‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 3)Chapitre 40 sur 170 · Jttges, XT-T · texte numérisé non relu

Jttges, XT-T

La victoire de Barak avait délivré les peuples du Nord: ceux du Sud, qui n'avaient pris aucune part à la lutte, eu rcnt bientôt affaire aux petits princes du désert d'Arabie « Quand Israël avait semé, Madian montait avec Amalek e les Orientaux, et ils montaient contre lui ; — et faisant ui camp contre eux, ils ravageaient les fruits du pays jusqu'i Gaza, et ne laissaient rien de reste en Israël, ni vivres, n menu bétail, ni bœufs, ni ânes. — Car eux et leurs troupeaux montaient, et ils venaient, avec leurs tentes, en auss grand nombre que les sauterelles, tellement qu'eux et leun chameaux étaient sans nombre, et ils venaient au pays pour le ravager. » Un homme de la tribu de Manassé, Jeroubaal, qui est aussi Gédéon, sauva Israël. A la tête de quelques hommes résolus, il surprit les Madianites pendant la nuit et les mit en pleine déroute : les fugitifs fuirent achevés, au passage du Jourdain, par les gens d'Éphraïm. Le succès fut si grand qu'on proposa au vainqueur do lui donner le titre de roi pour lui et pour ses enfants ; il répondit : « Moi, je ne dominerai point sur vous, ni mon fils ne dominera sur vous ; Jahveh dominera sur vous.» Gédéon se faisait de son Dieu une idée assez étrange s'il est vrai que pour mieux l'honorer il ait fondu, avec l'or du butin, une idole qu'il établit à Ophra, dans sa maison; aussi l'auteur du livre des Juges a-t-il soin d'ajouter que cette idole « devint un piège pour Gédéon et pour sa maison ». L'un des soixante-dix fils du héros, Abimelek fit égorger tous ses frères à Sichem, et se proclama roi; il périt au bout de trois ans dans une révolte. L'anarchie qu'il avait essayé de combattre recommença plus forte que jamais ' et livra Israël sans défense aux entreprises des Philistins.

Il y a longtemps déjà qu'on a reconnu l'origine étrangère des Philistins. « Une hypothèse très-vraisemblable, adoptée par les meilleurs exégètes et ethnographes, les fait venir do Crète*. Le nom seul de Plischti ('AXXdï^uXoi) indique

1, JugeSy iii-ix. — 2. Hitzig. Urgeschichte und Mythologie der PhilistfVer, p. 14 sqq. ; Gesenius, Thisaurus^ aux mots Caphtor, Crethi,

nue origine étrangère ou de longues migrations, et rappelle celui des Pélasges, Plusieurs fois ils sont appelés dans les écrivains hébreux Crethi^^ mot où Ton ne peut se refuser à reconnaître le nom de Cretois. Ailleurs*, ce mot paraît s'échanger contre celui de Cari (Garions?), pour désigner la garde du corps des rois de Juda : on sait que les Gariens étaient alliés aux Cretois, et jouaient* comme eux dans l'antiquité le rôle de mercenaires. Les traditions hébraïques sont du moins unanimes pour faire venir les Philistins de Tîle de Gaphtor *, mot vague qui, comme les noms de Kittirriy de Tharsis et d'Ophir^ n'offrait aux Hébreux d'autre idée que celle d'un pays maritime et lointain. Le mot Caphlhor^ il est vrai, correspond assez bien à celui de Kupros, Mais quand on voit les Hébreux désigner en général toutes les îles et les côtes de la Méditerranée par Kittim (nom propre de la ville de Kittium^ dans l'île de Ghypre) et Tharsis (la colonie phénicienne de Tartesse en Espagne), on admet facilement qu'ils aient pu appliquer le nom de l'île de Ghypre à bien d'autres îles, et en particulier à la Grète. Etienne de Byzance' nous présente la ville de Gaza comme une colonie Cretoise*. » Les monuments égyptiens confirment cette hypothèse et nous donnent la date de la migration philistine. Les Philistins faisaient partie des tribus qui envahirent l'Egypte au temps de Ramsès IH. Battus par ce prince, ils préférèrent entrer à son service plutôt que de retourner dans leur patrie loin-

