‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 4)Chapitre 32 sur 190 · LATE · texte numérisé non relu

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dès lors le nom de Syrie . La Syrie se termine vers le nord aux derniers escarpements du mont Tauros. Elle est bornée à l’est par l’Euphrate et le désert, au sud par la mer Rouge, à l’ouest par la Méditerranée. Elle est traversée du sud au nord par deux chaînes de montagnes parallèles, le Liban et l’Antiliban; entre les deux s'étend une large vallée parcourue dans toute sa longueur par le Natsana (Litany) et l’Oronte. L’Oronte prend sa source dans J’Antiliban. Il est formé par la réunion d’un nombre considérable de petits ruisseaux et de torrents. Il coule d’abord au nordnord-ouest, mais, arrivé dans la plaine, il tourne à l’est, traverse un lac d'environ trois lieues de long sur une lieue de large, puis incline au nord et court presque parallèlement à la mer jusque vers'36° de latitude. En cet endroit il se jette brusquement à l’ouest, puis au sud, et se précipite dans la mer après un cours d’environ soixante lieues, dont la violence lui a fait donner par les riverains le nom de Nahr-el-Assy, le fleuve rebelle. Le Natsana? naît dans l’Antiliban, à quelques kilomètres de l’Oronte, et se dirige vers le sud-sud-ouest. À mesure qu’il s'éloigne de sa source, la vallée s’étrécit peu à peu et le force à resserrer son cours: elle finit par former une gorge abrupte de plus de trois cents mètres de profondeur, et si étroite qu'en un endroit des masses de rochers détachés d’un des flancs de la montagne sont venus s’arc-bouter sur le flanc de la montagne opposée et forment comme un pont naturel au-dessus de la vallée. Le Natsana ne sort de ce ravin que pour tomber dans la mer, à trente lieues environ de sa source principale. Le bassin des deux rivières n’est qu’une seule vallée d'environ quatre-vingts lieues de long et coupée à la naissance du Natsana et de l’Oronte par une mince chaîne

1. Le nom égyptien est Khar, ou, par dégénérescence de l’asprrée kh en shuintante Shar. C’est peut-être une variante du nom d’Akharrou, l'Occident, sous lequel les Assyriens désignaient la côte syrienne de la Méditerranée. Les monuments égyptiens des basses époques donnent la forme Ashar. — 2. Sur le nom de Natsana, cf. Maspero, dans les Mélanges, t.1, p. 140-141.

de collines peu élevées. Peu de pays du monde antique étaient aussi fertiles que cette région creuse de la Syrie. Vers le sud, ce sont des champs de blé et des vignobles qui tapissent le fond de la vallée et s’étagent aux flancs de la montagne, partout où le pied de l’homme a pu atteindre. Au nord, les alluvions de l’Oronte ont produit un sol noir et fecond, riche en céréales et en fruits de toute sorte. Aussi la Syrie Creuse (Cæœlé-Syrie), après avoir nourri tour à tour les conquérants égyptiens, assyriens, persans, macédoniens, qui ont passé sur elle, a-t-elle fini par devenir entre les mains des Romains un des greniers de l’univers.

Autour de cet heureux pays, qui est comme le noyau de la Syrie entière, s'étendent dans toutes les directions, au nord, au sud, à l’est, à l’ouest, des régions de nature et d’aspects différents. Vers le nord, entre l’Oronte et l’Euphrate, se trouve une contrée aride et pauvre, bordée à sa partie septentrionale et occidentale par le Tauros etle Khamana (Amanos). De ces deux montagnes se détachent des contre-forts qui s’abaissent graduellement et se déploient bientôt en plateaux crayeux ou rocheux, semés de collines à croupe arrondie et pelée, ravinés de vallées étroites et tortueuses ouvertes vers l’Euphrate, l’Oronte et le désert. Aux plateaux succèdent de vastes plaines traversées par des rangées de collines basses et nues : le sol est sec et pierreux, la végétation rare, les cours d’eau sont peu nombreux et d’un faible débit. Le plus important est la rivière d'Alep (le Khalus de Xénophon), qui traîne lentement son cours du nord au sud et va se perdre à la lisière du désert dans un petit lac salé semé d’ilots. A peu près à égale distance entre le Khalus et l’Euphrate se trouve un second lac salé d’assez vastes dimensions, mais sans écoulement. Les céréales, la vigne, l’olive, la pistache, croissent à grand”peine dans ces régions brûlées : la partie montagneuse est seule assez riche pour nourrir ses habitants.

À l’est de l’Antiliban s’étend la Syrie Damascène, véritable jardin dominé par les cimes neigeuses de l’Hermon et où deux rivières, l’Abana et le Pharphar, entretiennent en face du désert une végétation luxuriante. C’est une large

plaine entrecoupée de canaux : au contraire, le pays situé à l’ouest du Liban n’est qu’une bande de terrain dont la largeur n'excède pas huit ou dix lieues. De l’embouchure du Naïtsana à celle de l’Oronte se déroule comme un long ruban de sable creusé de havres nombreuxet coupé fréquemment de pointes rocheuses qui s’avancent assez loin dans la mer pour former des ports excellents. Au delà de la plage, sur les premiers versants des collines et dans les ravins, l'olivier, la vigne, le blé, croissent à merveille. Les parties hautes de la montagne étaient revêtues jadis d’immenses forêts de chênes, de sapins et de cèdres. Nulle grande rivière, mais partout des torrents impétueux, le Léon, le Lykos (Nahr-el-Kelb), qui s’élancent presque d’un seul bond des sommets du Liban dans la mer.

