‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 3)Chapitre 30 sur 170 · Pap, Anastasi III f verso des pages · texte numérisé non relu

Pap, Anastasi III f verso des pages

kalash^. Le roi des Libyens, Mermaïou, fils de De!d^, joignit à eux avec les Tamahou, les Mashouash et Kehak, et tous ensemble prirent le chemin de TÉgy; L'armée d'invasion ne se composait que de troupes d'éî c'étaient des hommes de premier choix, pris parmi les c reurs les plus agiles de leur pays. Ils partaient avec ferme résolution, non pas de faire une simple razzia, n de conquérir le Delta et de s'y établir en colonie.

L'annonce de leur approche surprit l'Egypte. La loni paix dont on avait joui depuis Tan XXI de Ramsès II, p dant un demi-siècle, avait calmé singulièrement l'ardeur 1 liqueuse des Égyptiens. L'armée, réduite en nombre, n'a"* plus de corps auxiliaires ; les forteresses, mal entretenu laissaient la frontière ouverte. Le premier mouvement > populations directement menacées fut de se soumettre si combat. Ménephtah, accouru sur le lieu du danger, rétal partout l'ordre et la discipline. Il rassembla et recruta 1' mée, fit venir d'Asie des troupes mercenaires et lança cavalerie en avant pour signaler l'arrivée de l'ennemi. L même couvrait Memphis avec le gros de ses forces et fi tifîait le grand bras du Nil, pour mettre au moins partie orientale du Delta à l'abri de toute incursion.

Les préparatifs étaient à peine achevés, que l'ennemi pai dans les plaines de Paarisheps (Prosopis) ' et se répant sur tous les pays environnants, comme s'il voulait s'y et blir à demeure. Ménephtah lui opposa d'abord sa caval rie et ses troupes auxiliaires, et promit aux généraux d' vant-garde de les rejoindre avec le reste de l'armée au boi de quatorze jours. Dans l'intervalle le dieu Phtah lui app rut en songe et lui ordonna de ne point se montrer sur champ de bataille*. Cette circonstance fâcheuse ne trouh pas, à ce qu'il paraît, l'ardeur des Égyptiens : le 3 Épiph après six heures de lutte, ils mirent en pleine déroute k Libyens et leurs alliés. La garde deMermaïou fut enfoncé et détruite, lui-même obligé de prendre la fuite en aban

1. Cf. le rom de la ville de Sagalassosen Pisidie.— 2.Sur ce Dom,voj Goodwin, dans la. Zeitschrilt^ 1868, p. 39. — 3. Brugsch, dans la Zeit schriftf 1867, p. 98. — 4. De Rougé, Mémoire sur les Attaques, p. 9.

donnant son arc, son carquois et sa tente. Le camp fut enlevé, le butin reconquis : les barbares, poursuivis sans relâche par la cavalerie égyptienne, ne purent se reformer et quittèrent le pays plus vite qu'ils ne l'avaient envahi. C'est tout au plus si le chef libyen réussit à s'échapper sain et sauf. La nouvelle de cette victoire remplit l'Egypte d'un enthousiasme d'autant plus sincère que l'effroi avait été plus grand. Le retour du roi à Thèbes ne fut qu'un long triomphe. « D est très -fort, Bânrâ v. s. f . ; — très-prudents sont ses projets ; — ses paroles sont bienfaisantes comme Thot, — tout ce qu'il fait s'accomplit. — Lorsqu'il est comme un guide à la tète des archers, — ses paroles pénètrent les murailles. — Très-amis de qui a courbé son échine — devant Meïamoun v. s. f. — ses soldats vaillants épargnent celui qui s'est humilié — devant son courage et sa force; — ils tombent sur les.... — consument le Syrien. — Les Shardanes, que tu as ramenés de ton glaive, — font prisonniers leurs propres tribus. — Très-heureux ton retour à Thèbes, — triomphant ! Ton char est traîné à la main ; — les chefs vaincus marchent à reculons devant toi, — tandis que tu les conduis à ton père vénérable, — Ammon, mari de sa mère ^ »

Cette victoire délivra le pays des envahisseurs; mais pour l'arracher à l'abattement que signalent les inscriptions, il aurait fallu une main plus ferme que celle d'un vieillard de soixante à soixante-dix ans. La faiblesse de Ménephtah dut enoourager les espérances des princes qui se croyaient des droits à la couronne : il semble même que certains d'entre eux n'attendirent pas sa mort pour afficher ouvertement leurs prétentions. Sur une stèle d'Abydos, conservée au musée de Boulaq , un premier ministre du roi, Ramessès em per-en-Râ, surnommé Merîou, fait suivre son nom de la formule inusitée : aimé de Ramsès Meïamoun comme le soleil pour l'éternité. <c En se rappe-

1. Pap. Anasiasilly pi. IV, 1. 4; pi. V, l. 4. Cf. de Rougé, Mémoire sur les Attaques, ip, 35-36 ; Haspero, Du genre épistolaire,ip. 82-83; Chabas, Recherches pour servir à Vhistoire de la XIX* dMivoxXVft^ p. 93-94.

lant que Ramsès II a été divinisé, et en suppléant aj aimé de Remises Meïamoun les mots tâ-ankh (vivil teur) , on n'en sera pas moins surpris de voir qu'un parti lier, si élevé en dignité qu'il ait pu être, se soit attribué titre ordinairement réservé aux rois. En l'absence de cuments, il nous est impossible d'apprécier à sa valeur 1 pèce d'usurpation dont cette stèle porte la trace ' . » Af tout, ce Ramsès per-en-Râ, au lieu d'être un usurpat€ n'était peut-être qu'un vice-roi, revêtu de titres extra dinaires et de la même autorité que Ménephtah lui-mê avait eue du vivant de son père.

