‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 4)Chapitre 40 sur 190 · pe. Clamaron 254, r S° Jacques, Paris À · texte numérisé non relu

pe. Clamaron 254, r S° Jacques, Paris À

Dessiné par J Gaultier .

vancèrent vers l’ouest le long de l'Afrique, mais d’abord sans grands résultats : les côtes inhospitalières de la Marmarique durent arrêter pour quelque temps de ce côté l'essor de la colonisation.

Aussi bien les pays du nord offraient aux marins de Byblos et de Sidon un vaste champ d’explorations et d’aventures. Un peu au delà de l’Oronte, le rivage tourne vers! l’ouest et ne quitte plus de longtemps cette direction : la Syrie cesse, l'Asie Mineure commence. De même que: les pays de l’Asie antérieure, elle affecte la forme d’un: plateau massif, borné de tous les côtés et sillonné par! de puissantes chaînes de montagnes : c’est comme « un. petit Iran qui s’élève du sein de trois mers », la Mé-l diterranée, la mer Égée et le Pont-Euxin!. Au sud, le pla-. teau est borné par le Tauros; au nord, par une chaîne der moindre hauteur, détachée du Caucase, qui court parallè-* lement à la mer Noire et se termine à l’Olympe de Mysie,. entre Nicée et Dorylée. Une ligne de collines peu élevées" rejoint le Tauros à l’Olympe et traverse la Péninsule en Û diagonale du sud-est au nord-ouest; à l'est, le pays est! adossé à l’Euphrate et au massif montagneux de l'Arménie. : Les eaux qui descendent à l’intérieur vers le centre du plateau n'arrivent pas toutes à la mer. Seuls, le Pyramos et. le Saros au sud, l’Iris, l'Halys et le Sangarios au nord, ont assez de force pour se frayer un chemin à travers l’épaisse barrière qui les sépare du rivage. Les autres rivières se! terminent dans des bas-fonds, où elles forment des marais! et des lacs analogues aux lacs de l'Iran et de la Tartarie. Le plus grand de ces lacs, le Tatta, est salé, et varie d’étendue selon les saisons.

« Nulle part plus qu’en Asie Mineure on n’observele contraste de la région de l’intérieur et de celle du littoral. La! ont core une autre terre, soumise à d’autres lois que!

intérieur ?. » Dans la région occidentale, ce sont de larges vallées ouvertes à l’ouest ét arrosées par des fleuves tra-

1. « Wie ein kleines Irân baut es sich aus der Mitte dreier Meere

auf » (E. Curtius, Griechische Geschichte, t. I, p. 5). — 9. E. Curtius, Die Ionier vor der Ionischer Wanderung, p. 9.

la main de l'homme. Le sol est généralement fertile,

produit du blé en quantité suffisante pour la nourriture des habitants et se prête à l’élève de la vigne et de l’olivier;

sa principale richesse est dans ses mines. Les collines de Tamassos renfermaient tant de cuivre, que les Romains prirent l’habitude de donner à ce métal le nom de cyprium,

Qui est passé depuis dans toutes les langues de l’Europe.

Dès le moment de l’arrivée des Phéniciens en Syrie, Chy- ‘pre fut peuplée par deux rameaux de la race chananéenne : les Hamathites et les Khittites ou Kittites, qui refoulèrent à l’intérieur les aborigènes et fondèrent les deux villes d’'Hamath (Amathonte) et Kition. Des immigrations fréquentes vinrent renforcer les envahisseurs, et finirent par livrer toute l’île aux Phéniciens. Byblos fonda sur la côte ouest le grand sanctuaire de Paphos ; Golgos, Lapethos, Kourion, Karpasia, Tamassos, s’élevèrent sur différents points et formèrent autant de petits États indépendants gouvernés par des rois. D’abord soumis à l’influence de Byblos, les royaumes de Chypre passèrent sous l’autorité de Sidon. Ils reçurent des colonies sidoniennes qui assurèrent leur soumission à la métropole et achevèrent de faire de l’île un pays sémitique!.

