agénor et ^ïidateur de la race*. Selon divers auteurs, Phœnikes si- St^fiait simplement le peuple rouge, soit en souvenir de la ^er Rouge (Erythrée), aux bords de laquelle ils avaient ï^abité si longtemps, soit à cause des fabriques de pourpre qu'ils établirent dans toutes leurs colonies, soit enfin par allusion à la teinte de leur visage. L'opinion la plus reçue jusqu'à ces derniers temps voit dans Phœnix le nom du palmier, et dans Phosnikia le Pays des Palmes*, En fait, Phœnix est une forme élargie de Phoun (Pœni^ Puni), vieux nom national que les Cananéens portaient dans leur patrie primitive et qui les suivit dans toutes leurs migrations. Les monuments égyptiens les plus anciens identifient les régions orientales de l'Arabie au pays de Pount : les Cananéens du golfe Persique firent passer le nom de Pnénicie en Syrie, les Phéniciens de Syrie le menèrent en Afrique, et les Phéniciens d'Afrique (Pœni) le répandirent jusque dans leurs colonies les plus lointaines.

La Phénicie syrienne comptait un grand nombre de villes, dont plusieurs très-importantes. C'étaient, en allant du sud au nord, Ako (Saint-Jean d'Acre), Akhzib, Ous,Tyr, Sarepta, Sidon, Bérouth, Gebel, Arka, Sinna, Botrys, Tripolis, Simrôn, Simyra, Arad, Marath, Kame et Paltos. Ces ■villes, réparties d'une manière inégale entre les différentes tribus, finirent par former de petits États indépendants les uns des autres, ceux des Sidoniens, des Griblites, d'Arka, de Sinna, de Simyra. Au début, les Giblites semblent avoir exercé sur le reste des Phéniciens une autorité réelle*. Ds avaient deux royaumes : ceux de Gebel et de

1. Et. de ByzaDce, s. v. *oiv(xyi. — 2. Movers, Die P/^ônûter^t. U^ !«" Theil, p. 1-4. — 3. d., II, 1'" Theil, p. lO^lCP-

Bérouth. Gebel ou Gebôn*, que les Grecs appelaient Byblos, se vantait d'être la ville la plus vieille du monde. Elle avait été bâtie par le dieu El au commencement des âges, sur un emplacement différent de celui qu'elle eut dans la suite. Elle s'élevait alors à quelques lieues dans rintérieur des terres, sur la rive septentrionale du Nahrel-Kelb. Plus tard elle fut abandonnée, et la population, reportée au bord de la mer, construisit, près du fleuve Adonis, une seconde ville qui prit le nom do la pre*

mière. Bérouth, « la cité des puits, » partageait avec Gebel la gloire d'avoir le dieu El pour fondateur : c'était un port bien abrité, situé à l'extrémité d'une des plaines les plus fertiles de la Phénicie. Le territoire de ces deux villes ne possédait qu'une étendue de côtes assez restreinte, mais s'avançait assez loin dans l'intérieur des terres. Au nord, il confinait avec le pays des Arkéens et des Sinites, les uns établis sur la mer entre la montagne d'Akkar et le Nahr-^ el-Kébir (Éleuthéros), lés autres logés au cœur même du Liban. Venaient ensuite les Simyréens, dans une grande plaine bien arrosée, et de l'autre côté de la montagne, sur le moyen Oronte, la grande ville royale d'Hamath. Tous ces États, trop faibles pour garder longtemps leur indépendance, étaient condamnés d'avance à disparaître : leuf territoire fut démembré, leurs villes furent prises, colonie sées, ou si bien détruites qu'on n'en trouve plus le moindre vestige*.

