V-VIU
souhaitait la bienvenue, la présentait au trôn mazdâ, comme il avait fait Zoroastre, et lui i place qu'elle devait occuper désormais jusqu'au résurrection des corps * .
Transplanté sur le plateau de Tlran, le Maz modifia selon les temps et les circonstances. Il s longtemps intact chez les Perses, et s'altéra chez au contact des superstitions étrangères. Gomme des peuples de leur race, les Touraniens de Mé déraient que le bon principe est clément par ess(
Î^as besoin d'être adoré : ils réservaient leurs eurs sacrifices pour les puissances infernales breuses. Leur culte était une sorte de sorcelle qu'un culte réel, et s'adressait aux esprits du i prêtres avaient des rites et des pratiques bar lesquels ils se flattaient de vaincre les démons plier à la volonté humaine *. Sujets des Aryens, nièrent pas leurs- croyances : ils les fondirent d de leurs maîtres. Ils identifièrent leurs dieux bi< avec Aouramazdâ et ses anges de lumière, leurs malfaisantes avec Angrô>maïnyous et ses démon! invasion des génies touraniens dans le sys Zoroastre en changea complètement la nature maïnyous avait été regardé jusqu'alors comme u race inférieure : on le chargeait de malédiction rendre hommage était se condamner à l'enfer pou: A l'exemple des Touraniens, les Mèdes commei voir en lui une personne moins auguste que le b cipe, mais plus redoutable et plus nécessaire à fié finirent par admettre qu'il était l'égal d'Aouran puissance et en force, avait la même substs^nce rival et durerait autant que lui. Restait à explique
1. G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. II, p. 339-340 Erânische Alterthumskunde, t. II, p. 148-151. — 2. Les vieille CCS touraniennes des peuples de Médie paraissent s'être m fort altérées dans Je culte bizarre des Yesidis, adorateurs (Layard, Ninevch and Bahylon, p. 41 sqq. ; Oppert, Rappo nùtre de i7nslructioTv publique, \^';i^V
LES SARGONIDES. 471
3^ tence de ces deux êtres consubstantiels et pourtant enne- 3t mis : on supposa qu'ils n'avaient pas existé de tout temps, a'gt mais émanaient d'un je ne sais quoi préexistant qu'on nomma le temps sans bornes [Zrvan-akarana)^. A ce -j^ point, l'évolution était complète. Le dualisme tel que f£ Zoroastre l'avait conçu sans résoudre les problèmes qu'il .; soulevait, n'existait plus que de nom. Aouramazdâ n'était ;., plus l'être incréé créateur de tout : dérivé d'un être antérieur, il avait organisé un univers préexistant en puissance. Sa lutte contre Angrô-maïnyous était la lutte de deux pouvoirs égaux et si exactement balancés, qu'aucun d'eux ne devait l'emporter sur l'autre. Le bien et le mal émanés d'une seule substance divine, distincts pour quelques siècles seulement et en apparence, étaient destinés à se réunir de nouveau dans le sein du même être indifférent d'où ils étaient sortis jadis, avec tout le cortège de la création *.
En même temps que le dogme, la forme extérieure du
culte s'altéra profondément. Les Touraniens de Médie
avaient une caste sacerdotale dont les membres tenaient
\ leur office par droit d'hérédité : ces prêtres, qu'on appelait
fnagoush (mages), s'imposèrent aux vainqueurs et devin-
; rent une des six tribus constituantes de la nation '. Ils
\ infectèrent les Aryens de leurs pratiques superstitieuses^
', développèrent le culte du feu et des corps célestes et se
posèrent en intermédiaires nécessaires entre l'homme et
' Dieu. On ne pouvait offrir le sacrifice ou faire acte de religion
1 . Sur ce personnage et ses succédanés le tempt fini (Zrvan dateghô qadhdta)f Vespace infini {Thwdsha) et Vespace fini{Miçvdna), la lumière sans fin {Anaghra raoçâo) él les ténèbres sans fin {Anaghra iemdo)^ voir Spiegel, Erdniuhe AUerthumskunde, t. Il, p. 4-20. La croyance au Zrvan-akarana donna naissance à de nombreuses sectes, dont les plus célèbres, celles des Zervaniens, ont duré bien avant dans le moyen âge (Spiegel, Erànische Allerthumskundey t. II, p. 165-187) : elle fait encore aujourd'hui partie du dogme religieux des Guèbres ou Parsis de Bombay. — 2. Fr. Lenormant, Histoire, t. U, p. 3a5-338; Lettres <usy^ riologiques, V série, t. I, p. 97-111; Essai de commentaire sur les fragments cosmogoniques de Bèrose, p. 156 sqq. ; la Magie, p. 191-215. ^ 3. G. Rawiinson, The five great Monarchies, t. II, p. 34S-349.
en leur absence*. Vêtus de longues robes blanches, çoifl&i de hautes tiares, les mains chargées du faisceau sacré M tamarisque [bareçma^ harsom) sans lequel on ne deviiij rien faire *, ils se rendaient en procession aux autels, préparaient la victime, versaient les libations et chantaient roffrande les formules mystérieuses qui lui donnaie toute sa vertu. Ils se vantaient de posséder des facult surhumaines, d'expliquer et de rendre les oracles, de pi dire l'avenir. Les auteurs classiques affirment que sous apparences d'austérité ils cachaient des vices mom-j trueux, qu'ils permettaient et pratiquaient l'inceste le plml horrible, celui du fils avec la mère*, qu'ils ne reculaieotl devant aucun crime pour satisfaire leurs passions. Ce q\»] nous savons de leur vie par les monuments originaux nous permet pas de combattre ou d'approuver ce jugement Les mages acquirent une grande influence sur le peuple f sur les grands ; s'ils en abusèrent parfois, ils ne firent ni] mieux ni pis que d'autres n'avaient fait avant eux.
LE MONDE ORIENTAL AU TElttPS DE L'EMPIRE MÈDBJ
L'empire mède ; Kyaxarès ; les Kimmériens en Asie ; chute de Niniiff ] (625) ; la Lydie. — La XX VI- dynastie ; Psamétik !•'; Néko II; 1»^ taille de Karkémish. — L'empire chaldéen et le monde orientd| depuis la bataille de Karkémish jusqu'à la chute de l'empire mèdk
■l'empire mèdei Kyaxarès i les KlmBiérleiis ea A«le| chute de Klnlve («tS) ; la Iijdle.
Les traditions recueillies par Hérodote donnaient pour
1. Hérodote, I, 138 ; Ammien Marcellin, XXIU, 6. — 2. StraboOi 1. XV, 3; Yendidadj Farg. XVIII, 1-6. — 3. Cette pratique est rappottée |J par plusieurs auteurs ecclésiastiques sur la foi de Xanthos de Lydie et de Ctésias, deux écrivains d'une bonne foi suspecte. M. George Raw» \\
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successeur à Déïokès un certain Phraortès (655-633) qui, après avoir soumis les Perses et conquis le plateau de llran, aurait péri en 632 dans une expédition contre Ninive*. Je ne m'arrêterai pas à ce personnage dont le nom, Fravartis, a la tournure mède, mais dont Thistoire est aussi peu authentique que celle de son prétendu prédécesseur*. Ouvakhshatara, que les Grecs appellent Kyaxarès, fut le véritable fondateur du grand empire médique*. D'après Hérodote, il était fils de Phraortès et succéda à son père dans la possession d'un empire solidement établi \ On croit aujourd'hui qu'il n'était pas originaire de la Médie propre, mais était né sur les bords de la Caspienne, entre l'Atrek et rOxus : il se mit avec son père à la tête d'une nouvelle migration qui déboucha sur le plateau de l'Iran et doubla les forces de la race aryenne en ces parages. Les petits Etats qui se partageaient le pays furent soumis sans grande difficulté et réunis sous un même sceptre : les nouveaux venus, entraînés par la force de l'impulsion, ne s'arrêtèrent pas à la chaîne du Khoatras, et voulurent descendre dans la plaine du Tigre. Hérodote nous apprend comment se termina cette première tentative des Mèdes sur TAssyrie* : le vieil Assour-ban-habal , ou son successeur Assour-edil-ilâni, se porta à la rencontre des envahisseurs et les vainquit. Phraortès périt dans la bataille : Kyaxarès ramena en arrière les débris de son armée et remonta sur le plateau de Médie pour y préparer une nouvelle guerre*. Il venait de se former une armée régulière'' et de recommencer la guerre avec TAssyrie, lorsqu'un ennemi inattendu vint séparer les deux pouvoirs rivaux. Bien loin vers le nord, au delà des fleuves de l'Arménie et des pics du
linson (The five great Monarchies, t. II, p. 351-353) n'admet pas le bien fondé de cette accusation. — 1. Hérodote, I, 102. — 2. Cf. Rawlinson, The five great Monarchiet, 1. 11^ p. 383. M. François Lenormant {LeUret wtsyriologiqueSy V série, 1. 1, p. 64-72) a récemment essayé de défendre l'authenticité du récit d'Hérodote. — 3. Cf. Eschyle, Perses, V, 761-764 : MriOo; fàp tiv 6 icpâto; lîJYtliwv fftpaToO, "AXXoc ô* ixEivou «aï; xôô* Ipyov i^wfft* TpiTOc ô' an* avToO KOpo;.... — 4. Hérodote, 1, 103. — 5. Hérodote, 1, 102.— 6. Cf. Rawlinson, The five great Monarchies, t. U, p. 220; lierodotus, 1. 1, p. 331-333. — 7. Hérodote, 1, 103.