Vers le sud, les Phéniciens ne formèrent pas d’établissements durables. Ils eurent des postes fortifiés sur la côte méridionale de la Syrie, à Dor, à Joppé, à Ascalon, au mont Casios, sur la frontière de l'Ég gypte. Au delà du mont Casios, leur pouvoir s’arrêtait : Pharaon n'aurait jamais permis à des étrangers de posséder des forts ou des comptoirs indépendants sur son territoire, à l'embouchure de son fleuve. Ils durent se contenter d’avoir dans les grandes villes du Delta, à Tanis, à Bubaste, à Mendès, à Sais, des entrepôts relevant de l’autorité égyptienne. Leurs magasins, établis à Memphis, au quartier Ankhtaoui, acquirent un développement considérable et devinrent une véritable ville?. D'Rgypte leurs vaisseaux s’a-

1. Movers, Die Phônisier, t. II, 2° Theil, p. 203-246. — 2, Brugsch, dans la Zeüschrift für ægyptische Sprache, 1863, p. 9.

vancèrent vers l’ouest le long de l'Afrique, mais d’abord sans grands résultats : les côtes inhospitalières de la Marmarique durent arrêter pour quelque temps de ce côté l'essor de la colonisation.

Aussi bien les pays du nord offraient aux marins de Byblos et de Sidon un vaste champ d’explorations et d’aventures. Un peu au delà de l’Oronte, le rivage tourne vers l’ouest et ne quitte plus de longtemps cette direction : la Syrie cesse, l'Asie Mineure commence. De même que les pays de l'Asie antérieure, elle affecte la forme d’un plateau massif, borné de tous les côtés et sillonné par de puissantes chaînes de montagnes : c’est comme « un petit Iran qui s’élève du sein de trois mers », la Méditerranée, la mer Égée et le Pont-Euxin!. Au sud, le plateau est borné par le Tauros; au nord, par une chaîne de moindre hauteur, détachée du Caucase, qui court parallèlement à la mer Noire et se termine à l’Olympe de Mysie, entre Nicée et Dorylée. Une ligne de collines peu élevées rejoint le Tauros à l’Olympe et traverse la Péninsule en diagonale du sud-est au nord-ouest; à l’est, le pays est adossé à l’Euphrate et au massif montagneux de l'Arménie. Les eaux qui descendent à l’intérieur vers le centre du plateau n’arrivent pas toutes à la mer. Seuls, le Pyramos et le Saros au sud, l’Iris, l’'Halys et le Sangarios au nord, ont assez de force pour se frayer un chemin à travers l’épaisse barrière qui les sépare du rivage. Les autres rivières se terminent dans des bas-fonds, où elles forment des marais et des lacs analogues aux lacs de l'Iran et de la Tartarie. Le plus grand de ces lacs, le Tatta, est salé, et varie d’étendue selon les saisons.

« Nulle part plus qu’en Asie Mineure on n’observe le contraste de la région de l’intérieur et de celle du littoral. La côte est comme une autre terre, soumise à d’autres lois que l'intérieur ?. » Dans la région occidentale, ce sont de larges vallées ouvertes à l’ouest «et arrosées par des fleuves tra-

1. « Wie ein kleines Irân baut es sich aus der Mitte dreier Meere

auf » (E. Curtius, Griechische Geschichte, t. I, p. 5). —2. E. Curtius, Die Ionier vor der Ionischer Wanderung, p. 9.

vailleurs dont les alluvions empiètent chaque année sur la mer : le Kaïkos, l’Hermos, le Caystre, le Méandre. Tous ces fleuves roulaient l’or en abondance, au moins dans la haute antiquité ; ils sont séparés l’un de l’autre par des lignes de montagnes qui se dressent subitement sur la surface unie de la plaine comme des îles à la surface de l'Océan, le Messogis (Kastaneh-dagh), entre le Méandre et le Caystre ; le Tmôlos (AXisilia-mousa-dagh), entrele Caystre et l’'Hermos. La côte, profondément dentelée, est semée de grandes îles fertiles : Lesbos, Chios, Samos, Cos, Rhodes, la plupart assez rapprochées du continent pour en commander les débouchés, assez éloignées de lui pour être à l’abri d’une invasion soudaine. Terroir riche en blés, en vignes, en olives, Comme en marbres et en métaux, ports nombreux et sûrs, la région occidentale de l’Asie Mineure réunissait tous les avantages d’un pays de culture et d’un pays de commerce : elle devait devenir le siége de peuples à la fois laboureurs et marins, producteurs et marchands. Elle était enserrée entre deux groupes de montagnes détachés du plateau central : au nord, l’Ida, couvert de forêts, riche en métaux, riche en troupeaux ; au sud, les cimes “voleaniques de la Lycie, où la tradition plaçait la chimère au souffle de flamme. À l’ouest de la Lycie et au sud du Tauros s’allongeait une côte abrupte, interrompue par l’embouchure de torrents qui descendent à pic du sommet de la montagne à la mer, et forment autant de petites vallées parallèles l'une à l’autre. Vers l’extrémité orientale, à peu près à l’angle déterminé par la rencontre de la Cilicie et de la Syrie, les efforts réunis du Pyramos et du Saros avaient créé une vaste plaine d’alluvions, à laquelle les anciens avaient donné le nom de Cilicie plane (Cilicia campestris), par opposition aux régions pierreuses du Tauros (Cilicia Trachæa). |

