BIST. ANC* ^<X
nicienne. Psamétik !•' avait commencé cette œuvre pari prise d'Asbdod. Néko II avait paru Tachever après la taille de Mageddo. La défaite de Karkémish avait tout i versé, mais en prouvant là justesse de vue des hoi d'État égyptiens. Si la bataille perdue par Néko Tavaitl entre Péluse et Gaza, c'en eût été fait de TÉgypte*: sur les bords de TEuphrate, elle donnait au vaincu le de mettre la vallée du Nil en état de défense. Malgré i insuccès, Néko ne perdit pas courage. Il appartenait i\ race persévérante, qui avait mis un siècle à gagner la ronne et ne l'avait conquise qu'à force de patience et d'i stination. Il refit sa flotte et son armée en silence, comi sur l'esprit remuant des Phéniciens et des Juifs pour ver une occasion de prendre sa revanche.
Depuis ses luttes désastreuses contre l'Assyrie, la] nicie avait conservé une haine profonde pour tous ceini ses maîtres qui lui venaient de Test. U en était de de la plupart des États syriens qui avaient encon semblant d'indépendance, Ammon, Moab, les Nabat^ le royaume de Juda. Néko exploita habilement ces quatre ans après sa défaite, il décida Jehoîakin à se réi contre les Ghaldéens. Nabou-koudour-oussour se sur les lieux, do sa personne^ et comprima le mou^ avant que l'Egypte eût le temps d'intervenir; Jehoî rentra dans le devoir*. Trois ans plus tard, il se de nouveau, toujours à Tlnstigation de Néko. Cette Naboù-koudour-oussour ne prit pas la direction des rations militaires. Il se contenta d'envoyer un di généraux avec les contingents d'Ammon et de toujours prêts à oublier leur haine contre le Glialdi lorsqu'il s'agissait de satisfaire leur haine contre le Ji Jehoîakin mourut pendant le siège de Jérusalem et remplacé par son fils, un jeune homme de dix-huit qui prit le nom de Jékoniah ou Jehoîakin II. Ce ne régna pas longtemps. Au moment même qu'il me
[(ni
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1. On le vil bien ^V\x& taxd, loca de la guerre entre Psamétik 014 1 Kambysbs, — ^. U Koi«,XEW,\«
l'orient au temps de l'empire MÈDE. 499
le trône, Nabou-koudour-oussour arrivait au camp
lemi. Sa présence précipita le dénoûment ; trois mois
rès, Jéholakin II se rendit à discrétion. Le vainqueur
rgna Jérusalem. Il se contenta d'enlever ce qui restait
trésors du temple et d'exiler le roi en Ghaldée avec
kte sa famille. L'armée juive fut réduite en esclavage, la
mlation ouvrière transportée à Babylone, où on l'employa
grandes constructions ; le demeurant fut remis au der-
fils de Joshiah, Mattaniah, alors âgé de vingt et un
(597). Mattanialiy comme ses prédécesseurs, changea
nom en changeant de condition : il se fit appeler Zé-
iah*.
leux ans après, Néko mourut sans avoir rencontré Toc-
ûon qu'il cherchait (595) ^, et son fils Psamétik II n'eut
le temps de rien entreprendre contre l'Asie. Vers 591,
attaque du roi de Napata l'appela en Ethiopie, d'où il
revint que pour mourir (589) *. Pendant cet intervalle,
Syrie, tranquille en apparence, n'avait cessé de s'agiter
rdement ; les partis, qui ne voyaient le salut de la patria
dans une alliance étroite avec l'Egypte, s'étaient rele-
du coup dont les avait frappés l'échec de Néko et do
oîakin. A Jérusalem, le courant qui portait les esprits
l'Egypte devint si fort que Zédékiah, créature de
m-koudour-oussour, s'y laissa entraîner. Dès le com-
icement de son règne, il assembla des envoyés de Tyr
le Sidon, d'Ammon et de Moab, pour délibérer avec eux
la meilleure manière d'abattre la puissance du Ghal-
Cette réunion ne produisit rien, soit par l'influence
prophète Jérémiah qui s'était donné la tâche dedécou^-
(r ses compatriotes^ soit plutôt par le sentiment que
confédérés avaient de leur impuissance ^« L'avènement
fohabrâ au trône d'Egypte leur rendit confiance. On le
U RoÎM, xxpr; II Chroniques ^ zuti, 5-11. Cf. Jérémiei XMXf»