Mais, tout en admettant que les usurpations plus ou mo déguisées ne commencèrent peut-être pas sous le règne Ménephtah, on ne saurait trop nier qu'elles se prod sirent après sa mort '. Au milieu de l'obscurité qui couvre cette époque ressort un fait à peu près certai Séti II, fils de Ménephtah, qui, du vivant de son père, et déjà prince de Koush et héritier présomptif, ne monta \ immédiatement sur le trône d'Egypte. Il fut supplanté \ un prince nommé Amenmesès, fils ou petit-fils d'un c enfants de Ramsès II, mort avant leur père '. Amenmei était originaire du nome d'Aphroditopolis, de la ville Kheb, a d'où Isis l'a tiré pour le faire régner sur tout pourtour du soleil*; » son autorité s'étendait sur Thèbes probablement sur l'Egypte entière. Son successeur, MéB phtah II Siphtah, originaire comme lui de la ville de Khe parvint à s'établir sur le trône de son père^ grâce au d vouement de son ministre Baï '^ et sans doute aussi grâ< à son mariage avec la reine Taousert, dont le nom se trou^ toujours accolé au sien. Il gouvernait l'Ethiopie et se van d'avoir reçu les envoyés de toutes les nations •. Il semb!

époqi

Jusqu'à nouvel ordre, je suis l'arrangement proposé par M. de Roug^ Éttide sur une stèle, p. 185 sqq. — 3. Cf. à cet égard G. Maspero, LeUr à M. G. d'Eiehthal, p. 40^3. — 4. Lepsius, Denkm,, III, 301. —5. Idem tbt'd., 202, c. — 6. ldcm,ibid.,a^\,a.

qu'un compromis s'établit entre ses partisans et ceux du fils de Ménephtah : un Séti, qui paraît bien être lo même que Séti II, vivait auprès de lui comme « prince de Koush, gouverneur des mines d'or appartenant à Ammon, flabellifere à la droite du roi,' intendant du palais, directeur de la bibliothèque royale. 5> La seule date précise qu'on ait du règne de ces princes est de l'an III de Siphtah, et les listes de Manéthon semblent n'indiquer pour eux qu'une douzaine d'années tout au plus. Après la mort du dernier d'entre eux, Séti II monta enfin sur le trône, soit à la suite d'une révolution heureuse, soit à la faveur d'un compromis entre les deux branches rivales. Une inscription de l'an II lui attribue des victoires sur les nations étrangères*, et l'un des papyrus du Musée Britannique loue sa grandeur en termes éloquents. Je ne sais trop jusqu'à quel point on doit se fier à ces indications : le chant de victoire contenu au papyrus Anastasi IV n'est que la copie presque mot pour mot d'un chant de triomphe dédié jadis à Ménephtah, et approprié à Séti II par une simple substitution de noms. Plusieurs documents contemporains semblent indiquer, sous lui, des troubles et des usurpations analogues à celles qui attristèrent les dernières années de Ménephtah. Séti II, qui était déjà sans doute d'un certain âge à l'avènement de son père, à moins qu'on ne préfère voir en lui un enfant de la vieillesse de Ménephtah, écarté pendant dix à douze ans du trône par l'usurpation des princes de Kheb, était un vieillard à son arrivée au trône, et ne devait plus avoir l'énergie nécessaire pour faire face aux circonstances. Une des statuettes du Louvre représente « un homme accroupi tenant entre ses jambes un naos où figure le dieu Phtah- Sokaris. Les cartouches du roi Séti II sont gravés sur ses épaules et déterminent son époque ; son nom se lit Aïari. Ses titres sont tellement élevés, qu'ils ne conviendraient qu'à un prince héritier du trône, si les troubles profonds qui suivirent le règne de Ménephtah ne nous permettaient

1. Lepsius, Denkm,, III, 204. Cf. les légendes de A'Vi'^^t^^^^ ^ \^tc^ ChampolUon^ No$. Dese,, t. I/p. 459.

pas de soupçonner ici l'usurpation d'un degré d'honnei illégitime. Outre les titres ordinaires du souverain pontii de Memphis, que notre personnage s'attribue comme dro héréditaire, il se qualifie héritier dans la demeure du die Seb (l'Egypte), et héritier supérieur des deux pays. La fi de la légende est brisée , mais aucune parenté royale n'ei alléguée, malgré ces titres si éminents '. »

Toutes ces causes diverses, impuissance des rois tro âgés, révoltes des hauts fonctionnaires, usurpations de dynasties collatérales qui depuis près d'un demi-siècle tn vaillaient TÉgypte, amenèrent enfin sous le règne d Séti II, ou immédiatement après sa mort, la dissolutio complète, je ne dirai pas de l'empire égyptien, mais d l'Egypte elle-même. « Le pays d'Egypte s'en allait à 1 dérive * : les gens qui s'y trouvaient, ils n'avaient plus d chef suprême, [et cela pendant] des années nombreuses jusqu'à ce que vinrent d'autres temps, car le pays d'Égypt était aux mains de chefs de nomes qui se tuaient entre eui grands et petits. D'autres temps vinrent après cela, pen dant des années de néant ', où un Syrien nommé Arisou devint chef parmi les princes des nomes, et força le payi entier à payer hommage devant lui : chacun complotai avec le prochain pour piller les biens l'un de l'autre, & comme on traita les dieux de même que les hommes, il n'] eut plus d'offrandes faites dans les temples '. » Les termes sont explicites et témoignent d'un anarchie complète. Ils nous montrent avec quelle facilité l'agrégat de nomes qui formait l'Egypte pouvait se séparer dès que le pouvoir central venait à faiblir. Sésostris parcourait l'Asie et l'Afrique à la tête de ses armées victorieuses ; moins de cinquante ans après sa mort, l'Egypte était morcelée. « Supposez que

1. De Rougé, Notice des Monuments^ 3* édit., p. 37-38, Â, 71.— 2. Litt. : « était jeté, se jetait au debors. » — 3. Litt. : « des années vides, » — 4. Cf. 1D''1K, nom du fils d'Hamon. — 5. Grand Papyns Barris, pi. lzxv, 1. 2-6. Cf. Eisenlohr, On the politieal eonditim of Egypt before the reign of Bamses lll, dans les Transactions of theSO' ciety of Biblical Arcfiœology^ t. I^ p. 355-384, et Ghabas, JBecAcreM pour servir à Vhistoire delà Xll* dijuasUe,"^. l-a3«

