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LES SARGONIDES. SU
- mais à franchir. Saryoukin et ses successeurs ne cessèrent pas, un demi-siècle durant, de remporter des victoires sur les armées de ces trois royaumes, d’envahir leurs villes, d’y installer des gouverneurs, des princes vassaux et des garnisons. Il n'était pas aussi facile d'occuper un pays comme l'Égypte que de mettre la main sur Hamath ou sur Samarie. Les succès des Assyriens aux bords du Nil, de l’Aras et de l’Oulaï ne furent que succès éphémères, promptement effacés par des désastres : leurs soldats furent chassés autant de fois qu'ils crurent avoir réussi à s'établir solidement. Il est vrai qu'ils finirent par user leurs ennemis à force de victoires; mais leurs victoires les usèrent eux-mêmes. En abattant l'Égypte et l’'Élam, ils croyaient travailler pour eux : ils travaillaient pour les Perses.
Dès les premières années de son règne, Saryoukin fut engagé avec ces trois ennemis de sa puissance. À Kalou, en 721, il avait frappé le roi d'Élam, Khoumbanigas ; l'année d’après il eut affaire à l'Égypte. La ruine d'Israël n'avait porté atteinte nt aux projets de Shabak, n1 aux espérances des Syriens. Tous les princes encore indépendants, depuis l’Euphrate jusqu’au Sinaï, sans cesse menacés de la déposition, de l’exil ou de la mort, tournaient leurs yeux vers le monarque éthiopien et n’attendaient plus qu'un signal de lui. Jahoubid!, roi d'Hamath, usurpateur comme Saryoukin lui-même et le personnage le plus important du pays depuis que Retzin était mort, les chefs d’Arpad et de Damas, les Phéniciens de Simyra, les quelques Juifs demeurés à Samarie, étaient prêts à prendre les armes. Les Tyriens défiaient tous les efforts tentés pour les réduire. Les chefs Philistins, les rois de Moab et d’Ammon, Juda lui-même, étaient ouvertement ou secrètement hostiles à l’Assyrie. Depuis 727, Jérusalem était gouvernée
1. Il est nommé ailleurs Ilou-bid par échange du nom divin Iahou, Iahveh, avec le nom divin J{ou. On a quelque raison de croire que certaines inscriptions en un caractère hiéroglyphique spécial trouvées récemment à Hamath appartiennent au règne de ce prince, ou du moins au siècle dans lequel il vivait.
par Hizkiab, fils d’Akhaz. Hizkiah avait montré dès sa, jeunesse une piété ardente et s'était remis aux mains des prophètes. Le plus célèbre d’entre eux et celui qui eut le plus d'influence sur les destinées du peuple juif, Jesaïah, fils d'Amots, devint en quelque sorte le conseiller et le ministre du roi. Grâce à son influence, les prophètes eurent autant d'autorité sous Hizkiah que les prêtres en avaient eu pendant la minorité de Jehoash ; mais, plus hardis que Jehoïada, ils voulurent réformer le culte national. Ils détruisirent les hauts lieux et toutes les images divines, même le grand serpent de bronze qui était dans le temple et à qui on avait offert de l’encens jusqu’à ce jour‘. Ce premier succès sur les dieux étrangers leur inspira des ambitions plus hautes : Jesaïah essaya de faire passer dans la religion populaire les conceptions des prophètes sur la divinité et sur les destinées du monde. Il voulut qu’on regardât Jahveh, non plus comme le Dieu . national d'Israël, mais comme le seul vrai Dieu « qui a mesuré les eaux du creux de sa main et le ciel de la paume, qui a enfermé #oute la poussière de la terre dans un bois- : seau et pesé a la balance montagnes et collines’. » Ce changement dans l’idée de Dieu entraînait un changement dans l’idée du culte. Sinon tous les prophètes, au moins Jesaïah ne pouvait s’empêcher d’éprouver un sentiment de dégoût pour les boucheries qu’on décorait du nom de sacrifices. « Qu’ai-je à faire, dit Jahveh, de la multitude de vos sacrifices? Je suis rassasié d’holocaustes de moutons et de la graisse des bêtes grasses ; je ne prends point de plaisir au sang des taureaux, ni des boucs, ni des agneaux... Ne continuez plus de m'apporter des offrandes de néant; l’encens me dégoûte; mon âme hait vos nouvelles lunes, et vos sabbats et vos fêtes solennelles. — Quand vous étendez vos mains, je cache mes yeux de vous, et quand vous multipliez les prières, je n’entends point, Car VOS mains sont pleines de sang. » L'offrande agréable à Dieu, c’est la pureté, l’équité, la simplicité et
