‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 4)Chapitre 41 sur 190 · E. Curtius, Griechische Geschichte, t. I, p · texte numérisé non relu

E. Curtius, Griechische Geschichte, t. I, p

légendes de Mégare plaçaient au commencement des âges un héros, Lelex, qu’elles faisaient venir d'Égypte; la Pedasos du Satnioeis était une de leurs fondations ; en Carie, on montrait encore au temps de Strabon des tombeaux à moitié détruits et des villes ruinées auxquelles on donnait le nom de Lelegia. A côté des Léléges, les Cares, mêlés de sang koushite, dominaïent sur les côtes et les îles de la mer Egée; les Lyciens, resserrés au sud entre les Solymes et les Cares, s’étendaient dans l’intérieur jusqu'aux bords de l’Halys et de l’Euphrate, où les monuments assyriens signalent leur présence‘. Une partie de la Troade au sud de l’Ida s’appelait Lycie; il y avait une Lycie en Attique, des Lyciens en Crète’. Ces trois nations, les Cares, les Lyciens, les Léléges, sont tellement mêlées à l’origine, qu’il est impossible de fixer les limites précises de leur domaine, et qu’on se voit souvent obligé d'appliquer à toutes ce qui n’est affirmé que d’une seule.

Les Phéniciens n’avaient pas rencontré d’opposition en Cilicie et dans le pays des Solymes : aussi couvrirent-ils la côte de leurs colonies, Kibyra, Masoura, Rouskopous, Sylion, Mygdalè, Phaselis, Sidyma*. Il n’en fut plus de même dès qu'ils sortirent du domaine sémitique pour entrer dans les régions occupées par les races aryennes. Au lieu d'accueillir amicalement les marins qui leur apportaient les produits des civilisations orientales, les Lyciens s’opposèrent à leur établissement et ne permirent point la fondation de colonies. Du promontoire Sacré à la pointe de Cnide il n’y eut sur le continent qu’un seul comptoir phénicien d'importance, Astyra, en face de Rhodes‘. Les Cares offrirent moins de résistance. Ils laissèrent les Sidoniens débarquer à Rhodes, refouler dans les montagnes les habitants indigènes et s'emparer des trois ports, Jalysos, Lindos et Camyros'. Ils se mirent au service des

1. De Rougé, Mémoire sur les Attaques, p. 29-30; Finzi, Ricerche, p. 256. — 2. E. Curtius, Die Ioniüer vor der lonischer Wanderung, p. 34-36. — 3. Movers, Die Phônizier, t. Il, 2" Theil, p. 346. — 4. Et. de Bysance, s. v. “Aotupæ; cf. Movers, Die Phônisier, t. II, 2*° Theil, p. 247-957. — 5. Idem, 1bid., p. 247-251.

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étrangers, s’unirent à eux par des mariages et reçurent

# une telle proportion de sang phénicien qu’on donna parfois

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de

à leur pays le nom de Phœnikê, terre phénicienne. Le peuple qui sortit de ce mélange eut pendant longtemps une importance incommensurable pour le développement de la civilisation dans les pays qui bordent la mer Égée. Il se répandit au loin, à Mégare, en Attique, où plusieurs des grandes familles du pays tiraient de lui leur origine; puis il disparut entièrement sans avoir laissé une histoire durable, comme c’est le cas pour la plupart des peuples bâtards. L'arrivée et le contact des Phéniciens l’avaient fait naître à la vie civilisée; uni aux Phéniciens et monté sur leurs vaisseaux, il courut le monde à leurs côtés; quand la puissance des Phéniciens commença de décroître, les Cares reculèrent. Ils disparurent de l’histoire générale le jour où la dernière colonie égéenne des Phéniciens succomba sous l’influx de la civilisation grecque.

Au delà de Rhodes, deux voies s’ouvraient au navigateur. Il pouvait tourner au nord, remonter la côte d’Asie et gagner l'embouchure de l’Hellespont. Une partie des flottes phéniciennes suivit cette route. Toujours écartées du continent par les aryens, elles se dédommagèrent de leur impuissance en occupant celles des Sporades et des Cyclades que leur position ou leurs richesses naturelles désignaient à l'attention des conquérants!. Aïdées par les Cares?, elles colonisèrent et Délos, et Rhénée, et Paros. Oliaros tomba aux mains des Sidoniens* et Mélos aux mains des Giblites*. Mélos produisait en abondance le soufre, l’alun, le blanc de foulon; elle avait des mines aussi riches que celles de Thèra et de Siphnos. Il y eut des pêcheries de pourpre à Nisyra, à Gyaros ; des teintureries et des manufactures d’étoffes à Cos, Amorgos, Mélos. Toutes ces îles devinrent autant de postes moins faciles à attaquer et plus

1. Movers, Die Phônixier, t. IT, 2% Theil, p. 262-263. — 2. Thucydide, I, 4-8. — 3. Héraclide de Pont dans Et. de Bysance, s. v. *QXapos.