474 CHAPITRE Xn.
Caucase, dans les vastes steppes du continen vivaient des tribus à moitié sauvages, que les ] ciens ont connues sous les noms assez vagues de K Scythes, Sarmates. Depuis une haute antiquité mériens avaient l'habitude de franchir presque née la barrière du Caucase pour venir piller les l'Asie. Leurs premières incursions avaient été préférence vers le sud-ouest, dans la direction de neure : ils avaient ravagé les contrées qui borde Euxin, traversé la Phrygie, la Mysie, la Lydie, villes grecques et barbares qui s'élevaient sur la taie de la mer ïlgée^ Plus tard, la renommé Syrie pénétra jusqpi'à eux et alluma leur con^ descendirent dans la direction du sud et ren< quelquefois à leur désavantage, les armées as Vers 632, le gros de la nation, dépossédé pa: desScolotes^ s'ébranla, passa le long de la Gasj arrivant dans le bassin du Tigre, les Barbares deux armées en présence. Kyaxarès avait battu riens et forcé leur roi à se renfermer dans ss A l'approche des Kimmériens, il leva le siège au-devant des envahisseurs. 11 avait sur eux de l'armement et de la discipline, mais ses sol tombèrent sous le nombre. Madyès, chef des remporta la victoire et imposa aux vaincus un nuel. La Médio ne souffrit pas beaucoup : el pas encore assez riche pour tenter la cupidité thés ; mais sa suprématie sur les nations voisines ] un moment compromise *.
Le courant de l'invasion s'éloigna des mont l'Iran pour se jeter sur les pays de TEuphrate et c diterranée, L'Assyrie, que les Scythes avaient sai le savoir, souffrit la première de leurs ravages; dévastée tout entière, et, si Ninive leur échappa, 1
1. Strabon, 1. 1, 2; III, 2; XIV. 1 ; Orose, I, 21. Cf. G. Rawl five great Monarchies, t. II, p. kOk;Herodotus, t. I, p. 299-301 Gimirri ou Kimmerii sont mentionnés déjà sous Âssourvers 678. — S.Eérodole, l, 104. — 4. Idem, 1, 103; Slrabon,]
idlles royales, Ealakh, EI-Assour, furent brûlées et saccagées de fond en comble. La Mésopotamie et la Ghaldée &rent plus d'à moitié dépeuplées. Comme les Huns dix fiècles plus tard, les Kimmériens n'épargnaient ni l'âge ni le sexe. Ils détruisaient les moissons, sJbattaient ou enlevaient les troupeaux, incendiaient les villages pour le ^ seul plaisir de détruire ou d'efirayer; les habitants qui n'a- Tfaient pas réussi à se sauver dans la montagne ou à s'enferrmer dans les forteresses étaient massacrés ou traînés en esclavage. Trop ignorants en l'art de la guerre pour assié- - ger les places fortes selon les règles, ils les laissaient d'ordinaire en repos moyennant un léger tribut; si les richesses Wermées dans une ville leur faisaient espérer un riche tin, ils la bloquaient jusqu'à ce que la famine la réduisît 80 rendre. Mainte vieille cité où s'étaient accumulés les rs des générations passées fut misé à feu et à sang ; nt canton fertile et populeux fut ruiné et désolé. Us iàrent ainsi de province en province, de la Mésopotamie la Syrie du Nord et dans la Phénicie, de la Syrie du ord au pays de Damas et en Palestine*. Ils arrivèrent aux frontières de l'Egypte et se préparaient à les chir, quand Psamétik !•' les écarta par de riches prêts. Ds revinrent sur leurs pas, et pillèrent au passage h temple de Derkètô, près d'Âscalon. A partir de ce moment leur pouvoir commença à décliner '. Engagés chaque innée dans des guerres nouvelles, ils réparaient difficilement les vides que la victoire creusait dans leurs rangs; les excès de toute sorte les décimèrent ; leur nombre diminua rapidement. Les vaincus relevèrent la tête et commen- -ârent à remuer.
l Les Mèdes furent les premiers à secouer le joug. Kyaxarès 'invita le chef des Scythes et ses principaux officiers à un :- pand banquet ; après les avoir enivrés, il les fit tous tuer, \ et dès le lendemain prit la campagne. Malgré la trahison I çii les avait privés de leurs généraux, les hordes kimméliennes tinrent bravement tête à l'orage ; il fallut pour les
l Héi-odote, 1, 105; Justin, II, 3. — 2. Hérodote, I, lOS.
expulser une guerre longue et sanglante don nous sont inconnus. Selon son habitude, Gtés a brodé sur ce thème toutes sortes d'aventu leuses ou romanesques. Les Scythes unis i étaient, dit-il, commandés par la reine Zarinae les Mèdes plusieurs fois et finit par traiter ave ditions égales ; la paix signée, elle se retira dan Roxanakê et y termina ses jours ^ En fait, Kya les Scythes de Médie, et après sa victoire ils tinrent pas longtemps dans le reste de l'Asie vants rentrèrent en Europe par le Caucase *, et sion fut si complète qu'on pourrait assurer qu'e aucune trace, sans qu'une tradition douteuse 1 l'origine du nom de Scythopolis que prit Bethdo Palestine*. Hérodote prétend qu'ils domine huit ans sur l'Asie; depuis la défaite de Kyaxai soulèvement des Mèdes*. U faut en rabattre bi ce chiffre. Leur domination dura sept ou huit plus, de 634 à 627".
Les Scythes étaient à peine partis, que le roi songea de nouveau à envahir l'Assyrie. Elle avai de fond en comble par les Scythes et essayait ci relever sous Assour-edil-ilâni. Kyaxarès, ren. par ses premiers échecs, chercha des alliés vassaux de son rival. Assour-edil-ilâni avai gouvernement de la Ghaldée à un de ses généra bal-oussour; lui-même se réservait de tenir tête . Nabou-bal-oussour, au lieu de faire son devoir, j roi de Babylone (625) et envoya proposer à Ky alliance offensive et défensive. Le Mède accepta le traité par le mariage de sa fille Amytis av koudour-oussour, fils de son nouvel ami. Le ]
1. Diodore, II, 34, d'après Ctésias ; Nicolas de Damas, Anonymus de Claris Mulieribu^^ § 2. — 2. Hérodote, IV, lyhistor dans Eusèbe, Prap, Ev., IX, 39. — 4. Hérodo 5. De Saulcy, Chronologie des empires de iYtmte, de Baby halane, p. 69; G. Rawlinson, Ttie five great Monarchies, 227; Fr. Lenormant, Lcllres assiirioJogi(iues, r* série, t.