Sur le flanc ouest de l’Hermon, à l’extrémité méridionale de l’Antiliban, commence une vallée qui ne ressemble à aucune autre au monde. C'est une déchirure produite à la’ surface de la terre par les actions volcaniques, une large fissure qui s’est entre-bâillée au commencement des siècles et ne s’est jamais plus refermée. Le Jourdain qui l’arrose y forme, à quelques lieues à peine de sa source, un lac, celui de Merom, dont le niveau concorde avec le niveau de la Méditerranée. Mais à partir de ce point la vallée se creuse et s'enfonce pour ainsi dire en terre; le fleuve descend du lac de Merom au lac de Génésareth, du lac de Génésareth à la mer Morte, où la dépression du terrain atteint son maximum d'intensité, quatre cent dix-neuf mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée. Au sud de la mer Morte la vallée se resserre, s’élève rapidement jusqu’à une hauteur de cinq cents mètres avant de venir expirer au fond de la mer Rouge.

Rien de plus différent comme aspect que les pays situés à l’est et à l’ouest du Jourdain. A l’est, le terrain monte brusquement jusqu’à une hauteur d’environ mille mètres, puis se déploie et forme un immense plateau légèrement ondulé sur lequel courent les grands affluents du Jourdain et dela mer Morte, l’Yarmouk, leJabbok etl’Arnon. A l’ouest ce sont des masses confuses de collines arrondies dont la

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croupe pierreuse et à peine recouverte d’un sol maigre produit néanmoins le blé, l’olive et le figuier. Un rameau détaché de la chaîne principale un peu au sud du lac de Génésareth, le Carmel (Karmana), se projette vers le nordouest et va droit à la mer. Le pays au nord du Carmel, la Galilée, abondait en eaux fraîches et en vertes collines; « les grosses fermes étaient ombragées de vignes et de figuiers ; les jardins étaient des massifs de pommiers, de noyers, de grenadiers. Le vin était excellent, s’il en faut juger par celui que les Juifs recueillent encore à Safed. » Au sud du Carmel, la contrée se partage naturellement en trois zones parallèles. C’est d’abord une plage sablonneuse qui court le long de la mer, puis une large étendue de plaines boisées par endroits et arrosées par des rivières encombrées de roseaux, enfin la région montagneuse qui sépare le versant maritime de la vallée du Jourdain. La région des dunes est susceptible de culture, et les villes qu’elle renferme, Gaza, Joppé, Ashdod, sont entourées de bosquets d'arbres fruitiers. La plaine est d’une fertilité merveilleuse, formée d'un sol d’alluvion qui produit chaque année des moiïssons considérables sans engrais et presque sans travail. Les montagnes, assez bien boisées dans certains endroits, deviennent de plus en plus nues à mesure qu’on avance vers le sud. Les vallées y sont sans eau; le sol aride et brûlé perd peu à peu de sa fertilité et finit par se confondre avec le désert. Dès lors ce n’est plus jusqu’à la mer Rouge qu’une série de plaines sablonneuses, ravinées par le lit de torrents à sec et dominées par des massifs volcaniques, à l'est le Séïr, au sud le Sinaï. Les pluies du printemps y développent pendant quelques semaines une végétation hâtive qui suffit aux besoins des tribus nomades et de leurs troupeaux.

Les peuples qui occupaient cette vaste étendue de territoire au temps de l’ancien empire égyptien avaient disparu presque entièrement de la scène du monde au moment où les lourds bataillons de Thotmès Ie franchissaient pour la première fois l’isthme et le désert. Surpris et débordés par la grande invasion cananéenne, ils avaient été en partie

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détruits, en partie absorbés par les conquérants. C’est à peine si quelques-unes des tribus primitives purent garder leur indépendance. La conquête hébraïque trouva encore des Rephaïm établis à lorient du Jourdain ‘. « Un peuple grand et de forte stature », les Anakim, et de qui on disait : « Qui peut tenir devant les enfants d’Anak?? » vivait dispersé dans le$ massifs montagneux qui bordent la mer Morte. Un de leurs chefs mythiques, Arba, y avait tondé, « sept ans avant Tanis d’Egypte*», la ville de Kiriath- Arba, qui plus tard devint Hébron‘. Sur les confins du désert, les Horim habitaient les parages du mont Séir* et les Avyim la plaine au sud-est de Gazaf. D’autres tribus durent échapper et se maintenir au moins pour quelque temps sur quelques points du territoire : mais celles-là mêmes succombèrent à la longue. Leur nom s’éteignit, leur souvenir s’effaça ou se perdit au milieu des fables. On se figura les anciens maîtres du pays comme des géants (Rephaïm), à la voix bourdonnante et indistincte (Zomzommim), des monstres formidables (Emim)' devant qui les autres peuples «paraissaient comme des sauterelles». La Syrie entière, renouvelée par des invasions successives, se trouva bientôt divisée et comme répartie entre trois grandes races issues d’une souche commune et parlant les dialectes d’une même langue : les Araméens au nord et à l’est du Liban; les Cananéens le long des côtes, au cœur et au midi de la contrée, dans les vallées de l’Oronte supérieur, du Natsana et du Jourdain; les Térachites au midi et à lorient de la mer Morte, sur les confins du désert d’Arabie.

