I Rois, xu, 1-19 ; IL Chron., x
Esraël et Juda jusqu’à l'avénement d’Omri 3; la vingtet unième dynastie égyptienne : Sheshong K°'; commencements du royaume de Damas.
Malgré l'apparence, la force réelle des deux royaumes était la même. Israël avait pour lui l’étendue et le nombre, mais Juda était plus compacte et mieux organisé. Il possédait avec Jérusalem les arsenaux et les trésors de Salomon, tandis que Jéroboam était contraint de créer une administration et de grever son peuple d'impôts. La rude leçon.que Rehabeam venait de recevoir ne fut pas perdue pour lui. Il avait songé d’abord à revendiquer son droit par les armes, mais la prudence et les conseils du prophète Shémaïah l'en détournèrent. Il appliqua ses ressources à mettre le royaume en défense, à fabriquer des armes nouvelles et à relever les murailles des places fortes'. Jéroboam de son côté ne resta pas inactif. Il s’établit de sa personne à Sichem et, pour surveiller les tribus orientales, fortifia sur la rive gauche du Jabbok le bourg de Penuel?. Après avoir ainsi pourvu à la sûreté générale, il songea à régler les affaires religieuses de ses États. Sous Salomon, le temple de Jérusalem avait servi de sanctuaire commun aux douze tribus. « Jéroboam dit en soi-même : Maintenant le royaume pourrait bien retourner à la
maison de David. — Si ce peuple monte à Jérusalem pour ii des sacrifices dans la maison de Jahveh, le cœur de ce peuple se tournera vers son seigneur Rehabeam roi de Juda, etils me tueront et ils retourneront à Rehabeam roi de Juda. » Pour remédier à ce danger, il n’était pas nécessaire de rejeter Jahveh : il suffisait de donner un culte nouveau à la divinité antique. Pendant son séjour en Egypte, Jéroboam avait pu voir les figures mystiques auxquelles les prêtres rendaient hommage: c'était le moment où le culte d'Hapi se développait dans toute sa splendeur ECt prenait à Memphis une importance qu'il n'avait jamais cue jusqu'alors. « Le roi fit deux veaux d’or et dit au peuple:
1.1 Rois, xu, 21-24; II Chron., x1, 1-12. — 2. I Rors, xn, 25,
« Ce vous est trop de peine de monter à Jérusalem : vorei «tes dieux, à Israël, qui t'ont fait sortir du paysd' Egypte » Deux images furent établies, l’une à Dan sur la frontière du Nord, l’autre à Béthel sur la limite de Juda et d'Ephraïm :. À tout prendre, ce que faisait Jéroboam n'était pas une innovation: les Hébreux avaient adoré des images avant lui et ne cessèrent d'en adorer que fort tard. Jusque sous Hizkiah, les prêtres de Jérusalem offrirent de l'encens au grand serpent d’airain*. Rehabeam lui-même en faisait * autant, sinon pis, de son côté. Il était fils de Naamak l’Ammonite, et honorait le dieu de sa mère, comme Salomon avait tait ceux de ses femmes. À son exemple le peuple de Juda consacrait partout des hauts lieux, plantait des bois sacrés et se prosternait devant les anciennes divinités eananéennes*. Jéroboam porta atteinte aux privilèges de la classe sacerdotale. Non content d'enlever au temple de Jérusalem la plus grande partie de ses fidèles, il ne reconnut pas aux Lévites le droit d'être seuls prêtres, mais choisit au hasard parmi les tribus : « Quiconque voulait se consacrait et était des sacnifcateurs des hauts lieux ; et cela tourna en péché à la maison de Jéroboam, de sorte qu'elle fut retranchée et exterminée de dessus la terre, » Il mit le comble à son audace en élevant nonseulement temple contre temple, mais fête contre fête. Il choisit le huitième mois pour célébrer à Béthel la fête des récoltes, et pour offrir des sacrifices devant le veau d'or‘. Les prêtres ne lui pardonnèrent jamais cette oïfense : tout ce qu'il y avait dans Israël de Lévites et de gens pieux émigra vers Juda, afin de pouvoir sacrifier à Jahveh dans le temple, aux époques et selon les rites traditionnels®,
L'Egypte, seule des États environnants, était alors assez forte pour songer à tirer parti des embarras des Jmifs. Le temps qui s'était écoulé depuis l’usurpation des rois-prètres et l'évacuation de la Palestine par les dernières trou-
1. I Rois, x, 26-30. — 9. Jbid., xvur, à. — 3. Jbid,, xv, 22. — 4. Ibid., xu, 31-33 ; xtu, 33-38. — 5. IL Chron., x, 13-17.