rie, trahi, s'enferma dans Ninive, y résista le plus long- Komps qu'il put et se brûla dans son palais plutôt que de tomber vivant aux mains de Tennemi (625) ^ • Ninive détruite, Tempire d'Assyrie tomba : au bout de
Eelques années il était passé à l'état de légende; moins deux siècles après, on ne connaissait plus d'une manière certaine le site de sa capitale. Certes les autres grandes nations de l'Orient, l'Egypte et la Ghaldée, n'a- >Taient pas aux jours de leur gloire épargné les vaincus : les 'Pharaons des dynasties thébaines avaient foulé l'Afrique et 'l*Asie sous leurs sandales et emmené en esclavage des po- 'pulations entières. Mais du moins, à côté de leur œuvre de ^ eolère, ils avaient accompli une œuvre de civilisation. C'est 'd'Egypte et de Chaldée que sont venus les arts et les ' aeiences de l'antiquité ; l'Egypte et la Chaldée nous ont donné les premières connaissances sérieuses qu'on ait eues en astronomie, en médecine, en géométrie, dans les sciences physiques et naturelles ; si les monuments de la Chaldée ont péri sans retour, ceux de l'Egypte sont encore debout pour nous prouver à quel degré de perfection les premiernés des hommes avaient porté l'architecture. Et si mainte* nant nous demandons à l'Assyrie autre chose que des conquêtes, nous ne trouvons rien en elle qu'elle n'ait emprunté à ses voisins. Elle prit ses sciences à la Chaldée, ses arts à la Chaldée et un peu à l'Egypte, son écriture à la Chaldée, sa littérature scientifique et religieuse à la Chaldée ; la seule
1. Diodore, II, 23-28, d*après Ctésias; Abydène dans Eusèbo (Chron, Can,, pars I, c. 9) ; Polyhistor, dans le même (pars I, c. 5). Cf. G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. II, p. 228-233; llerodotug, 1. 1, p. 334, 398-401 ; Fr. Lenormant, LeUret assyriologiquetf 1'* série, 1. 1, p. 83 92. Voici le tableau de la dynastie des Sargonides :
Saryoukin, 721-704.
SlN-AKHÈ-IRIB, 70^-680. ÂSSOUR-AKHÈ-IDIN II, 680-667.
ÂSSOUR-BAN-HABAL, 667-....
ASSOUR-EDIL-ILÂNI, ..-625.
chose qui lui appartienne en propre, c'est la fé généraux et la bravoure de ses soldats. Du apparut dans Thistoire, elle ne vécut que pour pour la conquête; le jour où sa population ép permit plus les succès du champ de bataille, el sa raison de vivre et disparut. Kyazarès se rése: propre et ses dépendances immédiates au nord ouest; Nabou-bal-oussour joignit à lapossessi lone la suzeraineté sur TÊlam, la Mésopotam et la Palestine. Deux grands royaumes sortirc des ruines : le chaldéen, dans les contrées où . l'Orient civilisé avait été enfermée jusqu'alors dans les régions presque inconnues du nord et chez des peuples qui venaient à peine de nai toire. Soit tolérance, soit crainte mutuelle, ils tèrent l'un l'autre et restèrent amis pendant demi-siècle, et leur entente assura la paix du n Kyaxarès, vainqueur de Ninive, ne s'en tin premier succès. L'Ourarti et les pays voisins ruinés par les Eimmériens, ne lui résistèrent p: bus touraniennes qui habitaient à l'ouest de 1 Mouskaî et Toubals, furent refoulées vers la me le Caucase et remplacées par des nations, les une phrygienne comme les Arméniens, les autres d'o nienne comme le peuple des Katpatouka (Gapp Moins de dix ans après la chute de Ninive, Ky nétrait au cœur de l'Asie Mineure*. Il trouva du pays habité à peu près de la même manié] Égyptiens l'avaient connu neuf siècles aupara Phrygiens avaient continué de vivre obscurément. pour leur richesse et leur bravoure. Midas, ui derniers rois, avait manifesté Tintention d'entre port avec les peuples du dehors ; le premier parn bares, il avait envoyé des présents à l'oracle de Cette tentative de rapprochement n'eut pas de Phrygie retomba dans son isolement. La plupart
I, Hérodote, 1, 103, — *l. U^m, 1, Vv.
l'orient au temps de l'empire MÈDE. 479
Stuples, Troyens, Lyciens, Gares, avaient diminué ou même spam complètement sous Teffort de races nouvelles veaues du continent européen. Au nord, les tribus th races n'avaient pas cessé de franchir le Bosphore ; elles avaient refoulé les indigènes et s'étaient établies en Bithynie. ûc-
Î^uis le onzième siècle, les colons grecs avaient afflué dans a partie du pays qui fait face à l'Hellade ; les Éoliens dans l'ancienne Troade, à l'embouchure de l'Hermos, à Lesbos, dans les villes de Mitylène, de Kymô, d'Eisa, de Magnésie; les Ioniens à Chios, à Samos et, sur la côte, à Phocée, à Smyrne, à Téos, à Golophon, à Éphèse, à Priène, à Milet ; les Dorions à Rhodes, à Carpathos, à Gos et sur les grandes presqu'îles de la Garie. La plupart de leurs villes, devenues métropoles à leur tour, avaient couvert de colonies les côtes de la Gilicie et de la Lycie au sud, celles du Pont-Euxin au nord^ Par position et par intérêt elles étaient en lutte constante avec la plupart des peuples de l'intérieur, Garions, Thraces et Lydiens.
Depuis l'émigration en Italie des Tourshas, des Shardanes et des autres « peuples de la mer », la Lydie avait changé deux fois de dynastie. Vers la fin du treizième siècle ^, les Âtyades avaient été remplacés par une famille d'Héraclides dont le fondateur, Âgron, possède une généalogie plus mythique encore que sa personne. Il descendait d'Hercule et d'une esclave de lardanos par Âlkaeos, Bêlos et Ninos. Les deux premiers noms nous reportent vers la Grèce et les deux derniers vers l'Assyrie, sans qu'il soit possible de soupçonner quels motifs ont pu déterminer les premiers chronographes lydiens à donner le grec Âlks&os pour père à l'Assyrien Bêlos. Quelques écrivains d'époque postérieure rattachèrent l'établissement de la dynastie nouvelle à une prétendue domination des premiers rois de Ninive sur l'Asie Mineure. Gtésias rangeait la Lydie au nombre des provinces soumises au fabuleux Ninos, et con-
1. Voir au volume de cette collection consacré à VHUtoire grecque le récit détaillé de la colonisation des Grecs en Asie Mineure. — 2. Vers 1329, d'après les indications d'Hérodole (T, 7). Les monuments assyriens prouvent qu'il faut abaisser cette date d'une vingtaine d'années au moins.
480 CHAPITRE XH.
sidérait Tapparition soudaine de Memnon le K siège de Troie, comme un secours envoyé par 1 Syrie à son vassal Priam*. On a conclu de ces qu'Agron était un fils de Ninos, placé par son j trône de Lydie ', que son nom , rapproché de Agroun, signifiait le fugitif et marquait un pri du pays d'Assour par une révolution. « Les a]
Îu'Hérodote présente comme celles des troii 'Agron, Bôlos, Alkœos, Héraklès, sont préci traduction du nom et du titre de l'Hercule as déen, surnommé Sa/mdan^ « le fort, le puisj quelquefois assimilé à Bel, Bel-Adar-Samdan. teur de la dynastie des Héraclides de Lydie se ré clairement, dans les traditions recueillies par 1 rhistoire, comme un prince assyrien et fug d'une famille qui regardait le dieu Adar comm« teur ou son protecteur spécial. Si nous nous maintenant aux annales assyriennes, nous y vo;) juste vers l'an 1200, régnait à Ninive le véritab teur de la puissance de cette monarchie, appe palassar. « Adar protège son fils ; » des descen ce prince étaient, on le voit par le sens de son n< naturellement appelés en grec Héraclides. Agi fugitif, » nous semble, en conséquence, devoir gardé comme un fils d'Adarpalassar, un frèr d'Assourdayan, qui, par suite d'événements à i connus, probablement d'une compétition avec so se retira en Lydie et s'y empara du pouvoir*, cela est plus ingénieux que solide: mieux vaut der la généalogie d'Agron comme l'invention d'un 1 désireux de rattacher les rois do Lydie aux héros célèbres de la Grèce et de l'Orient *.