Les Araméens établis sur les deux rives de l’Euphrate, en Mésopotamie aussi bien qu’en Syrie, ne se sont jamais avancés bien loin vers le sud. Plusieurs de leurs tribus, les Solymes, les Érembes, franchirent l’Amanos et se glissèrent le long des côtes méridionales de l’Asie Mineure jus-

1. Deut., TI, 8. — 2. Ibid., IX, 2. — 3. Nomb., XIII, 22. — 4. J'uges, 1, 10; Josué, XIV, 15. — 5. Gen., XIV, 6; Deut., II, 12-22. — 6. Deut., IL, 28. — 7. Deut., II, 10-11, 20-21. — 8. Nomb., XIII, 34.

qu’en Lycie‘. Les autres s’échelonnèrent sur les plateaux rocheux de la Syrie du nord et sur le versant oriental de l’'Antiliban, entre la montagne et le désert : elles formèrent bientôt deux grands centres de population, l’Aramée du nord entre l’Euphrate et l’'Amanos, l’Aram Dammesek ou Syrie Damascène autour de la grande ville de Damas.

Grâce à sa position intermédiaire entre les deux principaux États du monde antique, la Chaldée et l'Egypte, l’'Aramée du nord ne tarda pas à devenir un des marchés les plus riches de l'Orient. Les caravanes, au lieu d’affronter le désert et d’aller directement des bords de la mer Morte et du Jourdain aux bords de l’Euphrate et du golfe Persique, remontaient la vallée du Natsana et de l’Oronte pour aller rejoindre le cours moyen de l’Euphrate et de là redescendre sur Babylone. Les Araméens, maîtres en cet endroit des deux rives du fleuve, avaient construit des forteresses sur chacun des gués qui mènent de la rive syrienne à la rive mésopotamienne. Au gué le plus méridional s’éleva Tour-méda ou Thapsaque?; au gué central, Karkemish; au gué le plus septentrional, Samosate. Le gué de Samosate, situé au débouché des montagnes, aurait forcé les chefs de caravanes à faire un détour inutile de près de quarante lieues : il fut peu fréquenté par les marchands qui allaient d'Egypte en Chaldée. Thapsaque était trop rapprochée du désert et par conséquent trop exposée aux incursions des Bédouins. Karkemish, au contraire, placée au cœur d’un pays civilisé, à peu près à égale distance des barbares du sud et des barbares du nord, devint bientôt le passage préféré et l’entrepôt des caravanes. Elle était à quelques kilomètres du fleuve, auprès d'une source qui fit donner le nom de Mabog d’abord au quartier religieux de la ville, et plus tard à la ville entière. Les 8 qui la confondaient parfois avec l’antique Ninive’, en attribuaient la fondation à Sémiramis, à Deuca-

1. Movers, Die Phônizier, t. II, p. 116 s p- 229-231; Renan, Hist. des langues sémit Die Phônisier, t, IL, 24 Theil, p. 164.— 3.

qq; Knobel, Die Vôlkertafel, ot L, P. 49-52. — 2. Movers, Ammien Marcellin, 1. XIV, 96.

lion, au dieu Bacchos, au Lydien Attès. Les Syriens de l'époque chrétienne racontaient qu’elle avait été bâtie au temps du prophète Élijah par deux mages, le Thrace Orphée et le Perse Zoroastre. Elle devint bientôt le centre d’un grand mouvement commercial et religieux. Les fêtes de sa grande déesse Atargath furent un rendez-vous pour les dévots et l’occasion de véritables foires annuelles où les marchands de tous les pays affluèrent sous couleur de religion*.

A quelques lieues au sud-ouest de Karkemish s’élevaient Padan (Batnæ) et Khalep (Alep)?. Khalep, moins favorablement située que Karkemish, n’eut jamais l'importance de sa voisine : C'était pourtant une ville considérable et renommée jusqu’en Égypte pour les produits de «ses champs altérés* ». Au sud de ces villes on rencontrait l’Aram Tsobah, dont le territoire s’étendait des rives de l’Oronte aux . rives de l’Euphrate*, et sans doute aussi plusieurs petits États de moindre valeur, perdus dans les vallées de l’Antiliban, qui formaient comme une chaîne de tribus araméennes entre l'Aramée du nord et l’Aramée du sud. Damas, la métropole de l’Aramée du sud, occupe un des sites que la nature semble avoir destinés de tout temps à l’emplacement d’une grande ville. D’après la tradition hébraïque, elle avait été fondée par Ouz, fils d’Aram, arrièrepetit-fils de Noé. Elle s’allonge dans la plaine au milieu des vergers qui la serrent de toutes parts et pénètrent dans ses murs, coupée en deux parties inégales par l’Abana et sans cesse rafraîchie par les canaux que ce fleuve lance dans toutes les directions. Encore aujourd’hui sa vue arrache un cri d’admiration au voyageur qui débouche des gorges de l’Antiliban. « Il a devant lui la ville, dont quelques édifices se dessinent déjà à travers les arbres; derrière lui, le dôme majestueux de l’'Hermon, avec ses sillons de neige qui le font ressembler à la tête chenue d’un vieillard; sur sa droite, le Hauran, les deux petites

1. Sur Karkémish voy. G. Maspero, De Carchemis oppidi situ. Paris, 1873, in-8°. — 2. Chabas, Voyage d’un Égyptien, p. 101-110. — 3. Papyrus de Leyde, I, 343, pl. VII, 1.8. — 4. Knobel], Die Volk., p. 127-128.

