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Oppert, les Sargonides, p

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nières années de son règne : l’une, dirigée contre les Arabes, amena la soumission de leur roi; dans l’autre, qui eut pour théâtre la Cilicie, il eut affaire aux Grecs, qu'il battit sur terre et sur mer.

Au milieu de ces guerres incessantes , on se demande comment il eut le temps de songer à à l'administration de son empire et à la construction de temples ou de palais. Cependant, c’est peut-être de tous les rois d’Assyrie celui qui a laissé le plus de monuments importants. Grâce à sa prodigalité, grâce aussi aux nombreux prisonniers de guerre qu’il enleva de leur pays natal et fit travailler à ses édifices, l’art assyrien prit sous son règne un développement extraordinaire, et dépassa tout ce qu’il avait produit jusqu'alors. « Le caractère le plus frappant de l’ornementation adoptée par Sin-akhè-irib est un réalisme très-fort et très-marqué. Ce fut sous lui que la coutume se répandit de compléter chaque tableau par un fond semblable à celui qui existait au temps et dans la localité de l’événement représenté ; les montagnes, les rochers, les arbres, les routes, les rivières, les lacs, furent figurés régulièrement, et l’on essaya de reproduire la localité telle qu’elle était avec autant de vérité que le permettaient l’habileté de l'artiste et la nature des matériaux. Dans ces essais on ne se bornait pas à reproduire les traits généraux et les grandes lignes de la scène. Évidemment on voulait comprendre tous les menus accessoires que l’œil observateur de l'artiste aurait pu noter, s’il avait fait son dessin d’après nature. Les différentes espèces d’arbres sont indiquées dans les bas-reliefs ; les jardins, les champs, les étangs, les joncs, sont représentés avec soin; les animaux sauvages, cerfs, sangliers, antilopes, sont introduits avec leurs traits caractéristiques; les oiseaux volent d'arbre en arbre, ou sont perchés sur leurs nids, tandis que leurs petits allongent le cou vers eux; les poissons jouent dans l’eau; les pêcheurs exercent leur métier; les bateliers et les ouvriers des champs poursuivent leurs travaux; la scène est pour ainsi dire photographiée dans tous ses détails, — les moindres comme les plus importants — également mar-

qués, sans qu'on ait essayé de faire un choix ou de poursuivre l’unité artistique.

« Dans le même esprit de réalisme, Sin-akhè-irib choisit, comme sujet de représentation artistique, les scènes triviales de la vie journalière. Les longues files de serviteurs qui entraient chaque jour dans son palais avec du gibier pour son diner, des gâteaux et du fruit pour son dessert, ont encore sur les murs des corridors l’apparence exacte qu'ils avaient au temps qu’ils passaient à travers les cours chargés des friandises que le roi aimait. Aïlleurs, il met devant nous tous les procédés employés à la sculpture et au transport d’un taureau colossal, depuis le moment où l’on tire de la carrière l’énorme bloc non dégrossi, jusqu'au moment où il est hissé sur le tertre artificiel qui sert de soubassement à un palais, afin de décorer la porte monumentale d’une résidence royale. Nous voyons les haleurs traînant au cours d’une rivière le bloc brut porté sur un bateau à fond plat, et disposés par pelotons, sous les ordres de contre-maîtres qui jouent du bâton à la moindre provocation. La scène doit être représentée tout entière : aussi tous les haleurs sont-ils là, au nombre de trois cents, costumés chacun à la mode de son pays, et dessinés avec autant de soin que s’ilsn’étaient pas la reproduction exacte de quatre-vingt-dix-neuf autres. Puis on observe le bloc mené à terre, et taillé rudement en forme de taureau : dégrossi de la sorte, il est chargé sur un traîneau et amené sur un terrain uni par des escouades d'ouvriers, arrangés à peu près de la même manière qu’auparavant, jusqu’au pied du tertre où il doit être placé. La construction du tertre lui-même est représentée en détail. : On voit les briquetiers moulant les briques à la base, tandis que des maçons, la hotte au dos, pleine de terre, de briques, de pierres ou de décombres, montent péniblement — car déjà le tertre est à moitié de sa hauteur — et déchargent leur fardeau. Alors le taureau, toujours étendu sur son traîneau, est hissé jusqu’au sommet, le long d’un plan incliné, par quatre escouades de manœuvres, en présence du monarque et de sa suite. Après quoi, la