etc.; Ewald, Geschichte des Volks Israël, l, p. 325 sqq., 2* édit.; Ber« theau, Zur Geschichte der Israeliteriy p. 188 sqq.; Movera, Die Phceni» XieTy I, p. 3-4, 10, 27-29, 33 sqq., 663 ; Tuch, Commentar ûher die Genesis, p. 243; Lengerke, Kenaan^ I, p. 193 sqq.; Knobel, Die VœU kertafel die Genesis, p. 215 sqq; Munk, Palestine, p. 82 âqq. — 1. 1 Sam., XXX, 14; Sophon,, n, 5; Éxéch,, xxv, 16. — 2. II Sam., XX, 23; II, Rois, xi, 4, 19. — 3. Ewald, Geschichte, I, 285 ; Winer, Bibl, Healw,,aiTt. Krethi und Plethi ; Beriheau, Zur Geschichte, p. 307, 312 sqq. — 4. Le chapitre x, 14, de la Genèse semble les faire venir d'Egypte ou du pays des Casluhim, mais il est probable qu'il y a en cet endroit une tran<;position et qu'il faut placer les mots.... et les Caphtorim après Casluhim. — 5. Aux mots TaÇa et Mtvwx. — 6. E. Renan, Histoire générale des langues sémitiques, ^ èâÂX,, V. \^ ^. ^îVv:^»,

taine et obtinrent de lui la permission de s'établir sur L côte méridionale de la Syrie*.

Le territoire qui leur fut concédé à l'angle de la Syrie e du désert s'étendait du torrent d'Egypte aux environs d< Juppé. On y trouvait jusqu'à cinq villes considérables Gaza, Ascalon, Ashdod, Ekron et Gath, qui toutes comman daicnt les débouchés de la Palestine et les abords d l'isthme. Aussi les Pharaons avaient-ils cherché dès long temps à s'assurer la possession du pays. Thotmès lâ Séti I", Ramsès II avaient entretenu des garnisons sémi tiques à Gaza ^. Ramsès m introduisit une tribu étrangen sur la fidélité de laquelle il pensait pouvoir compter. Lei Philistins trouvèrent la campagne et les bourgs ouvert! dont elle était semée occupés par les Awim, qui n'offriren aucune résistance. Ils prirent possession des cinq villes e s'unirent par des alliances répétées à la population primitive, dont ils adoptèrent la langue et . la religion : Marna de Gaza et les dieux-poissons d'Ascalon, Dagon et Derkéto, devinrent leurs dieux. La race qui résulta de ce mélange se divisa naturellement en deux classes : une classe populaire, formée surtout des familles authochtones, et une aristocratie militaire, descendue des colons de Ramsès m. A leur entrée dans la Palestine, les Israélites, intéressés à ne pas attirer sur eux la colère des Égyptiens, n'eurent garde d'attaquer les Philistins, vassaux directs des Pharaojis. Ils l'eussent fait, qu'ils n'auraient pas réussi : Gaza, Ashdod, Ascalon, Ekron et Gath, attribuées pour le principe à Juda, ne furent jamais soumises. Les Enakim, chassés des environs d'Hébron, et les Amorrhéens, dépossédés de leurs montagnes, trouvèrent un asile assuré sous les murs d'Ekron, d' Ashdod et de Gath. L'arrivée de

1. M. Ghabas conteste cette opinion, Études sur L'antiquité historique, r« édition, p. 292-296 ; Recherches sur Vhistoire de la dix-neuvième dynastie, p. 99-t01|; cf. à ce sujet Maspero dans la Revue critique, 1873, t. II, p. 84-85 et Fr. Lenormant, Histoire ancienne, 1. 1, p. 207-208. — 2. Voir au Papyrus Anastasi III, verso, pi. v-vi, la liste des chefs sémites en garnison à Gaza, sous Mcnephtah 1*% un demi-siècle à peu près avant l'arrivée des Philistins. Cf. Chabas, Recherches sur Vhittoire de la ILV dynastie, p. %-0^.