pes de Pheraon avait été rempli de guerres civiles et de révolutions. Une Ég:pte était morte, la vieille Égypte des grands rois thébains, et une Égypte nouvelle était née en sa place: la vie avait commencé à se retirer du Sud et de Thèbes pour se reporter vers le Nord et dans les villes du Delta. Tant que les conquêtes des Pharaons étaient restées à peu près enfermées dans le bassin du Nil, Thèbes avait été le centre naturel du pays. Placée à peu près au point d'arrivée des principales voies commerciales de l'Afrique et de l'Arabie, elle était comme un vaste entrepôt où venaient s’entasser toutes les richesses des contrées étrangères, depuis le golfe Persique jusqu’au delà du Sahara, depuis la Méditerranée jusqu’à la région des grands Lacs. Les'cités du Delta, tournées vers des nations avec lesquelles on n’entretenait encore que des relations irrégulières, avaient peu d'influence : Memphis elle-même, malgré son étendue, malgré les souvenirs de Ména et des premières dynasties, n’arrivait qu’en seconde ligne. L'invasion des Pasteurs, en faisant de la Thébaïde le refuge et le dernier rempart de la nationalité égyptienne, augmenta cette importance: pendant les siècles de lutte, Thèbes ne fut plus la première ville du pays, mais le pays lui-même et le cœur de l'Égypte battit sous ses murailles. Les victoires d’Ahmès, les conquêtes de Thotmès Ie élargirent le cercle du monde, l’isthme de Suez fut franchi, la Syrie soumise, l’Euphrate et le Tigre traversés, au profit et à la grandeur de Thèbes ; pendant deux cents ans elle vit tous les peuples vaincus défiler à l’ombre de ses palais. Mais, quand vinrent les temps anxieux de la XIX° et de la XXe dynastie, quand les barbares d'Asie, si longtemps foulés, se redressèrent et tinrent tete aux Pharaons, on commença de trouver qu’il y avait bien loin de Karnak à la frontière de Syrie et qu’une ville située à plus de cent lieues dans l’intérieur était un mauvais quartier général pour des princes toujours en alerte. Ramsès I, Ménéphtah, RamsèsIIT, passèrent la plus grande partie de leur vie active dans la région orientale du Delia. Ils y agrandirent les vicilles villes et en fondèrent
: de nouvelles que le commerce avec l’Asie enrichit prompte- : ment. Le centre de gravité de l’Égypte, qui après la chute du premier empire avait été reporté au Sud vers Thèbes, : par la conquête de l’Éthiopie et le développement de la puissance égyptienne dans le Soudan, remonta peu.à peu vers Je Nord et vint tomber dans le Delta. Tanis, Bubaste, Saïs, se disputèrent le pouvoir avec des chances à peu près égales et devinrent tour à tour villes royales, sans jamais approcher la splendeur de Thèbes ni produire aucune dynastie comparable aux dynasties des rois thébaïns.
Sous les derniers Ramsès, Thèbes était restée par habitude la capitale de l'Égypte. Quand Herhor voulut substituer l'autorité des grands prêtres d’Ammon à celle des descendants de Ramsès III, les cités du Nord réclamèrent contre cette prétention. Tanis se souleva sous les ordres de Simentou Meïamoun, le Smendès de Manéthon, et devint la capitale d’une dynastie nouvelle, la XXIe. Ce ne fut pas sans difficulté que Simentou parvint à se faire reconnaître par tout le pays, et ses successeurs eurent à lutter contre des résistances perpétuelles. Thèbes ne leur obéit que par intervalles ; l'Ethiopie, trop éloignée du Delta pour être aisément maintenue dans le devoir, se rendit indépendante sous un descendant des grands prêtres d’Ammon. Les nomes, obéissant à leurs traditions de libertés locales, s’insurgèrent contre le pouvoir central; la population égyptienne, amoindrie par les guerres étrangères, cessa de fournir des contingents suffisants pour recruter les armées. Les Pharaons de Tanis en furent réduits à rechercher l’appui des peuples voisins, à marier leurs filles aux rois juifs ou leurs fils à des princesses cananéennes : pour se maintenir, ils livrèrent l'Égypte aux barbares.
