‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 4)Chapitre 58 sur 190 · Juges, IV-Ve · texte numérisé non relu

Juges, IV-Ve

La victoire de Barak avait délivré les peuples du Nord ; ceux du Sud, qui n'avaient pris aûcune part à la lutte, eurent bientôt affaire aux petits princes du désert d'Arabie. « Quand Israël avait semé, Madian montait avec Amalek et les Orientaux, et ils montaient contre lui; — et faisant un camp contre eux, ils ravageaient les fruits du pays jusqu’à Gaza, et ne laissaient rien de reste en Israël, ni vivres, ni menu bétail, ni bœufs, ni ânes. — Car eux et leurs troupeaux montaient, et ils venaient, avec leurs tentes, en aussi grand nombre que les sauterelles, tellement qu’eux et leurs chameaux étaient sans nombre, et ils venaient au pays pour le ravager. » Un homme de la tribu de Manassé, Jéroubaal, qui est aussi Gédéon, sauva Israël. A la tête de quelques hommes résolus, il surprit les Madianites pendant la nuit et les mit en pleine déroute : les fugitifs furent achevés, au passage du Jourdain, par les gens d’Éphraïm. Le succès fut si grand qu’on proposa au vainqueur de lui donner le titre de roi pour lui et pour ses enfants; il répondit : « Moi, je ne dominerai point sur vous, ni mon fils ne dominera sur vous ; Jahveh dominera sur vous. » Gédéon se faisait de son Dieu une idée assez étrange, s’il est vrai que pour mieux lhonorer il ait fondu, avec l’or du butin, une idole qu’il établit à Ophra, dans sa maison ; aussi l’auteur du livre des Juges a-t-il soin d'ajouter que cette idole « devint un piége pour Gédéon et pour sa maison ». L'un des soixante-dix fils du héros, Abimelek, fit égorger tous ses frères à Sichem, et se proclama rois äl périt au bout de trois ans dans une révolte. L’anarchie qu’il avait essayé de combattre recommença plus forte que jamais' et livra Israël sans défense aux entreprises des Philistins.

Il y a longtemps déjà qu’on a reconnu l'origine étrangère des Philistins. « Une hypothèse très-vraisemblable, adoptée par les meilleurs exégètes et ethnographes, les fait venir de Crète?., Le nom seul de Plischti (Agua) indique

1, J'uges, m-1x. — 2. Hitzig. Urgeschichte und Mythologie der Phi- Vistæer, p. 14 syq. ; Gesenius, Thesaurus, aux mots Caphtor, Crethi,

une origine étrangère ou de longues migrations, et rappelle celui des Pélasges. Plusieurs fois ils sont appelés dans les écrivains hébreux Crethi, mot où l’on ne peut se refuser à reconnaître le nom de Créfois. Aïlleurs?, ce mot paraît s’échanger contre celui de Cari (Cariens?), pour désigner la garde du corps des rois de Juda : on sait que les Cariens étaient alliés aux Crétois, et jouaient comme eux dans l’antiquité le rôle de mercenaires. Les traditions hébraïques sont du moins unanimes pour faire venir les Philistins de l’île de Caphtor*, mot vague qui, comme Les noms de Kittim, de Tharsis et d’Ophir, n'offrait aux Hébreux d’autre idée que celle d’un pays maritime et lointain. Le mot Caphihor, il est vrai, correspond assez bien à celui de Kupros. Mais quand on voit les Hébreux désigner en général toutes les îles et les côtes de la Méditerranée par Xittim (nom propre de la ville de Xüttium, dans l’île de Chypre) et Tharsis (la colonie phénicienne de Tartesse en Espagne), on admet facilement qu’ils aient pu appliquer le nom de l’île de Chypre à bien d’autres îles, et en particulier à la Crète. Etienne de Byzance nous présente la ville de Gaza comme une colonie crétoisef, » Les monuments égyptiens confirment cette hypothèse et nous donnent la date de la migration philistine. Les Philistins faisaient partie des tribus qui envahirent l'Égypte au temps de Ramsès III. Battus par ce prince, ils préférèrent entrer à son service plutôt que de retourner dans leur patrie loin-