ces fugitifs accrut le nombre des Philistins et ne contribua pas peu à raffermissement de leur puissance. Les cinq « villes sœurs » devinrent bientôt les capitales de cinq principautés unies par un lien de fédération très-étroit. Gaza exerçait d'ordinaire une sorte d'hégémonie justifiée par l'importance militaire et commerciale de sa position : venaient ensuite par rang d'influence Ashdod, Ascalon, Gath et Ekron. Chacune d'elles était gouvernée par un chef militaire ou Seren; à Gath, dont la population était mêlée plus fortement qu'ailleurs d'éléments cananéens, le Seren était héréditaire et portait le titre de roi [melek). Les cinq Sarnim se réunissaient en conseil pour délibérer des affidres et pour offrir les sacrifices au nom de la confédération : ils faisaient la guerre en commun, chacun à la tête <iu contigent de la cité dont il était chef. Leur principale force consistait en chars montés par la noblesse et en archers dont l'adresse était proverbiale en Israël *.

Quand les rois-prêtres durent renoncer même à la do^ mination nominale que les Égyptiens exerçaient encore sur la Syrie, les Philistins avaient déjà fait l'essai de leur puissance sur les nations voisines. Leur première tentative contre Israël, repoussée par Samgar, paraît avoir été insir gnifiante : ils préféraient encore le métier de pirates à la guerre de terre. Leurs vaisseaux, partis d' Ascalon ou do Maïoumas, le port de Gaza, écumaicnt les mers et couraient sus aux Phéniciens. Leur audace s'accrut tellement, qu'une de leurs flottes, commandée par le chef d'Ascalon, attaqua Sidon, battit Fescadre sidonicnne et prit la ville *. Cet échec porta un coup mortel à. la domination des Sidoniens. L'aristocratie se réfugia à Tyr, où elle pensait .trouver un asile sûr contre les entreprises des pirates : Sidon perdit son rang de capitale et disparut de la scène pendant plusieurs siècles. Sa chute fut pour les Israélites des petites tribus du Nord un événement heureux : elle les délivra des Phéniciens et leur assura la paix pendant un

1 . Sur les Philistias consulter l'excellente monographie de Starke, Gaza und die PhUistxische Kûste, léna, 1862. — 2. Justin, 1. XYIII, ch. n. Cfr. Movers, Die Phœni;:ier, t. II, V" TUciVj^.^VlviW»

30% CEUPITRE Vn.

demi-sicclc. « Tolah, fils de Pouah, fils de Dodo, hommi dlssashar , fdt suscité pour délirrer Israël ; el il habitai à Samir dans la montagne d'Éphraîm. — D jugea Isra£ pendant Tingt-trois ans : pnis il monml et fut enseveli i Samir. Après loi fut snsdté Jaîr, Galaadite, qui jngei Israël Tingt-denx ans; — et il enl trente fils, qui moi taient sur trente ânons, et qni avaient trente Tilles, qp' appelle les villes de Jaîr jusqnes à ce joar, lesquelles an pays de Gilead ^ .»

An sud, les Philistins ne tardèrent pas à devenir m» naçants. Tandis que les Ammonites et les Amorrhéens en yahissaient la Pérée, ils attaquaient Dan, Siméon et Judiu Jephtah de Gileady.qni avait commencé par exercer le métiev de brigand au pays deTob, battit successivement les Amo: rhéens et les Ammonites. On dit que pour obtenir lavii toire il promit à l'Étemel de lui o&ir en holocauste tout qui sortirait de sa maison au-devant de lui quand il revie drait en paix du pays des enfants d'Ammon. « Ck>mme venait à Mitspah en sa maison, voici, sa fille qui était seukj et unique, sans qu'il eût d'autre fils ou fille, sortit aiil devant de lui avec tambours et flûtes. — Et il arriva qu'ausf sitôt qu'il Tout aperçue, il déchira ses vêtements et dit ; Ah ! ma fille, tu m'as entièrement abaissé, et tu es du nonH bre de ceux qui me troublent; car j'ai ouvert ma bouche li Jahveh, et je ne m'en pourrai point rétracter. — Et ell« répondit : Mon père, as-tu ouvert ta bouche à Jahveh, faisi moi selon ce qui est sorti de ta bouche; puisque Jahvelj t'a vengé de tes ennemis, les enfants d'Ammon. — Toutefois elle dit à son père : Que ceci me soit accordé : Laisse^ moi pour deux mois, afin que je m'en aille et que je descendi par les montagnes, et que je pleure ma virginité, moi 8t mes compagnes. — Et il dit : Va. Et il la laissa aller pour doux mois. Elle s'en alla donc avec ses compagnes et pleura sa virginité dans les montagnes. — Et au bout èH deux mois elle retourna vers son père, et il lui fit selon i(V vœu qu'il avait voué. Et ce fut une coutume en Israël,-^