— 4. Ét. de Bysance, s. v. Mfloc; cf. Movers, Die Phônizier, t. II, 2er Theil, p. 130-131.

faciles à défendre que n'étaient les comptoirs de terre fermet. Les Sidoniens ne s’en tinrent pas là; ils remontèrent aux côtes de Thrace et commencèrent d'exploiter les mines d’or du mont Pangée. Leurs colonies couvrirent Samothrace, JLemnos, Thasos, mais sans grand succès : il appartenait aux Tyriens de reprendre et de développer l’œuvre que les Sidoniens avaient tentée en ces régions.

Des Cyclades les Phéniciens rayonnèrent sur tous les pays environnants. Toujours à la recherche de nouveaux débouchés pour leur commerce, ils s’engagèrent dans l’étroit canal de l’Hellespont et tombèrent dans un bassin spacieux et tranquille bordé au sud de grandes îles sur

‘ lesquelles ils abordèrent. Après s’être assuré la possession du détroit par la fondation de Lampsaque et d’Abydos, ils se logèrent à Pronectos?, à l’entrée du golfe d’Ascanie, au débouché des mines d'argent que les Bithyniens exploitaient dans leurs montagnes’. Au fond de cette première mer intérieure, ils découvrirent un nouveau canal, plus semblable à l'embouchure d’un grand fleuve qu’à un détroit; ils le franchirent avec peine, sans cesse en danger d’être jetés à la côte par la violence du courant et brisés contre les écueils qui semblaient se rapprocher pour les écraser, et se trouvèrent devant une mer immense, aux flots orageux, dont les rives boisées s’étendaient à perte de vue vers l’orient et l’occident. Ils filèrent le long de la côte orientale où les attirait la renommée des mines du Caucase. À l’aide de leurs alliés les Cares, ils établirent, du ‘Bosphore à la Colchide, une série de postes fortifiés, Héraclée Pontique, Sesamos, Karambys, Sinopé, qui plus tard, ‘sous la domination grecque, devinrent des villes florissantes. Une nouvelle Tyr s’éleva à l'embouchure du Dnieper, et les Sidoniens s’aventurèrent même dans les grandes plaines de la Russie méridionale, Ils rapportèrent

1. Movers, Die Phônisier, t. Il, 2 Theil, p. 263-373. — 2. Ét. de Bysance, s. v. Ipôvextoc. — 3. Movers, Die Phônisier, t. II, 2" Theil, p. 295-297. — 4. Cf. chez les Grecs la légende des Symplégades, qui écrasaient les galères à la sortie du Bosphore. — 5. Movers, Die Phô- | nisier, t. Il, 2!" Theil, p. 297-308.

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de ces mers lointaines le thon et la sardine, la pourpre, l’ambre, l’or et l'argent, le plomb, l’étain nécessaire à la fabrication du bronze, et qu’ils recevaient auparavant par voie de terre, à travers l'Arménie et la Syrie.

De Rhodes on aperçoit au loin, vers le sud, les cimes des montagnes crétoises. Tandis qu’une partie des flottes phéniciennes courait à la découverte du Pont-Euxin, une autre partie cingla vers la Crète et l’occupa. Cette île barre, vers le sud, l’entrée de la mer Egée, et forme à elle seule comme un petit continent qui se suffit à lui-mème. Elle renferme des vallées fertiles et des montagnes couvertes de forêts. Les Phéniciens chassèrent de la plaine les indigènes, qui se réfugièrént dans les replis de l’Ida. Les pêcheries de pourpre d’Itanos furent ouvertes; Lappa et Kairatos' au nord, Phœnikè ou Arad, Gortyne, Lebènê au sud, furent occupées ou fondées?. De Crète on passa bientôt à Cythère. Cythère, située à l'entrée du golfe de Laconie, à trois lieues à peine du continent, servait de relâche aux navires qui se rendaient d'Orient en Italie ou en Sicile, Le murex brandaris, dont on tirait la « pourpre des îles », s’y trouvait en telle quantité, qu’à une certaine époque li le prit le nom de Porphyroessa, « la pourprée*. Les Phéniciens s’y établirent à demeure et y bâtirent un sanctuaire d’Astartè, le premier peut-être qui eût jamais été élevé en Grècef. Ils se répandirent de là au long du Péloponèse, puis en Illyrie et en Italie’. La Grèce continentale, entamée au sud par Cythère, à l’est par les Cy-

clades, ne tarda pas à recevoir elle-même leur visite.

L'isthme de Corinthe et les îlots qui le précèdent, Égine, Salamine, l’Argolide, l’Attique, furent explorés

tour à tour. Kadmos, le fondateur de Thèbes et l’inven-

teur des lettres, établit en Béotie une colonie puissante‘.

