‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 4)Chapitre 19 sur 190 · Mariette, Sur les tombes de l'Ancien Empire, p · texte numérisé non relu

Mariette, Sur les tombes de l'Ancien Empire, p

à la fête du commencement de l’année, à la fête de Thot, au premier jour de l’an, à la fête de Ouägà, à la grande fête de la chaleur, à Ja procession du dieu Khem, à la fête des offrandes | aux fêtes du mois et du FRE et chaque jour. »

D’habitude, l’intérieur de la enelle ne renferme qu’une seule chambre. Au fond, à la place d'honneur et toujours orientée vers l’est, se dresse une stèle quadrangulaire de proportions colossales au pied de laquelle on trouve assez ordinairement une table d’offrandes en albâtre, granit ou pierre calcaire posée à plat sur le sol, et quelquefois deux petits obélisques ou deux petits autels, évidés au sommet pour recevoir les dons en pains sacrés, en liqueurs et en victuailles dontilest parlé dans l’ inscription du lintel. Après une prière au chacal Anubis et aux autres dieux de l’Ament, l'inscription énumère longuement les titres du défunt, raconte sa vie, cite les rois qu il a servis et qui l'ont estimé « plus que nul autre serviteur ». Dans certains cas la stèle seule est gravée : mais en règle générale, on peut dire que les parois de la chambre sont couvertes de tableaux où la vie entière du défunt est représentée avec une richesse de détails et une exactitude merveilleuse. Dans un coin ce sont des scènes de la vie domestique; des cuisiniers qui activent le feu et préparent le repas, des femmes du harem qui dansent et chantent au son des violes, des flûtes et de la harpe; ailleurs, des épisodes de chasse et de pêche, des joutes sur l’eau, des incidents de l’inondation, le labourage, le semage, la moisson, l’emmagasinement des récoltes. Sur une autre paroï, des ouvriers de toute sorte exécutent chacun les travaux de son métier : des cordonniers, des verriers, des fondeurs, des menuisiers sont rangés et groupés à la file; des charpentiers abattent des arbres et construisent une barque, des femmes tissent au métier sous la surveillance d’un eunuque renfrogné qui paraît peu disposé à souffrir leur babil. Le maître de la maison, debout à l'arrière d’un grand navire, commande la manœuvre aux matelots: la mer sur laquelle il navigue est le bassin de l'occident, et le port vers lequel il se dirige n’est autre

ôk CHAPITRE Il.

que la tombe. Non loin de là, il est figuré assis et recevant les dons que lui apportent des files de personnages disposées en hauteur sur plusieurs registres : ce sont ses domaines, ceux qu’il hérita de ses ancêtres et ceux qu'il tient de la munificence royale, qui lui présentent leurs produits et tiennent à honneur de contribuer aux offrandes funéraires qu'on lui fait. Tous ces tableaux sont accompagnés de légendes explicatives destinées à reproduire les paroles des personnages mis en scène. « Tiens bon : saisis fortement, » dit à son aide un sacrificateur prêt à tuer un bœuf. « Cest prêt. Fais vite, » lui répond celui-ci. Un batelier de bonne humeur crie de loin à un vieillard attardé sur la rive : « Viens sur l’eau; » et le vieillard: « Allons! pas tant de paroles! » lui dit-il*.

C'est dans cette chambre que les descendants du défunt et les prêtres attachés à son culte funéraire se réunissaient aux jours indiqués pour rendre hommage à leur ancêtre. Ils le retrouvaient là tel qu’il avait été durant son existence, escorté de ses serviteurs et entouré de ce qui avait fait la joie de sa vie terrestre, partout présent et pour ainsi dire vivant au milieu d’eux. Ils savaient que, derrière l’une des parois, dans un étroit réduit ménagé au milieu de la maçonnerie, les statues du défunt étaient entassées pêle-mêle. D’ordinaire ce réduit ne communiquait pas avec la chambre et restait perdu dans la muraille; quelquefois il était relié avec elle par une sorte de conduit si resserré, qu’on a peine à y glisser la main. À certains jours les parents venaient murmurer quelques prières et brûler des parfums à l’orifice : prières et parfums étaient censés arriver par là jusqu’à l’oreille du mort?.

Le puits qui descend au caveau se trouve quelquefois dans un coin de la chambre; mais le plus souvent, pour en découvrir l’ouverture, il faut monter sur la plate-forme de la chapelle extérieure. Il est carré ou rectangulaire,

1. Mariette, Sur les tombes de l'Ancien Empire, p. 17-22; Brugsch. Die Ægyptische Gräberwelt, p. 15-26. — 9. Mariette, Sur les tombes de l'Ancien Empire,.p. 8-9.

bâti en grandes et belles pierres jusqu'à l'endroit où il s’enfonce dans le roc. Sa profondeur moyenne est de douze à quinze mètres, mais il peut aller jusqu’à trente et au delà. Au fond et dans la paroi du sud, s'ouvre un couloir où l’on ne pénètre que courbé et qui mène à la chambre funéraire proprement dite. Elle est taillée dans la roche vive et dépourvue d’ornements; au milieu se dresse un grand sarcophage en calcaire fin, en granit rose ou en basalte noir, gravé aux noms et titres du défunt. Après avoir scellé le corps, les ouvriers déposaient sur le sol les quartiers d’un bœuf qu’on venait de sacrifier dans la chambre du haut, et de grands vases en poterie rouge pleins de cendres ; puis, ils muraient avec soin l'entrée du couloir et remplissaient le puits jusqu’à la bouche d’éclats de pierre mêlés de sable et de terre. Le tout, largement arrosé d’eau, finisssait par former un ciment presque impénétrable dont la dureté mettait le mort à l’abri de toute profanation *.