chaînes parallèles qui resserrent le cours inférieur du Pharphar', et les tumulus de la région des lacs; sur sa gauche, les derniers contre-forts de l’Antiliban, allant rejoindre l’'Hermon. L'impression de ces campagnes richement cultivées, de ces vergers délicieux, séparés les uns des autres par des rigoles et chargés des plus beaux fruits, est celle du calme et du bonheur... Vous vous croyez à peine en Orient dans ces environs de Damas”, et surtout, au sortir des âpres et brülantes régions de la Gaulonitide et de l’Iturée, ce qui remplit l’âme, c’est la joie de retrouver les travaux de l’homme et les bénédictions du ciel. Depuis l’antiquité la plus reculée jusqu’à nos jours, toute cette zone qui entoure Damas de fraîcheur et de bien-être n’a eu qu’un nom, n’a inspiré qu'un rêve, celui du « paradis de Dieu*». La domination de Damas s’étendait sur toutes les villes situées dans la plaine et sur tous les villages nichés dans les gorges de l’Hermon, sur Abila, sur Khelbon, la ville des vins, et sur quelques petits Etats voisins, l’Aram Rohob#, l’Aram Maacha*, le pays de Gessour‘, situés dans la vallée du haut Jourdain. Damas n'avait pas encore à cette époque le rôle important qu’elle joua plus tard. Elle n’était pas sur la route que suivaient les caravanes, et vivait au mieu de ses jardins, séparée du reste de la Syrie et protégée contre les invasions par la chaîne de l’Antiliban.

Bientôt après la conquête, les tribus cananéennes s’étaient séparées en deux groupes. Les unes s'étaient répandues dans les vallées de l’intérieur de l’'Amanos au Séir et dans les plaines qui s'étendent au sud du Carmel jusqu’au désert et à la frontière d'Égypte. Les autres s’étaient logées le long des côtes entre le Carmel et l'embouchure de l’Oronte, le mont Liban et la mer. La différence de sites amena entre ces deux groupes une différence de mœurs et de caractère. Les Cananéens de l’intérieur, agriculteurs ou

1. Nahr-el-Awadj. — 2. La plaine est, en effet, à plus de dix-sept cents mètres au-dessus du niveau de la mer, — 3. Renan, Les Apôtres,

LL, p. 177-178. — 4. II Sam., X, 6, 8.—5. I Chron., XIX, 6. — 6. II Sam., XV, 8.

or

pasteurs selon les localités, se subdivisèrent en un grand nombre de tribus sans cesse en guerre les unes contre les: autres. Les Cananéens de la côte, étouffés entre la montagne et la mer, se firent marins et commerçants. L’antiquité classique donnait aux Cananéens de la côte le nom de Phéniciens. Selon certaines traditions grecques,

ils avaient été appelés ainsi de Phénix, fils d’Agénor et

fondateur de la race’. Selon divers auteurs, Phœnikes signifiait simplement le peuple rouge, soit en souvenir de la mer Rouge (Erythrée), aux bords de laquelle ils avaient habité si longtemps, soit à cause des fabriques de pourpre qu’ils établirent dans toutes leurs colonies, soit enfin par allusion à la teinte de leur visage. L'opinion la plus reçue jusqu’à ces derniers temps voit dans Phœnix le nom du palmier, et dans Phœnikia le Pays des Palmes?. En fait, Phœnix est une forme élargie de Phoun (Pœni, Puni), vieux nom national que les Cananéens portaient dans leur patrie primitive et qui les suivit dans toutes leurs migrations, Les monuments égyptiens les plus anciens identifient les régions orientales de l’Arabie au pays de Pount : les Cananéens du golfe Persique firent passer le nom de Pnénicie en Syrie, les Phéniciens de Syrie le menèrent en Afrique, et les Phéniciens d'Afrique (Pæni) le répandirent jusque dans leurs colonies les plus lointaines.

La Phénicie syrienne comptait un grand nombre de villes, dont plusieurs très-importantes. C’étaient, en allant du sud au nord, Ako (Saint-Jean d’Acre), Akhzib, Ous, Tyr, | Sarepta, Sidon, Bérouth, Gebel, Arka, Sinna, Botrys, Tripolis, Simrôn, Simyra, Arad, Marath, Karne ct Paltos. Ces villes, réparties d’une manière inégale entre les différentes tribus, finirent par former de petits États indépendants les uns des autres, ceux des Sidoniens, des Giblites, d’Arka, de Sinna, de Simyra. Au début, les Giblites semblent avoir exercé sur le reste des Phéniciens une autorité réelle. Ils avaient deux royaumes : ceux de Gebel et de

1. Ét. de Byzance, s. v. Dotviun. — 2. Movers, Die Phônizier, t. 1, d'er Theil, p. 1-4. — 3. d., II, 1° Theil, p. 105-107.

Bérouth. Gebel ou Gebôn!, que les Grecs appelaient By-

. blos, se vantait d’être la ville la plus vieille du monde,

Elle avait été bâtie par le dieu El au commencement des âges, sur un emplacement différent de celui qu’elle eut dans la suite. Elle s’élevait alors à quelques lieues dans l'intérieur des terres, sur la rive septentrionale du Nahrel-Kelb, Plus tard elle fut abandonnée, et la population, reportée au bord de la mer, construisit, près du fleuve Alone une seconde ville qui prit le nom de la première. Bérouth, « la cité des puits, » partageait avec Ge- . bel la gloire d’avoir le dieu El pour fondateur : c'était un port bien abrité, situé à l'extrémité d’une des plaines les plus fertiles de la Phénicie. Le territoire de ces deux villes ne possédait qu’une étendue de côtes assez restreinte, mais s’avançait assez loin dans l’intérieur des terres. Au nord, il confinait avec le pays des Arkéens et des Sinites, les uns établis sur la mer entre la montagne d’Akkar et le Nahrel-Kébir (Éleuthéros), les autres logés au cœur même du Liban. Venaient ensuite les Simyréens, dans une grande plaine bien arrosée, et de l’autre côté de la montagne, sur le moyen Oronte, la grande ville royale d'Hamath. Tous ces États, trop faibles pour garder longtemps leur indépendance, étaient.condamnés d’avance à disparaître : leur territoire fut démembré, leurs villes furent prises, colonisées, ou si bien détruites qu’on n’en trouve plus le moindre vestige?.

