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Hérodote, Il, 17. — 2. Hérodote, II

PÉPIODE MEMPHITE. 83

ches scientifiques. Les médecins devaient traiter le malade d’après les règles posées dans certains livres d’origine réputée divine. S'ils s’écartaient des prescriptions sacrées, C'était à leurs risques et périls : en cas de mort du patient, is étaient convaincus d’homicide volontaire et punis comme assassins !,

Le seul point que nous connaïssions de leurs doctrines est la théorie des esprits vitaux. Le corps renfermait un certain nombre de vaisseaux qui charriaient des esprits vivifiants. « La tête a trente-deux vaisseaux qui amènent des souffles à son intérieur; ils transmettent les souffles à toutes les parties du corps. Il y a deux vaisseaux aux seins qui conduisent la chaleur au fondement... Il y a deux vaisseaux de l’occiput, deux du sinciput, deux à la nuque, deux aux paupières, deux aux narines, deux à l’oreille droite par lesquels entrent les souffles de la vie; il y en à deux de l'oreille gauche, par lesquels entrent les souffles?. » Les souffles dont il est question dans ce passage sont appelés ailleurs « les bons souffles, les souffles délicieux du Nord. » Ils pénétraient dans les veines et les artères, se mêlaient au sang qui les entraînait par tout le Corps, faisaient mouvoir l'animal et le portaient pour ainsi dire. Au moment de la mort, « ils se retirent avec l’âme, « le sang se coagule, les veines et les artères se vident et « l’animal périt5. »

Les maladies dont il est question dans les Papyrus ne sont pas toujours faciles à reconnaître. Ce sont, autant qu’on peut en juger, des ophthalmies, des varices ou des ulcères aux jambes, une sorte d’érysipèle, le « ver », « la maladie divine mortelle » le divinus morbus des Latins, l’épilepsie. Un chapitre spécial traite de quelques points relatifs à la conception et à l'accouchement. La diagnose est donnée dans plusieurs cas et permettrait peut-être à un médecin de reconnaître la nature de l’af-

1. Diodore de Sicile, I, 82. — 2. Papyrus médical de Berlin, pl.XV, 1 5; pl. XVI, 1. 3. Cf. Chabas, Mél. égypt., 1, p. 63-64. — 3. Pœman-

æer (édit. Parthey), X

8k CHAPITRE I}.

fection. Voici ceife d'une sorte d’inflammation : « Lourdeur au ventre; le col du cœur, malade; au cœur, inflammation, battements accélérés. Les vêtements pèsent sur le malade; beaucoup de vêtements ne le réchauffent pas. Soifs nocturnes. Le goût pervers, comme celui d’un homme qui a mangé des fruits de sycomore. Chairs amorties comme celles d’un homme qui se trouve mal. S'il va à la selle, son ventre est enflammé et refuse de s’exonérer”.

Les médicaments indiqués sont de quatre sortes : pommades, potions, cataplasmes et clystères. Ils sont composés chacun d’un assez grand nombre de substances empruntées à tous les règnes de la nature. On trouve citées plus de cinquante espèces de végétaux, depuis des herbes, et des broussailles jusqu’à des arbres, tels que le cèdre dont la sciure et les copeaux passaient pour avoir des propriétés lénitives, le sycomore et maints autres dont nous ne comprenons plus les noms antiques. Viennent ensuite des substances minérales, le sulfate de cuivre (?), le sel, le nitre, la pierre memphite (aner sopd) qui, appliquée sur des parties malades ou lacérées, avait, dit-on, des vertus anesthésiques. La chair vive, le cœur, le foie, le fiel, le sang frais ou desséché de divers animaux, le poil et la corne de cerf, jouaient un grand rôle dans la confection de certains onguents souverains contre les inflammations, Les ingrédients constitutifs de chaque remède étaient pilés ensemble, bouillis et passés au linge. Ils avaient d’ordinaire pour véhicule l’eau pure; mais souvent on les mélangeait avec des liquides d’espèces variées, la bière (hag), la bière douce (hag notsem) ou tisane d’orge, le lait de vache et de chèvre, l'huile d'olive verte et l'huile d’olive épurée (bag notsem),ou même, comme dans la médecine de Molière, l’urine humaine ou animale. Le tout miel, se prenait chaud matin et soir.

Mais les maladies n'avaient pas toujours une origine naturelle. Elles étaient souvent produites par des esprits

, Sucré de

1. Papyrus de Berlin, pl. XUI, . 3-6. Cf. Brugsch, 4. l., p. 112-113,

inalfaisants qui entraient dans le corps de l’homme et trahissaient leur présence par des désordres plus ou moins graves. En traitant les effets extérieurs, on parvenait tout au plus à soulager le patient. Pour arriver à la guérison complète, il fallait supprimer la cause première de la maladie en éloignant par des prières l’esprit possesseur. Une bonne ordonnance de médecin se composait de deux parties : d’une formule magique et d’une formule médicale. Voici une conjuration destinée à corrobérer l’action d’un vomitif : « O démon qui loges dans le ventre d'un el fils d’une telle, [ô toi] dont le père est nommé Celui qui abat les têtes, dont le nom est Mort, dont le nom est Mâle de la Mort, dont le nom est Maudit pour l'éternité !! » Pour guérir le mal de tête on n’avait qu'à diré : « Le devant [de la tête] est aux chacals divins, le derrièré [de la tête] est un pourceau de Râ. Place-les sur un brasier; quand l’humeur qui en sortira aura atteint le ciel, il en tombera une goutte de sang sur la terre. Ces paroles devront être répétées quatre fois’. » Si ce galimatias ne guérissait pas le malade, au moins le débarrassaitil des terreurs superstitieuses dont il était assailli. Le médecin, après avoir calmé l'esprit du patient, pouvait

essayer sur le corps l’efficacité des remèdes traditionnels.