etc.; Ewald, Geschichte des Volks Israel, I, p. 325 sqq., 2° édit.; Bertheau, Zur Geschichte der Israeliten, p. 188 sqg.; Movers, Die Phœnizier, I, p. 3-4, 10, 27-29, 33 sqq., 663 ; Tuch, Commentar über die Genesis, p. 243; Lengerke, Kenaan, I, p. 193 sqq.; Knobel, Die Vælkertafel die Genesis, p. 215 sqq; Munk, Palestine, p. 82 sqq. — 1.1 Sam., xxx, 14; Sophon., 1, 5; Ézéch., xxv, 16. — 2. II Sam., xx, 23; Il, Rois, xt, 4, 19.— 3. Ewald, Geschichte, I, 285 ; Winer, Bibl. Realw., art. Krethi und Plethi; Bertheau, Zur Geschichte, p. 307, 312 sqq. — 4. Le chapitre x, 14, de la Genèse semble les faire venir d'Egypte ou du pays des Casluhim, mais il est probable qu'il y a en cet endroit une transposition et qu’il faut placer les mots... ef les Caphtorim après Casluhim. — 5. Aux mots Fat et Miwwz, — 6. E. Renan, Histoire générale des langues sémitiques, 4° édit., t, I, p, 53-60.

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taine et obtinrent de lui la permission de s'établir sur la côte méridionale de la Syrie”.

Le territoire qui leur fut concédé à l'angle de la Syrie et du désert s’étendait du torrent d'Égypte aux environs de Joppé. On y trouvait jusqu’à cinq villes considérables, Gaza, Ascalon, Ashdod, Ekron et Gath, qui toutes commandaient les débouchés de la Palestine et les abords de l’isthme. Aussi les Pharaons avaient-ils cherché dès longtemps à s’assurer la possession du pays. Thotmès III, Séti I, Ramsès IL avaient entretenu des garnisons sémitiques à Gaza ?. Ramsès IT introduisit une tribu étrangère sur la fidélité de laquelle il pensait pouvoir compter. Les Philistins trouvèrent la campagne et les bourgs ouverts dont elle était semée occupés par les Avvim, qui n'offrirent aucune résistance. Ils prirent possession des cinq villes et s’unirent par des alliances répétées à la population primitive, dont ils adoptèrent la langue et la religion : Marna de Gaza et les dieux-poissons d’Ascalon, Dagon et Derkéto, devinrent leurs dieux. La race qui résulta de ce mélange se divisa naturellement en deux classes : une classe populaire, formée surtout des familles authochtones, et une aristocratie militaire, descendue des colons de Ramsès III. A leur entrée dans la Palestine, les [sraélites, intéressés à ne pas attirer sur eux la colère des Égyptiens, n’eurent garde d'attaquer les Philistins, vassaux directs des Pharaons. Ils l’eussent fait, qu’ils n’auraient pas réussi : Gaza, Ashdod, Ascalon, Ekron et Gath, attribuées pour le principe à Juda, ne furent jamais soumises. Les Enakim, chassés-des environs d’Hébron, et les Amorrhéens, dépossédés de leurs montagnes, trouvèrent un asile assuré sous les murs d’'Ekron, d’Ashdod et de Gath. L'arrivée de

1. M. Chabas conteste cetteopinion, Études sur l'antiquité historique, 1° édition, p. 292-296 ; Recherches sur l’histoire de la dix-neuvième dynastie, p. 99-101; cf. à ce sujet Maspero dans la Revue critique, 1873, t. IL, p. 84-85 etFr. Lenormant, Histoire ancienne, t.1I, p. 207-208. — 9. Voir au Papyrus Anastasi III, verso, pl. v-vt, la liste des chefs sémites en garnison à Gaza, sous Ménephtah Ie", un demi-siècle à peu près avant l’arrivée des Philistins, Cf, Chahas, Recherches sur l’histoire de la XIX° dynastie, p. 95-99.

ces fugitifs accrut le nombre des Philistins et ne contribua pas peu à l’affermissement de leur puissance. Les cinq « villes sœurs » devinrent bientôt les capitales de cinq principautés unies par un lien de fédération très-étroit. Gaza exerçait d'ordinaire une sorte d’hégémonie justifiée par l'importance militaire et commerciale de sa position : venaient ensuite par rang d'influence Ashdod, Ascalon, Gath et Ekron. Chacune d’elles était gouvernée par un chef militaire ou Seren; à Gath, dont la population était mêlée plus fortement qu'ailleurs d'éléments cananéens, le Seren était héréditaire et portait le titre de roi (melek). Les cinq Sarnim se réunissaient en conseil pour délibérer des affaires et pour offrir les sacrifices au nom de la confédération : ils faisaient la guerre en commun, chacun à la tête du contigent de la cité dont il était chef. Leur principale force consistait en chars montés par la noblesse et en archers dont l’adresse était proverbiale en Israël !.