Toutes les races du monde antique semblent s'être donné rendez-vous en Asie Mineure. Au début de l’histoire on y trouve les Touraniens *èt les Koushites établis chacun selon ses instincts nationaux, les Touraniens sur les côtes du Pont et sur le plateau central, dans un pays

de montagnes et de mines; les Koushites sur le versant de la mer Égée, dans des régions propres à la culture et au commerce maritime. Les Koushites disparurent les premiers-sans presque laisser de traces; c’est à peine s’il est permis de reconnaître dans les Cares primitifs les restes d’une de leurs tribus les plus puissantes!, Les Touraniens, retranchés derrière leurs montagnes, résistèrent, bien qu'amoindris, jusqu’à l’époque romaine. Les peuples de la Colchide, les Saspires, les Chalybes, livrés de tout temps à l'exploitation des métaux, fournissaient de fer et d’étain l’Asie antérieure. Plus au sud dominaient deux nations unies par des liens étroits d'amitié, les Mouskaï et les Toublaï, le Meshekh et Toubal de la Bible. Les Toublaï, - établis dans le bassin de l’Iris, touchaïent à la mer Noire; les Mouskaï occupaient les deux rives de l’Euphrate supérieur et s’étendaient jusqu'à l'Halys. Des deux capitales de la Cappadoce classique, l’une, Mazaca, sur le mont Argéion, avait gardé leur nom; l’autre, Koumanou (Comana), avait été fondée par eux et leur avait longtemps appartenu. Il fallut des siècles de lutte pour les déposséder de leur patrimoine et les refouler vers le Caucase.

Les Touraniens de l’Asie Mineure, comme les Toura-

niens des bords de l’Euphrate et de l’Iran, succombèrent

sous les attaques combinées des Aryens et des Sémites. Il est assez probable que, dans les premiers moments de l’in-

vasion, les Sémites ne se bornèrent pas à coloniser la

Syrie et les bords de l’Euphrate, mais jetèrent des ra- | meaux à l’ouest vers le Pont-Euxin et la mer Égée; par.

malheur, la preuve historique de ce fait est encore impos- ! sible à donner. La plupart des mots qui nous restent des | langues anciennes de l’Asie Mineure se rattachent à la souche aryenne; les mythes et la religion des peuples sont | apparentés de plus près aux mythes de la Grèce qu'aux religions sémitiques. On a bien identifié Loud, fils de Sem, avec les Lydiens; mais, quand même cette assimilation :

1. D'Eckstein, Questions relatives aux antiquités des peuples sémie | viques, p. 31 sqq., et Les Cares dans l'antiquité. |

serait certaine, elle ne prouverait rien quant à l’origine du peuple lui-même: Les tables ethnographiques de la Genèse rangent dans la catégorie sémitique tant de peuples à langues non sémitiques, que la présence de Loud parmi les fils de Sem ne saurait être un argument contre lorigine aryenne des Lydiens. Si quelques tribus sémitiques s’aventurèrent sur les hauteurs de la Phrygie, elles furent bientôt refoulées ou détruites ; c’est en Lycie seulement, et le long de la côte méridionale, qu’elles parvinrent à s’établir solidement. Un rameau de la branche araméenne, fixé au sud du Tauros, colonisa la Cilicie et forma bientôt avec les Solymes et les Érembes l’avantgarde des peuples sémitiques contre les nations de race aryenne.