L'irruption des barbares dans les affaires de l'Egypte fut moins soudaine et moins imprévue qu’on ne pourrait le supposer au premier abord. De tout temps, on avait considéré comme d’une bonne politique de combler avec des prisonniers les vides que la guerre faisait dans la population. Les Pharaons de la XII: dynastie s’étaient vantés déjà de transporter au Midi les nations du Nord etau Nord
les nations du Midi: ils avaient implanté dans la vallée du Nil des peuples entiers. L’invasion des Pasteurs en livrant le pays pour des siècles à des gens venus du dehors augmenta considérablement le nombre des étrangers. Après la victoire d’Ahmès, la famille royale et la classe guerrière émigrèrent en Asie, mais le gros de la population resta sur le sol: Haouar, Tanis, les viiles et les nomes situés au Nord-Est du Delta, particulièrement aux environs du lac Menzaleh, restèrent pour ainsi dire aux mains des Sémites. Sujets égyptiens, les Sémites ne perdirent pas leurs traditions nationales: ils gardèrent une sorte d'autonomie, refusèrent de payer certains impôts et se vantèrent de ne pas être de la race des Pharaons. Leurs voisins de vieille souche égyptienne leur donnèrent des sobriquets d’étrangers, Pa-shemour, les barbares (Baschmourites), Pi-amou, les Asiatiques (Biahmites‘). Sous la XVIII: dynastie, quelques-uns d’entre eux obtinrent des commandements importants ou parvinrent aux hautes charges du sacerdoce. Leurs divinités, Soutekh, Baal, Baal-Tsephon, Marna, Astarté, Anata, Kadesh, s’introduisirent dans le Panthéon égyptien et eurent leurs temples à Memphis. Vers le milieu de la XIX° dynastie, les conquêtes de Sésostris et l'alliance étroite que ce prince conclut avec le souverain des Khêtas mirent à la mode l'usage des dialectes syriens. On tint à honneur de les enseigner non-seulement aux enfants libres, mais aux esclaves nègres et libyens; les gens du monde et les savants se plurent à émailler leur langage de locutions étrangères. Il ne fut plus de bon goût d’habiter une ville (nout), mais une qiriath; d'appeler une porte ro, mais {râa; de s'accompagner sur la harpe (bent), mais sur le kinnor. Les vaincus, au lieu de rendre hommage (aaou) au pharaon, lui firent le salam, et les troupes ne voulurent plus marcher qu’au son du foupar ou toph (tambour). Le nom sémitique d’un objet faisait-il défaut, on s’ingéniait à défigurer les mots égyptiens
1. A. Mariette, dans les Mélcnges d'archéologie égyptienne ef ascyvienne, t. I, p. 91-93. , H'ST. ANC. 22
pour leur donner au moins l’apparence étrangère. Au liea d'écrire khabes, lampe, sensh, porte, on écrivait shabousa, saneshaou. Les raffinés de Thèbes et de Memphis trouvaient autant de plaisir à sémitiser que nos contemporains à semer le français de mots anglais mal prononcés,
A l'occident du Delta, autres races, autres influences. Saïs et les villes voisines, placées en rapport constant avec les tribus libyennes, leur avaient pris une partie de leur population. Les Matsiou et surtout, depuis le règne de Ramsès IT, les Mashouash, y prédominaient ; mais, tandis que les Sémites devenaient à la longue agriculteurs, lettrés, prêtres, marchands, aussi bien que soldats, les . Libyens conservaient toujours leur tempérament guerrier et leur organisation militaire. Depuis plus de deux mille ans, les Matsiou étaient campés et non établis sur le sol; c'étaient des mercenaires par droit héréditaire pluiôt que des habitants paisibles. Ils formaient des corps de police placés dans chaque nome à la disposition du gouverneur et des autorités, garnissaient les postes de la frontière, accompagnaient le Pharaon dans ses expéditions lointaines ; les idées d'armes et de lutte étaient si étroitement liées à leur personne, qu'aux époques de décadence de la langue leur nom altéré en Matoï devint pour les Coptes le terme générique de soldat. Les Mashouash gardèrent toujours leur costume et leur armement spécial; on les reconnaît sur les monuments à la pièce d’étoffe qu'ils portent en guise de coiffure. Sans cesse recrutés parmi l'élite des populations libyennes que les hasards de la guerre ou lappât d’une haute solde attiraient du dehors, ils ne tardèrent pas à former la force principale et le fond des armées égyptiennes. Les Pharaons s’entourèrent de ces étrangers comme d une garde plus sûre que les troupes indigènes et leur donnèrent pour commandants des princes de seng royal. Les chefs des Mashouash finirent par se rendre à peu près indépendants de leur suzerain : les uns s’'appuyèrent sur leurs soldats pour s’élever au trône, les autres aimè-