Jesaïah, xxx1x, 2. — 2. Id., xxxix
villes, en les dépouillant de leurs habitants, je les détruisis, je les démolis, je les réduisis en cendres!. » Il se laissa entraîner à entreprendre une expédition contre les Dahæ. « Perché sur les hauteurs des crêtes inaccessibles, le roi Maniya, fils de Bouti, attendait l'approche de mon armée ; il avait abandonné la ville d’Oukkou, la ville de sa royauté, et s'était enfui vers le lointain. J’assiégeai et je pris la ville d’Oukkou, j'emmenai les habitants, j’emportai de la ville ses biens, ses dépouilles, le trésor de son palais, je le gardai comme bonne prise. J’occupai trentetrois villes de son territoire et son district; les hommes, les bêtes de somme, les bœufs et les moutons, je les enlevai des villes que je détruisis, démolis et réduisis en cendres ?, »
Il semblerait qu'après tant d’années de luttes Sin- . akhè-irib eût acquis le droit de se reposer en paix dans le palais qu’il venait de se faire bâtir à Ninive. Une nouvelle révolte l’appella encore une fois en Chaldée. La guerre commença dans les régions marécageuses qui bordent la rive du golfe Persique, à l'Occident de l’Euphrate. Les gens de Bet-Yalin, las de la domination ninivite, « rassemblèrent leurs dieux, les embarquèrent sur leurs navires » et vinrent s'établir de l’autre côté du golfe, sur une portion du territoire susien, que leur céda le roi Koudour-Nakhounta, fils du Soutrouk- Nakhounta, qui avait tenu tête à Saryoukin et supporté Mardouk-bal-idinna dans ses dernières tentatives, Sin-akhè-irib se mit à la poursuite des fugitifs, bien résolu, cette fois, d’en finir avec l’Élam. Il fit venir des matelots syriens qui descendirent l’Euphrate et transportèrent son armée au cœur même du pays rebelle. « Les guerres fréquentes qu’ils avaient faites sur la côte syrienne avaient familiarisé les Assyriens avec l’idée, sinon avec la pratique de la navigation; comme la suzeraineté qu’ils exerçaient sur la Phénicie mettait à leur disposition une quantité considérable d'ouvriers habiles
1. Oppert, les Sargonides, p.i 46-47. — 2. Idem, tbid., p. 47.
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et nombre des meilleurs marins qu'il y eût au monde, ils furent tout naturellement amenés à employer des forces de mer aussi bien que des forces de terre à l’agrandissement de leur domination. Nous avons vu que dès le temps de Salmanasar les Assyriens s'étaient hasardés sur des navires , et, d'accord avec les Phéniciens du continent, avaient livré bataille aux flottes de la Tyr insulaire. Il est probable que le précédent ainsi établi fut suivi par les rois postérieurs et que Saryoukin et Sin-akhè-irib eurent, sinon d’une manière permanente, du moins par occasion, le service d’une flotte opérant sur la Méditerranée. Mais il y avait une énorme différence à se servir des marines vassales sur les mers où elles étaient accoutumées, et à transférer aux extrémités opposées de l’empire les forces jusqu'alors confinées dans la Méditerranée. Cette pensée, qui certainement ne pouvait pas s’ofrir à l'esprit du premier venu, paraît s'être présentée pour la première fois à Sinakhë-irib: -Il conçut l’idée d’avoir une marine sur les deux mers qui baignaïent son empire, et, comme c'était sur la côte occidentale seulement qu’il avait une quantité suffisante d'ouvriers habiles et de matelots, il résolut de transporter de la côte occidentale à la côte orientale ce qu'il faudrait de Phéniciens pour lui permettre d'accomplir son projet. Les constructeurs de Tyr et de Sidon furent amenés à travers la Mésopotamie sur les bords du Tigre ; ils y construisirent pour le monarque assyrien une flotte de navires semblables à leurs propres galères, qui descendit la rivière jusqu’à son embouchure, et donna aux yeux étonnés des populations riveraines du golfe Persique un spectacle jusqu'alors inconnu dans ces eaux. Bien que les Chaldéens eussent navigué depuis des siècles dans cette mer intérieure, cependant, ni comme matelots, ni comme constructeurs de navires, leur habileté n'était comparable à celle des Phéniciens. Les mâts et les voiles, la double rangée de rames, les éperons pointus des navires syriens, furent probablement des nouveautés pour les habitants de ces contrées lorsqu'ils virent pour la première fois déboucher du Tigre une flotte avec laquelle leurs propres navires étaient
incapables de lutter’. » Les Susiens s'étaient attendus à une attaque par terre, et avaient sans doute massé leurs forces le long de l'Euphrate. L'invasion maritime les prit entièrement par surprise. « J’emmenai captifs les hommes de Bet-Yakin, et leurs dieux, et les serviteurs du roi d'Élam. Je n’y Taissai pas le moindre reste debout, et je les embarquai dans des vaisseaux et les menai sur %es bords opposés; je fis diriger leurs pas vers l’Assyrie, je détruisis les villes de ces districts, je les démolis, je les réduisis en cendres, je les changeai en déserts et en monceaux de ruines? » Une diversion inattendue sauva les Susiens d’une ruine complète. Le peuple de Babylone, voyant le roi engagé dans une expédition lointaine, au delà des mers, se souleva de nouveau ‘et remit le pouvoir à Souzoub. Cette révolte rappela Sin-akhè-irib en Chaldée. Souzoub fut vaincu, fait prisonnier et conduit en Assyrie ; quelques jours après, l’armée susienne, qui accourait au secours de son allié, fut battue et refoulée, sans que cet échec fût assez décisif pour décider Koudour-Nakhounta à traiter.