1. Plus tard Knôsos. — 2. Movers, Die Phônizier, t. II, 2 Theil, p. 258-261. — 3. Thucydide, IV, 53. — 4. Ézékiel, xxvn, 1. — 5. Ét. de Bysance, s. v. Kuü6npa. — 6. Hérodote, 1,105: Pausanias, 1° 16,.5; IL, 23, 1. — 7. Movers, Die Phônizier, t. I, 9er Theil, p. 341 343. — — 8. Idem, tbid., p. 85-92 ; Fr. Lenormant, La légende de Cadmus et

les établissements phéniciens en Grèce, dans Les premières civilisations, t. IL.

LES GRANDES MIGRATIONS MARITIMES. 2l7

Aucun de ces établissements ne devait survivre à l'invasion dorienne; mais leur présence au milieu des populations primitives de la Grèce eut sur le caractère et la religion de la race hellénique une influence dont on commence à rechercher les traces après l’avoir niée trop longtemps.

Les migrations des peuples de l'Asie Mineure et l’Exode,.

Certaines nations de l’Asie Mineure, les Cares et les Lydiens surtow, avaient subi l’ascendant des nations sémitiques au point de perdre en partie leur physionomie aryenne ; d’autres, les Lyciens au sud, les Phrygiens et les Mysiens au nord, résistèrent plus énergiquement et se maintinrent pures de tout mélange étranger. « Nous donnons aux peuples maritimes de l’Asie Mineure, à ceux du moins qui appartiennent à la race phrygo-pélasgique, le nom de Grecs orientaux. Si différent qu’ait été le maintien de chacun d’eux vis-à-vis des Phéniciens, tous sans exception surent s'approprier la civilisation du peuple plus cultivé et lui prendre habilement ses arts. Habitués de longue date à la pêche, ils commencèrent à munir leurs barques dé quilles qui les rendirent capables de trajets plus audacieux ; sur le modèle du navire de commerce, aux formes arrondies et au large ventre, ils construisirent le « cheval « de mer, » comme ils l’appelaient: ils apprirent à se servir de la voile en même temps que de la rame; le pilote, à son banc, tint le regard fixé, non plus sur les accidents successifs du rivage, mais sur les constellations. Les Phépiciens avaient découvert au pôle l'étoile sans éclat qu’ils reconnaissaient comme le guide le plus sûr de leurs courses nocturnes; les Grecs choisirent une constellation plus brillante, la Grande Ourse, mais, s’ils ne déployèrent pas en cela la même sûreté d'observation astronomique que leurs maîtres, ils devinrent pour tout le reste leurs disciples et leurs rivaux heureux. Par là ils réussirent à chassergentièrement les Phéniciens de leurs eaux; de là vient que, malgré tout, on trouve sur les rivages de la mer

d’Ionie si peu de traces de la domination phénicienne“. »

Les Sidoniens et les Cares ne s'étaient pas fait faute d’exercer la piraterie dans les mers de l’Archipel. Comme les Normands du moyen âge, ils s’en allaient au loin à la recherche des aventures profitables; ils rôdaient le long des côtes, toujours à l’affüt des belles occasions et des bons coups de main. S'ils n'étaient point en force, ils. débarquaient paisiblement, étalaient leurs marchandises et se contentaient comme pis-aller du gain légitime que pouvait leur valoir l'échange de leurs denrées. S'ils se croyaient assurés du succès, l’instinct pillard reprenait le dessus : ils brûlaient les moissons, saccageaient les bourgs et les temples isolés, enlevaient tout ce qui leur tombait entre les mains, principalement les femmes et les enfants, qu'ils allaient ensuite vendre comme esclaves sur les marchés de l’Orient, où le bétail humain était taxé à plus haut prix. Les Grecs « s’habituèrent à voir dans la piraterie un métier comme un autre, celui de chasseur ou de pêcheur, par exemple : quand des inconnus abordaient quelque part, on leur demandait ingénument (c’est Homère qui l’affirme) s’ils étaient marchands ou pirates. » Les flottes et les factoreries phéniciennes furent attaquées à leur tour, les Cyclades reconquises. Les Sidoniens ne songèrent bientôt plus qu’à se maintenir sur quelques points importants, à Thasos au nord, à Mélos et à Théra dans les Cyclades,, à Rhodes et à Cythère au sud. Les Étéocrétès, renforcés sans doute par des émigrants du continent, chassèrent les colons cananéens : la Crète délivrée forma un royaume de cent villes, dont la capitale fut Cnôsos. « Le premier empire de la Grèce antique fut un État d’îles et de côtes; le premier roi, un roi de mer, » Minos. C’est à Minos qu’on attribuait la gloire d’avoir détruit la piraterie dans les îles de l’Archipel et d’avoir réprimé les courses des Phéniciens et des Cares. L’avénement de la domination crétoise marque la fin de la domination sidonienne dans les mers de la Grèce : les quelques colonies qui se maintinrent çà et là

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