1. II Rois, xvit, 4. — 2. Jesaïah, x1, 12. — 3. Idem, 1, 11-15.
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la droïture d’esprit, la charité. « Lavez-vous, purifiezvous, Ôtez de devant mes yeux la malice de vos œuvres, cessez de mal faire. — Apprenez à faire le bien, recherchez le droit, aidez les opprimés, rendez justice à l’orphelin et prenez en main la cause de la veuve‘. »
La piété, la crainte de Dieu, la bonne volonté envers les hommes, doivent être la règle et la défense du peuple : si le peuple agit comme ses prophètes le lui commandent, Dieu lui-même sera «son épée et son bouclier ». Si l’étranger opprime le peuple, c’est que le peuple a péché, et Dieu le punit : le devoir est de ne pas résister et de s’humilier sous la verge qui châtie. On conçoit quelle influence cette manière d'envisager les choses exerça sur la politique extérieure de Juda. Tandis qu’un parti nombreux, inquiet des progrès constants de l’Assyrie, et craignant sans cesse pour Jérusalem le sort de Samarie, cherchait au dehors la force qui manquait au dedans, les prophètes exhortaient les Juifs à la soumission et les décourageaient. L’Assyrie est à leurs yeux le fléau de Dieu dont il se sert pour écraser les méchants : lui tenir tête est se révolter contre Dieu même et se révolter sans espoir. « Passez jusques à Kalneh, et regardez, puis vous en allez de là en Hamath la Grande, puis descendez à Gath des Philistins : n’étaient-elles pas meilleures que vous, et leur pays n'’était-il pas plus étendu que votre pays? ? » Ni Kalneh, ni Hamath, ni Gath n’ont pu tenir : l'Egypte elle-même « n’est qu’un roseau cassé; qui s’appuiera sur lui, il lui entrera dans la main et la lui percera*, » Quand il s’agit de savoir si Juda devait se joindre à Shabak ou rester neutre dans la querelle, le parti de la prudence l’emporta. Hizkiah ne prit point les arines lorsque Jahoubid se mit en campagne avec les princes d’Arpad, de Simyra et de Damas, et l'événement; montra qu'il avait eu raison d'agir de la sorte. Jahoubid fut battu à Karkar, pris et écorché vif‘, avant que le roi
1.Jesaïah, 1, 16-17.— 2. Amos, vr, 2.— 3. Jesaiah, xxxvi, 6. — 4. Oppert, Grande inscriplion du palais de Khorsabad, p. 84 93; 3. Menant,
d'Égypte eût le temps d’accourir à son aide. Shabak venait à peine de déboucher en Syrie et de rallier les troupes de son allié Hannon, roi de Gaza, lorsque Sargon parut en Palestine. Le choc des deux armées eut lieu à Ropeh (Raphia), au sud de Gaza, dans l'endroit même où, cinq siècles plus tard, Ptolémée Philopator rencontra Antiochos le Grand : les Égyptiens furent vaincus, Hannon pris, et Shabak, égaré dans sa fuite, ne dut son salut qu’à un berger philistin qui le conduisit à travers le désert '. La défaite de Raphia mit à néant les rèves de conquête que Shabak avait pu concevoir et compromit son autorité. Les petits princes du Delta relevèrent la tête et finirent par refouler les Éthiopiens vers Thèbes. Tanis, Bubaste, Khnensou, redevinrent indépendantes : un des parents de Bokenranw, nommé Stéphinatès par Manéthon, rétablit la principauté de Saïs et prit le titre de Pharaon. Cette révolution était achevée en 714, et ce fut sans doute pour l’annoncer officiellement au dehors que le nouveau roi de race indigène envoya cette année-là des présents à Saryoukin. Shabak, réfugié dans la Haute-Egypte, y mourut bientôt après, laissant à son fils Shabatok la possession de Thèbes et des nomes voisins ?.
