‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 3)Chapitre 41 sur 170 · arnuei^ vni · texte numérisé non relu

arnuei^ vni

310 CHAPITRE Vm.

nom de Saûl, et Saûl, de son côté, ne tarda pas à se lasseï de la tutelle dans laquelle Samuel entendait le maintenir. Pour avoir sous la main une force toujours prête, il avait organisé une petite armée permanente de trois mille hommes, dont deux mille restaient avec lui et mille étaient Sous les ordres de son fils Jonathan. Jonathan en profita pour enlever aux Philistins la forteresse de Gribea qu'ils possédaient depuis longtemps déjà : aussitôt Saûl convoqua le peuple à Guilgal et pria Samuel d'offrir au Seigneur le sacrifice expiatoire. « Il attendit sept jours, mai3 Samuel ne vint pas à Guilgal et le peuple s'écarta de Saûl. — Et Saûl dit : Amenez-moi un holocauste et des sacrifices de prospérités. Et il offrit l'holocauste. » A peine avait-il fini, que Samuel arriva et, jaloux de ce qu'il consL dérait comme une usurpation, accabla le roi de reproches. <c Jahveh aurait affermi ton règne pour Israël à toujours. — Mais maintenant ton règne ne sera pas affermi. Jahveh s'est cherché un homme selon son cœur et lui a commandé d'être le conducteur de son peuple, parce que tu n'as point gardé le commandement de Jaihveh. » Saûl, réduit à six cents hommes, n'en battit pas moins les Philistins près de Mikhmas, et les poursuivit jusqu'à Beth-Aven. Cette victoire affermit son autorité et rendit courage aux Israélites : les Moabites, les Ammonites, les Êdomites, les rois syriens de Tsobah furent vaincus tour à tour. Amalek fut frappé le dernier et les circonstances qui accompagnèrent sa défaite augmentèrent encore la haine de Samuel pour le roi.

Samuel avait ordonné aux Israélites de détruire Amalek «Fais mourir tant les hommes que les femmes, les adultes comme les enfants à la mamelle, le gros et le menu bétail, les chameaux et les ânes. » Saûl vainqueur épargna le roi Agag et réserva le meilleur du butin. Samuel, indigné de cette désobéissance, maudit Saûl encore une fois. « N'estil pas vrai qu'au temps où tu étais petit à tes propres yeux, tu as été fait chef des tribus d'Israël, et Jahveh t'a oint pour roi sur Israël? — Or Jahveh t'avait envoyé pour cette expédition et t'avait dit : Va et détruis ces pc-

cheufB, les Âmalekites, et fais-leur la guerre jusqu'à ce -qu'ils soient consumés. — Pourquoi n'as-tu pas obéi à la Toix de Jahyeh ? » Saûl essaya en vain de s'excuser; Samuel lui répondit : « Je ne retournerai pas avec toi, parce que ta as rejeté la parole de Jahyeh et que Jahveh t'a rejeté afin qlie tu ne sois plus roi sur Israël. » — Et comme Samuel se tournait pour s'en aller, Saûl lui prit le pan de son manteau, qui se déchira. — Alors Samuel lui dit : « Jahyeh a aujourd'hui déchiré le royaume dlsraël de desâtis toi et l'a donné à ton prochain qui est meilleur que toi. » — Et Saûl répondit : J'ai péché , mais honore-moi maintenant, je te prie, en la présence des anciens de mon peuple et en la présence d'Israël et retourne-t'en avec moi et je me prosternerai devant Jahveh ton Dieu. » Samuel y consentit, et donna l'ordre qu'on lui amenât Agag, Quand celui-ci parut, Samuel s'écria : « Gomme ton épée a privé les femmes de leurs enfants, ainsi ta mère sera privée d'enfants entre les femmes. » Et il mit Agag en pièces devant Jahveh à Guilgal, et s'en retourna à Rama. Saûl ne le revit plus de ce jour