r, xxn, XXXV, xxxn, etc. — 2. Manéthon (édit. Unger, p. 280) attri-
À aix années de règne à Néko, et Hérodote, II, 1, seiz«. Deux stèles
Florence et de Leyde confirment ce dernier chiffre (Leemant « LeUr9
notellinû p. 125-132). — â. Hérodote, il, 1G0# — 4. Jérémie, xxvu-
500 CHAPITRE XU.
savait entreprenant, ambitieux, préparé de longne maâl' aux chances d'une guerre : Tyr et la Phénicie, Jérasdea I* et les pays situés au delà du Jourdain, se soulevèrent d'm II commun accord. Nabou-koudour-oussour, accouru aupn-|' mier bruit de la révolte, et placé entre trois adversaires, hésita un moment. « Il s'arrête au carrefour des chemini pour consulter Tavenir; il mêle les flèches divinatoires, interroge les Téraphim, inspecte le foie des victimes*.» Son indécision ne fut pas de longue durée. Juda était k nœud de la coalition; son territoire reliait les confédérés di la côte à ceux du désert, les forces de TËgypte à celles de la Syrie méridionale. Tandis qu'une armée ravageait k Phénicie et commençait le blocus de Tyr, le roi de Babjlone se jeta sur la Judée avec le gros de ses troupes. Zédé-: kiah n'osa l'attendre en rase campagne et se renferma duis Jérusalem. Cette fois Nabou-koudour-oussour était résoh d'en finir avec les Juifs; il ravagea leur pays à loisir, Utii! les habitants des campagnes à la merci des Philistins etda Edomites,et ne parut devant la capitale qu'après avoir tout mis à feu et à sang ^. Il commençait déjà à la serrer de prit quand il apprit qu'Ouhabrâ venait de déboucher dans k sud de la Palestine avec une armée considérable. Il levi aussitôt le siège et courut à la rencontre de ce nouvel ennemi '. On ne sait pas exactement ce qui se passa en cette occurrence : selon les uns, le roi d'Egypte se retira sam combattre * ; 'selon d'autres, il accepta la bataille et int vainjcu*. Nabou-koudour-oussour reparut sous les murs de Jérusalem plus menaçant que jamais. La chute de k ville n'était plus qu'une question de temps, et la résiatance ne pouvait plus servir qu'à irriter le vainqueur. Les Juifs ne s'en défendirent pas moins avec l'obstination héroïque et malheureusement aussi avec l'esprit de discorde dont ils devaient plus tard donner tant de preuves. Tandis que Jérémie et les prophètes ne cessaient de prêcher la sou-
1. Ézékiel, XXI, 26. Cf. Fr. Lenormant, La divination ehex les GuAdéens, 1875, p. 18. — 2. Jérémiah, xxxiv, 7. — 3. Idem, xxxvu, 6, 11. — 4. Jérémiah, xxzvn, 7 : « L'armée de Pharaon, qui est sortie à votre secours^ va retoumet ^ti^^v^^.* — \k. las&^\îA> Atu, Jud.^X, 10
Enission*, Zédékiah et ses conseillers se montraient décidés k tenir jusqu'à la dernière extrémité. La famine se joignit bientôt aux ravages de la guerre et des maladies : il ja*y avait plus de pain, et Ton ne parlait pas encore de ,4e rendre. Enfin, après un an et demi de souffrances, jt la onzième année de Zédékiah, au quatrième mois, -le neuvième jour du mois, il y eut une brèche faite au jnur de la ville. — Et tous les principaux capitaines du ^roi de Babylone y entrèrent et se portèrent à la porte du joilieu. » Zédékiah essaya de s'enfuir au delà du Jourdain : pris dans la plaine de Jéricho, il fut conduit à Biblah, ,0û Nabou-koudour-oussour tenait cour plénière. Le roi de ISabylone traita le vaincu comme les gens de sa race étaient accoutumés de traiter leurs vassaux rebelles : il fit égorger ses fils et tous les magistrats de Juda en sa présence, puis commanda qu'on lui crevât les yeux et qu'on l'envoyât à Babylone chargé de doubles chaînes. La ville fut lémolie et brûlée sous les yeux de Nabou-sar-adan, un des a^ands officiers de la couronne que Nabou-koudour-oussour iéléguaà cet effet. Les soldats, les prêtres, les scribes, tous [es gens de haute classe furent transportés en Chaldée et lispersés dans différentes villes. Il ne resta plus au pays onie le petit peuple des campagnes, à qui le vainqueur cLonna les vignes et les champs des riches. L'œuvre de destruction accomplie, les Chaldéens se retirèrent, laissant le gouvernement de la* nouvelle province à un ami de Jérémiah, nommé Guédaliah'.