L'Egypte vaincue, ce fut le tour de l’Ourarti. Le pays montagneux où le Tigre et l’Euphrate prennent leur source était habité alors par une seule race, différente des Arméniens modernes ÿ, mais affiliée aux Géorgiens et à quelques autres nations du Caucase‘. Il était morcelé en un grand nombre de petits États dont nous savons les noms, sans qu'il soit toujours facile de leur assigner sur la carte une position certaine : le Naïri, aux sources du Tigre
Annales, p.182 et 200-201 ; G. Smith, Assyrian History, dans la Zeïitschrift, 1869, p. 97. — 1. Oppert, Grande inscription, p. 74-11 ; Mémoire sur les rapports de l'Egypte et de l’'Assyrie, p. 11-15. Shabak est nommé dans le texte Shiltan (selon d’autres Tartan), mais non Pharaon d’Egypte. Le titre de Pharaon, Pir'ou, paraît avoir été réservé par les Assyriens aux petits rois indigènes. — 2. Maspero, dans la Revue critique, 1810, t. IL, p. 318-370. — 3. H. Rawlinson, On the Alarodians of Herodot, dans G. Rawlinson, Herodotus, t. IV, p. 203-206. — 4. Fr. Lenormani, Lettres Assyriologiques, l'° série, t, I, p. 124-129.
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et de l'Euphrate; le Manna (Van), au sud-est, et le Moussassir (Arsissa), au nord du lac de Van; les principautés du mont Mildis‘ et de Milid (la Mélitène) ; enfin l’Ourarti ou Ararti?, qui avait réussi à réunir dans une même confédération toutes les tribus voisines. Touklat-habal-asar I avait envahi le Naïri*, ses successeurs en avaient soumis la majeure partie : au neuvième siècle, presque toute la vallée du haut Tigre était vassale ou sujette des Assyriens. Assour-nazir-habal commença la conquête du Manna; Salmanasar IIL alla plus loin et s’attaqua à lOurarti. Il battit le roi Aramè en 841, son successeur Sadouri en 832, les troupes du roi de Manna en 830, celles d’Ourarti l’année suivante, le tout sans grand résultat : les ennemis toujours battus relevaient toujours la tête. Bin-nirari II dirigea deux expéditions contre le Manna en 813-814; Salmanasar IV fit quatre campagnes contre l’Ourarti (787-784), bientôt suivies de deux autres (782 et 780). Au contact de l’Assyrie le pays se civilisa : il prit les arts de ses rivaux et même leur écriture. Un de ses rois, Beliddouris I", fils de Loutibri, fit venir de Ninive des scribes qui rédigèrent ses inscriptions officielles dans leur langue et lui prodiguèrent les épithètes ronflantes du protocole royal assyrien. L’idiome de Ninive fut quelques années durant la langue savante de l’Ourarti, puis, sous Isbouinis I, fils de Beliddouris, le système graphique fut appliqué avec quelques modifications à l'écriture des dialectes indigènes. Avec Touklat-habalasar IT, l’Assyrie reprit l’avantage : Sarda, roi d'Ourarti, fut battu en 742, puis en 734, et si.bien qu'il renonça à la guerre #.
