Jambliquey de Mystertit, sect. VlIIyC. 3, p
pendue dans les airs, forma la voûte du ciel, les eaux d'en haut^ sur lesquelles les astres et les dieux, entraînés par un courant éternel, se mirent à flotter. Mais en établissant les lois qui règlent Tharmonie du monde, Tordonnateur universel avait par cela même soulevé contre lui les forces malfaisantes de la nature. Leur chef, que les monuments représentent sous la figure d'un long serpent sinueux nommé Apap, essaya d'anéantir Tœuvre divine : la bataille s'engagea entre les dieux lumineux, fécondants, et les fils de la rébellion^ ennemis de la lumière et de la vie. Terminée non sans peine, à l'avantage des premiers, elle n'amena pas de résultats décisifs. Tant que dure le monde, les monstres seront vaincus, affaiblis, mais non détruits. Sans cesse en révolte contre le pouvoir qui les accable, ils menacent sans cesse l'ordre de la nature. Afin de résister à leur action destructrice. Dieu doit, pour ainsi dire, créer de nouveau le monde au matin de chaque
jour.
La lutte éternelle de Dieu et des mauvais principes, les Egyptiens l'avaient transportée des régions mystiques de la religion dans le domaine matériel de la nature. Ils comparaient Dieu au Nil nourricier et le mauvais principe au désert qui assiège l'Egypte de ses vagues ardentes : la guerre de Dieu contre le mauvais principe devenait alors la guerre du Nil contre le désert. Us assimilaient Dieu au soleil, dont la naissance journalière leur paraissait être l'emblème le plus évident de la perpétuelle génération divine, et le mauvais principe aux ténèbres de la nuit. Tantôt Râ, le soleil, n'était pour eux que la créature la plus brillante du Tout-puissant et comme le corps vivant de la divinité. Tantôt il était Dieu lui-même et revêtu des pouvoirs souverains. « Hommage à toi, momie qui se rajeunit et renaît [perpétuellement, être] qui s'enfante luimême chaque jour I Hommage à toi, qui luis dans le Nou, pour vivifier tout ce qu'il a créé, qui as fait le ciel et enveloppé de mystère son horizon ! Hommage à toi, Râ, qui [apparaissant] à ton heure, lances des rayons de vie pour les êtres intelligents! Hommage à toi, qui as fait les cUeux
dans leur totalité, Dieu qui se cache et dont on ne connaît point l'image ! Hommage à toi ! quand tu circules au firmament, les dieux qui t'accompagnent poussent des cris de joie * ! » L'assimilation et parfois l'identité complète du Dieu suprême avec le soleil une fois admise, l'assimilation et l'identité complètes des formes secondaires de Dieu avec Râ devint toute naturelle. Ammon, Osiris, Hor, Phtah lui-même furent regardés tantôt comme Vâme vivante de Rây tantôt comme Râ lui-même. Les phases de son cours, étudiées et distinguées à l'envi, furent considérées comme autant de manifestations, autant de formes [Khoper) de son être. Le soleil fut nommé Atoum avant son lever, Hor-em akhôu-ti,. Hor dans les deux horizons, l'Harmachis des Grecs, au moment de son lever et de son coucher, Khoper ou Harpocrate (Hor enfant) à son lever, Râ, Shou, Anhour, Hor en son midi, Nower-Toum à son coucher, Osiris pendant la nuit, lorsqu'il s'est enfoncé dans les ténèbres et traverse les régions du ciel inférieur. Sa vie journalière, depuis le moment où il apparaît à l'horizon du matin jusqu'au moment où il disparaît derrière la montagne d'Occident, devint la vie du Dieu suprême, et sa lutte contre l'obscurité, la lutte de Dieu contre les mauvais principes.
C'est lui : le voici qui se dégage lentement des étreintes de la nuit. Il ne fait qu'apparaître « à l'horizon oriental du ciel », et déjà « les rayons vivants de ses yeux pénètrent, animent, fortifient tous les êtres. » Debout dans la cabine de sa barque sacrée, « la bonne barque des millions d'années, » enveloppé dans les replis du serpent Mehen qui est l'emblème de son cours, il glisse lentement sur le courant étemel des eaux célestes, guidé et suivi par cette armée de dieux secondaires dont les peintures nous montrent les Formes bizarres. Hor, debout à l'avant, sonde rhorizon du regard et signale l'ennemi qu'il se tient prêt
1. De Rougé, Essai sur une stèle funéraire de la collection Passalac^ ^a, Berlin, 1849; G. Maspero, xur la LiUérature religieuse, dans la Revue politique, 1872, p. 461.
à percer de sa lance; un autre Hor tient le gouvernail. Les Akhimou-Ourdou, ceux qui jamais ne reposent, et les Akhimou-Sekou, ceux qui jamais ne halent, armés de longues rames, manœuvrent la barque et la maintiennent au fil de Teau : ils se recrutent sans cesse parmi les âmes pures, et les rois des deux Égyptes eux-mêmes tiennent à honneur d'en faire partie.
« Tu t'éveilles bienfaisant, Ammon-Ra-Harmakhis; tu t'éveilles véridique, Ammon-Râ, seigneur des deux horizons! 0 bienfaisant, resplendissant, flamboyant! Ils rament tes nautoniers, ceux-là qui sont les Akhimou-Ourdou ! Ils te font avancer tes nautoniers, ceux-là qui sont les Akhimou-Sekou ! Tu sors, tu montes, tu culmines en bienfaiteur, guidant ta barque sur laquelle tu croises, par l'ordre souverain de ta mèreNout*, chaque jour! Tu parcours le ciel d'en haut, et tes ennemis sont abattus ! Tu tournes ta face vers le couchant de la terre et du ciel : éprouvés sont tes os, souples tes membres, vivantes tes chairs, gonflées de sève tes veines, ton âme s'épanouit! On adore ta Forme Sainte, on te guide sur le chemin des ténèbres ; tu entends Tappel de ceux qui t'accompagnent derrière la cabine en poussant des exclamations. Les nautoniers de ta barque, leur cœur est content ; le seigneur du ciel est en joie ; les chefs du ciel inférieur sont en allégresse ; les dieux et les hommes poussent des exclamations et s'agenouillent devant le soleil sur son pavois, par Tordre souverain de ta mère Nout; leur cœur est content [parce que] Râ a renversé ses ennemis ! Le ciel est en allégresse, la terre est en joie, les dieux et les hommes sont en fête, afin de rendre gloire à Râ-Harmakhis, lorsqu'ils le voient se lever dans sa barque et qu'il a renversé les ennemis à son heure ! La cabine est en sûreté, car le serpent Mehen est à sa place et l'urœus a détruit les ennemis.
« Avance sur ta mère Nout, seigneur de réternité! Après avoir récité pour toi les charmes de l'enfantement, elles se relèvent Isis et Nephthys, lorsque tu sors du sein de ta