1* Juges, X, 1-4,

ne, d'année en année, les filles dlsraêl allaient pour lalenter la fille de Jephtah, de Giléad , quatre jours dans ^année*. «Les victoires de Jephtah remportées sur les Ambonites n'avaient affranchi que les tribus du centre et de ÉtPérée : celles du Sud restaient toujours en butte aux ag- Ipressions des Philistins. La résistance du peuple des camitgnes, personnifiée dans Samson le Danite, avait beau nmltiplier les miracles : Israël s'affaiblissait chaque jour, lans qu'il fût aisé de prévoir le moment où s'arrêterait ion déclin.

PRrats de la royauté juive; Samuel, Saûl et David. — Salomon; !" le schisme des dix tribus. — Israël et Juda jusqu'à l'avènement d'Omri ;

la vingt et unième dynastie égyptienne : — Sheshonq I**; commen*

eements du royaume de Damas.

\ 9ébiit« de la royauté Juive ; Sanmel) 0«iil et mivld.

Après avoir soumis Juda et Siméon, les Philistins se {portèrent contre les races du centre, Éphraïm, Benjamin et Manassé. Le peuple crut trouver un remède à ses maux jtfans la réunion du pouvoir civil et de la puissance sacerdotale : il choisit le grand prêtre Éli pour juge et chef d'armée. Tant que dura sa jeunesse, Éli ne faillit pas à ïespoir d'Israël ; mais, devenu aveugle sur ses vieux jours, les violences et les débauches de ses fils éloignèrent de sa laaison l'amour du peuple. Les Philistins envahirent la . plaine de Jezréel, vinrent camper en Aphek, et tuèrent

(pâtre mille hommes aux Israélites dans un premier combat.

Worsles anciens d'Israël dirent: «Pourquoi Jahveh nous

^. Juges, xn.

msT, Ane ^

800 CHAPITRE Vm.

a-t'il battus aujourd'hui devant les Philistins? Faisonsnous amener de Shilo l'Arche d'alliance de Jahveh, et qu'elle vienne au milieu de nous et nous délivre de la main des ennemis. » — « Et, comme l'Arche d'alliance entrait au camp, tout Israël se mit à jeter de si grands cris de joie, que la terre en retentissait. » Quand les Philistins apprirent la nouvelle, ils eurent peur et dirent : « Malheur à nous! car ceci n'est pas arrivé aux jours passés. — Malheur à noosl qui nous délivrera de la main de ces dieux-là si glorieux?... — Philistins, renforcez-vous et soyez hommes, de peur que vous ne soyez asservis aux Hébreux, comme ils vous ont été asservis ; soyez donc hommes et combattez. » Mille trois hommes d'Israël restèrent sur le champ de bataille et TArche fut prise. « Or, un homme de Benjamin s'enfuit de la bataille et arriva à Shilo ce même jour-là, ayant ses vêtements déchirés^ et de la terre sur sa tête.— Et comme il arrivait, voici, Eli était assis sur un siège à côté du chemin, attentif; car son cœur tremblait à cause de l'Arche de Dieu. Cet homme donc vint portant les nouvelles dans la ville et toute la ville se mit à crier. — Éli, entendant le bruit de ce cri, dit : « Que veut dire ce grand tumulte?» Et cet homme se hâtant, vint à Éli et lui raconta tout. — Or Éli était âgé de quatre-vingt-dix-huit ans ; et ses yeux étaient tout ternis, et il ne pouvait voir. — Cet homme donc dit à Éli : « Je suis celui qui vient de la bataille, car je « me suis échappé aujourd'hui de la bataille. » Éli lui dit : « Qu'y est-il arrivé, mon fils ? — Et celui qui portait les nouvelles répondit, et dit : « Israël a fui devant les Philis- «c tins et même il y a eu une grande défaite du peuple; et « tes deux fils, Ophni et Phinéas, sont morts, et Tarche de « Dieu a été prise. » — Et aussitôt qu'il eut fait mention de l'Arche de Dieu, Éli tomba à la renverse de dessus son siège à côté de la porte et se rompit la nuque du cou et mourut : car il était vieux et pesant*. »