La guerre recommença donc au printemps suivant. Deux villes, que Soutrouk-Nakhounta avait gagnées à Saryoukin et qui jusqu'alors étaient restées au pouvoir des Élamites, furent enlevées d'assaut et revinrent après plus de vingt ans aux mains de leurs anciens maîtres. Ce premier succès ouvrit à Sin-akhè-irib toute la partie basse de la Susiane, qu’il mit à feu et à sang. « Trente-quatre grandes villes et les petites villes des environs, dont le nombre est sans égal, je les assiégeai et les pris; j’enlevai les captifs, je les démolis et les réduisis en cendres; je fis monter dans les vastes cieux la fumée de leurs incendies comme celle d’ur seul sacrifice. » La nouvelle de ces désastres remplit Koudour-Nakhounta de terreur : il ne se crut plus en sûreté à Madaktou et se retira avec toute son armée auprès de la ville de Khaïdali, dans les districts peu connus qui bornent la Médie, afin d’ y préparer, à l’abri de ses mon-
1. G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. IT, p. 171-172 — 2. J. Oppart, les Sargonides, p. k8; J. Menant, Annales, 232.
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tagnes, une résistance désespérée. Sin-akhè-irib n’alla pas le relancer dans sa dernière retraite. Au moment où il se préparait à marcher sur Madaktou, les augures se monirèrent si défavorables, qu’il préféra renoncer à son expédition et rentrer en Assyrie. Trois mois après, Koudour-Nakhounta mourut, et, selon la coutume du pays, son jeune frère, Oumman-Minanou, lui succéda’.
Au retour, Sin-akhè-irib apprit que Souzoub, trompant la vigilance du préfet de Lakhir, son gardien, s'était échappé de sa prison et réfugié dans les marais de la Chaldée, d’où il essayait de soulever Babylone. La présence du roi d’Assyrie coupa court à ces tentatives. Souzoub, trop aible pour livrer bataille, n’eut que le temps de s’enfuir chez Oumman-Minanou. Il revint quelques mois après avec Valliance des Susiens, et les Babyloniens « lui confièrent la royauté des Soumirs et des Accads ». Afin de mieux s'assurer l’appui d’Oumman-Minanou et de se ménager les ressources qui lui manquaient, il ne craignit pas de commettre un sacrilége. « Il ouvrit le trésor du grand temple pyramidal; l'or et l’argent de Bel et de Zarpanit et des temples, il le pilla pour le donner à Oumman-Mina-
nou, roi d'Élam. Il lui fit mander : « Dispose tes troupes
et divise tes forces, marche vers Babylone et fortifie nos mains?.» Grâce à cette subvention, le Susien refit son armée, détruite dans la campagne précédente. Les tribus de la Perside et du bas Euphrate firent leur jonction avec lui, et se réunirent à Babylone aux nouvelles levées de Souzoub. « Ils vinrent pour commettre des crimes, comme des Arabes qui arrivent en masse et veulent piller. Au-dessus de la terre monta aux vastes cieux, sous leurs pas, comme une nuée de sauterelles, la poussière de leur marche*.» La bataille décisive de la guerre fut livrée près de Khalouli. Une première fois vaincue, mais non entamée, l’armée des rebelles s’était repliée, sans que le vain-
. queur osât l’attaquer dans sa retraite. Il fallut que Sin-
1. Oppert, les Sargonides, p. 48. — 2. Idem, ttd., p. 49. — 3. Idem,
| Ibid. p. 80.
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akhè-irib achetât au chef d'état-major d'Oumman-Minanou les plans de campagne des alliés. Malgré cette trahison, la victoire ne fut obtenue qu’à grand’peine. « Sur la terre mouillée, les harnais, les armes prises dans mes attaques, nageaient tous dans le sang des ennemis, comme dans un fleuve; car les chars de bataille: qui enlèvent hommes et bêtes avaient dans leurs courses écrasé les corps sanglants et les membres. J’entassai les cadavres de leurs soldats comme des trophées, et je leur coupai les extrémités. Je mutilai ceux que je pris vivants comme des brins de paille, et pour punition je leur coupai les mains!'. » Oumman- Minanou et Souzoub s’échappèrent presque seuls. Toute l'aristocratie chaldéenne tomba aux mains du vainqueur ou périt dans la bataille. Babylone fut prise, et Sin-akhèirib, exaspéré par le danger qu’il avait couru, résolut d’en finir avec la cité rebelle. « La ville et les temples, depuis leurs fondations jusqu’à leur toit, je les abattis, les minai, les brûlai par le feu; les forteresses et les chapelles, les tours de briques et de terre, je les détruisis toutes, et je comblai le grand canal de leurs débris.» Dans un des sanctuaires violés, il trouva les statues du dieu Bin et de la déesse Sala, que le roi Mardouk-idin-akhè avait enlevée de la ville de Hekali après la défaite de Touklat-habalasar Ie" quatre cent dix-huit ans auparavant, et le sceau de Salmanasar I‘, consacré par Bin-bal-idinna victorieux aux dieux de sa patrie. Ces trophées des antiques défaites, devenus les trophées d’une victoire éclatante, furent rapportés à Ninive et installés triomphalement dans un des temples de la ville. Pendant huit années, Babylone, à moitié ruinée, resta sans roi et yresque sans habitants, et ne fut rétablie dans toute sasplendeur que par Assour-akhè-idin..
La destruction de Babylone termina d’une manière. -triomphante la carrière militaire de Sin-akhè-irib. Au! moins ne connaît-on que deux expéditions, toutes deux: assez peu importantes, qu'on puisse mettre dans les der-