Ces tombes, véritables monuments dont l’aspect faisait dire aux Grecs qu’elles étaient les demeures éternelles des Égyptiens, auprès desquelles leurs palais ne paraissaient que des hôtelleries, formaient plusieurs villes funéraires plus étendues que la ville des vivants. À Gizeh, elles sont disposées sur un plan symétrique et rangées le long de véritables rues ; à Saqqarah, elles sont semées en désordre à la surface du plateau, espacées dans certains endroits, entassées pêle-mêle dans certains autres. Au plus pressé de leur foule, on rencontre des pyramides isolées ou assemblées en groupes inégaux. Les unes ont sept à huit mètres de haut et dépassent à peine le niveau des tombes

voisines : les autres atteignent jusqu'à cent cinquante ; 8 J

mètres et comptent encore aujourd’hui parmi les monuments les plus considérables que la main de l’homme ait jamais élevés. Ce sont des tombes royales. Pour les édifier, chaque Pharaon avait fait tailler le roc et remuer la

1. Mariette, Notice des principaux monuments, p. 34-36; Sur quelques tombes de l'Ancien Empire, p. 9-10.

HisT. ANC. » Bb

terre dès le début de son règne ; les personnages les plus importants du pays avaient parcouru tout le royaume à la recherche d’un bloc d’albâtre ou de granit digne de faire le sarcophage d’un roi; la population de villes et de provinces entières avait été envoyée aux carrières et aux chantiers de construction. Un temple était joint à chaque pyramide où le monarque défunt recevait les offrandes de ses sujets et les hommages d’un collége de prêtres attaché spécialement à son culte. Û Du fond de ces nécropoles, l'Egypte des dynasties memphites sort peu à peu tout entière et reparaît enfin au grand jour de l’histoire. Rois et peuples, prêtres et soldats, officiers du palais et simples artisans nous sont rendus chacun avec ses mœurs, son costume, son histoire : les constructeurs des pyramides semblent revivre parmi nous et le portrait de Khawrâ fait l’ornement de nos musées. Les rois de la troisième dynastie n’apparaissent pas encore sur les monuments de cette nature qu’on a retrouvés jusqu’à présent; mais leurs successeurs sont sortis de l’obscurité où les traditions étrangères les avaient laissés. Les gens de ces époques reculées sont devenus aussi réels pour nous que le sont les Grecs et les Romains; leurs noms nous sont familiers, et des renseignements recueillis dans leurs tombeaux on pourrait reconstituer l’Almanach royal de la cour de Khouwoù jusque dans ses plus petits détails. | En ce temps-là, « voici que la majesté du roi (Houni) mourut, et que la majesté du roi (Snewrou) s’éleva en qualité de roi bienfaisant dans ce pays tout entier!. » Snewrou, le Soris de Manéthon, est le fondateur de la quatrième dynastie et le premier des rois monumentaux?. J fit la guerre aux tribus nomades qui harcelaient sans cesse la frontière orientale du Delta et pénétra jusqu’au fond de la péninsule du Sinaï. Un des bas-reliefs d’Ouady- Magarah, trophée de sa campagne, nous montre « le roi

1. Papyrus Prisse, pl. IT, 1. 7, 8. — 2. De Rougé, Recherches sur es monuments, etc., p. 28-41. Snewrou figure dans un conte trouvé à Saint- Pétersbourg par M. Golénischef.

des deux Égyptes, le seigneur des diadèmes, le maître de justice, l'Hor vainqueur, Snewrou, le dieu grand, » écrasant de sa masse d’armes un barbare terrassé devant lui. Il fit exploiter au compte de l'Égypte les mines de cuivre et de turquoises du Sinaï; et, pour mettre désormais le Delta à l'abri des incursions, il garnit la frontière d’une série de forteresses, dont une au moins, Shé- Snewrou?, existait encore sous les premiers rois de la douzième dynastie *. Son culte, établi immédiatement après sa mort, se perpétua à travers les siècles et dura jusque sous les Ptolémées.