Minouas I‘, successeur de Sarda, n’avait pas fait parler de lui; Saryoukin trouva dans Oursa, fils aîné de Minouas, un des adversaires les plus redoutables de sa politique. Oursa voulait rétablir la suprématie de son peuple et usa de tous les moyens pour toucher à son but. Il essaya d’abord
1. Aujourd’hui le district d’Erzeroum.— 2. Cf. l’Ararat de la Bibleet les Alarodiens d’Hérodote, Il, 94, VII, 19.— 3. Voir p.279-282. — 4. Fr. Lenormant, Lettres Assyriologiques, 1'=série, t. 1, p. 121-122. 138-145,
de détacher de l'alliance assyrienne Iranzou, roi de Manna, et, comme ce prince refusait, il excita une insurrection Contre lui de concert avec Mitatti, roi de Zikartou (Sagartie). Saryoukin accourut au secours de son vassal, enleva d’assaut les deux villes de Souandakhoul et de Dourdoukka, qui s'étaient données à Mitatti, les livra aux flammes et transporta les habitants en Syrie (719). Des révoltes graves, éclatées sur plusieurs points de l'empire à la fois, l’empêchèrent de poursuivre; il dut employer deux années à vaincre le pays de Sinoukta (718) et à détrôner Pisiris de Karkémish (717). Lorsqu'il revint en Arménie, Iranzou de Manna était mort, son fils Aza avait été assassiné dans une émeute et remplacé par Oullousoun, qui avait remis à Oursa en gage de fidélité vingt-deux de ses places fortes. Saryoukin, accouru en toute hâte, battit Oullousoun etMitatti, ravagea le pays, depuis le lac d’Ouroumiyèh jusqu’au lac de Van; Bagadatti, roi du mont Mildis, étant tombé entre ses mains, il le fit écorcher vif à l'endroit même où Aza avait été assassiné. Oullousoun, craignant le même sort, «s'enfuit comme un oiseau, » puis vint se jeter. aux genoux du vainqueur. Saryoukin le reçut en grâce et lui rendit ses domaines. Oursa allait être atteint, quand le pays de Kharkhar se souleva et força son gouverneur à reconnaître pour souverain Dalta, roi d’Ellibi. Saryoukin châtia rudement les rebelles (716); rappelé vers le nord par une révolte d’Oullousoun, il n’eut qu’à paraître pour faire tout rentrer dans Le devoir et revint achever la conquête du pays d’Ellibi (715). Libre du côté de la Médie, il put enfin porter un coup décisif. En 714, il envahit l’Ourarti et remporta sur son adversaire une grande victoire; Oursa s’enfuit presque seul dans les montagnes, où il erra près de cinq mois sans pouvoir trouver un asile assuré. Son royaume fut pillé; plusieurs de ses villes données à Oullousoun, son dernier allié, Ourzana de Moussassir, vaincu !.
1. Le cachet d'Ourzana est aujourd'hui au musée de La Haye. Il a été publié par Dorow, Die Assyrische Keischrift, t. 1, et par Cullimore, Cylinders, pl. VIIL, 40. e ;
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A la nouvelle de ce désastre, il désespéra de sa cause et se tua *.
Sa mort n’entraîna pas la soumission du pays; son frère Argistis lui succéda et tint tête aux Assyriens avec succès. La victoire sur l’'Ourarti permit à Saryoukin de reporter ses forces. à l’est, dans la Médie, qu’il parcourut tout entière et occupa en partie (713), au nord-ouest, en Cilicie, et dans le pays de Koumanou (Comana), auquel il donna un roï de sa main (712); son autorité sur l’Asie Mineure s’étendit jusqu’à l’'Halys et au Saros. En Syrie, il avait été forcé vers 715 de lever le blocus de Tyr en se contentant d’une soumission nominale; cet échec fut plus que réparé par l’hommage de Pharaon et d’une reine des Arabes (714). Un moment, on put craindre qu’une guerre sérieuse n’éclatât de te côté. Azouri, roi d’Ashdod, avait refusé de payer le tribut; il fut remplacé par son frère Akhmiti, mais les Phi- Bstins chassèrent leur nouveau roi et donnèrent la couronne à un certain Yavan qui n’appartenait pas à la famille royale. Yavan, inquiet pour son pouvoir et pour sa vie, entra en pourparlers avec les pays voisins de Juda, d'Édom et d'Égypte; ses ouvertures furent bien accueillies, mais la décision et l’énergie de Saryoukin les empêchèrent d'aboutir. Avant même que les confédérés eussent eu le temps de rassembler leurs troupes, le général (tartan) assyrien était en Palestine. Juda, Edom et les Philistins ne firent même pas mine de résister. Yavan s'enfuit en Libye, au pays de Miloukh?, dont le roi le livra enchaîné ‘aux Assyriens (711) ?.
