I Roïs, x
à Salomon une science et une sagesse extraordinaires, et un esprit aussi étendu que les sables de la mer... Et la science de Salomon dépassa celle de tous les Arabes et la science de l’Égypte.— Il s’éleva en sagesse au-dessus de tous les hommes, au-dessus d’Éthan, Ezrahite, et de Héman, et de Calcol, et de Darda, fils de Mahol!, et son nom se répandit chez les nations environnantes. — Il prononça trois mille proverbes (maschal) et composa mille et cinq cantiques (shtr).— Et il traita de tous les arbres, depuis le cèdre qui est au Liban jusqu’à l’hysope qui sort des murailles ; et il parla des quadrupèdes, des oiseaux, des reptiles, des poissons. — Et l’on venait de tous les pays entendre la science de Salomon, de la part de tous les rois qui avaient oui parler de sa sagesse ?,» Les ouvrages de Salomon sont perdus : ceux qu’on lui a longtemps attribués, le Cantique des Cantiques, les Proverbes, V'Ecclésiaste, la Sagesse, appartiennent à des époques différentes. Les traditions relatives à ces livres n’en montrent pas moins la haute idée qu’on se faisait du génie poétique de Salomon et la part qu’il prit au mouvement littéraire de son siècle.
Tout donc, la puissance extérieure, le commerce, les arts, la littérature, concourait à donner à ce règne un caractère unique dans l’histoire d'Israël. Plus tard, au milieu des douleurs de l’exil et de la captivité, les Juifs se reportèrent vers ce temps de grandeur et se plurent à l’embellir encore de légendes. On raconta que Jahveh avait apparu à Salomon trois fois, le lendemain de la mort de David, pour lui accorder la sagesse et la prospérité; après Ja dédicace du temple, pour le confirmer dans la pratique du culte‘; vers la fin de sa vie, pour lui reprocher ses faiblesses idolâtres et lui prédire la chute de sa maison 5. On le mit en correspondance réglée avec tous les rois de l’univers®, et l’on fit venir la reine de Saba du fond de l'Arabie
1, Ce sont des chanteurs auxquels la tradition attribue plusieurs psaumes. — 2. I Rois, 1v, 39-34. — 3, Jbid., 11, 4-5; IL Chron., vu, 7-12. — 4. 1 Rois, 1x, 1-9; II Chron., vx, 12-22. — 5, I Rois, 1x, 9-13, — 6. Ibid.,1v, 34; cf. Eupolemos, dans Eusèbe, Prop. ev., I. 1x, c. ult.
pour lui rendre hommage!. Comme il arrive souvent dans les monarchies orientales, la fin du règne ne répondit pas aux commencements. Salomon avait laissé la puissance militaire de son père décroître entre ses mains. Les généraux et les vétérans de David étaient morts; aucune guerre d'importance n’avait donné aux troupes nouvelles l’occasion de s’exercer, et le roi n’était pas belliqueux de nature. Pourtant, dans la confiance de sa force, il avait accablé les peuples sujets et blessé les rois vassaux. Hirom, qui l'avait aidé à Îa construction du temple et lui avait fourni des matelots, n'avait reçu en échange de ses services que vingt misérables bourgs de la Galilée : il les rendit à leur maître avec dédain, mais n’osa pousser plus loin son mécontentement et risquer la fortune de Tyr dans une lutte inégale?. L'Égypte avait changé de dynastie et était devenue l'asile de tous les mécontents. Elle avait permis à Hadad, fils du roi d'Édom tué sous David, de rentrer dans son royaume avec une poignée d’aventuriers. 1l y commença une guerre d’escarmouches dont Salomon ne put triompher, et qui arrêta le commerce de la mer Rouge’. Au nord-est, Rézon, qui avait jadis servi Hadarézer, roi de Tsobah, s’empara de Damas et chassa des pays environnants les garnisons hébraïques ‘. Son royaume barra la route de Tadmor et dut faire perdre aux Juifs la possession du désert de Syrie
À l’intérieur, des signes non équivoques de décadence se manifestaient de toutes parts. Les trésors de David et les revenus du commerce avaient d’abord suffi aux grandes entreprises et au luxe de la maison royale, mais à la longue ces ressources s'étaient épuisées et les charges étaient devenues insupportables. L’érection du temple, en assurant à Juda la suprématie religieuse aussi bien
1. 1 Rois, x, 1-13 ; II Chron., 1x, 1-12. Les Éthiopiens se sont emparés de la légende de la reine de Saba et en ont fait un épisode de leur histoire nationale. Cf. Prætorius, De Fabuld reginæ Saba apud Æthiopas, 181 — 2. I Rois, 1x, 11-14; cf, II Chron., vIu,2. — 3. [Rois x1, 14-22, — 4, Ibid. x1, 23-24. DE
que la suprématie politique, avait soulevé la jalousie des
autres tribus; EÉphraïm surtout ne pouvait s’accoutu-
mer à la perte de son autorité. Les prêtres et les gens
pieux déploraient en secret la tolérance du roi, tandis que
les prophètes l’accusaient publiquement d’impiété; ils al-
lèrent jusqu’à menacer sa famille de déchéance et à lui
désigner un successeur de son vivant. Un d’entre eux, Akhi-
jah de Shilo, donna Jéroboam, fils de Nébat, de la tribu
d'Éphraïm, pour chef aux mécontents. Il alla le trouver aux champs, lui déchira en douze pièces le manteau neuf qu’il portait sur les épaules et lui en remit dix, « car ainsi
a dit Jahveh, le dieu d'Israël : « Voici que je m’en vais
« arracher le royaume des mains de Salomon et que je t’en
« donnerai dix tribus.» Après une pareille prédiction, Jé-
roboam n’avait rien de mieux à faire que quitter le royaume
au plus vite :il s’enfuit en Égypte et y resta près de She-
shonq jusqu’à la fin du règne de Salomon.
Salomon venait à peine de mourir (929), quand la révolte éclata de toutes parts contre son fils Rehabeam. Le peuple se rassembla en Éphraïm, dans la vieille cité de Sichem : Jéroboam, qu’on avait été chercher dans son exil, se chargea de présenter au nouveau roi les plaintes d'Israël. « Ton père a mis sur nous un joug pesant, mais toi, allége la rude servitude de ton père et le joug pesant qu’il a mis sur nous, et nous te servirons. » Rehabeam demanda un délai de trois jours, et commença par consulter les vieux serviteurs de la couronne, qui lui conseillèrent de céder. L’avis des jeunés gens qui l’entouraient prévalut : quand Jéroboam revint, ce fut pour recevoir des outrages et des menaces. « Mon père avait mis sur vous un joug pesant, et moi je rendrai votre joug plus pesant encore ; mon père vous a châtiés avec des verges, moi je vous châtierai avec des fouets garnis de pointes. » La désertion fut générale : toutes les tribus du nord et de l’est, les Philistins, Moab, Ammon, reconnurent la prééminence d'Éphraïm et proclamèrent Jéroboam roi d'Israël. Il ne