Quand les rois-prèêtres durent renoncer même à la domination nominale que les Égyptiens exerçaient encore sur la Syrie, les Philistins avaient déjà fait l'essai de leur puissance sur les nations voisines. Leur première tentative contre Israël, repoussée par Samgar, paraît avoir été insignifiante : ils préféraient encore le métier de pirates à la guerre de terre. Leurs vaisseaux, partis d’Ascalon ou de Maïoumas, le port de Gaza, écumaient les mers et couraient sus aux Phéniciens. Leur audace s’accrut tellement, qu'une de leurs flottes, commandée par le chef d’Ascalon, attaqua Sidon, battit l’escadre sidonienne et prit la ville ?. Cet échec porta un coup mortel à la domination des Sidoniens. L’aristocratie se réfugia à Tyr, où elle pensait trouver un asile sûr contre les entreprises des pirates : Sidon perdit son rang de capitale et disparut de la scène pendant plusieurs siècles. Sa chute fut pour les Israélites des petites tribus du Nord un événement heureux : elle les délivra des Phéniciens et leur assura la paix pendant un

1. Sur les Philistins consulter l’excellente monographie de Starke, Gaza und die Phihisiæische Küste, Iéna, 1852. — 9. Justin, 1. XVIII, ch, mn. Cfr. Movers, Die Phœnigier, t. IL, 1'e Thcil, p. 315-317,

| demi-siècle, « Tolah, fils de Pouah, fils de Dodo, homme

d'Issashar, fut suscité pour délivrer Israël; et il habitait

| à Samir dans la montagne d’Éphraim. — Il jugea Israël pendant vingt-trois ans; puis il mourut et fut enseveli à

: Samir. Après lui fut suscité Jair, Galaadite, qui jugea

| Israël vingt-deux ans; — et il eut trente fils, qui montaient sur trente ânons, et qui avaient trente villes, qu'on appelle les villes de Jaïr jusques à ce jour, lesquelles sont au pays de Gilead* .»

Au sud, les Philistins ne tardèrent pas à devenir menaçants. Tandis que les Ammonites et les Amorrhéens envahissaient la Pérée, ils attaquaient Dan, Siméon et Juda. Jephtah de Gilead, qui avait commencé par exercer le métier de brigand au pays de Tob, battit successivement les Amorrhéens et les Ammonites. On dit-que pour obtenir la victoire il promit à l'Eternel de lui offrir en holocauste tout ce qui sortirait de sa maison au-devant de lui quand il reviendrait en paix du pays des enfants d’Ammon. « Comme il venait à Mitspah en sa maison, voici, sa fille quiétait seule et unique, sans qu’il eût d’autre fils ou fille, sortit audevant de lui avec tambours et flûtes. —Et il arriva qu’aussitôt qu’il l’eut aperçue, il déchira ses vêtements et dit : Ah! ma fille, tu m’as entièrement abaïssé, et tu es du nombre de ceux qui me troublent; car j'ai ouvert ma bouche à Jahveh, et je ne m'en pourrai point rétracter. — Et elle répondit : Mon père, as-tu ouvert ta bouche à Jahveh, faismoi selon ce qui est sorti de ta bouche; puisque Jahveh t’a vengé de tes ennemis, les enfants d’Ammon. — Toutefois elle dit à son père : Que ceci me soit accordé : Laissemoi pour deux mois, afin que je m'en aille et que je descende par les montagnes, et que je pleure ma virginité, moi et mes compagnes. — Et il dit : Va. Et il la laissa aller pour deux mois. Elle s’en alla donc avec ses compagnes et pleura sa virginité dans les montagnes. — Et au bout de deux mois elle retourna vers son père, et il lui fit selon le vœu qu'il avait voué. Et ce fut une coutume en Israël,

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