Par l’affaiblissement des Giblites Sidon devint rapidement la plus importante des villes phéniciennes, « le premier-né de Canaan. » Malgré ce titre ambitieux, Sidon n’était d’abord qu’un simple village de pêcheurs de beaucoup inférieur à Tyr, à Gebel, à Bérouth#. Elle avait été fondée en même temps que Tyr par Bel, l’Agénor des Grecs, sur le penchant septentrional d’un petit promontoire

1. La forme Gebôn pour le nom de cette ville est donnée par le Pap. Anastasi 1, pl. XX, 1. 17. Cf. Chabas, Le voyage d’un Égyptien, p. 156-160. — 2. Movers, Die PFânizier, t. II, 1° Theil, p. 113-117. — 3. D'où son nom Tstpôn, pêche, ÿ — 4. Movers, Die Phônisier, t. IL, 1er Theil, p. 250 sqq.

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qui se projette obliquement vers le sud-ouest. Le port, si célèbre dans l’antiquité, est formé par une chaîne basse de rochers qui part de l’extrémité nord de la péninsule et court parallèlement au rivage sur une longueur de quelques cemiaines de mètres. La plaine environnante est arrosée par le « gracieux Bostrên » (Nahr-el-Aoualy) et couverte de jardins dont la beauté avait fait donner à la ville le nom de Sidon la fleurie’.

Sidon avait deux rivales : Arad au nord, Tyr au sud. Arad s'élevait sur un îlot, à quelque distance du continent. « C’est un rocher de tous côtés battu par la mer, et d’environ sept stades de tour. Il est tout couvert d’habitations et si peuplé encore à présent, que les maisons y ont un grand nombre d’étages. Les habitants boivent de l’eau de pluie conservée dans des citernes, où de l’eau qu’on fait venir de la côte opposée. » Il y avait dans le détroit même, entre l’ile et la côte, une source d’eau douce qui jaillissait au fond de la mer et servait à l’approvisionnement de l’île en temps de guerre. Des plongeurs portaient une cloche en plomb munie à son extrémité supérieure d’un long tube de cuir, et l’appliquaïent sur lorifice de la source. L’eau, emprisonnée de la sorte, montait dans le tube selon les lois de l’hydrostatique et arrivait douce à la surface, où on la recueillait?. En face d’Arad se trouvaient deux grandes villes, Karne et Marath, toutes deux soumises aux Aradiens. La domination de ce petit peuple s’étendait assez loin le long de la côte et jusque dans l'intérieur des terres. Au nord, ils possédaient Gabala et Paltos ; au sud, ils avaient soumis la tribu et la ville de Simyra; à l’est, Hamath sur l’Oronte leur obéit pendant quelque temps.

Le territoire des Sidoniens, borné au nord par le Tamour et le royaume de Bérouth, allait au sud jusqu’à lembouchure du Natsana : au delà de cette rivière commençait le domaine propre des Tyriens. Dans les premiers âges du

1. Zudôva àvôeuéecouv (Denys le Périégète). — 2. Strabon, 1. XVI, ch. 3, p. 153; cf. Pline, L. II, 103; V, 31.

monde, quand les dieux vivaient encore au milieu des hommes, Samemroum construisit sur le continent. une ville de roseaux et de papyrus, en face de laquelle son frère Isôos, le premier marin, occupa quelques petits îlots où il éleva des colonnes sacrées. Ce fut le commencement de Tyr. Vint ensuite Melkarth, l’Hercule tyrien. Les prêtres de ce dieu racontaient à l’historien Hérodote’que « le temple avait été fondé en même temps que la ville elle-même: or ils habitaient la ville depuis deux mille trois cents ans. » Le calcul des prêtres tyriens nous reporte vers l’an 2750, c’est-à-dire vers le temps des Pasteurs et de l'invasion cananéenne. Comme Arad, Tyr avait une partie insulaire où s’élevaient ses temples et ses arsenaux, une partie continentale qu’on appelait la vieille Tyr (Palæ-Tyros). La Tyr insulaire n’avait- pas, comme Arad, la ressource d’une fontaine sous-marine : ses habitants n'avaient pour s’abreuver que l’eau de citerne ou celle qu’ils faisaient venir du continent dans des barques‘. Tyr possédait toute la côte depuis l'embouchure du Natsana jusqu’au mont Carmel.

Les Cananéens de l’intérieur, répandus depuis l’Amanos jusqu’à la pointe méridionale de la mer Morte, ne formaient pas une masse aussi compacte que les Cananéens de la côte. La plupart de leurs tribus s’étaient divisées en fractions plus ou moins considérables et fixées sur différents points du territoire. Les. Hittites, la plus importante de toutes, avaient deux établissements principaux, l’un au nord du pays dans les gorges de l’'Amanos, l’autre au sud, dans le massif montagneux situé à l’ouest de la mer Morte. Les Hittites du nord, connus des Égyptiens sous le nom de Khétas, occupaient les deux versants de l’Amanos jusqu’à l’Oronte d’une part, jusqu’au Tauros de l’autre. Les Hittites du sud, après avoir dominé sur le cours moyen du Jourdain, s’affaiblirent graduellement et finirent par se concentrer autour d’Hébron, où les difficultés du terroir les protégèrent longtemps encore contre l'invasion des

1. Pap. Anastasi I, pl. XXI, 1. 1-2; cf. Chabas, Le voyage d'un Egyplien, p.165-171.

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peuples voisins *. Après les Hittites venaient par rang d'importance les Amorrhéens, les Hivites et les Girgaséens.