L'histoire de la seconde dynastie est aussi peu que celle de la première. Agron eut pour successeu
1. Ctésias, Froflf., 2, 18, édit. C. MûUer — 2. Volney, Tiech Vhisfoiref 1. 1, p. 419. — 3. Fr. Lenormant, Histoire, t. II, p Essai de eommerUaire sur les fragments eosmogoniques c p. 145-147. — 4. et. KaivWTvsoxv, WeVodolu^^V V^^, 291-293.
kt un rois, chacun fils du précédent et dont les règnes réulis forment un total de cinq cents ans^ Les noms de la plupart d'entre eux sont perdus, et ce qu'on nous dit des iiitres nous transporte en pleine légende. Kamblês était si Torace qu'une nuit, pendant son sommeil, il dévora la ^reine^; la femme de Mêlés donna naissance à un lion '. Le ^cit de l'expédition, en Palestine, d'un général lydien qui uirait fondé Ascalon sous le règne d'Alkimos \ peut être on souvenir efiacé des migrations tyrrhéniennes et semble .-montrer que, longtemps encore après le temps des peu-
tes de la mer, les Lydiens allaient faire la course sur s côtes d'Egypte et de Syrie. Vers 700 % les Héracli- «dM furent renversés à leur tour : Gygès, fils de Dasky- ..lofl, assassina le roi Gandaule et s'empara de la royauté. ^Son histoire devint bientôt pour les Grecs un sujet de ro- ...iDan sur lequel leur fantaisie s'exerça sans contrôle. Hérotdote contait déjà, d'après le poète Archiloque, que le roi Gandaule, affolé par la beauté de sa femme, la montra nue à Gygès : la reine, outrée de ce qu'elle considérait comme affront, força le favori à tuer son maitre, puis lui donna main et la couronne '• Le récit de Platon est plus mereux encore. Après un orage terrible, un berger du roi de Lydie aperçoit une fente dans le sdI et y descend. H y trouve un grand cheval de cuivre à moitié brisé, et dans les flancs du cheval le cadavre d'un géant, qui porte au doigt une bague d'or. U s'aperçoit que la bague peut le zendre invisible à volonté, se rend à la cour, séduit lareine, assassine le roi et le remplace^. D'après une troisième légende, il ne tue le roi et ne monte sur le trône que pour mecompUr un oracle '. Le changement de dynastie ne se fit pas sans lutte. Les partisans des Héraclides prirent les
1. HérodjCe, I, 7. — 2. Athénée, X, 8, proivablement d'aprH Xan- «bos dî Lrdie. — X Hérodote. L &«. — 4. Xanthos daos Édenoe de Bjnoce^ s r. ^'xujmv. — ». 734 d'après la chronAlon^e f^réxLAïm fondée sir les caleols d'Henri: te. Les cioaameau auTriem proaTeot
Gf^ TïTizc «chrcre ectre 6ÔÔ e; ^ôi). et :iGas forcent d'abaiM^r le
traitûiïimeL — 6- H-î?:«ij:e, I, 8-13. — 7. Piatoa. Méfmhli^
p, K, J. — ?. NLcclasde Dan-u, daa* Itùi-*?, Frcym. Bût. 6rx€,^
t. LU. p. 3iii>3.iQy peat-ékie d'après Xiaiàoi» de Ljdi^.
armes et se préparèrent à soutenir la cause rains légitimes. Gygès, soutenu par des merc riens, préféra s'en rapporter à la décision de Delphes, et cette décision lui fut favorable. « D fermement assis sur le trône, il envoya à D présents considérables, comme en font foi les en argent qu'il plaça dans le sanctuaire. Outre < il donna un grand nombre de vases en or, pan les plus remanpiables sont les gobelets, au i six, et du poids de trente talents, qoi sont déj le trésor corinthien *. »
Les Lydiens avaient toujours été une race i belliqueuse, riche en hommes et en choraux : poussa à la conquête. De ses guerres à l'intéri sait rien, si ce n'est qu'il réunit à son empire entière, et probablement quelques cantons de la Les colonies grecques occupaient la côte et lui le chemin de la mer : il se tourna contre elles, < territoire des Ioniens, mit le siège devant Milet < sans succès, prit Golophon*. Ici encore la lég< mêlée à l'histoire pour étendre son autorité et de cause extraordinaire à ses succès. On conta q pour favori un jeune homme d'une beauté mer nommé Magnés, et que les Magnésiens défigui point de le rendre méconnaissable : il vint as: place ei ne se retira qu'après en avoir châtié les ha Rien ne prouve que le roi de Lydie ait jamais réuss dre une ville grecque autre que Golophon.
Son règne se termina par un désastre. Pressé d mériens, il avait reçu en rêve l'ordre de rendre h au roi d'Assyrie Assour-ban-habal, dont les premi ces remplissaient de bruit le monde oriental, après la victoire il se repentit de sa démarche et en mander secours aux Égyptiens révoltés. Assour-bs lâcha les Eimmériens contre lui. Gygès fut tué i
1. Hérodote, I, 13-U. — 2. Strabon, 1. XIII, 2. — 3. î, 14. — 4. î^icoiaa d» Bam^.*, à;Mv^\^^ T\a^xtv. UUx. . ^txst;^.
l'orient au temps de L'EMPIKE MÉDE. 483
de rinvasion et son corps laissé sans sépulture % la Lydie entière dévastée, Sardes prise, à Texception de la citadelle, qui tint bon (660) *. Ardys, fils de Gygès, parvint à leur recouvrer la plus grande partie du territoire perdu et s'agrandit aux dépens des villes grecques *. Ses deux successeurs, Sadyattès (637-625) et Alyattès (625-568), continuèrent la politique traditionnelle de leur race et s'attaquèrent de préférence à Milet. Après de longues luttes sans résultBty Alyattès, désespérant de réduire la ville par la force, essaya de la faire tomber par la famine. « Chaque été, dès que les fruits et les moissons commençaient à mûrir, il partait à la tête de son armée, qu'il faisait marcher et \ camper au son des instruments. Arrivé sur le territoire , des Milésiens, il détruisait entièrement les récoltes et les fruits, et se retirait ensuite. » De guerre lasse, il finit par traiter, se rejeta sur d'autres villes moins fortes, enleva Smyrne ^, et il venait de rétablir la suzeraineté des Lydiens jusqu'à la rive gauche de l'Halys, quand les Mèdes parurent sur la rive opposée. L'Asie Mineure était trop riche et trop fertile pour ne pas exciter la convoitise de Kyaxarès : il chercha et trouva sans peine un prétexte pour Tenvahir. Un corps de Scythes nomades, qu'il avait à son service, le quitta soudain et se réfugia auprès d' Alyattès : il les réclama comme transfuges, n'obtint pas leur extradition et déclara la guerre. Elle durait depuis six ans à succès égal, et les deux armées, après plusieurs batailles indécises, venaient de se rencontrer une fois encore, lorsqu'au milieu du combat le soleil s'éclipsa soudain. Elles se séparèrent sur-le-champ, et la crainte superstitieuse dont les remplit le phénomène leur inspira le désir de
1. Cf. Smith, History ofÀssurbanipal, p. 64-68, 71-75. — 2.pérodote, I, 15. Je considère la mention d'Hérodote comme se rapportant à la grande invasion où périt Gygès, et non pas à une invasion postérieure. (Cf. Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, 1" série, 1. 1 p. 79.) — 3. Hérodote, I, 15, attribue quarante-neuf ans de règne à Ardys; Eusèbe lui en donne trente-huit. Dans Tétat actuel de la science, il n'est guère possible de le faire régner plus de vingt-trois ans, de 660 ou ôo'J à 637. — 4. Ilérod<jte, I, 1G-2Ô.