LES GRANDES MIGRATIONS MARITIMES. 2ô7

Sserl devienne plaine et que les montagnes s'abaissent, it un scribe du temps, les barbares du dehors vien- X en Egypte. » Il n'y eut pas besoin de ces miracles ' que l'invasion se fît. Depuis Ramsès II, la puissance iaire de l'Egypte et sa domination extérieure avaient iement décliné. Ménephtah avait entretenu l'alliance te et tenu gairnison dans les principales villes de la Pane. Mais sous Amenmesès, sous Siphtah, sous Séti II ttême, bien qu'on trouve des affirmations de victoires, B voit plus la trace de grandes expéditions au dehors, ait fallu sans doute retirer les troupes des provinces !nnes,afinde parer aux éventualités des guerres civiles. id les peuples étrangers, jusqu'alors repoussés dans I tentatives, essayèrent une fois de plus la fortune, ils louvèrent plus devant eux qu'une résistance des plus es et réussirent pour un moment dans leurs entrew.

la faveur des troubles et de l'invasion, les esclaves igers que les Pharaons de la dix-huitième et de la leuvième dynastie avaient emmenés en Egypte se sou- «nt de toutes parts. « On dit que ceux des prisonniers ésoôsis qui étaient Babyloniens se révoltèrent contre L, incapables qu'ils étaient de supporter plus longtemps travaux auxquels on les soumettait. Ils s'emparèrent e position très-forte qui domine le fleuve, livrèrent rs combats aux Égyptiens et gâtèrent tout le pays enmant; à la fin, quand on leur eut accordé l'impunité, ionisèrent la place et l'appelèrent Babylone, du nom de patrie. » On contait une histoire analogue sur la bourj voisine de Troja^ Condamnés à extraire la pierre, ttuler la brique, à creuser les canaux, à construire les pies, les palais et les forteresses, les esclaves avaient > vie fort pénible et ne pouvaient être maintenus dans le tir que par une surveillance perpétuelle'. A la pre-

j-lHodore de Sicile, 1. 1, 56. Troja est la ville égyptienne de Trou" J^lBrugsch, Zeitschrift, 1867, p. 89 sqq.); Babylone est ptolù^XA^pfldbenben, dont on a les variafltes Ud-bebcn^ J/d-bebcr. — 1. \ovc

mière o.ccasion ils se révoltaient et cherchaient à s'écha] per. Leur nombre était considérable, surtout dans Basse-Egypte, où les Pharaons avaient transplanté des ti bus entières d'origine libyenne et sémitique, les \Ve: kbou, les Matsiaou. Parmi eux se trouvaient les enfan d'Israël, ceux du moins qui avaient préféré rester enÈgyj après l'expulsion des Pasteurs. Réduits à la condition d'c claves publics, ils n'avaient pas tardé à regretter le tem des Pharaons « qui connaissaient Joseph* ». Ramsès II pi que tout autre dut leur être cruel : privé par la paix av IcsKhêtas des ressources que lui procurait la guerre, se servit, pour la construction de ses monuments, d'Égy tiens et surtout des tribus étrangères établies en Égypl Les traditions nationales des Hébreux faisaient de la co dition de leur peuple pendant son temps une peintu lamentable. « Bs établirent sur le peuple des commi saires d'impôts pour l'affliger en le surchargeant; car peuple bâtit des villes fortes à Pharaon, savoir : Pithôm Ramsès. — Mais plus ils l'affligeaient, plus il multiplie et croissait en toute abondance ; c'est pourquoi ils haï saient les enfants d'Israël. — Et les Égyptiens faisaie: servir les enfants d'Israël avec rigueur; — tellement qu'i leur rendirent la vie amère par une rude servitude, lei faisant faire du mortier de briques et toute sorte d'ouvra^ qui se fait aux champs; tout le service quon tirait d'ei était avec rigueur^.» De même que les autres prisonnier les Hébreux n'attendaient qu'une occasion pour se dérob< à leur servitude.

La tradition la plus accréditée place l'Exode sous le ri gne de Ménephtah^ Ce prince serait le Pharaon de la B: ble, celui qui refusa aux Hébreux la permission d'aller sa crifier dans le désert. Mais, à tenir compte des monument jusqu'à présent connus, rien encore dans l'état de l'Égypt

à cet égard Brugsch, Histoire d'Egypte^ t. I, p. lOG, et Chabas, Mé Égyp^-y 2* série, p. 108-165. — 1. Exode, i, 8. — 2. Exode, 1, 11 -J4. - 3. De Rougô, Examen critiqtte de l'ouvrage de M, le chevalier de Bunsen 2' partie, p. 74*

SOUS Ménephtah n'indique une décomposition assez profonde pour que la révolte et la fuite d'une tribu considérable aient pu se produire heureusement. L'attaque des peuples de la mer porta à Toccident du Delta et ne pénétra jamais jusqu'au pays de Goshen, où les livres juifs nous montrent les principaux cantonnements du peuple hébreu. Elle ne dura pas assez longtemps pour donner aux esclaves étrangers le temps de se concerter et de prendre les mesures néces- Baires à leur délivrance. Ce n'est donc pas sous le règne de Ménephtah, après une victoire qui maintint quelque temps encore à l'extérieur le prestige des armées égyptiennes, et dans un moment où toutes les forces de l'Egypte étaient prêtes à la répression, que, les Hébreux auraient pu effectuer impunément leur périlleuse sortie. C'est seulement pendant les années qui précédèrent et suivirent la mort de Séti n que se trouvent réunies les conditions favorables à l'Exode : décomposition et démembrement de la monarchie égyptienne, invasion étrangère, guerre contre les envahisseurs, qui s'étendirent sur tout le Delta et durèrent longtemps. On comprend aisément qu*au milieu du désordre général une tribu étrangère persécutée par les Égyptiens et lasse de la persécution ait pu quitter ses cantonnements et prendre le chemin du désert sans être énergiquement combattue par ses anciens maîtres, trop menacés dans leur propre existence pour [s'inquiéter beaucoup de la fuite d'une bande d'esclaves.