Le gros de la nation amorrhéenne, campé sur le plateau à l’est du Jourdain, yavait deux royaumes principaux : celui du nord, capitale Édréi, entre l’Hermon etle Jabbok, confinait à l'Aram Dammesek : celui du sud, entre le J abbok et l’Arnon, touchait vers le midi aux États des Térachites et avait Khesbon pour capitale?. Une tribu avait poussé jusque dans la vallée de l’Oronte, où elle possédait la célèbre Kadesh ÿ; une autre vivait au bord de la mer entre Ékron et Joppé!; une troisième, installée à Jébus autour du mont Moriah, se faisait appeler Jébusites‘; d’autres enfin s’étaient fixés près de Sichem et au sud d'Hébron, en assez grand nombre pour imposer aux montagnes qui bordent la mer Morte le nom de monts des Amorrhéens®. Les Hivites ? vivaient à lorient de Sidon, dans les vallées du haut Jourdain et du Natsana : leurs colonies allaient au nord jusqu’à Hamath, au sud jusque dans le pays d'Édom. Quant aux Girga séens, la dernière et la plus obscure des grandes races cananéennes, une partie d’entre eux paraît avoir habité à lorient du Jourdain $, le reste dans la Syrie du nord, non loin des Hittites septentrionaux °.

. Les tribus Térachites n’avaient alors qu’une importance secondaire. Les enfants d'Israël, enfermés en Egypte, y devaient rester de longs siècles encore, avant de revenir au pays de leurs pères. Les Ammonites disputaient aux Amorrhéens la possession du pays situé au nord de l’Arnon. Les Moabites vivaient au sud de l’Arnon et se maintenaient à grand’peine sur les bords de la mer Rouge. Les Édomites, ralliés autour du mont Seïr, touchaient vers le nord aux Moabites, et s’étendaient au sud dans la direction de la mer Rouge. ‘Ils avaient sans cesse à batailler contre les tribus arabes du désert, Amalécites et autres,

1. Genèse, xiv, 13; xxur, 3 sqq. — 2. Knobel, Die Vôlkertafel, p. 201, sqq. — 3. Brugsch, G. Ins., t. IL, p. 21-22. — 4. Juges, I, 34. — o. Movers, Die Phœnizier, t. II, Lux Theil, p. 80. —. 6. Deutéronome, 1, 1H, 19-20, etc. — 7. Knobel, Die Vôlkertafel, p. 336. — 8. Id., p. 333. — 9. Ils sont nommés Qirqasha dans les textes du temps de Ramsès Nr

que les Égyptiens désignaient sous le nom générique de Shôs (pillards). Ces Shôs ou Shasou répandus de listhme de Suez aux bords de l’Euphrate, à la lisière des terres cultivées, ne cessaient de harceler tous les peuples de Syrie. On les trouvait dans les plaines du Sud comme dans celles du Nord; la Cæœlé-Syrie et la Phénicie même étaient sujettes à leurs incursions et le voyageur les rencontrait jusque dans les gorges du Liban *. |

Au delà de l’Euphrate commençait, sinon l’empire chaldéen, au moins les nations placées plus directement sous l'influence des rois de Chaldée. La conquête élamite n’avait pas suffi à détruire les petits états qui se partageaient le bassin inférieur du Tigre et de l’Euphrate : elle les avait rendu tributaires d’un étranger, mais leur avait laissé l'existence. Koudour-Nakhounta, le premier d’entre eux, gouvernait de Suse et ses successeurs immédiats agirent comme lui. Les plus connus d’entre eux, Koudour-Lagamer et Koudour-Mabouk, entreprirent des conquêtes lointaines. La Bible nous raconte que Koudour-Lagamer (Khodor-Laomer) envahit la Syrie avec ses vassaux, Amraphel, roi de Sinéar, Ariokh, roi d’'Élassar et Thargal, roi des nations barbares de la Mésopotamie. Il battit les princes de la Syrie du sud confédérés contre lui, et leur imposa le tribut pendant douze années consécutives. La troisième année fut marquée par un soulèvement général : Koudour-Lagamer accourut, vainquit les révoltés dans la vallée de Siddim et pilla leurs villes. l’est au retour de cette expédition qu’il fut, dit-on, attaqué par Abraham, chef des Hébreux, et essuya une légère défaite ?. Un de ses successeurs, Koudour-Mabouk, conduisit encore des expéditions en Syrie; mais après lui le pouvoir de la dynastie élamite ne cessa d’aller toujours diminuant. Les rois de la Chaldée du sud, surtout ceux de Larsam, affirmèrent hautement leur indépendance, tandis qu’au nord les princes d’Aganê commencçaient d’étendre les frontières de leur territoire. L'élément sémito-kou-

1. Pap. Anastasi |, pl. XIX, L. 1-2. Cf. Chadas, Voyage, p. 112, 190. — 2. Genèse, xiv,1; G. Rawlinson, The five great Monarchies, p. 161-162; Fr. Lenormant (La langue primitive de La Chaldée, p. 372-379). À

shite prédominant à Babylone et jusqu'alors subordonné à Vélément touranien, réagissait contre l’oppression à laquelle il avait été soumis : Saryoukin I, roi d’Aganè et l’un des héros de l’antiquité chaldéenne finit par le faire triompher. ;