Un prophète sauva Israël. De tout temps on avait vu paraître, au milieu de la foule, des voyants (Roëy Hozé)^ des

L l Samuel, iv, 1-18,

l'empire juif. 307

prophètes (nâbi), auxtjuels une subite illumination révélait les secrets du passé, du présent et de Tavenir. Le nâbî était Tinterprète de Dieu, la bouche do Dieu dont il se aert pour parler aux hommes, « et c'est pourquoi il emploie souvent la première personne quand Dieu parle. La personnalité humaine disparaît parfois chez lui complètement, mais c'est pour reparaître bientôt avec éclat: car cette forme de langage n'est qu'une expression de la plus haute inspiration, ou de l'intime conviction que la volonté ou la pensée de l'homme ne font qu'un avec la volonté ou la pensée de Dieu. Celui-là seul est un prophète qui est anima par des pensées et des sentiments moraux et religieux, et qui les met au service de la religion d'Israël. U n'a que l'apparence en commun avec le devin, l'extatique et le convulsionnaire *. » Samuel, fils d'Elkanah, né après de longues années de stérilité, avait été voué au culte de Jahveh par sa mère Hannah. Il fut dès l'enfance envoyé à Shilo : vêtu oc d'un éphod de lin » et d'un petit manteau que sa mère lui apportait chaque année, quand elle venait avec son mari offrir le sacrifice solennel, il servit l'Étemel en présence d'Éli , jusqu'au jour où l'inspiration divine le saisît. Dès lors « Jahveh fut avec lui et ne laissa point tomber à terre une seule de ses paroles. — Tout Israël, depuis Dan jusques à Bershéba, connut que c'était chose assurée que Samuel serait prophète de Jahveh*.»

Vingt années après le désastre d'Aphek, Samuel crut le moment venu de secouer le joug Philistin. Il exhorta le peuple à renoncer au culte des Baalim et le convoqua à. Mitspah pour faire pénitence de ses péchés. Les Philistins, inquiets de ce rassemblement qui ne présageait rien de bon à leur autorité, « montèrent contre Israël ; ce que les enfants d'Israël ayant appris, ils eurent peur des Philis-* tins. — Alors Samuel prit un agneau de lait et l'offrit tout entier à Jahveh en holocauste; et Samuel cria à Jahveh pour Israël et Jahveh l'exauça. » Les Philistins, mis en