Mais son renom, si grand qu’il fût en Égypte, s’efface devant le renom de ses trois successeurs immédiats, Khouwou (Khéops), Khawrâ et Menkerä, les constructeurs des pyramides. « Khéops bâtit le vaste monument de sa gloire ou de sa folie dans un siècle si éloigné du temps où commencent les données certaines de l’histoire profane, que nous n’avons pas de mesure qui nous permette d’évaluer la largeur de l’abîme qui sépare les deux époques ; si étranger à toutes les sympathies et à tous les intérêts de la grande famille humaine qui peuple maintenant la terre, que même l’histoire sacrée ne sait rien des hommes de la génération de Khéops, rien, si ce n’est qu’ils vécurent, devinrent pères et moururent. Et pourtant, la pyramide de Khéops domine encore de haut le sable du désert : la blancheur sépulcrale de ses blocs de nummulite flamboie encore au soleil brûlant, son ombre immense s’allonge à travers les plaines stériles qui l’entourent et sur le déclin du jour vient assombrir les champs de maïs et de froment de Gizeh. Quand le spectateur, placé à quelque point de vue favorable, arrive à se faire une idée distincte de l’immensité du monument, aucune parole ne peut décrire le sentiment d’écrasement qui s’abat sur son esprit. Il se sent oppressé et chancelle comme sous un far-

1. Lepsius, Denkm., II, 2. — 2. « L'Ouadi de Snewrou. » — 3. Chabas, les Papyrus de Berlin, p. 91; de Rougé, Recherches, p. 90. — 4. Id., p.41.

deau. Au contraire de bien d’autres grandes ruines, les pyramides, de quelque point qu’on les regarde, ne deviennent jamais des amas de débris ou des montagnes. Elles restent l’œuvre des mains humaines. La marque de leur origine apparaît et ressort toujours; et c’est de là sans doute que vient ce confus sentiment de crainte et de respect qui bouleverse l’esprit lorsqu'il reçoit pour la première fois l'impression distincte de leur immensité *. »

Ce qu'il fallut d’efforts pour élever ces masses gigantesques, le simple aspect des monuments nous le ferait comprendre, quand même l’histoire ne serait pas là pour nous Je dire. Lorsque le règne de XKhéops et de Khawrä fut bien passé, longtemps après que les Pharaons de l’Ancien Empire et leurs sujets se furent perdus dans la nuit des âges, le souvenir des peines qu'avait coûtées l'érection des pyramides survécut dans l’esprit du peuple égyptien. Au temps d'Hérodote et de Diodore, Khéops avait acquis la réputation d’un tyran odieux. « Il commença par fermer les temples et par défendre qu’on offrît des sacrifices; puis il contraignit tous les Égyptiens à travailler pour lui. Aux uns, on assigna la tâche de traîner les blocs des carrières de la chaîne arabique ?, jusqu’au Nil; les blocs une fois passés en barque, il prescrivit aux autres de les traîner jusqu’à la chaîne libyque. Ils travaillaient par cent mille hommes qu’on relevait chaque trimestre. Le temps que souffrit le peuple se répartit de la sorte : dix années pour construire la chaussée sur laquelle on tirait les blocs, œuvre, à mon sembler, de fort peu inférieure à la pyramide (car sa longueur est de cinq stades, sa largeur de dix orgyies et sa plus grande hauteur de huit, le tout en pierres de taille et couvert de figures); on mit donc dix années à construire cette chaussée et les chambres souterraines, creusées dans la colline où se dressent les pyramides... Quant à la pyramide elle-même, on mit vingt ans à la faire ; elle est quadrangulaire, et chacune de ses faces a huit plèthres de

1. Osburn, The Monumental History of Egypt, 1, 210-211, = 2. Probablement les carrières de Taurah.

base, avec une hauteur égale; le tout en blocs polis et parfaitement ajustés : aucun des blocs n’a moins de trente pieds!. » — « Des caractères égyptiens gravés sur la pyramide marquent la valeur des sommes dépensées en raves, oignons et aulx pour les ouvriers employés aux travaux ; si j'ai bon souvenir, l’interprète qui me déchiffrait l’inscription m'a dit que le total montait à seize cents talents d’argent. S'il en était ainsi, combien doit-on avoir dépensé en fer pour les outils, en vivres et en vêtements pour les ouvriers, puisqu'il à fallu pour bâtir tout le temps que j'ai dit, et le temps non moins considérable, ce me semble, qu'ont exigé la taille des pierres, leur transport et les excavations souterraines ?? » La tradition conservée par Hérodote allait plus loin encore. Elle représentait Xhéops, à bout de ressources et réduit à faire argent de tout, vendant sa fille à tout venant*. Une autre légende recueillie par Manéthon est moins cruelle pour le Pharaon : sur ses vieux jours, Xhéops se serait repenti de son impiété, et, devenu dévot, aurait écrit un livre sacré tenu en grande estime par ses concitoyens |

« Les Égyptiens me dirent que ce Xhéops régna cinquante ans et qu'après sa mort son frère Xhéphrên hérita la royauté. Khéphrên en usa de même que son frère en toutes choses et construisit une pyramide, qui n’atteint pas aux dimensions de la première, car nous l’avons mesurée nous-mêmes... Les deux sont sur une colline, haute d’environ cent pieds. On dit que Khéphrën régna cinquante- Six ans. On compte donc cent six ans pendant lesquels les Égyptiens souffrirent toutes sortes de malheurs, et les temples furent fermés sans qu’on les ouvrît une seule fois. Par haine, les Égyptiens évitent de nommer ces princes ; ils vont jusqu’à donner aux pyramides le nom du berger Phi- . litis, qui paissait alors ses troupeaux dans ces parages*. » D'après la tradition, ni Khéops ni Khéphrên ne jouirent