Les traditions nationales des juifs contaient que Pharaon, soucieux de l'accroissement d'Israël, voulut faire tuer tous les enfants mâles qui naîtraient. Une femme de la tribu de Lévi, après avoir caché le sien pendant trois mois, l'exposa sur le Nil dans un berceau d'osier, à l'endroit où la fille de Pharaon avait accoutumé de venir se baigner. La fille de Pharaon eut pitié de l'enfant, l'appela Moïse, le sauvé des eaux, et le fit élever près d'elle dans toute la science de l'Egypte. Il avait déjà quarante ans lorsqu'un jour il assassina un Égyptien qui frappait un Hébreu et se sauva au désert du Sinaï. Après quarante années d'exil, Dieu lui apparut dans "uu \iu\^'s»^TL ^\-

dent et lui ordonna de tirer son peuple d'esclavage. Mois et son frère Aaron se rendirent à la cour du roi et deman dèrent pour les Hébreux l'autorisation d'aller sacrifier dan le désert. Us ne l'obtinrent qu'après avoir frappé le paj des dix plaies légendaires et fait périr tous les premiers nés de la nation. Poursuivis par Pharaon, les Hébreu traversèrent à pied sec la mer Rouge, dont les eaux î séparèrent pour les laisser passer et se refermèrent poij engloutir les Egyptiens*. Alors Moïse et les enfants d'Israi chantèrent ce cantique à l'Etemel et dirent : « Je char a terai à l'Éternel, car il s'est hautement élevé; il a jel a dans la mer le cheval et celui qui le montait. — L'Été: ce nel est ma force et ma louange et il a été mon Sauveu: a mon Dieu fort. Je lui dresserai un tabernacle, c'est i « Dieu de mon père, je l'exalterai. — L'Éternel est u a vaillant guerrier, son nom est l'Éternel. — Il a jeté dai (c la mer les chariots du Pharaon et son armée; l'élite d (c ses capitaines a été submergée dans la mer Rouge. — L( « gouffres les ont couverts ; ils sont descendus au fond de « eaux comme une pierre. » — .... L'ennemi disait : « J « poursuivrai, j'atteindrai, je partagerai le butin; mon âm a sera assouvie d'eux ; je tirerai mon épée, ma main les dé a truira. — Tu as soufflé de ton vent : la mer les a cou « verts ; ils ont été enfoncés comme du plomb au profon « des eaux*. »

La tradition égyptienne prenait les choses autrement. L roi Aménophis eut, dit-elle, la fantaisie de contemple les dieux comme avait fait Hôros, un de ses ancêtres. Ui voyant qu'il consulta à cet égard lui répondit qu'il devai avant tout délivrer le pays des lépreux et autres homme impurs; sur quoi il fit rassembler au nombre de quatre vingt mille tous les Égyptiens affligés de vices corporel! et les jeta dans les carrières de Tourah. Il y avait parm eux des prêtres, et ce sacrilège irrita les dieux : le voyant, craignant leur colère, écrivit une prophétie dans laquelle il annonçait que certaines gens s'allieraient avec les Im-

/. Exode, 1, 14.-2. Ibid.,xv,\A^

pars et domineraient TÉgypte pendant treize ans, puis se tua. Le roi finit par avoir pitié des proscrits et leur concéda la ville d'Avaris, demeurée déserte depuis le temps des Pasteurs. Ils s'y constituèrent en corps de nation sous U conduite d'un prêtre d'Héliopolis, Osarsyph ou Moïse, qui leur donna des lois contraires aux coutumes égyptiennes, les arma en guerre et conclut une alliance avec |h8 débris des Pasteurs réfugiés en Syrie depuis plusieurs sles. Tous ensemble attaquèrent TÉgypte et Toccupè- [mit sans combat. Aménophis se rappela la prédiction du [nyant, rassembla les images des dieux et s'enfuit en iopie avec son armée et une multitude d'Égyptiens. [:«Iie8 Solymites, qui avaient envahi le pays avec les Imj, se comportèrent si indignement envers les hommes, leur domination devint insupportable à ceux qui dualors subir leurs impietés. En effet, non-seulement brûlèrent les villes et les villages, et ne se retinrent de piller les temples et de briser les images des :, mais ils se servirent pour leur cuisine des animaux plus révérés et forcèrent à les immoler et à les dépecer prêtres et les prophètes qu'ensuite ils jetaient tout nus dehors.... Après cela, Aménophis revint d'Ethiopie avec grande armée ainsi que son fils Ramsès qui, lui aussi, lit une armée. Tous deux attaquèrent ensemble les Pas- [tenrs et les Impurs, les vainquirent et, après en avoir tué grand nombre, les poursuivirent jusqu'aux frontières de Byrie*. »

wuua èm III et la ▼tngtlème dynastie.

Au milieu du désordre général une dynastie nouvelle ['fleva. Son chef Nekht-Séti, descendant de Ramsès II f* inaître de Thèbes, réduisit les rebelles et déposséda le tojrien Ârisou. «Il fut comme les dieux Khepra et Soutekh |«ft sa violence, remettant en état le pays entier qui était p désordre, tuant les rebelles qui étaient dans le Delta,

^ Manéthon, dans Josèphe, Contra Àpionem, I, xxvi, xxvn.

262 CnAPITRE VI.

purifiant le grand trône d'Egypte; il fut ragent des dci terres à la place de Toum, s*appliquant à réorganiser ce q avait été bouleversé, si bien que chacun reconnut un frè dans ceux qui avaient été séparés de lui pendant si Ion temps*, rétablissant les temples et les sacrifices, si bi qu'on rendit aux cycles divins leurs hommages traditio nels '. »

Son fils Ramsès III, qu'il avait déjà associé au trône son vivant, fut le dernier des grands souverains de Y. gypte. Pendant les trente-deux années de son règne, il cessa de travailler à rétablir au dehors Tintégrité de Tei pire, au dedans la prospérité du pays. Malgré les suce qu'avait obtenus son père, il trouva les provinces syrienn perdues et les frontières entamées de toutes parts, l'ouest les Bédouins harcelaient les postes fortifiés < Delta et les colonies minières du Sinaï; à Test les s tiens de Libye avaient envahi la vallée du Nil. Entrain par leurs chefs, Déïd, probablement le fils du Mermaîi qui avait été battu sous Ménephtah, Mashaken, Tamar Tsaoutmar,lesTahennou,lesTamahou, les Kehak et leu voisins avaient quitté les plateaux sablonneux du déseï Ils avaient occupé le nome Maréotique, le nome Saïtiqu les embouchures du Nil jusqu'au grand bras du fleuv bref toute la partie occidentale du Delta depuis la ville ( Karbana à Test • jusqu'à la banlieue de Memphis au su- Ramsès III, après avoir châtié vertement les Bédouins, i tourna contre les Libyens en l'an V, et les battit compL tement. « Ils furent épouvantés comme des chèvres att; quées par un taureau qui bat du pied, frappe de la con et ébranle les montagnes en se ruant sur qui rapproche. Les ravages des barbares avaient exaspéré les égyptiens ils ne firent point quartier dans la bataille. Les Libyei s'enfuirent en désordre: quelques-unes de leurs tribu