484 CHxVPlTRE XII.
la paix. Deux des principaux chefs, Syennésis allié du roi lydien, et Nabou-nahid (Labj^nètos) dant du contingent babylonien qui servait di de Kyaxarès, proposèrent un armistice et fii décider les rivaux à s'accommoder. L'Halys r mite officielle des deux royaumes : pour cons< liance, Alyattès donna sa fille Aryènis en mariag gès, fils de Kyaxarès. Selon l'usage du temps, princes, après s'être prêté l'un à l'autre le sermi tié, scellèrent le contrat en se piquant mutue bras et en buvant le sang qui coulait de la blessi Kyaxarès j^enonça bientôt après à la guerre dans une paix profonde les derniers temps de mourut en 596. A son avènement, la race mède en petites tribus indépendantes, était à la mei voulait l'avoir : à sa mort, l'empire mède s'étend sert d'Iran à la rive orientale de l'Halys, et pré destinées de l'Asie Antérieure.
bataille de Karkémîsh.
Après de longs siècles de luttes intestines et d< contre TAssyrie, la Chaldée se trouvait enfin ré mains d'un seul maître. La chute de Ninive et l'fi la Médie lui assuraient la possession indisputée du 1 l'Euphrate et de la Syrie : Nabou-pal-oussour joui années durant, de sa nouvelle fortune, sans attaque des nations voisines et sans être attaqué d'elles, part aux luttes de Kyaxarès contre les Lydiens
1. Hérodote, I, 73-74. La date de 610, admise par la plupar toriens (cf. Grote, History of Greece, t. II, p. 418; Rawlins dotus, 1. 1, p. 302-30i, et The fixe great Monarchies, t. II, p. a été rejelée par d'autres, qui ont préféré voir dans réclipse née par Hérodote celle de 597 (Fr. Lenormant, Uistoire, t. I ou celle du 28 mai 585 (Bosanquet, Fall of Nineveh, p. 14) . C Divin,, I, 86), Pline (H. N., II, 12), Eusèba {Chron, Can,, II placent la guerre sous k r'^i^ q d'^sl^açès»
l'orient au temps de l'empire MÈDE. 485
seulement pour rester fidèle à ses engagements : son- intervention au moment opportun décida de la paix et donna aux nations de l'Asie Antérieure un demi-siècle de tranquillité.
Vers la fin de ses jours, un danger imprévu le menaça. Depuis l'expulsion des Assyriens, l'Egypte avait passé par des fortunes diverses. Les petits rois qui se la partageaient, à peine échappés à la domination d'Assour-banhsàal, étaient retombés sous le joug de FÉthiopie. Un des successeurs d'Ourdamani, Nouat-Méiamoun, décidé par un songe qui lui promettait la royauté du midi et du nord, avait, dès les premiers jours de son règne, envahi laThébaïde. A Thèbes même et dans les environs, où les descendants éthiopiens des grands-prêtres d'Ammon avaient toujours conservé un parti puissant, il n'avait rencontré aucune résistance. Sur son passage, les « riverains de Pouest et de Test se réjouirent en grand joie, disant : « Va en paix ! Sois en paix ! Rends la vie à TEgypte ! Re- « lève les temples qui tombent en ruine, redresse les sta- « tues et les images des divinités ! Rétablis les fondations « faites aux dieux et aux déesses, les offrandes pour les a mânes ! Remets le prêtre à sa place pour satisfaire à « toutes les cérémonies du culte. » Il battit les troupes des rois confédérés sous les murs de Memphis, enleva la ville et s'enfonça dans le Delta à la poursuite des vaincus. Ils n'osèrent plus l'attendre en rase campagne, s'enfermèrent dans leurs places fortes et le réduisirent à commencer une guerre de sièges interminable. Impatienté de cette résistance, il rentra à Memphis et ne savait comment sortir à son honneur de cette difficile entreprise, quand les chefs égyptiens le tirèrent d'embarras par leur soumission inattendue. Le plus puissant d'entre eux, Paqrour de Pasoupti, celui-là même qui avait été tour à tour l'allié et le rival de Néko, les amena rendre hommage au conquérant. « Ds dirent : « Accorde-nous les souffles de vie, car il ne « peut plus vivre, celui qui te méconnaît ! Nous te serons « comme les gens qui sont sous toi, ainsi que tu l'as dé- « claré dès le début, le jour même où tu devins roilif^
Le cœur de Sa Majesté fut rempli de joie quai tendit ce discours : elle leur fit donner des pa bière, toutes sortes de bonnes choses. » Après a quelques jours à Memphis auprès de leur nou^ rain , ils dirent : « Pourquoi restons-nous ici , « notre maître? » Sa Majesté leur répondit : « P( Us dirent : « Laisse-nous aller dans nos villes, <c donnions des ordres à nos gens et que nous t'a <c nos tributs ! » Us revinrent quelques semaines Nouat-Méïamoun rentra dans son royaume char] tin*.» Son autorité sur le nord ne dura probable] le temps de son séjour à Memphis : elle continua ( cer trois années au moins en Thébaîde ', puis dis ne sait comment*.
Tout vaincu qu'il était, Paqrour n'en demei moins le plus puissant des princes du Delta : après le départ des Éthiopiens, les Saïtes commei lui disputer la primauté. Psamétik P', fils de Né hérité le génie entreprenant de son père. Tant qui syriens lui avaient été utiles, il les avait soutenus où leur domination parut chanceler, il les abandoi scrupule. L'ambition le jeta dans toutes sortes d'à où plus tard la légende se donna carrière. En ce là, disait-on, l'Egypte était partagée entre douze confédérés ; mais un oracle avait prédit qu'eUe fin: appartenir entière à celui qui ferait une libation . Phtah dans une coupe d'airain. Un jour qu'ils réunis dans le temple de Memphis, le grand prêi présenta les coupes d'or dont ils avaient accouti se servir; mais il se trompa sur le nombre, et Pî n'en eut point. Afin de ne pas différer le sacrifice
1. Mariette, jronumentodiverf, 1. 1, pi. VII-VIII; Maspero, Lu iànge, dans la hevtM archéologique, 1868, t. I, et dans les Re the Past, t. IV; de Rougé, dans les Mélanges d'Archéologie ég et assyrienne, 1 1, p. 89-91. — 2. Lepsius, Catalogue du Muséi hn, p. 45, n" 323, 224. — 3. Nouat-Méîamoun est le dernier de princes éthiopiens qui, d'après Diodore, I, 44, avaient régné
gypte,
cie Sais prit le casque d'airain qu'il avait sur la tête et s'en servit comme d'un vase à libations. Les autres s'en «perçurent, se rappelèrent l'oracle et exilèrent le coupable dans les marais du Delta, avec défense de jamais en •ortir. L'oracle de Bouto , qu'il envoya consulter secrètement, afin de savoir ce qu'il pouvait attendre des dieux, loi répondit que la vengeance viendrait de la mer, le jour où les hommes d'airain en sortiraient. Il crut d'abord que lis prêtres se jouaient de lui ; mais, peu de temps après, des pirates cariens et ioniens, jetés à la côte, descendirent à teire revêtus de leurs cuirasses. L'Égyptien qui en apporta U nouvelle n'avait jamais vu auparavant un soldat armé de toutes pièces : il raconta que des hommes d'airain, sortis de la mer, pillaient la campagne. Psamétik reconnut auslîtôt que l'oracle était accompli : il courut à la rencontre dœ étrangers, les enrôla à son service et renversa les onze lois *. Un casque d'airain et un oracle l'avaient détrôné; un autre oracle et des hommes d'airain le rétablirent sur le trône.