1. Hérodote, IT, 124. — 2. Hérodote, Il, 125. — 3. Hérodote, II, 126. Cf. Maspero, Fragment d’un commentaire sur le second livre d’Hérodote, p.4-1.—4. Manéthon, édit. Unger, p.91.—5. Hérodote, IT, 127-128

des tombeaux qu’ils s'étaient fait élever au prix de tant de souffrances : le peuple exaspéré se révolta, arracha leurs corps des sarcophages et les mit en pièces",

À côté de ces deux tyrans, la tradition place un monarque débonnaire, Menkera, fils de Khéops, et constructeur de la troisième pyramide. « Les actions de son père ne lui furent pas agréables : il rouvrit les temples et renvoya aux cérémonies religieuses et aux affaires le peuple réduit à l'extrème misère; enfin il rendit la justice plus équitablement que tous les autres rois. Là-dessus on le loue plus que tous ceux qui ont jamais régné sur l'Égypte; car non-seulement il rendait bonne justice, mais à qui se plaignait de son arrêt il faisait quelque présent pour apaiser sa colère ?. » Ce-pieux roi eut pourtant grandement à souffrir : il perdit sa fille unique et peu de temps après connut par un oracle qu'il n'avait plus que six ans à vivre. Pour se consoler, il fit enfermer le cadavre de son enfant dans une génisse de bois creux qu’il déposa dans Saïs et à qui l’on rendit les honneurs divins. Le moyen qu’il employa pour éluder l’oracle est original et mérite d’être rapporté. « Il envoya des reproches au dieu, se plaignant que son père et son oncle après avoir fermé les temples, oublié les dieux, opprimé les hommes, eussent vécu longtemps, tandis que lui, si pieux, devait périr si vite. L’oracle lui répondit que pour cela même sa vie serait abrégée, car il n’avait pas fait ce qu’il fallait faire. L’Égypte aurait dû souffrir cent cinquante ans, et les deux rois ses prédécesseurs l’avaient su, au contraire de lui. A cette réponse, Mykerinos se jugeant condamné, fabriqua nombre de lampes, les alluma chaque soir, à la nuit, et se mit à boire et à se donner du bon temps, sans jamais cesser, nuit et jour, errant sur les étangs et dans les bois, partout où il pensait trouver occasion de plaisir. Il avait machiné cela, afin de convaincre l’oracle de faux, et de vivre douze ans, les nuits comptant comme des jours°. »

1. Diodore de Sicile’, I, 64. — 2. Hérodote, Il, 129. — 3. Hérodote, Il, 129-133,

PÉRIODE MEMPHITE. Gil

Grâce aux découvertes récentes, il est aisé de discerner ce qu’il y a de vrai dans Le récit des historiens grecs. Il est impossible que Khéphrèn ait été le frère de Khéops : la durée des deux règnes s’y oppose entièrement. Même Khéphren ne fut pas Te successeur immédiat de Khéops : les listes monumentales intercalent entre les deux un roi nommé Doudew-r41, dont il nous reste quelques souvenirs. Le règne très-court de ce prince, qui. n’a d’ailleurs aucune importance historique, peut nous servir à expliquer l’un des points de la légende recueillie par les Grecs. Peut-être Doud-ew-R& était-il le fils de Khéops et le frère aîné de Khéphrén. De là cette notion que Khéphrên était le frère de son prédécesseur immédiat, et comme Doud-ew-R& disparut, sans laisser aucune trace dans la mémoire du peuple, cette notion que Khéops était le prédécesseur immédiat et par suite le frère aîné de Khéphrén.

L’impiété traditionnelle des deux rois nest pas moins problématique que leur parenté. Les titres qu’ils prennent et ceux que portent les personnes de leur famille ou de leur cour témoignent du respect qu'ils marquaient pour la religion. Khéphrên s'appelle « l’'Hor et le Set », « V’Hor, cœur puissant», « le bon Hor, le dieu grand, sei gneur des diadèmes » ; sa femme, la reine Meri-sänkh, est prêtresse de Thot?; un de ses parents, le prince Khem-An, était grand prêtre de Thot à Sesoun ou Hermopolis?. Enfin, une stèle dans laquelle la princesse Hont-sen enregistre la construction de sa pyramide funéraire nous montre le Xhéops historique édifiant et réparant des temples à l'inverse du Xhéops légendaire. « L'Hor vivant, [celui qui écrase ses ennemis?], le roi d'Égypte (Khouwou, vivificateur, à trouvé le temple d’Isis, rectrice

1. De Rougé, Recherches, p. 52-54. M. de Rougé lit le nom Rd-tot-ew et identifie le prince avec le Rathoisès de Manéthon, cinquième roi de la quatrième dynastie. Mais l’analogie des autres noms force à lire Doudew-r4, comme on dit Menkerd, et non pas Rd- men-ka. Il me semble donc qu’il faut renoncer et à fa lecture et à l'identification proposées par M. de Rougé. — 2. Id., p. 54, — 3. Id., p. 62.