1 . Litt. : « son frère de ceux qui avaient été murés, » — 2. Grand Pi Tpyrus Barris, pi. LXXVI, 1. 8-9. Gf. Eisenlohr, On the politicalcoi dition, p. 363, 364 ; Chabas, Recherches pour servir à Vhistoire dt l XIX* dynastie, p. 23-27. — 3. Sur Karhana, voir G. Maspero, dans le Méiapges d'archéologie ëg^pUeaue , 1. 1, p. 1 10.

attardées dans le Delta furent surprises, enlevées et incorporées à Tarmée auxiliaire ^

A peine délivré de ce côté, Ramsès III dut se tourner contre la Syrie. Les peuples de l'Asie Mineure et des îles de la Grèce, encouragés par le désordre où ils avaient vu TBgypte plongée, s'étaient levés en masse et avaient pris une fois encore le chemin du Delta. Les Danaens, les Tyrséniens, les Shakalash, les Teucriens, qui avaient succédé aux Dardaniens dans Thégémonie des nations troyennes, les Lyciens, les Philisti, entrèrent dans la confédération. Les uns, montés sur les navires, devaient attaquer les côtes ; les autres devaient traverser la Syrie entière et assaillir les forteresses de l'isthme. Le rendez-vous de la flotte et de l'armée de terre était à la pointe orientale du Delta, non loin du site où plus tard s'éleva Péluse. Ramsès III arma les bouches du Nil, mit les places des nomes limitrophes en état de défense et se porta à la rencontre de l'ennemi en l'an Ym. Les alliés avaient écrasé et entraîné à leur suite les Khêtas, les gens de Karkémish, du Kati, d'Arad, de Kadesh; après avoir séjourné quelque temps aux environs de cette ville dans le pays des Amorrhéens, ils avaient poussé droit sur l'Egypte. Leur armée et leur flotte rencontrèrent l'armée et la flotte égyptiennes qui les attendaient entre Raphia et Péluse, sous les murs d'un château fort qu'on appelait la Tour de Ramsès III. « Les embouchures du fleuve étaient comme un mur puissant de galères, de vaisseaux, de navires de toute sorte, garnis de la proue à la poupe de vaillants bras armés. Les soldats d'infanterie, toute l'élite de l'armée d'Egypte, étaient là comme des lions rugissants sur la montagne; les gens de chars, choisis parmi les plus rapides des héros, étaient guidés par toute espèce d'officiers sûrs d'eux-mêmes'. Les chevaux frémissaient de tous leurs membres et brûlaient de fouler aux pieds les nations. Pour moi, dit Ramsès, j'étais comme Month le belliqueux :

1. Chabas, Études sur VArUiquitë historique , p. 230-250. — 2. Litt. : amnaissant leur main.

je me dressai devant eux, et ils virent Teffort de mes maii Moi, le roi Ramsès, j'ai agi comme un héros qui conn sa valeur et qui étend son bras sur son peuple au je de la mêlée. Ceux qui ont violé mes frontières ne ma sonneront plus sur la terre : le temps de leur âme < mesuré pour Téternité.... Ceux qui étaient sur le rivaf je les fis tomber étendus au bord de l'eau, massaci comme des charniers; [je chavirai] leurs vaisseaux; leu biens tombèrent à l'eau ^ »

Cette victoire si prompte ne termina pas cependant 1 guerres de Ramsès III. Les anciens alliés des petiples ( la mer, les Libyens, n'auraient pas mieux demandé que ( prendre part à la campagne de l'an VIII contre l'Egypte s'ils ne le firent pas, ce fut sans doute parce qu'ils n'; vaient pas encore eu le temps de réparer leurs pertes. Di qu'ils se sentirent prêts, ils entrèrent en scène. Leur ch Kapour et son fils Mashashar entraînèrent les Mashouasl les Sabata, les Kaïqash et d'autres tribus moins impoi tantes, puis, aidés par des auxiliaires tyrséniens et Ij ciens, envahirent le Delta en l'an XI. « Leur âme s'étai dit pour la deuxième fois qu'ils passseraient leur vie dan les nomes de l'Egypte et qu'ils en laboureraient les vallée et les plaines comme îaur propre territoire. » Le succè ne répondit pas à leur attente. « La mort vint sur eux ei Egypte, car ils étaient accourus de leurs propres pieds ven la fournaise qui consume la corruption, sous le feu de h vaillance du roi qui sévit comme Baal du haut des deux. Tous ses membres sont investis de force victorieuse; de sa droite il saisit des multitudes ; sa gauche s'étend sur ceux qui sont devant lui, semblable à des flèches contre eux, pour les détruire; son glaive est tranchant comme celui de son père Month. Kapour, qui était venu pour exiger l'hommage , aveuglé par la peur, jeta ses armes, et son armée agit comme lui : il éleva au ciel un cri suppliant et

1. Greene, Fouilles à ThèbeSy 1855. Cf. de Rongé, Notice de quelques textes hiéroglyphiques j dans VAthenœumfraJtçais, 1855, et Chabas, Éludes sur VAntiquité historique, p. 250-288.

f son fils suspendit son pied et sa main. Mais voilà que se *.: leva près de lui le dieu qui connaissait ses plus secrètes pensées. Sa Majesté tomba sur leur tête comme une montagne de granit; elle les écrasa et mélangea la terre do leur sang comme de Teau : leur armée fut massacrée, massacrés leurs soldats.... On s'empara d'eux; on les frappa, les bras attachés, pareils à des oiseaux jetés au fond d'une barque, sous les pieds de Sa Majesté. Le roi était semblable àMonth; ses pieds victorieux pesèrent sur la tête do l'ennemi; les chefs qui étaient devant lui furent frappés et tenus dans son poing. Ses pensées étaient joyeuses, car ses exploits étaient accomplis * . » Les Libyens se gardèrent de troubler désormais la paix de TÉgypte.