Par l'affaiblissement des Giblites Sidon devint rapidement la plus importante des villes phéniciennes, « le premier-né de Canaan. » Malgré ce titre ambitieux, Sidon n'était d'abord qu'un simple village de pêcheurs* de beaucoup inférieur à Tyr, à Gebel, à Bérouth *. Elle avait été fondée en même temps que Tyr par Bel, l'Agénoit des Grecs, sur le penchant septentrional d'un petit promontoire

1. La forme Qebôn pour le nom de cette ville est donnée par le

Pap. Anastdsi ï, pi. XX, 1. 17. Cf. Ghabas, Le voyage (Vun Égyptien,

p. 156-160. — 2. Movers, Die Phôninier, t. II, l»"Theil, p. 113-117.—

3. D'où âon nom Tsidôn, pêcherie. ->- 4. Morers^ Die Phôniziery t. n,

I"' Theîlj p. 250 sqq.

ijuî se projette obliqpieinent Vers le sud-ouest. Le port, si célèbre dans l'antiquité, est formé par une chaîne basse de rocliers qui part de l'extrémité nord de la péninsule et court parallèlement au rivage sur une longueur de quelques centaines de mètres. La plaine environnante est arrosée par le « gracieux Bostrên » [Nahr-el-Aoualy] et couverte de jardins dont la beauté avait fait donner à la ville le nom de Sidon la fleurie*.

Sidon avait deux rivales ; Arad au nord, Tyr au sud. Arad s'élevait sur un îlot, à quelque distance du continent. et C?est un rocher de tous côtés battu par la mer, et d'environ sept stades de tour. Il est tout couvert d'habitations et si peuplé encore à présent, que les maisons y ont un grand nombre d'étages. Les habitants boivent de l'eau de pluie conservée dans des citernes, ou de l'eau qu'on fait venir de la côte opposée. » Il y avait dans le détroit même, entre l'île et la côte, une source d'eau douce qui jaillissait au foûd de la mer et servait à l'approvisionnement de l'île en temps de guerre. Des plongeurs portaient une cloche en plomb munie à son extrémité supérieure d'un long tube de cuir, et l'appliquaient sur l'orifice de la source. L'eau, emprisonnée de la sorte, montait dans le tube selon les lois de l'hydrostatique et arrivait douce à la surface, où on la recueillait*. En face d'Arad se trouvaient deux grandes villes, Karne et Marath, toutes deux soumises aux Aradiens. La domination de ce petit peuple s'étendait assez loin le long de la côte et jusque dans l'intérieur des terres. Au nord, ils possédaient Gabala et Paltds ; au sud, ils avaient soumis la tribu et la ville de Simyra; à l'est, Hamath sur l'Oronte leur obéit pendant quelque temps.

Le territoire des Sidoniens, borné au nord par le Tamour et le royaume deBérouth, allait au sud jusqu'à l'embouchure du Natsana : au delà de cette rivière commençait le domaine propre des Ty riens. Dans les premiers âges du

1. 2t8ôva àv6*iiôe<x<Tav (Denyâ le Périégètô). — !l, SlT«Ja^Ti,\, X^tV^ dL 3, p, 153; oL Pline, l II, 103; Y, 31.

monde, quand les dieux vivaient encore au milieu des liommes, Samemroum construisit sur le continent une ville de roseaux et de papyrus, en face de laquelle son frère Isôos, le premier marin, occupa quelques petits îlots où il éleva des colonnes sacrées. Ce fut le commencement de Tyr. Vint ensuite Melkarth, THercule tyrien. Les prêtres de ce dieu racontaient à Thistorien Hérodote^que « le temple avait été fondé en même temps que la ville elle-même: or ils habitaient la ville depuis deux mille trois cents ans. » Le calcul des prêtres tyriens nous reporte vers Tan 2750, c'est-à-dire vers le temps des Pasteurs et de Tinvasion cananéenne. Comme Arad, Tyr avait une partie insulaire où s'élevaient ses temples et ses arsenaux, une partie continentale qu'on appelait la vieille Tyr (Palae-Tyros). La Tyr insulaire n'avait pas, comme Arad, la ressource d'une fontaine sous-marine : ses habitants n'avaient pour s'abreuver que l'eau de citerne ou celle qu'ils faisaient venir du continent dans des barques*. Tyr possédait toute la côte depuis l'embouchure du Natsana jusqu'au mont Carmel.