de la pyramide, près du temple du Sphinx, au nord-ouest du temple d’Osiris, seigneur du Rosta';il a construit sa pyramide près du temple de cette déesse, et a construit la pyramide de sa royale fille, H'ont-sen, près de ce temple. — Il a fait à sa mère Isis, mère divine, à Hathor, dame des eaux [d’en haut]?. Inscrivant sa donation sur une stèle, il lui a donné de nouveau un apanage, il a reconstruit son sanctuaire en pierre, et il trouva ces dieux dans son temple ». Suit la liste et l’image de ces dieux : Hor et Isis, sous plusieurs de leurs formes, Nephthys, Sclk, Phiah Sakht, Osiris, Hapi. Derrière chaque image se trouvent indiquées les matières dont elle était faite : la barque d’Isis, l’épervier d’Hor, libis de Thot étaient en bois doré; Isis était en or et en argent; Nephthys en bronze doré; Sakht en bronze *. Ailleurs, nous voyons que le même prince avait fait construire ou du moins réparer le temple d'Hathor, à Denderah*. Nous voilà bien loin du Khéops d'Hérodote qui fermait tous les temples de l'Égypte et ” proscrivait les dieux. et | Khéops et Khéphrén, ou plutôt, comme les nomment les inscriptions, Xhouwouet Khéwr&,nous apparaissent comme des rois puissants, pieux envers la divinité et redoutables à leurs ennemis, non moins qu’à leurs sujets. Khouwou fit la guerre aux nomades du désert d'Arabie, et défendit victorieusement contre leurs attaques les établissements miniers que Snewrou avait fondés dans la péninsule du Sinaïf. Les prisonniers faits dans cette campagne furent sans doute employés, d’après l'usage, à la construction de sa pyramide. Est-ce à dire pour cela que la tradition populaire soit entièrement fausse et qu’il ait ménagé ses sujets? Le nombre des prisonniers, si grand qu’on le suppose, ne pouvait suffire à l’immensité de l’œuvre : il fallut avoir re-

1. Un des noms de l'Hadès égyptien. —\2. Le ciel, comme au premier chapitre de la Genèse, — 3. Mariette, Notice des principaux monuments du musée de Boulaq, 2° édit., p. 207-209. Cf. de Rougé, Recherches,

p. 46-50. — 4. Dümichen, Bauurkunde, pl. XVI, à, b. — 5. Lepsius, Denkm., IL, 2.

cours aux Égyptiens de race pure et les mettre en réquisition, comme le rapporte Hérodote. « Il y eut une grande clameur d’un bout à l’autre de son empire! une clameur de l’oppressé contre l’oppresseur; une clameur de tourment et d'amère angoisse; une clameur telle qu’elle résonne encore dans ma mémoire tandis que j'écris; une de ces clameurs qui, depuis les jours de Souphis, se sont souvent élevées de la terre d'Égypte et ont percé les oreilles du seigneur des armées. Et Souphis s’en inquiéta? Pas plus que Mohammed-Ali ou Ibrahim-Pacha ! Le caprice égoïste du tyran, que ce soit la grande pyramide ou le barrage, avance : qu'importent au maître les souffrances de son peuple‘? » L'Egypte peut changer de religion, de langue et de race : que le souverain s’appelle pharaon, sultan ou pacha, la destinée du fellah est toujours la même. Les historiens grecs ont recueilli à quatre mille ans de distance l’écho des malédictions dont les Égypiens chargèrent la mémoire de Khowwou. Rien n’empèche de croire que cette révolte dont parle Diodore? eut vraiment lieu : des statues de Khäwr& brisées ont été retrouvées, près du temple du Sphinx, dans un puits où elles avaient été jetées anciennement, peut-être un jour de révolution à. :

L'idée de piété que la tradition populaire attachait au règne de Menkerä, le Mykerinos d'Hérodote, est confirmée par le témoignage des monuments: non que ce prince ait, comme on le dit, rouvert les temples (nous avons vu qu’ils n'avaient jamais été fermés), mais il ordonna à l’un de ses fils, Hor-doudou-w, de parcourir les sanctuaires de l’Egypte, sans doute afin de restaurer ceux qui se trouveralent en mauvais état et de faire dans toutes les villes des fondations nouvelles. C’est au cours de cette inspection que le prince découvrit, suivant quelques documents, le chapitre LxIV du Rituel Funéraire, «à Sésoun (Hermopolis), aux pieds du .dieu Thot, écrit en bleu sur une dalle d’albä-

1. Osburn, The Monumental History of Egypt, t. I, p. 275-216. — 2. Diodore, 1,64. — 3. Mariette, Lettre à M. le vicomte de Rougé, p. 7.