Aussi bien le vieux prophète ne songeait à rien moins que susciter roi contre roi dans Israël. Il se rendit à Bethléhem,sous prétexte d'y célébrer un sacrifice, et sacra mystérieusement comme héritier du trône David, le plus jeune des fils du riche Isa! (Jessé). Appelé à la cour pour distraire le roi de la mélancolie dans laquelle il était tombé, David devint bientôt le favori de Saûl et l'ami de cœur de Jonathan. Ses exploits et son courage dans une guerre contre les Philistins le désignèrent à l'attention du peuple. « Gomme il revenait, des femmes sortirent de toutes les villes d'Israël en chantant et en dansant au-devantf du roi Saûl, avec des tambours et des cymbales. — Et les femmes qui jouaient des instruments se répétaient l'une à l'autre : « Saûl a frappé ses mille, et David ses dix mille. » La jalousie de Saûl s'éveilla : dans un accès de fureur, il essaya de percer David de sa lance. Revenu à lui-même, il éloigna le jeune homme, le fit capitaine et bientôt, en récompense de ses services, lui donna la main

312 CHAPITRE Vm.

de sa seconde fille Mikhal. Sauvé à plusieurs reprises pu sa femme, par son beau-frère Jonathan et par le graad prêtre Akhimelek, David finit par quitter le pays et par se retirer chez Akhis, roi de Gath, et de là au pays de Moab. Il mena désormais l'existence aventureuse d'un condottiere, un jour allié aux Philistins, le lendemain leur ennemi, poursuivi avec acharnement par Saûl et ne vivant que de la charité d'une femme ou de ce qu'il prenait dans les champs. La fortune semblait l'accabler de toutes les manières : Samuel mourut à Rama ; Saûl fit tuer son ami le grand prêtre Akhimelek et lui enleva sa femme Mikhal pour la marier à un autre homme. De guerre lasse, il se réfugia chez les Philistins : Akhis le reçut avec bienveillance et lui donna pour résidence la ville de Tsiklag.

Il y était depuis un an et demi quand la guerre éclata. Saûl rassembla son armée au nord d'Ephraïm sur les monts de Gilboa; mais son cœur se troubla pour la première fois et son âme fut remplie de sombres pressentiments. La légende raconte que dans un moment de découragement il se rendit chez une magicienne d'Endor et la pria d'évoquer l'ombre de Samuel. Samuel apparut, la figure enveloppée de son manteau et renouvela les pialédictions qu'il avait lancées contre Saûl. « Jahveh a déchiré le royaume entre tes mains et l'a donné à ton serviteur David , parce que tu n'as pas obéi à la voix de Jahveh et que tu n'as pas exécuté l'ardeur de sa colère contre Amalek; à cause de cela, Jahveh t'a fait ceci aujourd'hui. Et même Jahveh livrera Israël avec toi entre les mains des Philistins, et vous serez demain avec moi, toi et tes fils; Jahveh livra aussi le camp d'Israël entre les mains des Philistins*. » Le lendemain, en effet, les Israélites furent battus à Gilboa : Jonathan et deux de ses frères périrent dans le combat : Saûl, désespéré, se perça de son épée. Les ennemis lui coupèrent la tête, et pendirent le cadavre de Saûl à la muraille de Bethshean^ où les habitants de

U I Samuel, zzviiii 8-19.