Les Cananéens de l'intérieur, répandus depuis TAmanos jusqu'à la pointe méridionale de la mer Morte, ne formaient pas une masse aussi compacte que les Cananéens de la côte. La plupart de leurs tribus s'étaient divisées en fractions plus ou moins considérables et fixées sur différents points du territoire. Les Hittites, la plus importante de toutes, avaient deux établissements principaux, l'un au nord du pays dans les gorges de l'Amanos, l'autre au sud, dans le massif montagneux situé à l'ouest de la mer Morte. Les Hittites du nord, connus des Égyptiens sous le nom de Khétas, occupaient les deux versants de l'Amanos jusqu'à l'Oronte d'une part, jusqu'au Tauros de l'autre. Les Hittites du sud^ après avoir dominé sur le cours moyen du Jourdain, s'affaiblirent graduellement et finirent par se concentrer autour d'Hébron, où les difficultés du terroir les protégèrent longtemps encore contre l'invasion des

1. Pap, Ànastasi l, pi. XXI^ 1. 1-2 ; cf. Ghabas^ Le voycige d'un Egyp- Uen, p ,165^11 1.

peuples voisins *. Après les Hittites venaient par rang d'importance les Amorrhéens, les Hivites et les Girgaséens. Le gros de la nation amorrhéenne, campé sur le plateau à Test du Jourdain, y avait deux royaumes principaux : celui du nord, capitale Êdréï, entre THermon et le Jabbok, confinait à r Aram Dammesek ; celui du sud, entre le Jabbok et TArnon, touchait vers le midi aux États des Térachites et avait Khesbon pour capitale*. Une tribu avait poussé jusque dans la vallée de TOronte, où elle possédait la célèbre Kadesh *• une autre vivait au bord de la mer entre Ékron et Joppé * une troisième, installée à Jébus autour du mont Moriah, se faisait appeler Jébusites*; d'autres enfin s'étaient fixés près de Sichem et au sud d'Hébron, en assez grand nombre pour imposer aux montagnes qui bordent la mer Morte le nom de monts des Amorrhéens ^ Les Hivites ' vivaient à l'orient de Sidon, dans les vallées du haut Jourdain et du Natsana : leurs colonies allaient au nord jusqu'à Hamath, au sud jusque dans le pays d'Édom. Quant aux Girgaséens, la dernière et la plus obscure des grandes races cananéennes, une partie d'entre eux paraît avoir habité à rorient du Jourdain ®, le reste dans la Syrie du nord, non loin des Hittites septentrionaux '.

Les tribus Térachites n'avaient alors qu'une importance secondaire. Les enfants d'Israël, enfermés en Egypte, y devaient rester de longs siècles encore, avant de revenir au pays de leurs pères. Les Ammonites disputaient aux Amorrhéens la possession du pays situé au nord de l'Arnon. Les Moabites vivaient au sud de l'Arnon et se maintenaient à grand'peine sur les bords de la mer Rouge. Les Édomites, ralliés autour du mont Seîr, touchaient vers le nord aux Moabites, et s'étendaient au sud dans la direction de la mer Rouge. Ils avaient sans cesse à batailler contre les tribus arabes du désert, Amalécites et autres,

1. Genèse, xiv, 13; xxiii, 3 sqq. — 2. Knobel, Die Vôlkertafel, p. 201, sqq. — 3. Brugsch, G. Ins., t. Il, p. 21-22. — 4. Juges, 1, 34. — 5. Movers, Die Phœnizier, t. II, 1*" Theil, p. 80. — 6. Deutéronome, /, 71, 19-20, etc. — 7. Knobel, Die Vôlkertafel, p. 336. — 8. W.^^.^'Xλ. — 9. Ils sont nommés Qirqasiui dans les textes du tem^s d^^Msx^'^ W-

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