Les victoires de ces douze années réparèrent les désastres des années précédentes. Les anciennes provinces syriennes, les nations alliées de Khêta, de Karkémish, du Eati, s'étaient soumises sans résistance après la défaite des peuples de la mer. Une expédition maritime fut dirigée bientôt après contre l'Arabie. « J'équipai des vaisseaux et des galères, pourvus de nombreux matelots et de nombreux ouvriers. Les chefs des auxiliaires maritimes s'y trouvaient avec des vérificateurs et des comptables pour les approvisionner des produits innombrables de l'Egypte : il y en avait de toute grandeur par dizaines de mille. Allant sur la grande mer de l'eau de Kati', ils arrivèrent aux pays de Pount, sans que le mal les abattît, et préparèrent le chargement des galères et des vaisseaux en produits de Tonouter, avec toutes les merveilles mystérieuses de leur pays, et en des quantités considérables de parfums de Pount, chargés par dizaines de mille, innombrables. Leurs fils, les chefs du Tonouter, vinrent eux-mêmes en Egypte avec leurs tributs ; ils arrivèrent sains et saufs au pays de Goptos, et abordèrent en paix avec leurs richesses. Ils les apportèrent en caravanes d'ânes et d'hommes et les chargèrent dans des barques sur le fleuve, au port do

1. Chabas, Études sur V Antiquité hisiorique, p. 042-249.— 2. Un des noms (le la mer Rouge.

Coptos *. » D'autres expéditions dans la péninsule du Si replacèrent les districts miniers sous Tautorité du V raon^. L'empire égyptien se trouva reconstitué tel q était un siècle auparavant au temps de Ramsès II. On vit plus les Shardanes, les Tyrsênes, les Lyciens, Troyens, débarquer en masse sur les côtes d'Afrique, courant de l'émigration asiatique, tourné contre la val du Nil pendant cent cinquante ans au moins, reprit route vers l'Ouest et arriva en Italie à la suite des colon phéniciennes. Les Tyrséniens prirent terre au nord l'embouchure du Tibre ; les Shardanes occupèrent lagran île qui fut plus tard appelée Sardaigne. Il ne resta bieni plus en Asie et en Egypte que le souvenir de leurs dépi dations et le récit légendaire des migrations qui les avaie conduits des côtes de l'Archipel aux côtes de la Méditerr née occidentale. Un seul des peuples confédérés, celui d Philisti, réussit à s'établir en Syrie : il se logea le long ( la côte méridionale entre Joppé et le torrent d'Egypte, dai une région occupée jusqu'alors par les Cananéens , et vécut d'abord dans le vasselage de Pharaon. A l'autre fror tière du Delta, une tribu libyenne, celle des Mashouasl: obtint de même une concession de territoire : les soldat mashouash levés soit en Libye même, soit dans la portio: de la tribu campée aux bords du Nil, formèrent un corp d'élite dont les chefs jouèrent bientôt un grand rôlt dan l'histoire intérieure de l'Egypte.

Hérodote racontait qu'au retour de ses campagnes Sesostris faillit être tué par trahison. « Son frère, à qui il avait confié le gouvernement, l'invita à un grand repas et avec lui ses enfants, puis il fit entourer de bois la maison où se trouvait le roi et ordonna qu'on y mît le feu. Le roi l'ayant appris, délibéra sur-le-champ avec sa femme, qu'il avait amenée avec lui : celle-ci lui conseilla de prendre deux de ses six enfants, de les étendre sur le bois enflammé et de se sauver sur leurs corps comme sur un pont. Sésostrislefit, et

1. Grand Papyrus Harris. Cf. Chabas, Hecherches sur la XIX* dynastiCf p. 59-63. — 2. Idem, tMd., p. C3-G8.

brûla de la sorte deux de ses enfants ; le reste se sauva avec le père*. » Les monuments nous ont prouvé que le Sôsostris de la légende d'Hérodote est ici non pas Ramsès II, mais son homonyme Ramsès III. Un des frères du roi que les documents désignent sous le nom fictif de Pentaourt conspira contre lui avec un certain nombre de grands officiers et de femmes du harem : il s'agissait de tuer le Pharaon et de mettre son frère à sa place. Le complot fut découvert, les conjurés cités devant les tribunaux et condamnés, les uns à mort, les autres à la prison^. Ramsès III, délivré de toute inquiétude, passa en paix les dernières années de son règne. Il construisit à Thèbes, en souvenir de ses guerres, le grand palais de Médinet-Habou, agrandit Kamak, restaura Louq- 8or. Le détail de ses fondations dans le Delta nous a été conservé par un manuscrit de la bibliothèque d'Héliopolis, le grand papyrus Harris * : on voit par ce document que l'Egypte avait non-seulement recouvré son empire extérieur, mais repris toute son activité commerciale et industrielle. Lés beaux jours de Thotmès m et de Ramsès II semblaient être revenus.

Pourtant la décadence était proche. L'Egypte, épuisée par quatre siècles de guerres perpétuelles, devenait de plus en plus incapable d'un effort sérieux : la population, décimée par le recrutement, mal renouvelée par l'introduction incessante d'éléments étrangers, n'avait plus la patience et l'enthousiasme des premiers temps. Les classes élevées, accoutumées au bien-être et à la richesse, n'estimaient' plus que les professions civiles et raillaient tout ce qui touchait au militaire. « Pourquoi dis-tu que l'officier d'infanterie est plus heureux que le scribe? demandait un scribe à son élève. — Arrive, que je te peigne le sort de l'officier d'infanterie, l'étendue de ses misères ! — On l'amène, tout enfant, pour l'enfermer dans la caserne : — une plaie qui le coupe se forme sur son ventre, — une plaie d'usure est sur

1. Hérodote, II, 107. — 2. Th. Devéria, Le Papyrus judiciaire de Turin, où les pièces du procès sont traduites et commentées. — 3. Voir, sur ce papyrus, Chabas, Le Papyrta magiqtie Harris, p. 2, et les traductions de MM. Birch et Eisenlolir, dans la Zeîrxe/irt/l, 1873-1874.