7L CHAPITRE Il.

tre Le prince l’apporta au roi comme un objet miraculeux!. » Ces révélations de livres religieux ou scientifiques sont fréquemment mentionnées dans l’ancienne littérature égyptienne. Nous avons déjà vu que l'invention du chapitre Lxrv est attribuée par quelques autorités au roi Hesepti et que le roi Teta passait pour avoir trouvé un livre de médecine dont nous possédons encore la meilleure part. Un autre traité de médecine récemment signalé remonterait de la même manière au règne de Khéops. Il avait été découvert à Debmout, une nuit, par un ministre de la déesse qui était entré dans la grande salle du temple et avait pénétré iusqu’au fond du sanctuaire. « Or, la terre était plongée dans les ténèbres, mais la lune brillait sur ce livre de tout côté. Il fut apporté, en grand merveille, à la sainteté du roi (Khouwou), le véridique?.» Le chapitre LxIv, résumé de la doctrine égyptienne sur la vie future et la condition de l’âme, est une des parties les plus obscures du Livre des Morts : « Tu viens à moi, » dit un scribe de l’époque des Ramessides, «bien muni de grands mystères, tu me dis au sujet [des formules] du prince Hor-doud-ew : « Tu n’y « as rien connu ni bien, ni mal. Un mur d’enceinte est « par devant que [nul profane ne saurait forcer]. » Toi, tu es un scribe habile, à la tête de ses compagnons, instruit [dans les livres], châtié de cœur, parfait de langue, et quand tes paroles sortent, une seule phrase de ta bouche est trois fois importante; tu m'as laissé muet de terreur.» Les modernes qui ne saisissent pas toujours le sens de ces morceaux mystiques peuvent se consoler; les anciens Egyptiens n'étaient pas beaucoup plus avancés qu’eux.

Le sarcophage de Menkerä, retrouvé dans la troisième pyramide, était l’un des plus admirables monuments de l’art égyptien à ces époques reculées. Ila péri sur la côte du Portugal avec le navire qui le transportait en Angleterre. Nous n'avons plus aujourd’hui que le couvercle

1. Todtb., LXIV, 30-32; Birch, On formulas relati | : : ng to the heart es la di LA re Re 54-55. — 2. Birch, FRE avith e name of Cheops, dans la Zeitschrift, 1871, p. 61-64. — Anastasi I, pl. X, 1.8, — pl. XI, L. 4 i Se nie

-du cercueil en bois de sycomore dans lequel reposait la. momie du pharaon. Ce cercueil, de forme humaine, porte une inscription : « O lOsiris, "le roi, des deux Égyptes (Menkerd), vivant pour l'éternité, enfanté par le ciel,

porté [dans le sein] de Nout, germe de Seb! Ta mère Nout s’étend sur toi en son nom d’abîme du ciel. Elle te divinise en mettant à néant tes ennemis, Ô roi (Wenkerû), vivant pour l'éternité! ! »

Après ces trois pharaons on ne trouve plus à signaler qu’Ases-ka-w, successeur de Menkerä, nommé Asychis par Hérodote, et Sasychis par Diodore de Sicile. « Il éleva dans le temple de Phiah, à Memphis, le portique méridional, le plus beau et le plus grand de tous; car, s’ils sont tous ornés de sculptures, si l’aspect de la construction y varie à l'infini, ce côté est plus varié et plus magnifique. encore que les autres... Dans l’intention de surpasser ses prédécesseurs, il bâtit en briques une pyramide où se trouve l’inscription suivante gravée sur une pierre : « Ne « meméprise pas à cause des pyramides de pierre ; ÿe l’em- « porte sur elles autant que Jupiter sur les autres dieux. « Car plongeant une pièce de bois dans un marais et réu- « nissant ce qui s’y attachait d'argile, on a fait la brique « dont j'ai été construite’. » Au témoignage de Diodore, Aseskaw aurait été l’un des cinq grands législateurs de l'Égypte : il aurait réglé avec le plus grand soin les cérémonies du culte, inventé la géométrie et l’art d'observer les astres®. Il rendit aussi une Loi sur le prêt, par laquelle il permettait à tout particulier de mettre en gage la momie de son père, avec permission au prêteur de disposer du tombeau de l’emprunteur. Au cas où la dette n’était pas payée, le débiteur ne pouvait obtenir sépulture pour lui

1. Wyse, Pyramids of Gizeh, t. II, p. 86 sqq.; Ch. Lenormant, Éclaircissements Sur le cercueil de Mycerinus; de Rougé, Recherches sur les monuments, p. 63-66. Je dois dire que ce cercueil se rapproche plus du type de la vingt-cinquième dynastie que du type de l'Ancien Empire; peut-être le premier cercueil, tombé en poussière, a-t-il été remplacé à cette époque par le cercueil dont nous avons les débris. — 2. Hérodote, II, 136. — 3. Diodore, I, 94.

ou pour aucun des siens, ni dans la tombe paternelle, ni dans aucune autre tombe ?. ,

Les rois de la cinquième dynastie entreprirent au dehors plusieurs guerres heureuses contre les nomades d'Asie; au dedans, ils s’occupèrent à construire leurs pyramides funéraires, à réparer les temples, à élever des villes nouvelles?. Somme toute, ils maintinrent l'Égypte au point de prospérité et de grandeur où les rois de la dynastie précédente avaient su l’élever *. .