L’invocation magique passait pour anéantir la cause mystérieuse ; le traitement combattait les manifestations visibles du mal.

Le Papyrus donné par M. Prisse à la Bibliothèque nationale de Paris renferme les seuls fragments qui nous restent de la philosophie primitive des Egyptiens *. Il fut écrit sans doute sous l’un des premiers règnes de la douzième dynastie, et renferme les œuvres de deux auteurs dont l’un vivait sous la troisième, l’autre sous la

. 1. Papyrus de Leyde, I, 348, verso; pl. XIII, 1. 5-6. Cf. Pleyte, Études égyptologiques, t. I, p. 145-146. — 2. Id., pl. IV, L. 9-10. Cf. Pleyte, Etudes, t. 1, p. 61-62. — 3. Ce Papyrus a été publié à Paris, en 1847,

chez Franck, in-folio; il a été analysé par M. Chabas, dans la Revue

archéologique, 1"° série, t. XIV, p. 1 sqq., et traduit en anglais par M. Heath, en allemand par M. Lauth.

86 CHAPITRE Il.

cinquième : ce n’est donc pas sans raison qu’on l’a nommé le plus ancien livre du monde. Incomplet au début, il contient d’abord la fin d’un traité de morale composé par un certain Kagimna à l’avénement du Pharaon Snewrou. Venait ensuite un ouvrage aujourd’hui perdu : un des possesseurs antiques du Papyrus l’avait fait effacer afin de lui substituer un autre morceau qui n’a jamais été écrit. Les quinze dernières pages sont remplies par un opuscule déjà célèbre dans la science sous le nom d’Instructions de Piahhotep. :

Ce Ptahhotep était fils d’un roi de la cinquième dynastie. Il était sans doute assez âgé à l’époque où il écrivit son- livre, car il entre en matières par un portrait peu flatté de la vieillesse. « Le nomarque Ptahhotep dit : O Hanhan", seigneur du grand âge, quand la vieillesse . se produit, l'impuissance arrive et la faiblesse [enfantine] vient à nouveau. Le vieillard reste couché, souffrant, chaquejour ; les deux yeux se rapetissent, les deux oreilles s’amoindrissent, la force s’use : plus de repos du cœur. La bouche se tait : elle ne parle plus. Le cœur s’obscureit : il ne se rappelle plus hier. Les os souffrent à leur tour. Le bon tourne en mauvais : le goût s’en va tout à fait. La vicillesse rend un homme misérable en toutes choses : le : nez se bouche, il ne respire plus. C'est fatigue égale de se tenir debout ou de s’asseoir. Dans la condition où je suis que fera un autre vieillard? Lui dirai-je les paroles de ceux qui ont écouté l’histoire des temps antérieurs, celles que les dieux eux-mêmes ont écoutées? Agis selon elles, repoussant le mal des êtres intelligents; attaque les maudits (?)! » La Sainteté de ce Dieu? a dit : « Instruis-le dans les paroles du passé, et il fera l’étonnement des enfants des grands; ce qu’on entendra près de lui, pénétrera, car ce sera justesse de cœur. Ce qu’il dira ne donnera jamais de satiété . » Comme on voit, c’est afin de montrer aux vieil-

1. C’est le nom d’un dieu, peut-être d’Osiris. — 9, C’est le dieu Hanhan qui répond à l’invocation de Ptahhotep, — 3. Papyrus Prisse, pl. IV, LAISSES LT:

lards le moyen @c se rendre utiles que Ptahhotep prend le calame en main. Il:veut leur enseigner la sagesse des ancêtres, afin qu’ils puissent l’enseigner à leur tour aux jeunes gens et maintenir la vertu dans le monde.

Il ne faut pas s’attendre à trouver dans cette œuvre une grande profondeur de conception. Les analyses savantes, les distinctions raffinées, les abstractions métaphysiques nétaient pas de mode à lé époque de Ptahhotep. On négli- geait les idées spéculatives pour les faits positifs, la théorie . pour la pratique : on observait l’homme, ses passions, ses habitudes, ses tentations, ses défaillances, non pas afn de construire à ses dépens un système de philosophie nouveau, mais afin de réformer ce que sa nature a d’imparfait en soi, et de montrer à l’âme le chemin de l’éternité glorieuse. ‘Aussi Ptahhotep ne se met-il pas en frais d’inventions et de déductions. Il donne les réflexions et les conseils qui lui viennent à l'esprit, tels qu’ils lui viennent, sans les grouper et sans en tirer la moindre conclusion d'ensemble. La science est utile pour arriver à la connaissance du bien : il recommande la science. La douceur envers les subalternes est nécessaire au salut : il fait l'éloge de la douceur. Le tout est entremêlé de conseils sur la conduite à tenir dans les diverses circonstances de la vie, quand on se trouve devant un homme impérieux, quand on va dans le monde, quand on prend femme. « Si tu es sage, munis bien ta maison; aime ta femme sans querelles, nourris-la, pare-la, c'est le luxe de ses membres. Parfume-la, réjouis-la, le temps que tu vis : c’est un bien qui doit être digne de son possesseur. Ne sois pas brutal!. » Analyser en détail un tel ouvrage est 1mpossible : le traduire entièrement, plus impossible encore. La nature du sujet, l’étrangeté de certains préceptes, la tournure du style, tout concourt à dérouter l'étudiant et à l’égarer dans ses recherches. Dès les temps les plus reculés, la morale a été considérée comme une science ponne et louable en elle-même, mais tellement rebattue

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