Guédaliah ne vécut pas longtemps : il fut assassiné à Mitspah, avec les troupes juives et chaldéennes qui le soutenaient, par Ismaêl, fils de Nataniah, de la race de David '. Ismaêl fut attaqué à son tour par Jokhanan, fils de Kareah,
1. cf. les paroles de Jérémiah à Zédékiah : t si tu sors volontairement pour aller vers les principaux du roi de Babylone, ta vie te sera conservée • (xxxvin, 17), et celles des généraux de Zédékiah au sujet de Jérémiah : « Il rend lâches les mains des hommes de guerre qui restent dans la ville, et les mains de tout le peuple en leur disant de telles paroles. » (xxxvm, 4.) — 2. Jérémiah, xxxiz; II Ao», zxv, 1-24 ; II hron.y xxxvi, 13-21.— 3. Jérémich, xl-xu, 1-4.
502 CHAPITRE XU.
et contraint de s'enfuir presque seul chez les Ammomtes^; Les Juifs, qui avaient vengé Guédaliah et battu Ismj craignirent à leur tour que la colère de Nabou-koudoi oussour ne retombât sur eux ; ils s'enfuirent en Egypte, traînant le prophète Jérémiah et une partie du peuple| Ouhabrâ leur donna des terres près de Daphné, d'où ils répandirent à Migdol, à Memphis et jusque dans la Tl baïde*. Même après cette catastrophe, la mesure des ma de Juda ne fut pas comble. En 581, les débris de lapopf^ lation s'allièrent aux Moabites et tentèrent la fortune annes. Une nouvelle défaite, suivie d'un nouvel exil, ache la ruine du pays. Jérémiah assista de loin à ce désast et pleura l'anéantissement de sa race. « La Judée a emmenée captive, tant elle est affligée et tant est sa servitude; elle demeure maintenant parmi les nati( et ne trouve point de repos. — Les chemins vers Sic mènent de^uil, parce que personne ne vient plus fêtes; ses portes sont béantes, ses sacrificateurs sanf tent, ses vierges sont accablées de tristesse; — ses ei vont eu captivité par devant l'ennemi. — 0 Jahveh, demeures éternellement et ton trône dure d'âge en — Pourquoi nous oublierais-tu à jamais? Pourquoi délaisserais-tu à toujours? — Ramène-nous à toi, nous nous convertissions; renouvelle nos jours comi ils étaient autrefois *. »
La défaite des peuples situés au delà du Jourdul suivit de près le désastre de la Judée. Âmmon , Moab m les Nabatéens furent rudement châtiés de leur révolte'^ l'Arabie subit à son tour le choc de l'invasion. Gomme Mj rois assyriens ses prédécesseurs, Nabou-koudour-ousflW se sentait attiré par le renom fabuleux de richesse iw^ jouissaient les régions lointaines du Yémen : les trésaAi accumulés par le commerce dans cet entrepôt du moBJft oriental excitèrent sa convoitise. Laissant de côté hl
1. Jérémiahf xli, 11-16. — 2.1d., xli, 17-18; xm; — 3. Id-, lUD' KLiv, 1. — 4. lamentations, i, 3-5; v, 19-21.— 5. /érémia/i, XLvni XLix; Josèphe, 1. X, ch. xi.