Eh écartant le merveilleux de ce récit, on doit conclure foe Psamétik avait repris les projets ambitieux de sa fasdlle. Vaincu une première fois par une coalition des chefd dn Delta, et contraint de se réfugier dans les marais, il ivait enrôlé des bandes de mercenaires ioniens et cariens ^ étaient venus chercher fortune en Egypte. Ce secours uaprévu lui permit de reprendre la campagne. Les princes confédérés, battus près de Moinemphis, furent détrônés ou riduits à la condition de sujets *. La Thébaïde, qui depuis longtemps déjà ne pesait plus d'aucun poids dans les destmées du pays, se soumit sans résistance. Shabak en avait jadis confié le gouvernement à sa sœur Ameniritis, et celleci prit pour mari un certain Piankhi dont nous avons quelles monuments. De cette union était née une fille, Sha-
1. Hérodote, II, 147-152. Selon Polyen, Strat., 1. VU, § 3, Toracle ^Taitdit à Tementhès, un deg douze, de se méfier des coqt, Psamétik Hprit que les Cariens avaient les premiers mis des aigrettes sur leurs ctsqaes, et prit à sa solda un grand nombre de Cariens qui lui assurèfeut la victoire. — 2. Diodore, 1, 66.
pentep , en qui s'incarna le droit héréditaire des Veilles dynasties. Psamétik épousa cette princesse, qui devait être au moins aussi âgée que lui , et ce mariage donna à son autorité le caractère de légitimité qui lui manquait. Jusqu'alors il n'avait été qu'un usurpateur heureux : il fut désormais le seul roi légal*. On ne sait pas exactement en quelle année cet événement s'accomplit. Psamétik faisait remonter son avènement officiel à la mort de Tahracp (666). L'expulsion des Assyriens, la dernière conquête éthiopienne, les guerres contre les petits princes, remplirent au moins une dizaine d'années. Ce fut en 656 au plus tôt, et d'après la tradition grecque en 651*, qu'il resta seul maître du pays situé entre la première cataracte et les côtes de la Méditerranée. Le hut que ses ancêtres avaient poursuivi sans défaillance depuis un siècle était enfin atteint.
La dynastie saïte fut la dernière des grandes dynasties nationales. Elle trouva l'Egypte dans un état déplorable de misère et d'abandon. Toutes les grandes villes avaient plus ou moins souffert : Memphis avait été assiégée et pillée à plusieurs reprises, Thèbes saccagée et brûlée deux fois par les Assyriens : de Syène à Tanis il n'y avait pas une bourgade qui n'eût été maltraitée par l'une ou l'autre des invasions. Les canaux et les routes, réparés sous Shabak, avaient été négligés depuis sa défaite; les campagnes avaient été dévastées et la population décimée périodiquement. Des ruines de la vieille Egypte Psamétik fit sortir une Egypte nouvelle. Il rétablit les canaux et les routes rendit la tranquillité aux campagnes, favorisa le développement de la population. Ses soins se portèrent sur les travaux nécessaires à l'achèvement et à la restauration des édifices sacrés. A Memphis, il construisit les propylées du temple de Phtah, qui sont à l'orient et au midi ', et bâtit la
1. E. de Rougé, Notice de quelques textes hiéroglyphiques récemmerU publiés par M. Greenej p. 36-52 j J. de Rougé, Élude sur les textes géographiques du temple d'Edfou, p. 59-63. — 2. Diodore fait durer la dodécarchie quinze années après la retraite des Éthiopiens (I, 66). — 3. Hérodote, II, \S0 -, Wvodot^ , \, ^1 .
grande cour où Ton nourrissait le bœuf Hapi*. A Thèbes, il fit relever les parties du temple de Karnak détruites pendant l'invasion assyrienne. La vallée du Nil devint comme un vaste atelier, où Ton travailla avec une activité sans égale. Les arts, encouragés par le roi lui-même et par les hauts fonctionnaires, ne tardèrent pas à refleurir. La peinture et la gravure des hiéroglyphes prirent une -finesse admirable; les belles statues et les bas-reliefs se multiplièrent de toutes parts. L'art saîte est caractérisé par une élégance un peu sèche, par une grande entente du détail, par une habileté merveilleuse dans Tart d'assouplir les matières les plus rebelles au ciseau. Les proportions dn corps s'amincissent et s'allongent; les membres sont rendus avec plus de souplesse et de vérité. Ce n'est plus k style large et quelque peu réaliste des époques memphites ; ce n'est pas le style grandiose et souvent rude des monuments de Ramsès II : c'est un art doux et pur, plein de finesse et de chasteté ^.
Ce ne fut pas seulement dans les arts que l'avènement de la vingt-sixième dynastie marqua une véritable renaissance : la politique extérieure redevint ce qu'elle avait été au temps des grands rois, large et intelligente. L'Egypte n'était plus comme autrefois entourée de petits États ; au sud et au nord-est, elle touchait à deux grands empires conquérants, l'Ethiopie et l'Assyrie ; même à l'est, la fondation de Gyrène par les Grecs (entre 648 et 625 av. J. G.) Tenait de donner quelque consistance aux populations flottantes de la Libye. Il s'agissait avant tout de mettre en état de défense les points vulnérables du pays, les débouchés de la route de Syrie à l'est, les environs du lac Maréotis à l'ouest, et au sud ceux de la première cataracte. Contre les Assyriens, il fortifia Daphné, près de l'ancienne forteresse de Tsal. De fortes garnisons, établies près d'Àbou et de Maréa, mirent la Thébaïde et les régions
1. Héiûdote, II, 160. — 2. Voyez au musée du Louvre la reproduction en plâtre de la statue de la reine Ameniritis; les statues A, 83, 84, 86,88, 91, 93, 94, les sarcophages D, 8, 9, 10; le naos D, 29 ; les stèles d'Apis, S, 2240, 2243, 2244, 2259^ et le beau lion de Sérapéum.
occidentales du Delta à Tabri des Libyens et des ïlthiopicus^ Ge point gagné, il passa de la défensive à l'offensive. De ses campagnes en Nubie nous no saurions rien, si quel([ue mercenaire grec ne s'était avisé do graver son nom et celui de ses chefs sur la jambe d'un des colosses qui décorent la façade du temple d'Ibsamboul *. Les Égyptiens remontèrent le Nil jusqu'à Kerkis, dans le voisinage de la seconde cataracte, et restèrent maîtres de cette portion du f)ays, qu'on appela plus tard le Dodécaschène*, En Syrie, es expéditions ne furent pas poussées bien loin : Psamétik borna sagement son ambition à la conquête de la Philistie. Hérodote raconte qu'il employa vingt-neuf ans an siège d'Ashdod : c'est là une de ces exagérations dont sont prodigues les historiens grecs. Peut-être les interprètes d'Hérodote lui dirent-ils que la prise d'Ashdod tombait en l'an XXIX de Psamétik P% soit en 627. Si cette hypothèse pouvait être tenue pour vraisemblable, la guerre de Syrie aurait eu lieu dans le tempg où les Assyriens, serrés de près par les Mèdes, ne pouvaient déjà plus protéger ceux de ses sujets qui se trouvaient à l'extrême occident de l'empire. Quelques années auparavant, les Kimmérienu avaient menacé l'Egypte * : Psamétik acheta la retraite des barbares à force de présents ', et sauva par quelques sacrifices d'argent son peuple, qu'il n'était plus en état de défendre par les armes.
Un désastre imprévu venait en effet de frapper le pays. A l'imitation des grands Pharaons d'autrefois, Psamétik avait essayé d'attirer les étrangers en Egypte. Après la chute de Samarie et les guerres de Saryoukin, un grand nombre de Juifs et de Syriens s'étaient réfugiés dans
1. Hérodote, II, 30. — 2. Corpus Inscriptionum Graeearum, n* 5126; Lepsius^ Denkm. VI, pi. XGVIII-XCIX. Quelques soldats phéniciens oo syriens suivirent Texemple de leurs camarades grecs et gravèrent à cdU des inscriptions analogues. (Cf. Halévy, Mélanges d*épi^aphie H cforchéologie sémétiques, p. 89>96.) — 3. Ge nom signifie le pays des « douzo schènes », parce que d'Élépbantine à sa frontière méridionale on comptait environ douze schènes, soit trente lieues communes de TingVcinq au degré. Cf. Hérodote, II, p. 29; Ptolémée, IV, 6. — 4. Hérodote IL 157. — 5. Idem, 1, \0^\ tt. Ç>\.T;ibQXi, \.XV, l.