Rien ne bougeait plus à l’ouest, au nord et à l’est; ee moment était venu d'attaquer la Chaldée. Depuis la défaite de Kalou, Mardouk-bal-idinna avait employé toutes
1. Fr. Lenormant, Lettres Assyriologiques, 1° série, t. I, p. 53-55, 148-151; G. Smith, Assyrian History, dans la Zeitschrift, 1869, p. 98-99. —2, On considère généralement Miloukh comme le nom de Méroé : mais Méroé s’appelait Beroua et ne renfermait aucun h ou kh finale. M. Fr. Lenormant à eu raison de voir dans Miloukha ou Miloukhi le Meleh ou Mereh égyptien, le pays de Marea et des lacs de Natron.— 3. G. Smith, Assyrian History, dans la Zeütschrift, 1869, p. 99-100, 106-108.
ses ressources à mettre son royaume en état de défense. Il avait réparé les forteresses, augmenté le nombre de ses soldats et entretenu avec soin l’alliance élamite. Ses précautions ne l’empêchèrent pas d’être surpris au moment où il s’y attendait le moins. Au lieu de marcher droit sur Babylone et de se heurter de front aux forces de la Chaldée et de l’Élam réunies, Saryoukin s’étudia à séparer Mardouk-bal-idinna de son allié Soutrouk-Nakhounta, fils de Khoumbanigas'. Il partagea son armée en deux corps. Le premier, opposé aux Susiens, entra dans le canton de Rasi? et força le roi d'Élam à se replier dans la montagne pour couvrir Suse et Madaktou. Le second, placé aux ordres du roi lui-même, descendit vers la mer en suivant le cours du Tigre, soumit en passant le pays d’Yatbour, battit un des généraux de Mardouk-bal-idinna sous les murs de Dour-Atkhar, prit cette ville, y établit une garnison et se rendit maître de tout le Gamboul. Le but principal de la campagne se trouvait atteint; Mardouk-balidinna, coupé de son allié, n’essaya même pas de défendre Babylone. Il déroba une marche aux Assyriens, franchit le Tigre et tenta de forcer la ligne de postes qui l’enveloppait à l’est. Repoussé, il n’eut plus d’autre ressource que de se rejeter vers le sud et d’aller s'établir au bord de la mer dans son ancienne principauté de Bet-Yakin, où il se fortifia de son mieux. Babylone, abandonnée à ellemême, ouvrit ses portes au vainqueur. Saryoukin sy fit proclamer roi de Chaldée et ÿ passa l’hiver de 710 *.
Il reprit la campagne au printemps de 709. « Mardouk- « bal-idinna avait mis à contribution les villes d’Our, de « Larsam et de Kisik, la demeure du dieu Lagouda; il avait « réuni ses forces à Dour-Yakin et avait armé sa citadelle. » : La bataille décisive se livra sous Les murs de Dour-Yakin*
1. C’est l’orthographe des inscriptions suziennes : les textes de Saryoukin appellent ce prince Soutikrak-Nakhoundi. — 2, La Mésobatère des géographes classiques. — 3. Son nom, légèrement altéré en Apxéavoc pour [Elspxéavoc, figure à partir du commencement de 109 dans le ca-
nonroyal de Ptolémée — 4, Aujourd’hui Mohammerah, à l'embouchure du Shatt-el-Arab,
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en vue de la mer. «J’étendis mes combattants en même « temps sur toute la ligne de ses canaux, et ils mirent « l’ennemi en fuite. Les eaux des fleuves roulèrent les « cadavres de ses soldats comme des troncs d’arbres..…. J'anéantis les gardes du corps et les gens de Marsan, et j'emplis de la terreur de la mort le reste des bataillons en- nemis. Mardouk-bal-idinna abandonna dans son camp les insignes de la royauté, le palanquin d’or, le trône d’or, le sceptre d’or, le char d’argent, les ornements d’or, et il s’échappa par une fuite clandestine. » Dour-Yakin tomba bientôt après aux mains du vainqueur et fut déiruite. « Mardouk-bal-idinna, reconnaissant sa propre « faiblesse, fut terrifié; la crainte immense de ma royauté « s’empara de lui; il quitta son sceptre et son trône « en présence de mon envoyé, il baisa la terre. Il aban- « donna ses châteaux, il s’enfuit, et l’on ne revit plus ses « traces. » À la place du vieux roi fugitif, Saryoukin établit son fils comme prince de Bet-Yakin (709).