Les Aryens d'Asie Mineure appartiennent tous à une même famille dont le domaine s’étendit du massif de l’Arménie au Tauros et à la mer de l’Archipel. Le gros de la nation se concentra sur la partie occidentale du plateau, dans la partie arrosée au nord par le Sangarios, au sud par le Méandre. Ce pays, auquel on donna le nom de Phrygie, a toujours été renommé pour la fertilité de ses champs et la beauté de ses prairies ; assez chaud pour se prêter à la culture de la vigne, assez tempéré pour conserver aux émigrants toute leur vigueur native, il devint bientôt le siége d’un royaume puissant et d’une race laborieuse. La langue phrygienne est apparentée au grec de plus près peut-être que le gothique n’est au moyen hautallemand; sa déclinaison et sa conjugaison avaient les flexions et subissaient au moins en partie les lois phonétiques du grec’. Séparés de la mer par des peuples de la même famille, les Phrygiens s’isolèrent bientôt et donnèrent à leur civilisation un tour particulier. Leurs tradi-

1. E. Curtius, Griechische Geschichte, t. I, p. 31.— 2. Ainsi le changement de m final en n (E. Curtius, Griechische Geschichte, t. I, p. 63). Le nominatif singulier est marqué par — as, — es, — is, — 05, et —a; le génitif par— afoc, le datif par— at, —ei. La troisième personne du singulier du verbe, sosesait (exstruxit), etc., se termine par le —-6 au lieu du — & grec, etc.

tions nous montrent les plus puissants de leurs rois établis aux sources du Sangarios. C'est là que vivaient et Gordios et Midas, le fils de Gordios et de la déesse Kybêlé. Midas est un prince riche et guerrier que les deux villes de Prymnèêsos et Midaïon honoraient comme héros fondateur. La royauté phrygienne prospéra et s’étendit sous une série de rois dont plusieurs portèrent le nom rendu fameux par leur ancêtre. Près des sources du Sangarios, un voyageur anglais, Leake, découvrit au commencement du siècle une vallée pleine de tombeaux antiques. « Ces tombeaux sont d’une époque inconnue, mais de beaucoup antérieure à la domination grecque et romaine ; leur caractère tout indigène nous révèle le style architectural des vieux Phrygiens. La langue même des inscriptions est purement phrygienne; et cette langue, avec l'alphabet encore incomplétement déchiffré qui nous en a conservé les rares débris, reste enfermée dans les limites de l’ancien royaume où régna la dynastie de Midas. Dans toute l’étendue de pays où se trouvent ces restes vénérables du peuple indigène, on ne voit que de rares débris de monuments appartenant à l’époque romaine; il semble que les conquérants successifs de la contrée aient ignoré ces vallées solitaires où plus tard des familles chrétiennes vinrent chercher un refuge contre la persécution du paganisme, peut-être aussi contre l’invasion musulmane'. » Quelques tombeaux, des ruines de forteresses et des bas-reliefs inexpliqués?, c’est ‘là tout ce qui nous reste de ces rois de Phrygie si célèbres au début de l’histoire grecque par leur richesse, ieur amour pour les chevaux et l’adoration fanatique qu'ils rendaient à la mère des dieux et à Dionysos. Le char royal de Midas et son nœud gordien restèrent longtemps intacts comme un souvenir de l’ancienne suprématie phrygienne : il fallut l’épée d'Alexandre pour trancher le nœud, et Pin vasion grecque pour faire oublier les vieux rois nationaux.

1. Ch. Texier, Description de l’Asie Mineure, p. 153. — 9. V.ces basreliefs et le plan des forteresses de Pichmich-Kalé-si et Giaour-Kalési dans Perrot, Exploration archéologique, p. 135-149, 156-163, etc., et pl. 8, 9, 10, 34-52, 53-68, etc.