Lesaventures de Saryoukin I donnèrent naissance à des légendes populaires que l’histoire officielle finit par recueillir. La statue qui lui fut élevée plus tard dans la ville d’Aganè portait sur sa base l’inscription suivante : «Saryoukin, le roi puissant, le roi d’Aganèê, c’est moi. Ma mère ne connut point mon père; mais ma famille appartenait aux maîtres du pays. En la ville d’Azpiranni, qui est située sur les bords de l’Euphrate, ma mère me conçut : elle me mit au monde dans une place secrète. Elle me déposa dans une corbeille de jones dont elle ferma le couvercle avec du bitume et me jeta ainsi au fleuve dont l’eau ne put pénétrer jusqu'à moi. La rivière m’entraîna : elle m’emporta jusque vers Akki, l’ouvrier tireur d’eau. Akkï, l’ouvrier tireur d’eau, dans la bonté [de son cœur], me recueillit; Akki, l’ouvrier tireur d’eau, m’éleva comme son propre fils ; Akki, l’ouvrier tireur d’eau, m’établit commme ijardinier..…..; [dans ma profession] de jardinier, Istar me fit prospérer, [au boutde...]Jans, je m’emparai du pouvoir royal. » C'est toujours l’histoire populaire des fondateurs de religion ou d’empire : l’histoire de Moïse jeté sur les eaux et recueilli par la fille de Pharaon, l’histoire de Kyros et de Romulus exposés et nourris par un berger jusqu’à l’adolescence!.

Saryoukin I fut un conquérant: il soumit les petits royaumes chaldéens à l'exception de ceux de Larsam et d’Apirak, et pénétra jusqu’au golfe Persique, puis, se tournant contre les Élamites, les vainquit et les contraignit au tribut. Les tribus du nord, les Goutim, qui occupaient tout le pays entre l’Euphrate et les monts Gordyæens, furent réduites, et

1. Smith, Notes on the early history, et Fox Talbot, À fragment of ancient Assyrian mythology dans les Transactions of the Society of Biblical Archæology, t. I, p. 271-280; Fr. Lenormant, Les Premières eivilisations, t. IT, p. 104-110.

. Saryoukin, reprenant les voies tracées par les conquérants ‘élamites, pénétra jusque dans la Syrie. Au retour de ces expéditions, 1l fit rebâtir le temple d’Aganè et la pyramide Oulbar, consacrée à la déesse Anounit. Son règne marque au dehors l’apogée de la puissance chaldéenne, au dedans le commencement de la prépondérance des races sémitokoushites sur toute la Chaldée. Il fonda à Ouroukh une bibliothèque qui fit bientôt donner à cette ville le nom de Ville des Livres. Pour la remplir, il fit rechercher tous les vieux livres qui renfermaient les traditions du sacerdoce chaldéen et composer des livres nouveaux en langue sémitique. Un des grands ouvrages résumait les règles d’augures et les observations des astronomes antérieurs; un autre donnait les règles de grammaire des deux langues sémitique et touranienne. Pour les traités de magie et de législation, qui avaient été rédigés primitivement dans le vieil idiome touranien, Saryoukin les fit traduire et commenter. Rassemblés et transcrits à grand’peine sur des tablettes de terre cuite, ils subsistaient encore plus de quinze siècles après; le roi d’Assyrie Assour-ban-habal, en fit prendre des copies, dont les débris trouvés à Ninive forment une des richesses du Musée britannique. Saryoukin I eut pour successeurson fils Naram-sin, comme lui roi guerrier et grand constructeur. Il combattit en Chaldée, en Syrie, et poussa ‘jusqu’au pays de Magan, riche en cuivre, probablement jusqu’à la péninsule du Sinaï?. Mais après lui le pouvoir tomba aux mains d’une femme, Ellatbaou. Le prince qui régnait alors à Larsam, Rim-akou, en profita pour reconquérir toute la Chaldée méridionale : il allait sans doute se jeter sur Babylone elle-même, quand il | fut prévenu par un ennemi plus redoutable. Khammouragas, roi des Kassi du pays d'Élam, détrôna la reine Ellatbaou et s’intronisa à sa place, Il fit réparer les canaux an-

1. Smith, Notes on the early history; Fr. Lenormant, Études acca- ! diennes, 1"° partie, troisième fascicule, p. 19; Les premières civilisa- | tions, t. II, p. 105-106. — 2. Smith, Ibid.; Fr. Lenormant, Études accadiennes, 1"° partie, troisième fas ‘*ule, p. 79-80; cf. Haigh dans la Zeilschrift, 1814, p. 20-23, et Schrader da :s la Zeitschrift, 1814, p. 50-53. |

ciens, rectifier le cours du fleuve et creuser des bras nouveaux, restaurer les monuments de ses prédécesseurs. Il se tourna ensuite contre Rim-akou et acheva la conquête de toute la Chaldée'. Babylone agrandie devint sa capitale, et celle de ses successeurs après lui. La dynastie cissienne, dont il fut le fondateur, continua de régner pendant plusieurs siècles, sans grand éclat à ce qu’il semble : si nous avions d’une manière complète les annales de cette époque, nous n’y trouverions guère que des révoltes contre l'autorité centrale, interrompues çà et là par des luttes contre des Élamites, l’indication des temples restaurés et fondés, des canaux nettoyés ou creusés à nouveau. La Chaldée, repliés sur elle-même, avait perdu les conquêtes lointaines de Koudour-Lagamer et de Koudour-Nakhounta, de Saryoukin I et de Naram-sin.