1. Th NœldeLc, ni$loire littéraire de i'ancîet* TesCameiit,^* WV^^*^* — S. J Samuel,, i-m.

306 CHAPITRE Vni.

déroute par les grondements du tonnerre, eurent peine k rentrer sur leur territoire. « Alors Samuel ^\)rit une pierre el la mit entre Mitspah et le rocher ; et il appela le nom de ce lieu la Ebenezer, et dit : « L'Éternel nous a secourus « jusques en ce lieu-ci »• Il se hâta de profiter de la victoire, frappa les Tyriens, les Amorrhéens, reprit les villes perdues*. Il ne put empêcher toutefois les ennemis d'élever une citadelle à Mikhmas, de tenir garnison à Gribéa et de désarmer les habitants des tribus méridionales. Dans tout le pays d'Israël il ne se trouva plus aucun forgeron, car les Philistins avaient dit : « U faut empêcher que les Hébreux ne fassent des épées ou des hallebardes. — C'est pourquoi tout Israël descendit vers les Philistins, chacun pour aiguiser son soc, son contre, sa cognée et son hoyau, lorsque leurs boyaux, leurs contres et leurs fourches k trois dents et leurs cognées avaient la pointe gâtée, même pour raccommoder un aiguillon *. » Samuel se consola de son impuissance en restaurant du mieux qu'il put le culte de Jahveh. Il fixa sa résidence à Rama, sa ville natale, où il avait bâti un autel à l'Éternel : chaque année, il quittait sa résidence, et s'en allait en tournée à Béthel, à Guilgal, à Mitspah, où il tenait des assemblées populaires et « jugeait Israël'».

Devenu vieux, « il établit ses fils pour juger sur Israël. — Son fils premier-né avait nom Joël, et le second avait nom Abijah; et ils jugeaient à Bershéba. » Il en fut d'eux ce qui avait été des fils d'Éli ; « ils se détournèrent après le gain déshonnête et ils s'éloignèrent de la justice. » Israël, las de leur domination, las aussi de ses divisions et de l'impuissance à laquelle elles le condamnaient, résolut de faire comme les nations voisines et de se choisir un roi. Samuel essaya de les dissuader de ce projet par la peinture des maux que cette décision attirerait sur eux. a Le roi prendra vos fils et les mettra sur ses chars et parmi ses gens de cheval, et ils courront devant son char. — Il les prendra aussi pour les établir gouverneurs sur milliers

1. 1 Samuel, vu. — 'i. l Samuel »^\\\,\^-l\.—WSa.muft^ yu^ ifi.

l'empire juif. 30y

et gouvemears sur cinquantaines, pour faire son labou- Mge, pour faire sa moisson et ses instruments de guerre et tout Tattirail de ses chariots. — D prendra aussi vos filles pour en faire des parfumeuses, des cuisinières et des boulangères. — D prendra aussi vos champs, vos vignes et les terres où sont vos bons oliviers et il les donnera à ses serviteurs. — D prendra vos serviteurs et vos servantes, et l'élite de vos jeunes gens et vos ânes et les emploiera à ses ouvrages. — Il dîmera vos troupeaux et vous serez ses esclaves. — En ce jour-là vous crierez à cause de votre roi que vous vous serez choisi ; mais Jahveh ne vous exaucera pas en ce jour-là. » Le peuple ne voulut rien écouter : « Il y aura un roi sur nous. — Nous serons alors comme toutes les nations, et notre roi nous jugera. U sortira devant nous et conduira nos guerres^.» Du moment qu'il feillait leur donner un roi, Samuel se promit de leur en donner un qui fût à sa discrétion.

Nahash l'Ammonite était venu mettre le siège devant Jabès de Giléad et la serrait de près. Ce fut en vain que les habitants essayèrent d'obtenir une paix honorable; il refusa leur s offres. « Je traiterai avec vous à condition devons crever à tous l'œil droit et de jeter ainsi l'opprobre sur Israël.» Us envoyèrent des messagers dans les douze tribus pour implorer secours, et partout où les messagers passaient, tout le monde se mettait à gémir. Saûl, fils de ELis, s'indigna de la lâcheté et des larmes inutiles de ses compatriotes : il prit une paire de bœufs qu'il ramenait des champs, les coupa en morceaux et envoya les quartiers dans Israël, avec menace de traiter ainsi les bœufs de ceux qui ne suivraient point Saûl et Samuel. Saûl était fort, bien fait, plus grand d'une tête que le reste du peuple : on s'assemble à sa voix, et Jabès fut délivrée. Samuel crut avoir trouvé l'homme qu'il lui fallait et proclama Saûl roi dans Guilgal.

L'accord ne dura pas longtemps entre le prophète et s& créature. Samuel comptait bien être le maître réel sous le

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