Au nord de la Phrygie, quelques tribus aryennes peu nombreuses se répandirent dans les forêts qui bordent la côte du Pont-Euxin, et devinrent entre le Billæos et l’Halys la race obscure des Paphlagoniens. A leur gauche, les Thraces, sous le nom de Thyni, Bithyni, Bebrykes, occupaient les deux rives du Bosphore. Plus à gauche encore, la grande nation des Mysiens et les peuplades qui tiraient d’elle son origine, Teucriens, Kébrênes, Dardanes, couvraient la vallée du Rhyndakos et celle du Caïque, le massif de l’Ida et la péninsule qu’il forme entre la Propontide, l’'Hellespont et la mer Egée. La légende racontait de Dardanos qu’il avait, sous les auspices de Jupiter Idéen, fondé la ville de Dardania, et qu’il était devenu la souche des Dardanes. Une partie de ses enfants descendit dela montagne aux rives du Scamandre et s’y bâtit une ville sur une colline escarpée qui domine au loin la plaine et la mer. « Entourée à l’orient par un large repli du fleuve, cette colline s’abaisse vers l’ouest en pentes douces. Les nombreux filets d’eau qui jaillissent sur ces pentes s’assemblent et forment deux ruisseaux qui se distinguent par leur abondance et leur température toujours égale en toutes les saisons de l’année. (C’est comme une marque immuable qui nous permet de reconnaître dans cette citadelle escarpée la forteresse d’Ilion. Ils sont restés les mêmes qu’au temps où les Troyennes descendaient pour puiser l’eau et laver le linge; aujourd’hui encore les vieux murs contiennent l’eau et la rassemblent!. »

Les fouilles entreprises dans les derniers temps ont fair retrouver près de l’emplacement où fut Troie les ruines de plusieurs villes superposées?. Les débris découverts dans la plus ancienne de ces villes prouvent l’existence d’une civilisation originale où l’on chercherait en vain les traces d’une influence égyptienne ou assyrienne. La plupart des outils sont en pierre ou en os taillé, mais leur usage n’exclut pas l’usage des métaux. Le cuivre, l'or,

1. E. Curtius, Griechische Geschichte, t. I, p. 66. — 2. Le résultat de ces fouilles a été publié par M. Schliemann.

HIST. ANCÇ. ‘ 16

l'argent et ses alliages, étaient connus et employés, l'or surtout. Les poteries étaient faites à la main sans le secours du tour; elles ne sont ni peintes ni vernies, mais seulement lustrées au moyen d’un polissoir en pierre. La première Troie périt dans un incendie allumé sans doute par des tribus voisines confédérées contre elle, mais sortit bientôt de ses ruines. « Sur les pentes adoucies de la montagne s’éleva la ville même; au-dessus se dressa, sur une roche escarpée, la forteresse Pergame. Du haut de ses créneaux l’œil embrassait toute la plaine étendue jusqu’à la mer où le Simoïs et le Scamandre mêlaient leur cours, et, par delà la plaine, la vaste mer, du point où les flots puissants de l’Hellespont se précipitent dans la mer Egée, jusque vers Ténédos. Aucune ville royale de l’Ancien Monde n’était plus heureusement située que cette forteresse troyenne : bien couverte et sûre, elle avait vue sur tout ce qui l’entourait et commandait au loin. Derrière elle, les versants boisés et riches en troupeaux de la montagne; à ses pieds, la plaine féconde ; devant elle, une large mer du sein de laquelle les cimes lointaines de Samothrace, vigie de Poseïdôn, se dressaient en face de l’Ida où Zeus siége en sa gloiret. »

Au sud de la Troade et de la Mysie habitait tout un groupe de races indécises, Lydiens, Léléges, Lyciens et Cares. Les Lydiens exploitaient les riches vallées de l’Hermos, du Caystre et du Méandre. Les plus anciennes traditions du pays conservaient la mémoire d’un État puissant établi sur les flancs du mont Sipylos, entre la vallée de l’Hermos et le golfe de Smyrne. Il avait pour capitale Magnésie, la plus vieille des villes, le siége primitif de la civilisation en ces contrées, la résidence de Tantale, l’ami des dieux, le père de Niobé et des Pélopides. Les Léléges xpparaissent sur tous les points de la côte à la fois, mêlés aux souvenirs les plus lointains de la Grèce et de Asie Mineure. Ils se trouvent en Lycie comme en Troade, sur les bords du Méandre comme sur les versants de l’Ida. Les

Page 1