Cependant au nord de Babylone et dans les pays jusqu’alors occupés par les Goutim, venaient de s’élever une ville et un royaume nouveau, Elassar et le pays d’Assour. Elassar? était construite sur la rive gauche du Tigre, à soixante kilomètres au-dessus de sa jonction avec leZab inférieur. Sur la même rive du fleuve, mais plus haut vers la source, au delà du Zab supérieur, on rencontrait la forteresse de Nini, ou

Ninives. Le pays d’Assour, gouverné par des souverains

pontifes Shakannakou’, relevait de la Chaldée. Ses premiers princes connus, Ismi-dagan et Samsi-Bin, régnaient à la fois sur Nipour et sur l’Assyrie : ils vivaient entre 1800 et 1760 avant notre ère *, et se trouvaient contemporains des premiers rois de la dix-huitième dynastie. Leurs successeurs, sinon eux-mêmes, étaient destinés à sentir bientôt le poids de la puissance égyptienne.

1.3. Ménant, Inscriptions de Hammourabi; 3. Oppert, Histoire des empires. p. 34-31; G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. I, p. 168- 169; Fr. Lenormant, Études accadiennes, p. 80; G. Smith, Notes. — 9. Aujourd’hui Kalah-Sherghat. — 3. Nini, Nü, est la forme égyptienne du nom.— 4. Ce nom a été lu Patis. M. Pognon a trouvé des variantes qui démontrent l’authenticité de la lecture Shakannakou. — 5. J. Ménant, Annales des rois d’Assyrie, p. 11-19.

La dix-bhuitième dynastie,

Il serait curieux de connaître l'impression que fit ce monde nouveau sur les premiers Égyptiens, qui s’y aventurèrent. Par malheur, le récit des campagnes de Thotmès Ie" n’est pas arrivé jusqu’à nous. Nous savons seulement que dès l’an I de son règne, il poussa jusqu’au nord de la Syrie‘ et qu’il éleva ses stèles de victoire sur les bords de l’Euphrate?, probablement dans les environs de Karkémish. Cette première campagne, ou plutôt ce voyage de découverte, traça la route que les armées égyptiennes devaient suivre désormais dans toutes leurs guerres, sans jamais s’en écarter. Au sortir d'Égypte elles marchaïent sur Raphia, la plus méridionale des villes syriennes, de là sur Gaza, Ascalon et Iertsa. A la station de Iouhem, la route , se divisait en deux branches. La première, de moitié plus courte que l’autre, menait droitau nord, laissant un peu sur la gauche le grand port de Jopé et ses jardins délicieux : près d’Aaloun elle s’enfonçait dans les gorges du Carmel, puis reparaissait dans la plaine, un peu au nord de Taânak, une des villes royales des Cananéens, et, quelques milles plus loin, aboutissait à Mageddo. L'autre branche tournait à l’est, au sortir de Jouhem et couraït à travers les monts Amorrhéens; elle remontait vers le Jourdain par Tsewta, contournait les massifs d’Éphraïm par Ophra la Grande et Ophra la Petite, laissait un peu sur la droite Bethshear, puis descendait dans la plaine de Iesréel par Kishion et Shounem, pour aboutir derrière Mageddo, à peu près à michemin entre la ville et le Thabor. Mageddo, bâtie au bord du torrent de Qina, barrait les voies du Liban et pouvait à volonté ouvrir ou fermer la route aux armées qui marchaient vers l’Euphrate. Aussi joua-t-elle dans toutes les guerres des Égyptiens en Asie un rôle prédominant: elle fut le point de ralliement des forces cananéennes et le poste

1. Lepsius, Denkm., IL, 5. — 2. De Rougé, Annales de Touthmès III, p. 11

avancé des peuples du Nord contre les attaques venues du sud. Une bataille perdue sous ses murs livrait la Palestine entière aux mains du vainqueur et lui permettait de continuer sa marche vers la Cœlé-Syrie.

Au sortir de Mageddo, les Égyptiens franchissaient le

Thabor et débouchaient sur les bords de la mer de Galilée, auprès de Kinneret, remontaient le Jourdain presque jusqu'à sa source par Mérom, Kadesh (plus tard Kadesh de Naphtali), Laïs, Hazor, Rohob et franchissaient les collines qui séparent la vallée du Jourdain de celle de Natsana, non loin du bourg actuel de Ghazzé. Ils remontaient jusqu’à la source du Natsana, non loin de Tibekhat (Baalbeck?) et descendaient la vallée de l’Oronte jusqu’à Hamath. Kadesh la Grande était la plus importante des villes qu’ils rencontraient en chemin. Elle était bâtie aux pays des Amorrhéens, sur la rive et dans un des replis de l’Oronte. Les chefs syriens, battus à Mageddo, rétrogradaient d'ordinaire jusqu’à cette ville et livraient leur seconde bataille sous ses murs. Vaincus, ils n’avaient d’autre ressource que de se disperser et de s’enfermer chacun dans sa forteresse. Les rois d'Égypte longeaient l’Oronte, prenaient Hamath, puis, arrivés à peu près à la hauteur d’Antioche, tournaient à droite et gagnaient Khalep et Patan (Batanæ)!. De là à Karkémish il n’y avait que quelques heures de marche.

Les peuples situés à droite et à gauche de cette route militaire reconnurent l’autorité des Pharaons et firent partie de leur empire. Les uns, à l’exemple des Phéniciens, se soumirent presque sans combat; il fallut, pour réduire les autres, de longues guerres et des batailles acharnées. Aussi bien ne peut-on guère se représenter la domination égyptienne comme quelque chose d’analogue à ce que fut plus tard la domination romaine, La Syrie, l’Arabie, l’Éthiopie ne devinrent jamais des provinces assimilées aux nomes de Égypte et administrées par des officiers de race égyptienne. Elles gardèrent leurs anciennes lois, leurs anciennes religions, leurs anciennes coutumes, leurs dynasties, res-

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