Deux échecs marquèrent la fin de ce règne glorieux. Pendant que les armées assyriennes étaient occupées en Chaldée, l’Ourarti était sorti de ses ruines. Moitié force, moitié adresse, Argistis avait reconquis presque toutes les provinces que son frère avait perdues; les Assyriens euxmêmes avaient été l’objet de ses attaques et n’avaient pu garder la province de Manna. En 708, menacé par le retour de Saryoukin, il détourna l’orage sur le pays de Koummoukh; le roi de ce pays perdit la couronne, mais Argistis ne fut pas inquiété et resta en possession de Manna, dont il fit une de ses résidences favorites’. Une guerre contre V’Élam n'eut pas plus de succès. Soutrouk-Nakhounta, battu dans l’Ellibi, en 707, prit sa revanche l’année suivante ; non-seulement il recouvra les districts qu'il avait perdus en 710, mais il enleva aux Assyriens plusieurs de leurs villes frontières: (706). Saryoukin ne survécut pas
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1. Fr. Lenormant, les Premières civilisations, t. II, p. 241. — 9. Fr. Lenormant, Lettres Assyriologiques, 1° série, t. I, p. 151-154. — 3. G. Smith, Assyrian History, dans la Zeitschrift, 1869, p. 109-110.
longteraps à ce revers : en 704, il fut assassiné dans le palais de Dour-Saryoukin! qu'il venait de construire, et remplacé par son fils, Sin-akhé-irib, le Sennachérib de la Bible ?.
sin-akhè-irib (204-681); Tahraga et Hizkiah; guerres contre V'Élam: Assour-akhè-idin (681-682); campagnes d'arabie.
La nouvelle du meurtre se répandit rapidement par tout l'empire et fournit aux mécontents l’occasion qu’ils attendaient de se révolter. Sin-akhè-irib, accouru en toute hâte de Babylone où il commandait, n’arriva à Ninive que pour assister au prélude d’un soulèvement général. La Chaldée, déjà troublée quelques mois avant la mort de Saryoukin, commença de s’agiter ouvertement. Un des frères du nouveau roi qu'il avait laissé à sa place pour gouverner Babylone, mourut quelques semaines après son élévation, et un certain Hagisa, d’ailleurs parfaitement inconnu, lui succéda. Moins d’un mois après, Hagisa fut surpris et tué par le vieux Mardouk-bal-idinna, qui venait de reparaître en scène. Les peuplades de l’Arrapakhitis et de la Médie prirent les armes, tandis qu’à l'Occident la plupart des princes de la Phémicie et de la Palestine se déclaraient indépendants. Louliya (Elulæos), roi de Sidon, refusa le tribut, et son exemple fut suivi par le roi d’Ascalon. Les habitants d’Ekron, mécontents de Padi, le roi que Saryoukin leuravait imposé, se saisirent de sa personne et l’envoyèrent à Hizkiah de Juda. Celui-ci hésita un moment entre les conseils pacifiques de Jesaïah et ceux du parti de la guerre ; | les promesses de secours des rois d'Egypte finirent par le décider. Il accepta le don que les habitants d’Ekron : lui faisaient de leur ville; mais, au lieu de mettre Padi à mort, comme le voulaient ses anciens sujets, il se contenta de le retenir prisonnier. Recevoir l’hommage des re-
1. Aujourd’hui Khorsabad. C’est de là que viennent la plupart des monuments assyriens du Louvre. — 2. J. Menant, Annales, p. 209.
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belles était se mettre en étai d’hostilité ouverte contre V’Assyrie. Plus prudents qu'Hizkiah et que Louliya, les petits princes d’Arad, de Byblos, d’Ashdod, les rois de Moab et d'Ammon, attendirent pour se décider que la fortune se fût prononcée en faveur de l’une des parties belligérantes.
Après deux ans d'attente, consacrés sans doute à prépa- . rer ses ressources, Sin-akhè-irib se porta de sa personne en Chaldée où le danger était le plus pressant. L'armée de Mardouk-bal-idinna, composée en partie de Babyloniens, en partie de Syriens auxiliaires, fut entièrement vaincue près de Kis, et son chef, échappé presque seul du champ de bataille, se réfugia auprès du roi d'Élam. Babylone fui prise, soixante-dix-neuf villes fortes et plus de quatre cents villages tombèrent entre les mains du vainqueur. Sin-akhè-irib ne se retira qu'après avoir établi comme roi un Assyrien, « Bel-ipnou, l’astrologue qui avait été élevé dans son palais. » Au retour, il saccagea le territoire occupé par les tribus araméennes du moyen Éuphrate, mit leurs chefs en croix, amena leur bétail et rentra à Ninive chargé de gloire et de butin. Une campagne rapide dans les montagnes du Kourdistan fit rentrer dans le devoir les peuples rebelles de l’Arrapakhitis. Une partie de leur territoire fut colonisée militairement avec les prisonniers araméens, élamites et chaldéens faits l’année précédente et réduite en province assyriennet.