De la littérature égyptienne pendant la période memphite.

Dans un des tombeaux de Gizeh, un grand fonctionnaire des premiers temps de la sixième dynastie prend le titre de

1. Hérodote, II, 136. — 2. De Rougé, Recherches, p. 83. — 3. Voici, restitué aussi ‘complétement qu’on peut le faire en ce moment, le ta bleau des troisième, quatrième et cinquième dynasties :

IIS DYNASTIE MEMPHITE. IVe DYNASTIE MEMPHITE. I Begt (T'ATI) I Neyepwgñc. I Zwpus IL Ne I Tésoghgos. par NN Ai Soupe (3604) III TsESAR IT Tops. IT Doup-Ew-r ?

IV TSESAR-TETA IV Zécwyptc. IT KHÂwr III Xobgr (X26- V SETÈS V Zovœrx. pav). ?

VI NowerkaRÀ VI. Tocéotaotc. | IV MENKERÂ IV Mevyéonc VII NeB-Ka-RÂ VII ‘Aync. (Muxepivoc) VIIL H'ount VIII Zfvoupte. |V ASES-KA-Ww ?

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I Ousour-Kka-WI Oùocepyépnc. EE NANTERRE Terre De VI OuSOURENRA An Te nc III KAKA ? VIT MENKEH‘OR VII Mevyéonc.

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Gouverneur de la mason des livres ‘. Cette simple mention jetée incidemment entre deux 0e plus élevés suffirait, à défaut d’autres, pour nous montrer le développement extraordinaire qu'avait pris dès lors la civilisation égyptienne. Non-seulement il y avait déjà une littérature, mais cette littérature était assez considérable pour remplir des bibliothèques, et son importance assez grande pour qu’un des fonctionnaires de la cour fût attaché spécialement à la Conservation de la bibliothèque royale. Il avait sans doute à sa garde, avec les œuvres contemporaines, des livres écrits sous les premières dynasties, des livres datés de Ména et peut-être des rois antérieurs à Ména. Le fonds de cette bibliothèque devait se composer d’ouvrages religieux, de chapitres du Livre des Morts, copiés d’après les textes authentiques conservés dans les temples ; de traités scientifiques sur la géométrie, la médeeine et l’astronomie ; de livres historiques où étaient conservés les dits et faits des anciens rois, ensemble le nombre des années de leur vie et la durée exacte de leur règne; des manuels de philosophie et de morale pratique; peutêtre aussi quelques romans?. Tout cela, si nous l’avions, formerait « une bibliothèque qui serait bien plus précieuse pour nous que celle d'Alexandrie 3; » par malheur, nous ne possédons plus de tant de richesses que les fragments d’un recueil philosophique. Pour tout le reste, nous en sommes réduits à de rares indications qui, éclairées et complétées au moyen des données monumentales, nous permettent à peine de déterminer avec quelque certitude l'étendue des connaissances qu’avaient alors les Êg gyptiens.

Dès les premiers jours, les astronomes égyptiens reconnurent qu’un certain nombre des astres qui brillaient audessus de leurs têtes paraissaient animés d’un mouvement de translation à travers les espaces, tandis que les autres demeuraient immobiles. Cette observation, répétée maintes et maintes fois, les conduisit à établir la distinction des

1. Lepsius, Denkm., 11, 50. — 2. Un fragment de conte, écrit d’après in manuscrit antérieur, sous la XIIe dyn. (Pap. de Berlin, II) pourrait - bien remonter jusqu'à la Ve. — 3. De Rougé, Recherches, p. 13.

78 CHAPITRE Il.

étoiles voyageuses « qui ne reposent jamais » (dkhimouourdou) et des étoiles fixes qui « jamais ne bougent » (4khtmou-sekou). Ils comptèrent parmi les premières « Hor, guide des espaces mystérieux » (Har-tap-sheta-ou), notre Jupiter, que son éclat fit mettre à la tête des planètes; « Hor, générateur d’en haut » (Har-ka-her), Saturne, la plus éloignée des planètes que l’œil humain puisse apercevoir sans le secours des instruments; Harmakhis, Mars, que sa couleur rougeâtre fit appeler aussi Har-desher, l’'Hor rouge, et dont le mouvement rétrograde en apparence à certains moments de l’année ne leur échappa point; Sevek ou Mercure; Vénus enfin, qui dans son rôle d’étoile du matin se nomme Douäou, et Bennou peut-être dans son rôle d'étoile du soir ‘. Il semble même résulter de textes fort anciens qu’ils assimilaient la terre aux planètes et lui attribuaient un mouvement de translation analogue à celui de Mars ou de Jupiter ?. Le soleil lui-même, ce centre fixe de tous les systèmes anciens, subit chez eux la loi du mouvement universel et voyagea dans le ciel en compagnie des étoiles errantes *.