son œil, — une plaie de déchirure est sur ses deux so cils; sa tôte est fendue et couverte de pus*. — Bref, il hattu comme un rouleau de papyrus, — il est brisé par violence. — Arrive, que je te dise ses marches vers la Syr — ses expéditions en pays lointains ! — Ses pains et s eau sont sur son épaule comme le faix d'un âne — et fc son cou et sa nuque semblables à ceux d'un âne ; — I jointures de son échine sont brisées. — Il boit d'une e corrompue, — puis retourne à sa garde. — Atteint-il Te nemi, — il est comme une oie qui tremble, — car il n plus de valeur en tous ses membres. — Finit-il par ail en Egypte, — il est comme un bâton qu'a mangé le ve Est-il malade, Taliteraent le saisit-il, — il est emmené si un âne; — ses vêtements, des voleurs les enlèvent; — s( domestiques se sauvent^. » — Voilà pour le fantassin; . cavalier n'est pas beaucoup mieux traité. « Le scribe Ame nemapt dit au scribe Penbesa : « Quand te sera apporté ce « écrit de communication, applique-toi à devenir scribe a — tu primeras tout le monde. — Arrive, que je te dis « les devoirs fatigants de l'officier de chars. — Lorsqu'i « est placé à l'école par son père et sa mère, — sur cinc « esclaves qu'il possède (?) il en donne deux*. — Après qu( a Ton a dressé, il part pour choisir un attelage — dans a les écuries, en présence de Sa Majesté v. s. f. ; — à peine « a-t-il pris les bonnes cavales, — il se réjouit à grand a bruit. — Pour arriver avec elles à son bourg, — il se ce met au galop, — mais n'est bon qu'à galoper sur un a bâton. — Gomme il ne connaît pas l'avenir qui Tattend, a — il lègue tous ses biens à son père et à sa mère, — « puis emmène un char — dont le timon pèse trois outen, ce — tandis que le char pèse cinq outen^, — Aussi, quand a il veut s'en aller au galop sur ce char, — il est forcé

1. C'est une description des plaies produites par Tusage du casque et de la cuirasse. — 2. Papyrus Anastasi III, pi. Y, 1. 5; pi. VI, 1. 2; Ihid. IV, pi. IX, 1.4; pi. X, 1. 1; de Rougé, Discours d'ouverture, p. 34-35 ; Maspero, Du genre épistolaire, p. 41-42. — 3. Sans doute pour payer les frais de son éducation. — 4. C'est-à-dire un char de pacoliilu dont les parties sont mal proportionnées.

« de mettre pied à terre et de le tirer. — Il le prend, tombe « sur un reptile, — se rejette dans les broussailles : — ses a jambes sont mordues par le reptile, — son talon est percé c^ par la morsure. — Lorsqu'on vient pour faire Tinspection « de ses effets, sa misère est au comble : — il est allongé « sur le sol et frappé de cent coups \. » — Songez que ces lignes furent écrites sous le règne de Ramsès II et au bruit des chants de triomphe. La multitude se laissait encore emporter à l'enthousiasme de la victoire et suivait de ses acclamations le char triomphal du Pharaon. La première ivresse passée, les classes populaires, épuisées par des siècles de guerres incessantes, écrasées sous le poids des corvées et des impôts, retombaient dans leur découragement habituel; les lettrés tournaient les souffrances du soldat en ridicule. Cet ennui du succès, ce dégoût de la victoire sanglante et chèrement payée, nous expliquent bien des points obscurs de Thistoire d'Egypte et furent pour beaucoup dans la chute rapide de l'édifice si laborieusement élevé par les princes de la dix-huitième et de la dix-neuvième dynastie. L'Egypte de Thotmès III voulait la guerre : l'Egypte de Ramsès III voulait la paix à tout prix'.

On le vit bien au cou^s de la vingtième dynastie. En l'an XXXII, Ramsès, fatigué du pouvoir, appela son fils Ramsès IV à le partager', et mourut peu après. Ramsès IV lui-même paraît n'avoir pas régné plus de trois à quatre années, et eut pour successeur un parent éloigné qui prit le nom de Ramsès V. Vinrent ensuite les quatre fils do Ramsès III, Ramsès VI, Ramsès VII, Ramsès VIII et Meïamoun-meri-toum, qui passèrent rapidement sur le trône sans laisser grandes traces de leur activité. Le règne do Ramsès IX s'écoula tranquillement, et, pour trouver quelque événement digne d'être rapporté , il faut descendre jusqu'à Ramsès XI Meïamoun II. Ramsès XI étendait encore son autorité non-seulement sur l'Ethiopie , mais sur

1. Papyrus Anasta^i III, pi. VI, 1. 2-10; Maspero, Du genre épistO" laite, p. 42-43. — 2. Idem, ibid,, p. 43-4'a. — 3. Chabas, Ilcchcrches, p. 73-75.

lii Syrie entière. Au début de son règne, dans une vis qu'il fit en Palestine, un des chefs du pays lui avait env sa fille aînée comme otage : Ramsès l'aima et en fît sa p mière femme. Quelques années après, il apprit que la jei sœur de cette reine, Bentreshit, était atteinte d'une mala qu'on attribuait à la puissance d'un esprit possesseur, envoya pour la délivrer le chef des magiciens royaux, Tl tcmhebi, dont le savoir échoua devant la ténacité de la n ladie et de l'esprit. Après dix années de souffrances, père de la jeune fille se décida à réclamer un secours pi efficace. « Il envoya une seconde fois vers le roi pour ! dire : « Souverain suprême, ô mon seigneur, plaise Taftî «jesté ordonner qu'un dieu soit apporté au pays « Bakhtan pour combattre cet esprit ! » Cette nouvelle d mande parvint au roi en l'an XXVI, le I*' du mois > Pakhons, pendant la panégyrie d'Ammon; Sa Majes était alors en Thébaïde. Le roi revint en la présence ( Khons , dieu tranquille dans sa perfection, pour lui dire a Mon bon seigneur, je reviens pour t'implorer en favei « de la fille du prince de Bakhtan. » Puis il fit conduii Khons, dieu tranquille dans sa perfection, vers Khons, cou seiller de Thèbes, dieu grand qui chasse les rebelles. S Majesté dit à Khons, dieu tranquille dans sa periection « Mon bon seigneur, si tu voulais tourner ta face ver « Khons, le conseiller de Thèbes, le grand dieu qui chass « les rebelles, et l'envoyer au pays de Bakhtan par une grâc a insigne ! » Puis Sa Majesté dit : « Donne-lui ta vertu di a vine, j'enverrai ensuite ce dieu pour qu'il guérisse la fill a du prince de Bakhtan. » Par sa faveur la plus insigne Khons de Thébaïde, dieu tranquille dans sa perfectior donna quatre fois sa vertu divine à Khons, conseiller d Thèbes. Le roi commanda qu'on fît partir Khons, conseille de Thèbes ; de nombreux cavaliers marchaient à sa gauch et à sa droite.