La tranquillité assurée au nord, à l’est et au sud, par cette suite rapide de succès, il se hâta de porter ses armes en Syrie. Là encore la célérité de ses marches et de son attaque déjoua les projets de ses ennemis. Louliya, le premier atteint, n’osa même pas résister. Il s’enfuit dans une des colonies insulaires dépendantes de Sidon, et son royaume fut livré à Ithobaal II. Sin-akhè-irib put, comme ses prédécesseurs, faire graver sa stèle de victoire sur les rochers du Nahr-el-Kelb, à côté des stèles de Ramsès II. Les rois d’Arad, de Byblos, d’Ashdod, d’Am-
1. Oppert, des Sargonides, p. 41-45; G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. II, p. 156-159; Fr. Lenormant, Histoire, t. Il, p. 98; Menant, Annales, 214-218.
mon, de Moab, s’empressèrent de faire leur soumission. Le roi d’Ascalon, qui persista dans la révolte, fut pris et transporté en Assyrie avec toute sa famille.
Los résistances sérieuses ne commencèrent que sous les murs d’Ekron : au premier bruit de l’arrivée des Assyriens, les princes du Delta avaient rassemblé leurs armées et s'étaient portés au-devant de l’envahisseur. La rencontre eut lieu près d’Altakou’, et cette fois encore la fortune de l’Assyrie l’emporta sur celle de l'Égypte. Les Égyptiens, défaits à grande perte, laissèrent entre les mains du vainqueur la majeure partie de leurs chars et les enfants d’un de leurs rois. Le fruit immédiat de la victoire fut la prise d’Altakou, que suivit celle de Tamnah, forteresse voisine : Ekron se rendit. « Je dégradai les officiers et les dignitaires qui s'étaient révoltés, et je les tuai; je mis en croix leurs cadavres sur les enceintes de la ville; je vendis comme esclaves les hommes de la ville qui avaient commis des violences et des vilenies. Quant: aux personnes qui n’avaient pas perpétré de crimes ou de péchés, et qui ne méprisaient pas leurs maîtres, je prononçai leur absolution?. »
Seul de tous les rebelles Hizkiah de Juda restait encore debout. On se demande pourquoi il n’avait pas joint son armée aux armées égyptiennes, afin d’écraser les Assyriens dans une affaire décisive. Sans doute, en s’abstenant de tout acte d’hostilité ouverte, il pensait désarmer la colère du monarque assyrien. Il fut trompé dans son attente. Après la prise d'Ekron, Sin-akhè-irib envahit Juda. « Voici, Jahveh s’en va rendre le pays vide et l’épuiser; et il en renversera le dessus, et dispersera ses habitants. Et tel sera le sacrificateur que le peuple; tel le maître que son serviteur ; telle la dame que sa servante; tel le vendeur que l’acheteur; tel celui qui prête que celui qui emprunte; tel le créancier que le débiteur. Le pays sera entièrement vidé et entièrement pillé : car Jahveh a prononcé cet arrêt.
1. Eltekeh, sur l’ancien territoire de la tribu de Dan (Josué, xIx, 44). — 2. Oppert, Mémoire sur les rapports de l'Égypte et de l’Assyrie, p. 22-29,
LES SARGONIDES. L07
Le vin excellent a mené deuil, la vigne languit, tous ceux qui avaient le cœur joyeux soupirent. La joie des tambours a cessé ; le bruit de ceux qui s’égayent est fini; la joie de la harpe a cessé. On ne boira plus de vin avec des chansons; la cervoise sera amère à ceux qui la boivent. La ville défigurée a été ruinée; toute maison est fermée, tellement que personne n’y entre!.» Les paroles du scribe assyrien complètent les paroles du poëte : « Aïdé par le feu, le massacre, les combats et les tours de siége, je les emportai, je Les | occupai : j'en fis sortir 200 150 personnes, grandes et petites, mâles et femelles, des chevaux, des ânes, des mulets, des chameaux, des bœufs, des moutons sans nombre, et je les pris comme capture. » Le souvenir de ces désastres resta si amer au cœur des Juifs que plusieurs siècles après Démétrios faisait de la captivité de Sin-akhé-irib l’une des captivités et la considérait comme aussi funeste à sa race que la captivité de Samarie par Saryoukin et la captivité finale de Babylone?.