hhh de Oiléad vinrent l'enlever. A la nouvelle de ce déiBStre David éclata en sanglots : « 0 Israël, ceux qui ont ifé tués sont sur tes hauts lieux ! tes hommes forts sont tombés! — Ne Tallez point dire dans Gath et n'en portez la louvelle sur les places d'Ascalon, de peur que les filles des %ilistins ne s'en réjouissent, que les filles des incirconcis l'en tressaillent de joie. — 0 monts de Gilboa, que la rosée t la pluie ne tombent point sur vous, ni sur les champs Tii y sont haut élevés; car c'est là qu'a été jeté le boulier des héros et le bouclier de Saûl, comme s'il n'eût pas té l'oint du Seigneur. — L'arc de Jonathan ne revenait unais sans le sang des morts, et sans la graisse des forts ; t l'épée de Saûl ne retournait jamais sans effet. — Saûl t Jonathan, qui s'aimaient dans leur vie, n'ont pas été éparés dans leur mort. Ils étaient plus légers que les ai- ^, ils étaient plus forts que les lions. — Filles d'Israël, ikarez pour Saûl, qui faisait que vous étiez vêtues d'écarlie, que vous viviez dans les délices et que Vous portiez k» ornements d'or sur vos vêtements. — Hélas ! les forts ont tombés, au milieu de la bataille ; il a été tué sur les Ituts lieux! — Jonathan, mon frère, le suis dans l'anjoisse pour l'amour de toi : tu faisais tout mon plaisir, Wour que j'avais pour toi était plus grand que celui p'on a pour les femmes. — Hélas! les forts sont tombés rt les instruments de guerre ont péri M »

Contre toute attente, les Philistins ne poursuivirent pas ior succès : ils se retirèrent dans leurs villes et posèrent les irmes. Aussi bien, il semblait qu'Israël n'eût plus besoin ^ur succomber des attaques du dehors, mais suffît à conlommer sa propre ruine. Au lieu de s'unir devant l'enlemi, les douze tribus se séparèrent et la guerre civile felata. Tandis que David se faisait proclamer à Hébron p» Juda, Abner ralliait les débris de l'armée et donnait four roi au reste de la nation Ishbaal (Ishboseth), fils de Saûl : Makhanaïm, au pays de Giléad, devint le siège de » nouvelle royauté. Les hostilités durèrent plus de sept

^. n Samuel, i, 19-27.

314 CHAPITRE Vm.

ans avec chances diverses. Elles allaient peut-être se terminer au désavantage de David, lorsque Âbner, insulté grir vement par son maître , l'abandonna : Ishbaal fut bientôt après assassiné par deux de ses gens et David resta sans rival. Les représentants des tribus se rendirent à Hébron et le firent sacrer en présence des anciens. Les fêtes du couronnement durèrent trois jours : de partout, même des contrées lointaines , d'Asher, de Zébulon et de Naphtali, « on apportait du pain sur des ânes et sur des chameaux, sur des mulets et sur des bœufs, de la farine, des figues sèches, des raisins secs, du vin, de l'huile, et on amenait des bœufs et des brebis en abondance, car il y avait joie en Israël*. »

Hébron, située au centre de Juda, était la capitale naturelle de la tribu, mais non celle d'un royaume qui s'étendait sur tout Israël : David chercha une ville moins reculée vers le sud, et choisit la forteresse cananéenne de Jébus. Jébus s'élevait sur une éminence entourée à l'est, au sud et à l'ouest par le lit du Kédron et la gorge de EQnnom, bornée au nord par une légère dépression de terrain. Elle ne présentait pas une surface unie : elle était coupée en deux par un ravin profond qui courait du nord au sud et séparait les hauteurs de Sion des collines de Millo et de Moriah. Un assaut vigoureux, conduit par Joab, fit tomber la ville aux mains des Hébreux. En changeant de possesseur, elle changea de nom : elle devint Jérusalem. David se hâta de la mettre en état de défense : laissant Moriah au peuple, il établit sa résidence à Sion et fortifia Millo, sans toutefois enfermer ces trois points dans un^ enceinte continue*. Plus tard, quand le succès de ses premières guerres lui donna quelques instants de repos, il se fit construire, par des ouvriers tyriens, un palais en bois de. cèdre et en pierre de taille * : pour le moment, il alla chercher l'arche à Kiriath-Jearim, où elle était restée depuis la mort d'Éli et la plaça auprès de lui sur la colline de Sion*.

1. II Chroniques, xii, 40. — 2. II Sam., v, 5-9; I Chr,, xi, 4-8. — 3. II Sam,, V, 11; I Chron., xiv, 1. — 4. II Sam , vi ; I Chron., xiii,

Page 1