« Le dieu arriva au pays de Bakhtan, .après un voyag d'un an et cinq mois. Le prince de Bakhtan vint avec se soldats et ses chefs à la rencontre de Khons le conseiller s'ôtant prosterné ventre à terre, il lui dit : « Tu viens don

« vers nous, tu descends chez nous par les ordres du roi « d'Egypte, le soleil seigneur de justice, approuvé du dieu « Râ. » Voici que ce dieu vint à la demeure de Bentrechit ; lui ayant communiqué sa vertu, elle fut soulagée à l'instant. L'esprit qui demeurait en elle dit en présence de Khons, le conseiller de Thèbes : « Sois le bienvenu, « grand dieu qui expulses les rebelles ; la ville de Bakhtan « est à toi, ses peuples sont tes esclaves, moi-même je suis « ton esclave. Je m'en retournerai vers les lieux d'où je « suis venu pour satisfaire ton cœur sur le sujet de ton « voyage. Que Ta Majesté veuille ordonner qu'une fête soit a célébrée en mon honneur par le prince de Bakhtan ! » Le dieu daigna dire à son prophète : « Il faut que le prince «c de Bakhtan apporte une riche offrande à cet esprit. » Pendant que ces choses se passaient et que Khons, le conseiller de Thèbes, conversait avec l'esprit, le prince de Bakhtan restait avec son armée, saisi d'une crainte profonde. D fit offrir de riches présents à Khons, conseiller de Thèbes, ainsi qu'à l'esprit, et célébra une fête en Jeur honneur; après quoi l'esprit s'en alla paisiblement où il voulut sur l'ordre de Khons, le conseiller de Thèbes. Le prince fut transporté de joie, ainsi que toute la population de Bakhtan; puis il se dit en lui-même : ce II faudrait que ce dieu « pût rester à Bakhtan ; je ne le laisserai pas retourner en « Egypte. » Il y avait trois ans et neuf mois que le dieu Khons demeurait à Bakhtan, lorsque le prince, reposant sur son lit, crut le voir quitter son naos ; il avait la forme de Tépervier d'or et s'élevait au ciel dans la direction de l'Egypte. Le prince s'étant éveillé se trouva souffrant ; il dit alors au prêtre de Khons, conseiller de Thèbes : « Le a dieu veut nous quitter et retourner en Egypte : faites a partir son char pour ce pays. » Khons rentra dans son temple de Thèbes chargé de présents *.

Les Ramessides firent çà et là quelques expéditions, jamais de grandes guerres : ils passèrent leurs jours dans la paix du dehors et la paix du dedans, et, s'il est vrai que ces

1 . De Hougc, Étude sur une stèle égyptienne appartenant à la Diblio' (AfQuetfnpe/ta/e, Paris, in-8, 1856.

peuples-là sont heureux qui n'ont point d'histoire, l'Egypte fut heureuse sous leur sceptre. Plus de luttes annuelles, plus de courses lointaines aux montagnes d'Arménie et aui sources du Nil. La Syrie continua de payer trihut pendant quelque temps, car, si l'Egypte était épuisée de sa victoire et avait à peine la force de se faire obéir, la Syrie était épuisée de sa défaite et n'avait plus la force de se révolter. Mais il y avait entre les deux pays cette différence que l'un, âgé déjà de trois mille ans d'histoire, touchait à la vieillesse et ne devait plus se relever, tandis que l'autre se remit promptement de ses blessures. Des révolutions intérieures vinrent bientôt achever ce que la lassitude avait commencé. Les grands prêtres d'Ammon, chefs suprêmes du sacerdoce thébain, n'avaient cessé de croître en influence politique depuis l'avènement de la XX* dynastie : ils avaient successivement envahi toutes les hautes fonctions civiles et militaires, étaient devenus généraux, magistrats, gouverneurs des provinces du midi et du nord, princes do Koush. Quelques années après la mort de Ramsès XI, Fun d'eux, Her-hor, osa déposséder le Ramsès qui régnait alors et se faire roi à sa place. Il prit bravement pour cartouche prénom le titre mêmede SB.àigmtéHonnouteriepenAmen^ Premier prophète d'Ammon, et ceignit le diadème. Son autorité fut d'abord reconnue même à l'étranger ; il put se vanter de recevoir les tributs de la Syrie comme ceux de l'Ethiopie. Mais les partisans de Ramsès ne le laissèrent pas longtemps jouir de son triomphe. Son filsPinotsem I ne régna pas et fut obligé de rester grand prêtre, un ou deui Ramsès se succédèrent sans bruit sur le trône. Piankhi I^ fils de Pinotsem, réussit à recouvrer la couronne et à se faire proclamer roi, dans le Sud. Une dynastie nouvelle, la XXI*, s'éleva à Tanis avec Smendès et s'établit dans le Delta. Dans les guerres qui suivirent, l'Egypte usa le peu de force qui lui restait et perdit la suprématie nominale qu'elle avait gardée jusqu'alors en Syrie. Elle avait domine près de sept siècles sur l'Asie antérieure et sur l'Ethiopie*.

1. Brugsch {GeschichtCj p. 643 sqq.) a fait de la chute de la XX* dy nastie et de l'avènement des dynasties suivantes un récit que, après mûi exameUf je ne puis adopter en aucune m^joi^Te.

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