L’ennemi approchait et rien n’était prêt. Jérusalem ellemême était à peine en état de défense *. Depuisquelque temps seulement on avait observé que les brèches de la cité de David étaient grandes, et l’on avait abattu des maisons afin de fortifñier la muraille“. On boucha à la hâte toutes les fontaines qui sont hors de la ville et le torrent qui se répandait sur le pays. On établit un réservoir entre ces deux remparts pour les eaux du vieil étang*. « Et le roi ordonna des capitaines de gucrre sur le peuple et les assembla auprès de lui dans la place de la porte de la ville et leur parla selon leur cœur en disant : « Fortifiez-vous, ne craignez point et ne soyez point effrayés à cause du roi des Assyriens et de: toute la multitude qui est avec lui; mais Jahveh, notre Dieu, est avec vous pour vous aider et pour conduire vos bataillesé.» Sin-akhè-irib avançait toujours :
après avoir mis à sac la meilleure partie du territoire de Juda, 1l venait d’emporter la forteresse de Lakhis et se
1. Jesaïah, xx1v, 1-3, 1-12. — 2. Dem. ap. CI. d’Alex., Strom., I, p. 403. — 3. Jesaïah, xx, 9.— 4, [d.,10.— 5. Id., 11.— 6. II Chron., xxxIL, 6-8.
préparait à paraître devant Jérusalem : Hizkiah résolut de traiter à tout prix. Il envoya dire au roi des Assyriens : «J'ai fait une faute : retire-toi de moi, je payerai tout ce que tu m'imposeras. » Pour compléter les trois cents talents d'argent et les trente talents d’or qui furent exigés, le trésor royal ne suffit pas : il fallut mettre en pièces les portes du temple de l’Éternel et les linteaux que le roi lui-même avait fait couvrir de lames d’or peu de temps auparavant. Padi, remis en liberté, fut rétabli dans Ekron, et reçut en dédommagement de son temps de captivité quelques villes de Juda. D’autres portions du territoire juif furent livrées à Mitinte, roi d'Ashdod, et à Ismi-Baal, roi de Gaza,pour les récompenser de leur fidélité au milieu des épreuves que l’Assyrie venait de traverser.
Tandis qu'Hizkiah se soumettait sans combat, ses alliés d'Égypte remis de leur défaite d’Altakou se préparaient à lui venir en aide. Sin-akhé-irib était encore à Lakhis, occupé à recevoir le tribut, quand il apprit qu’une armée égyptienne était en voie de formation à Péluse, et que le roi d'Ethiopie, Tahraqa, amenait les tribus du Haut- Nil au secours de la Judée. A cette nouvelle, il crut sans doute qu’Hizkiah n’avait traité avec lui que pour donner aux Africains le temps d'arriver : furieux de se voir joué, il envoya à Jérusalem trois des principaux personnages de son armée, le général en chef {tartan), le chef des eunuques (rab-saris) et le Rabshaké, pour lui demander raison de sa conduite. « Aïnsi a dit le grand roi, le roi des Assyriens : « Quelle est cette confiance sur laquelle tu t’appuies? Tu parles, maïs ce ne sont que des paroles; le conseil et la force sont requis à la guerre. Mais en qui t’es-tu confié, pour te rebeller contre moi? Voici maintenant tu t’es confié en Égypte, en ce bâton de roseau cassé sur lequel si quelqu'un s'appuie, il lui entrera dans la main et la percera; tel est Pharaon, roi d'Égypte, à tous ceux qui se confient à lui. Que si vous me dites: « Nous nous confons à Jahveh, notre Dieu! » n’est-ce pas