Copulations éparses sur le plateau du Nedjed, il porta [^es efforts sur le Hedjâz et sur les autres parties du pays M passait la grande route des caravanes. Les traditions jes disent qu'après avoir battu et dispersé, près du mrg de Dhât-îrk, les Djorhom Jectanides, qui voulaient d barrer le chemin de la Kaâbah, il arriva aux frontières Témen occidental. La fatigue de son armée Tempêcha pousser plus loin : il revint sur ses pas, emmenant avec une foule de captifs et deux tribus entières, celles d'Halourâ et d'Ouabar, qu'il établit en Chaldée. Ce fut une bande razzia plutôt qu'une expédition régulière : il n'en Rtira d'autre profit qu'un butin considérable et une suzedneté nominale bientôt perdue. Les Arabes n'oublièrent le conquérant qui les avait si rudement frappés : Bokhtir devint pour eux un héros légendaire auquel se ratlaient mille souvenirs héroïques ou fabuleux*. De tous les peuples qui s'étaient alliés en 589, Tyr et Tfigypte restaient seuls debout. Tyr, à l'abri derrière les Wrailles de son île, commandait la mer et bravait les ef- Vbrts des Ghaldéens. Après treize années d'efforts infruc- Wux, ils se résignèrent à traiter avec le roi Ilhobaal III, ffiii avait conduit la défense* (674); Nabou-koudour-oussour !mt libre désormais de se tourner contre TÉgypte. Une ten- ;tative des Ghaldéens contre ce pays était attendue depuis longtemps : dès le lendemain de la défaite de Néko il ne s'était guère passé d'année où les prophètes juifs ne l'eus- •ent décrite comme prochaine. Jérémian l'avait plusieurs fois
h Caussiade Perceval, Histoire des Arabes, t. I, p. 81-99. — 2. lié* Afindre dans Josèphe, Cont. Apionem, I, 21, et Clément d'Alexandrie, Stromata, I, 21, § 127. La plupart des auteurs ecclésiastiques «!t soutenu que Tyr avait été prise par Nabou-koudour-oussour, contre ]• témoignage formel des annales phéniciennes et des historiens grecs (Jérôme, Comment, in Ezech., c. xxvi, xxix ; Op. omnia, t. III, p. 875, 908; Cyrille d'Alexandrie, Comment, in Jesdiam^ 23, Op. omnia, t. II, édit. Aubert). Le Chaldéen, disent-ils, avait rattaché l'île au continent par le moyen d'une digue analogue à celle que construisit plus lard Alexandre. Encore au onzième siècle de notre ère^ la tradition locale voulait qu'il n'eût pas réussi dans son entreprise (Guillaume de ïyr, Hist , XIII, 4).
504 CHAPITRE Xn.
prédite sans se laisser décourager par le néant de ses prèdior*. lions* : en apprenant la reddition de Tyr, Ézékiel Taimon^' de nouveau. « Ainsi a dit le Seigneur Jahveh : « Je ferai périr « le peuple d'Egypte par la puissance du roi de Babylone. « — Lui, et son peuple avec lui, les plus terribles d'entre « les nations, seront amenés pour ruiner le pays, et iis,^ « dégaineront contre l'Égyptien, et ils joncheront la terre « de morts. — Or je mettrai les canaux à sec, et je Iivrerai,j a le pays aux mains des ennemis; je désolerai le pays et .1 ce tout ce qui s'y trouve par la main des étrangers. Moi, « Jahveh, j'ai parlé ainsi. » -Ainsi a dit le Seigneur Jahveh: « Je détruirai aussi les idoles, j'anéantirai les faux dieux « de Memphis, et il n'y aura plus de prince qui soit du « pays d'Egypte, et je répandrai la terreur au pays d'É- « gypte. — Je désolerai la Thébaïde, j'incendierai Tanis, « et j'exercerai des jugements dans Thèbes; — et je répan- « drai ma fureur sur Péluse, qui est la force d'Egypte, et « j'exterminerai la multitude qui est à Thèbes. — Quand « je mettrai le feu en Egypte, Péluse sera grièvement tourte montée et Thèbes sera rompue par diverses brèches, et il « n'y aura à Memphis que détresse en plein jour. — La ce jeunesse d'On et de Bubaste tombera par l'épée, ou s'en ce ira en captivité; — et le jour faudra dans Daphné, lorsce que je romprai les portes de l'Egypte et que l'orgueil de ce sa force sera abattu ; une nuée la couvrira, et ses villes ce iront en captivité *. »
S'il fallait en croire Josèphe, la prédiction du prophète aurait reçu son entier accomplissement : Nabou-koudouroussour aurait envahi l'Egypte, battu et tué Ouhabrâ, dévasté le pays, puis installé un gouverneur sur sa nouvelle conquête, et serait retourné en Ghaldée, emmenant avec lui les Juifs qu'il avait trouvés établis dans le Delta'. Les récits égyptiens ne nous permettent pas d'admettre l'authenticité de cette tradition ; ils prouvent au contraire que Nabou-koudour-oussour subit un échec sérieux.