le Delta. A côté de ces populations sémitiques toujours croissantes il voulut placer des tribus de race diffélente. Il concéda des terres le long de la branche pélusiaque aux Gariens et aux Ioniens, dont les services lui avaient été si utiles ^ Des colons milésiens, encouragés par cet exemple, vinrent aborder avec trente navires à l'entrée de la branche bolbitine, et y fondèrent un comptoir fortifié qu'ils nommèrent le Camp des Mi^ésîews*. D'autres bandes d'émigrants vinrent successivement renforcer ces premiers établissements. Le roi leur confia des enfants du pays pour apprendre parfaitement la langue grecque, et •ervir d'interprètes *. L'histoire ne dit pas si les Grecs confièrent à leurs hôtes des enfants pour apprendre la langue égyptienne; mais le fait en lui-même est peu probable. Les ft^ ont toujours montré peu de goût pour l'étude des Jmgues étrangères ^. Le nombre des interprètes s'accrut iq)idement, à mesure que les relations de commerce et . d'amitié devinrent plus fréquentes ; ils finirent par former dans les villes du Delta une véritable classe, dont la fonc- :tidn unique était de servir d'intermédiaire entre les deux [peuples^ En mettant ses sujets en contact avec une nation ïietive, industrieuse, entreprenante, pleine de sève et de -jeunesse, Psamétik espérait sans doute se faire bien venir * d'eux. D se trompait : l'Egypte avait trop souffert depuis deux siècles des étrangers de toute nature pour être dispo* ife à les bien accueillir sur son territoire, même quand ils se présentaient comme alliés. Peut-être aurait-elle toléré des peuples qu'elle connaissait depuis longtemps, des Phélieiens, des Juifs, même des Assyriens : elle ne voulut pas iccepter les Grecs. Les Grecs, frappés d^étonnement à la vue de cette civilisation si grande encore et si imposante dans sa décadence, s'énamourèrent de l'Egypte : ils voulurent rattacher à ses dieux l'origine de leurs dieux, à ses
1. Hérodote, II, 154. —2. MiXyjaCwv Ttlxoç. Strabon, 1. XVII, \. — 9. Hérodote/II, 154. — 4. Letronae, Mémoire sur la civilisation égyp* tiOMM Aepuii Varrivée des Grecs sous Psammitichus jusqu^à la conquête fàlifEandre, dans les Mélanges d'érudition et de critique historique,
ï». 164-166. — 5. Hérodote, II, 1G4.
492 CHAPITRE XH. '
races royales la généalogie de leurs familles héroïques. Mille légendes se formèrent dans les marines du Delta sur le roi Danaos et sur son exil en Grèce après une révolte contre son frère Armais*, sur les migrations de Kékrops et sur l'identité d'Athênê avec la Neit de Sais*, sur la lutte d'Hercule contre le tyran Busiris, sur le séjour d'Hélène et de Ménélas à la cour du roi Protée '. L'Egypte devint une école où les grands hommes de la Grèce, Solon, Pythagore, Eudoxe, Platon, allèrent étudier les principes de la sagesse et des sciences. En retour de tant de respect, elle ne rendit aux Grecs que méfiance et mépris. Le Grec fut pour l'Égyptien de vieille race un être impur à côté duquel on ne pouvait vivre sans se souiller. Les gens des classes inférieures refusaient de manger avec lui, d'employer son couteau ou sa marmite *. Les gens des hautes classes le traitaient comme un enfant sans passé et sans expérience, dont les ancêtres n'étaient que des barbares quelques siècle! auparavant*.
Sourde au début , l'hostilité des indigènes contre leï étrangers en vint bientôt à se manifester ouvertement Psamétik avait comblé de faveurs les Ioniens et les Garienj qui avaient aidé à le faire roi : il en avait fait sa garde du corps et leur avait confié le poste d'honneur à l'aile droite do l'armée ; au titre de garde du corps était atlachéi une haute paye considérable *. Quand les Mashouash ei les troupes indigènes se virent enlever par les nouveau) venus les avantages qui leur avaient été réservés jusqu'alors, ils commencèrent à murmurer. Une circonstance ficheuse mit le comble à leur mécontentement: les gamisoM établies à Daphné, à Maréa et dans l'île d'Abou, ne furenl pas relevées une seule fois dans l'espace de trois ans. Les soldats résolurent d'en finir, et comme une tentative de révolte leur parut présenter peu de chances de succès, ils
1. Manéthon, édit. Unger, p. 158, 195-198.— 2. Diodore,^, 14;Eustathe, In IHonys., p. 56 ; Suidas, in. Uço[Lrfi. — 3. /d., IlJ 112-121 ; Cf. Odyssée, IV, 82 sqq. ; Clém. d'Alex., Strom., I, p. 326, a. — 4. Hérodote, II, 41. — 5. On sait l'apostrophe d'un prêtre égyptien à Platon.— 6. Hérodote^ II, 168.
prirent le parti de s'exiler. Deux cent quarante mille d'entre eux s'assemblèrent avec armes et bagages et se mirent en route pour l'Ethiopie. Psamétik, averti trop tard de leur projet, se lança à leur poursuite avec une poignée de monde, les atteignit et les supplia de ne pas abandonner . les dieux de leur pays, leurs femmes et leurs enfants. L'un d'eux lui répondit avec un geste brutal que partout où ils iraient ils seraient sûrs de se procurer des enfants et des femmes. Le roi de Napata accueillit avec joie ce renfort imprévu : il les prit à son service et leur accorda la permission de conquérir pour son compte un territoire occupé par ses ennemis. Ils s'établirent dans la presqu'île que forment, à partir de leur réunion, le Bahr-el-Azrek et le ; Bahr-el-Abyad, et y formèrent un peuple considérable. En f-,.iouvenir de l'insulte qui leur avait été faite, ils s'appe- ^ lèrent eux-mêmes les Asmakh, les gens à la gauche du • ïoi*. Les voyageurs grecs leur donnèrent tour à tour les ' noms à' Automoles et de Sembrites^ qu'ils conservèrent i jusque vers les premiers siècles de notre ère*. l Cette désertion en masse au moment où l'Egypte avait {dus que jamais besoin de toutes ses forces porta un coup cruel aux ambitions de Psamétik. Il vit la ruine de Ninive sans pouvoir en profiter. Après avoir usé la plus grande partie de sa vie à rendre la paix au pays, il employâtes anl nées qui lui restaient à lui refaire une armée et à lui don- ; Ber une flotte. Il mourut en 61 1 et fut enterré à Sais *, lais- ; sant pour successeur un fils déjà âgé et qui portait comme ison grand-père le nom de Néko. Néko II fut un roi éneri gique, taillé sur le modèle des grands Pharaons et à qui il ' ne manqua, pour égaler la gloire des Thotmès et des Séti, - que des ressources semblables aux leurs. L'armée recon- \ «tituéepar son père était forte et bien commandée; il porta tous ses soins à la formation d'une marine militaire qui per-
^ mît à l'Egypte de dominer à la fois sur la mer Rouge et sur
I 1. Cf. de Horrack, dans la Revue archéologique , 1864. — 2. Hérodote,
i n,30; Diodore, I, 67; Éraloslhène dans Strabon, . XVII, 2; Pline,
LVI,30; Ptolémée, IV, 7. — 3. Hérodote, II, 169; Strabon, 1. XY, l.