Pour les astronomes égyptiens comme pour l'écrivain du premier chapitre de la Genèse, le ciel est une masse liquide qui enserre la terre de toutes parts, et repose sur l’atmosphère comme sur un fondement solide. Nous avons déjà vu comme aux jours de la création, quand le chaos se résolut en ses éléments, le dieu Shou souleva les eaux d’en haut et les répandit dans l’espace “. Cest sur cet océan céleste, le Now, que flottent les planètes et généralement tous les astres. Les monuments nous les montrent figurés par des génies à formes humaines ou animales et naviguant chacun dans sa barque à la suite d’Osiris. Une autre théorie, aussi répandue que la première, présentait les étoiles fixes comme des lampes (khäbesou) suspendues à la

1. De Rougé, Recherches sur le nom égyptien des planètes, dans le Bulletin archéologique de l’Athenæum français, 1856, p. 18-21, 25-28. — 2. Chabas, Sur un texte égyptien relatif au mouvement de la terre, dans la Zeitschrift, 1864, p. 91-103. — 3. Papyrus de Berlin, n° VIN, 1. 56.— 4, Voy. p. 30.

voûte céleste et qu’une puissance divine allumait chaque soir pour éclairer les nuits de la terre. Au premier rang de ces astres-lampes, on mettait les décans, simples étoiles ou groupes d'étoiles en rapportavec les trente-six ou trentesept décades dont se composait l’année égyptienne : Sopt ou Sothis, saint à Isis; Orion-Sahou, notre Sirius, consa- . cré à Osiris et considéré par quelques-uns comme le séjour des âmes heureuses ; les Pléiades, les Hyades, et beaucoup d’autres dont les noms anciens n’ont pu encore être identifiés d’une manière certaine avec les noms modernes. Bref, toutes les étoiles qu’on peut apercevoir à l’œil nu avaient été relevées, enregistrées, cataloguées avec soin. Les observatoires de la Haute et de la Basse Égypte, à Denderah, Théni, Memphis, Héliopolis, signalaient leurs phases et dressaient chaque année des tables de leurs levers et de leurs couchers dont quelques débris sont arrivés jusqu’à nous.

De tous ces astres, le mieux connu et le plus important était l’astre d'Isis, Sirius, que les Égyptiens nommaient Sopt, d’où les Grecs ont fait Sothis. Son lever héliaque, qui marquait le commencement de l’inondation, marquait aussi le commencement de l’année civile, si bien que tout le système chronologique du pays reposait sur lui. L’année primitive des Égyptiens, ou du moins la première année que nous leur connaiïssions historiquement, se composait de douze mois de trente jours chaque, soit en tout trois cent soixante jours. Ces douze mois étaient partagés en trois saisons de quatre mois : la saison du commencement (Shà), qui répond au temps de l’inondation; la sai- : son des semailles (Pro), qui répond à l'hiver; la saison des , moissons (Shemou), qui répond à l'été. Chaque mois se composait de trois décades; chaque jour et chaque nuit se divisait en douze heures : si bien que midi répondait à la sixième heure du jour, et minuit à la sixième heure de la huit.

Ce système, pour simple qu’il parût, avait ses inconvénients qu’on ne tarda pas à reconnaître. Entre l’année des Égyptiens telle qu’elle était alors et l’année tropique, 1l y

avait une différence de cinq jours un quart; à chaque douze mois qui s’écoulèrent, l’écart entre l’année égyptienne et l’année fixe augmenta de cinq jours un quart, et par suite les saisons cessèrent de s’accorder avec les phases de la lune. Des observations nouvelles faites sur le cours du soleil décidèrent les astronomes à intercaler chaque année, après le douzième mois, et avant le premier jour de l’année suivante, cinq jours complémentaires qu’on nomma les cing jours en sus de l’année ou jours épagomiènes. L’époque de ce changement était si ancienne que nous ne saurions lui assigner aucune date et que les Égyptiens eux-mêmes l'avaient reportée jusque dans les temps mythiques antérieurs à l’avénement de Ména. « Rhéa (Nout) ayant eu un commerce secret avec Kronos (Seb), le soleil (Râ), qui s’en aperçut, prononça contre elle un charme qui l'empêcha d’accoucher dans aucun mois et dans aucune année; mais Hermès (Thot), qui avait de l’amour pour la déesse, joua aux dés avec la Lune et lui gagna la soixantième partie de chaque jour, dont il forme cinq jours qu’il ajouta aux trois cent soixante autres jours de l’année. »

Dans ce système, l’année vague de trois cent soixantecinq jours ne répond pas encore exactement à l’année astronomique de trois cent soixante-cinq jours et quart. Il y eut donc tous les quatre ans un retard d’un jour sur cette année, si bien que pour 365 >< 4 ou 1460 années astronomiques, on compta 1461 années civiles écoulées. Au bout de quatorze siècles et demi, l’accord, si longtemps rompu, était parfait de nouveau : le commencement de l’année civile-coïncidait alors, et pour une fois seulement, avec celui de l’année astroeomique ; le commencement de ces deux années coïncidait avec le lever héliaque au matin de Sirius- Sothis et par suite avec le début de l’inondation. Les prètres célébrèrent le lever de l’astre par des fêtes solennelles, dont l’origine devait remonter plus haut que les rois de la première dynastie, au temps des Shesou-Hor, et don-

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