1. Jérémiah, ix, 25-26; XLiii, 8-13 ; xlix, 30; xlvi. — 2. Ézéki€l,m, 10-18. —3. Josèphe, Ant,Jud,,X, 11,
La flotte d'Ouhabrâ, équipée par des Grecs, battit la flotte phénicienne au service des Chaldéens; son armée de terre enleva Sidon d'assaut et força les autres villes à se pendre sans résistance ^ Toute la côte syrienne tomba aux mains des Egyptiens sans que Nabou-koudour-oussour pût rien faire pour la leur disputer ou la leur reprendre. Les garnisons de Pharaon occupèrent Gebel et s'y construisirent, en pierre du pays, un temple dont les explorations récentes ont mis les ruines au jour*. Par un coup de fortune Ouhabrâ venait d'atteindre le but que ses ancêtres avaient poursuivi vainement pendant un demi-siècle : il put s'intituler « le plus heureux des rois qui avaient vécu auparavant, » et s'imagina, dans son orgueil, que « les dieux eux-mêmes seraient incapables de lui nuire*. »
Ce fut la dernière guerre de Nabou-koudour-oussour, la dernière du moins dont Thistoire ait gardé la trace. Au temps où elle se termina *, le roi de Chaldée était déjà vieux et devait songer à toute autre chose qu'aux armes. H est ; probable que son ambition se borna désormais à poursuivre et à terminer les grands travaux de construction qui rendi- .rent son nom fameux dans l'antiquité. Pendant le siècle qui avait précédé la chute de Ninive, Babylone avait cruellement souffert des Assyriens. Elle avait été saccagée deux fois par Sin-akhè-irib et Assour-ban-habal, sans compter les sièges et les pillages partiels qu'elle avait subis au cours de ses révoltes perpétuelles. Nabou-pal-oussour avait déjà commencé l'œuvre de réparation; il semble l'avoir menée au nom d'une de ses femmes qui, par un hasard
1. Hérodote, II, 161 ; Diodore, I, 68.-2. E. Renan, Mission de Thé* nicie, et le Mémoire de M. de Rougé sur les débris égyptiens trouvés en Phénicie par M. Renan. — 3. Hérode, II, 161. Pour toute Thistoire de la guerre contre Tyr et l'Egypte, j*ai adopté les conclusions de Movers, Die Phœniziery t. II, 1"' theil, p. 426-428. — 4. La guerre d*Ouhabrâ contre la Phénicie ne put avoir lieu tant que le siège de Tyr durait encore, c'est-à-dire de .588 à 575. D'autre part, Ouhabrâ pe règne que dix-neuf ans, de 589 à 569 (Manéthon, édit. Unger, p. 281-283). La guerre de Phénicie doit donc se placer entre 674, date de la soumission de Tyr par les Chaldéens^ et 569, date de la révolte d'Âmasis.