494 CHAPITRE XU.
la Méditerranée. Des ingénieurs grecs lui construiarent des chantiers maritimes et remplacèrent le vieux matérid par une flotte de trirèmes*. En même temps, il songeait à rétablir le canal des deux mers, abandonné et ensablé depuis les dernières années de la vingtième dynastie. La tradition contait qu'après avoir perdu cent vingt mille hommes dam cette entreprise il l'avait abandonnée sur la foi d'un oracle : on lui avait prédit qu'il travaillait pour les Barbare8^ Déçu de ce côté, il tourna son activité vers un autre objet Les expéditions des Tyriens et des Carthaginois avaient fût connaître, le long de la côte d'Afrique, des pays riches en or, en ivoire, en bois précieux et en produits de toute sorte, mais la politique jalouse des deux peuples empêchait les autres nations d'arriver à travers la Méditerranée jusque dans ces régions lointaines. Néko ordonna aux matelots phéniciens de sa flotte d'aller les chercher en partant Ai golfe Arabique et de rentrer en Egypte par les Colomiei d'Hercule. L'entreprise, hardie en tout temps, était da plus périlleuses pour les petits vaisseaux de répo(}ue;les marins devaient toujours se tenir en vue des côtes, et te côtes d'Afrique sont d'une navigation difficile. Les Phéniciens ne se laissèrent pas rebuter aux dangers de l'aventure et se lancèrent bravement dans l'inconnu. Pendant plusieun mois ils marchèrent vers le sud, la droite au continent qni s'allongeait devant eux, la gauche à l'orient. Vers l'automne, ils débarquèrent sur la plage la plus proche, semèrent le blé dont ils s'étaient munis et attendirent que le grain fût mur : aussitôt après la moisson, ils reprirent k mer. Le souvenir précis de leurs observations et de leun découvertes se perdit bientôt : on sait seulement qu'arrivés à un certain endroit ils virent avec stupeur que le soleil sembla modifier son cours et ne cessa plus de se lever à leur droite. Ils avaient doublé la pointe méridionale de l'Afrique et commençaient à remonter vers le nord. La
1. Hérodote, II, 159. — 2. Id., t6td., 158. Cf. Diodore, I, 33. Le chiffre de cent vingt mille hommes est évidemment exagéré ; dans une entreprise pareille, le cceusemcnt du canal d'Alexandrie, Méhémet-AK ne perdit que da m*\\\e\iomxsie^%
troisième année, ils franchirent les Colonnes d'Hercule et rentrèrent au port. Leur voyage n'ouvrit aucune voie nouvelle au commerce; il demeura comme un fait curieux, iiiais sans résultat. Les prêtres égyptiens le racontèrent i Hérodote, et Hérodote luinnême nous Ta raconté sans trop y croire '.
Le règne- de Néko ne se passa pas tout entier dans des entreprises pacifiques. La vieillesse de Nabou-pal-ous- »ur invitait à Tattaquer : au printemps de 608, Néko foitta Memphis et pénétra en Asie. Une fois de plus les armées égyptiennes s'acheminèrent le long de la route traditionnelle qui les avait autrefois menées jusqu'à TEuphrate. Elles avaient déjà dépassé Ashdod et comptaient ! pénétrer sans combat dans la vallée du Jourdain et du llAtsana, lorsque au débouché des gorges du Garmel elles ■Imcontrèrent les avant -postes d'une armée ennemie. Ceiiit celle de Joshiah. Avant d'entrer en campagne, Néko M avait fait dire de rester tranquille dans Jéruealem :
r' scrupule de conscience, le roi juif essaya de barrer chemin à l'adversaire de son suzerain. La bataille se fivra près de Mageddo, à l'endroit même où, dix siècles t¶vant, Thotmès UI avait vaincu les Syriens confédérés'. Les Juifs ne tinrent pas devant le choc de l'armée égyptienne : Joshiah fut tué, et Néko, sans plus s'inquiétor de ce que devenait le royaume de Juda, poussa droit vers le nord. Il revit l'antique Kadesh*, parut sous les surs de Earkémish et ne s'arrêta qu'à TEuphrate. Après ifoir placé des garnisons égyptiennes dans les postes impartants, il redescendit vers le sud et s'arrêta quelque temps à Riblah, près d'Hamath, pour y recevoir l'hommage des petits princes syriens. U y apprit que les Juifs, sans
1. Hérodote, II, 42.-2. II Roû, xxm, 29-30 ; II Chroniques, xxxv, tO-34; Hérodote, II, 159, nomme par erreur Magd^los la ville où se li- Trala bataille. -^ 3. Kadesh avait perdu toute son importance ; elle ftvait probablement changé de nom et n'était plus connue que dans la tiaditioB égyptienne. Hérodote la confond avec Gaza, dont il entendit fftrler en Egypte sous le nom de Katatou, Kaxatou: de là le nom de tiwttz ^u'il lui donne et qu'il applique également à Gaza.
attendre ses ordres, avaient proclamé roi Jehoakhaz, Joshiali. Il le manda à Riblah, le déposa après tro de règne et le remplaça par son frère Êliakim, au imposa le nom' de Jehoïakin : la Judée fut frappéi amende de cent talents d'argent et d'un talent d'( retour en Egypte, il voulut récompenser les î des mercenaires grecs qui l'avaient servi dans cet pagne, et fit consacrer dans le temple d'Apollon 1 des, à Milet, la cuirasse qu'il avait portée *. Api siècles de faiblesse et de discorde, l'Egypte se troui fois encore maîtresse de la Syrie '.
Sa domination ne dura que trois ans, pendant ] le vieux Nabou-pal-oussour, engagé dans la guerre d< ne songea pas à engager la lutte. Enfin, vers 605, il de tenter un effort pour recouvrer les provinces p et envoya son fils Nabou-koudour-oussour * contre la bataille décisive s'engagea sur les bords de I'El non loin de Karkémish *. Les Égyptiens furent co ment battus et n'essayèrent même pas une second< fortune des armes. Nabou-koudour-oussour rentra session de tout le territoire, reçut en passant la sou de Jehoïakin et des petits rois indigènes, et allait p; Egypte, quand la mort de son père l'arrêta dans sa ] D craignit qu'un compétiteur ne s'élevât en Ghaldée ] son absence, conclut avec Néko un traité et partit c hâte. Son impatience d'arriver ne put s'accommo longueurs de la route ordinaire par Karkémish et 1 potamie : il se lança à travers le désert d'Arabie a légère escorte, et entra dans Babylone au moment o attendait le moins*.
1. Il RoiSf xxni, 30-35; II Chroniques, xxxvi, 1-5. — 2. Hér 159. —S. Le seul monument égyptien que nous ayons des < de Néko est un gros scarabée du Musée de Boulaq publié dans Monuments divers ^ t. I , pi. 48, c. — 4. Le nom de ce prince d'ordinaire Nabuchodonosor, Nabucadnezzar, par suite d'une entre le 1 r et le J] n. Les Septante transcrivent Nabucodoross< textes originaux nous donnent la forme pleine Nabou-koùdoui « Nabo, protège la couronne. » — 5. Jérémic, xlvi, 2; Josî tiq, Jud., Xf 7. — 6. Bérose, Fragm. 11, dans Josèphe, Ântiq.
K^emptre elialdéeii et le monde oriental depnlo In bataille de llarkémlsli Jusqu'il la chute de Femplre mède.
II trouva tout en ordre. Les prêtres avaient pris la direc-
ion des affaires et gardé le trône à Théritier légitime : il
feut qu'à paraître pour se faire acclamer et obéir*. Son
ègne fut long et prospère. De même que Kyaxarês avait
tê le héros de l'empire mède, Nabou-koudour-oussour II
it le héros de l'empire chaldéen. Sans lui, Babylone n'au-
lit eu dans l'histoire autre renom que d'une ville de com-
ksrce et d'industrie ; grâce à lui, elle fut connue de tout
IQrient pour ses victoires et sa puissance.
On sait que Nabou-koudour-oussour fit la guerre long-
8 et avec bonheur, mais aucune inscription ne nous a
élé le détail et l'étendue de ses entreprises. Du côté du
et de l'est, son alliance avec la Médie le mit à l'abri
toute attaque sérieuse ; il n'engagea avec les rois d'Oii-
i que des hostilités sans importance*. A l'ouest et au
la paix de son empire fut troublée souvent et ses suc-
furent mêlés de revers. Il avait de ce côté une position
pJogue à celle où les rois d'Assyrie s'étaient trouvés
oins d'un siècle auparavant. L'expérience des dernières
Dées avait prouvé que le dernier but où tendait l'ambi-
hi des conquérants asiatiques était la possession de Mem-
b et de Thèbes, voire de l'Ethiopie : comme Saryoukin
Sin-akhè-irib , Nabou-koudour-oussour maître de la
rie était un danger perpétuel pour l'existence de l'Egypte.
Pharaons des dynasties précédentes avaient essayé de
riter derrière les États syriens, et la politique de Sha-
avait consisté à maintenir la barrière de royaumes qui
tvait entre lui et l'Assyrie. Damas et Samarie tombées,
■ne restait plus à Pharaon d'autre ressource que de se faire
tnquérant et de s'emparer, s'il le pouvait, de la côte phé-
1. Bérosef Fragm, 11, dans Josèphe, Antiq. /wd., 1. X^ ^. \\. — Ft. Lenormant, Lettres assymlogiqms^ V série, 1. 1, p. l^W.^*^*