506 CHAPITRE XH.
étrange, porte dans la tradition classique le nom égyptien de Nitôkris*. Il rétablit les canaux qui unissaient le Tigre à TEuphrate au-dessus de Babylone, répara les grands réservoirs où les rois des vieilles dynasties avaient reçu pendant rinondation et emmagasiné les eaux de TEuphrate, reconstruisit le pont qui mettait en communication le» deux moitiés de la ville. Il employa aux travaux les nombreux captifs syriens, juifs, égyptiens, arabes, qu'il s'était procurés dans ses guerres. Le grand mur de Babylone fut édifié à nouveau, ainsi que le grand temple de Nebo à Barsip; le réservoir de Sippar, le canal royal, une partie au moins du lac Pallacopas, furent creusés; Kouti, Sipar, Barsip, Babel, sortirent de leurs ruines. Infatigable dans ses entreprises, Nabou-koudour-oussour fut pour h Ghaldée ce que Ramsès II avait jadis été pour l'Egypte, le roi constructeur par excellence. Il travailla sans relâche i toutes les cités et à tous les temples : il n'y a pas autoni de Babylone un endroit où l'on ne trouve son nom et Ii trace de sa merveilleuse activité *,
Le successeur de Nabou-koudour-oussour, Avîl-Mardoul (Evil-Mérodach), fut assassiné, après deux ans de règne (559), par son beau-frère Nir gai- sar-oussour (Neriglissorj, qui lui-même mourut en 556, laissant pour successeur un enfant du nom de Bel-labar-iskoun (Laborosoarkliod). Neuf mois après son avènement, Bel-labar-iskoun fiit mis à mort et remplacé par Nabou-nahid ^ . La maison de Nabou-koudour-oussour s'éteignit avec lui, et l'imagination populaire, étonnée d'une chute si rapide après tant de grandeur, vit dans cet événement la main de Dieu. La tri-
1. Hérodote, I, 185; Oppert, Rapport adressé au ministre de Viit struclion publique, p. 16; Fr Lenormant, Histoire, t. II, p. 216-218. — 2. Oppert, Inscription de Nahuchodonosor sur les merveiUes de Bàb»lone, in-12, Reims, 1866; cf. G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. Uî, p. 55-58; J. Menant, Babylone et la Chaldée^ p. 196-248. — 3. Bérose, 1. ni, dans Josèphe, C. Ap. I, 21, et dans Eusèbe, Prasp, Evan§^ IX, 40-41"; Fr. Lenormeint, Histoire, t. II, p. 239-241; cf. G. RawliBson, The five great Monarchies, t. III, p. 62-64. La variante touranieuie du nom do Nabou-nahid est Nabou-imtouk, d'où semble provenir la variante grecque de ^aSoNN-^tio-j^v
• dltion nationale racontait que, vers la fin de ses jours,
- Nabou-koudour-oussour, saisi de l'esprit prophétique, était ■r monté sur le toit de son palais et avait prédit aux Ghall déens la ruine prochaine de leur empire *. La légende juive, " implacable pour le prince qui avait renversé Jérusalem et
- détruit le temple, disait qu'enivré de sa gloire il s*était cru l'égal de Dieu et avait été changé en bête par la colère de Jahveh. Pendant sept ans il vécut dans les champs, se nourrissant d'herbes comme les bestiaux, puis reprit sa forme première et rentra en possession de la royauté *.
Si pendant toute la durée de son règne Nabou-koudouroussour n'était pas entré en lutte avec son voisin de Médie, cela tenait surtout au caractère du prince qui régnait alors à Ecbatane. Azi-dahak*, que les Grecs ont nommé Astyagès, fils de Kyaxarès, n'avait pas été élevé, comme son père, pour la vie des champs de bataille. Sauf une guerre contre les Gadusiens *, qui se termina par la soumission de ce peuple, il n'entreprit aucune expédition. Il vécut dans le faste d'une cour orientale, entouré de gardes et d'eunuques, sans autre passe-temps que la chasse dans les parcs de ses palais ou sur les confins du désert*. Bien que marié plusieurs fois, il n'avait pas d'enfant mâle, et la couronne devait passer après lui à sa fille Mandanê, ou aux enfants de sa fille. Mandanê, donnée à l'un des vassaux de son père, Kambouzia I" (Kambysès), roi des Perses, en avait eu Kourous (Kyros), qui était élevé à là cour d'Ecbatane, partie comme petit-fils du suzerain, partie comme otage*. Kyros ne tarda pas à reconnaître combien l'humeur pacifique d'Astyagès avait affaibli la constitution militaire des Aryens de Médie et les faisait impuissants sous leur apparence de force et de grandeur. Il forma le dessein hardi de se révolter contre son grand-père, et de
1. Bérose et Abydêne dans Eusèbe, Prœp. Evang., IX, 41. — 2. Daniel, IV. — 3. Fr. Lenormant, Lettres atsyriologiques, 1" série, t. I, p. 97-99. -— 4. NicoLas de Damas, édit. C. Mûller; Moïse de Khoren (I, 23-29) lui attribue de longues guerres avec un monarque arménien du nom de Tigrane. — 5. Cf. Rawlinson, The five gréai Monarchies, t. II, p. 415-47. — 6. Hérodote, I, 107-199; Xénophon, Kyrop., 1, 1, etc.
508 CHAPITRE XH.
substituer à l'empire des Mèdes l'empire du peuple dont lui-même était issu, les Perses*.
Dès les premiers temps de rinvasion aryenne, les Perses avaient occupé les pays à l'Est de l'Elam. Us avaient soumis sans peine les rares tribus touraniennes et koushites qui l'habitaient, et s'étaient établies sur le versant méridional du plateau iranien et sur les rives du golfe Persique. La Perse proprement dite s'étend depuis l'embouchure de rOroatis (Tab) à l'ouest jusque vers l'embouchure du détroit d'Ormuzd. La région qui borde la côte est formée de bancs d'argile et de sable rangés parallèlement : elle est stérile et mal arrosée. Le reste du pays est coupé par plusieurs chaînes de montagnes qui vont, s' élevant toujours, de la mer au plateau : il est infécond par places, surtout au nord et à l'est, mais boisé en maint endroit et fertile en céréales. Quelques rivières seulement, l'Oroatis (Tab), l'Ara^ês (Bendamir) et le Kyros (Kourab) rompent les barrières de montagnes qui les séparent de la côte et parviennent jusqu'à la mer : la plupart des cours d'eau n'ont pas d'écoulement et forment, au fond des vallées, des lacs plus ou moins étendus, selon les saisons. Les tribus des Perses partagèrent leur conquête en plusieurs districts : la Parœtakênê et la Mardiênê, dans la région des montagnes ; la Taokênê, au long de la côte, et la Karmanie, vers l'orient. Ils s'y bâtirent quelques gros villages, Ormuzd, Sisidôna, Agrostana, Taôkê, sur la mer ; dans l'intérieur, Karmana et les deux capitales Persépolis et Pasargades. Ils y vécurent dans l'obscurité, d'abord indépendants, puis, à partir de Phraortès, ou plutôt de Ryaxarès, soumis aux Mèdes. Us prenaient leurs rois dans la famille d'un certain Akhamanish (Akhêmênês), qui avait été leur chef au moment de l'invasion ; Akhamanish avait eu pour successeur Téispa (Têispês) et Téispa Kambouzia (Kambysès). Abrités par leur éloignement contre la corruption des mœurs babyloniennes, ils avaient conservé plus de simplicité et d'énergie que les Mèdes : Kyros, qui le
1. Cf. RawllnsoB, The flte ^reot KQTvarch.<ef) U U» p. 418-99.
L'ORIENT AU TEMPS DE L'EMPIRE MÈDE. t09
savait, décida son père à courir les chances d'une révolte. Il s'échappa de la cour, dispersa une troupe envoyée à sa poursuite et rentra en Perse. Battu dans une première bataille et son père tué, il finit par rester vainqueur et par faire Astyagès prisonnier : son roi captif, la Médie ne résista plus et se livra tout entière au vainqueur. Ce fut un changement de dynastie plutôt qu'une conquête étrangère. Astyagès et ses prédécesseurs avaient été rois des Mèdes et des Perses, Kyros et ses successeurs furent rois des Perses et des Mèdes ^.
1. Cf. RawlinsoD, The five gréai Vonarchies, t. II, 422-426-, t. III, V 369.