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sculpture est complétée, et le colosse, dressé sur ses pieds, est conduit à travers la plate-forme jusqu’à la place exacte qu'il doit occuper!. » :

De toutes les villes de l'empire, Ninive fut celle qu’il se complut surtout à embellir. Abandonnée par Saryoukin, et déchue du rang de capitale, elle était tombée rapidement. Les murailles ruinées formaient brèche en maint endroit, les aqueducs anciens étaient rompus; le Tigre, mal contenu dans ses quais, menaçait la ville de ses débordements. Quant au palais, ce n'était plus qu’une ruine. « La cour des dépendances, les rois, mes pères et prédécesseurs, l'avaient construite pour y déposer les bagages, pour exercer les chevaux, pour la remplir d’ustensiles. Son soubassement ne supportait plus qu'on lhabitât; son pourtour sculpté était ruiné par la durée du temps; sa pierre angulaire avait cédé; ses assises s'étaient effondrées; son sommet s'était penché?. » Il rendit à la ville son antique splendeur, rétablit les anciens aqueducs et en édifia de nouveaux, refit les quais du Tigre, fortifia l’enceinte et répara tous les vieux monuments. « J'ai reconstruit les rues anciennes, j'ai élargi les rues étroites et j’ai fait de la ville entière une cité resplendissante comme le Soleil. » Le palais royal fut abattu entièrement, et une vaste colline artificielle élevée de ses ruines. « Dans un mois heureux, au jour fortuné, j'ai construit, selon le vœu de mon cœur, au-dessus de ce soubassement, un palais d’albâtre et de. cèdre, produit de la Syrie, et le palais le plus élevé, dans le style de l’Assyrie..…. J’ai restauré et achevé ce palais, depuis ses fondations jusqu’à son pignon; jy ai mis la consécration de mon nom. À celui qui, dans la suite des jours, sera, parmi mes fils, appelé à la garde du pays et des hommes par Assour et Islar, je dis ceci : Ce palais vicillira et tombera en ruines dans la suite des jours! Que mon successeur relève les ruines, qu’il rétablisse les lignes qui contiennent l'écriture de mon nom. Qu'il restaure les

LE G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. II, p. 181-183. — 2. J, Oppert, Les Sargonides, p. 51.

peintures, qu’il nettoie les bas-reliefs et qu’il les remette en place! Alors Assour et [star écouteront sa prière. Mais celui qui altère mon écriture et mon nom, qu'Assour, le grand dieu, le père des dieux, le traite en rebelle, qu'il lui enlève son sceptre et son trône, qu'il abaisse son glaive‘. » L'avenir, et un avenir prochain, se chargea de donner un démenti sanglant aux promesses d’éternité que renfermaient ces paroles orgucilleuses. Entre la dédicace de ce palais et la destruction irréparable, il n’y a guère plus de soixante ans.

Le règne se termina par une tragédie. Un jour que Sinakhè-irib était dans la maison de Nisroch, son dieu, « il arriva qu'Adrammelech et Saresser, ses fils, le tuèrent avec l’épée?. » Les meurtriers ne profitèrent pas de leur crime. Adrammelech essaya de se faire reconnaître comme roi, mais l’empire refusa de lui obéir. Son frère, Assour-akhéidin (Esar-haddon), né d’une autre mère, acclamé par l’armée d'Arménie qu’il commandait, marcha sur Ninive et battit ses compétiteurs. Au dire des uns, Adrammelech périt dans le combat ; d’après les autres, il s’échappa avec son frère et se réfugia en Arménie. S'il faut en croire la tradition locale, le roi du pays accueillit les vaincus avec bienveillance et leur donna des terres qui restèrent aux mains de leur postérité*. Dès le début du règne, une cam-. pagne dirigée contre les districts montagneux qui séparent le bassin du Tigre de la Caspienne assura une soumission momentanée de plusieurs peuplades aryennes de la Médie, Deux guerres contre les gens de Van, les Toubal, les Mouskaï et les Kimmériens d’Albanie, portèrent la domination assyrienne jusqu'aux bords de la mer Noire et jusqu’au pied du Caucase. Ces guerres avaient rempli quatre années, de 680 à 676. Assour-akhè-idin fut rappelé au sud-est de l’empire par une révolte des Chaldéens. Un fils de Mardouk-bal-idinna, Nabou-zirnab-azir, s’était emparé des pays qui bordent l'embouchure de l’Eu-

1. Oppert, les Sargonides, p. 52-53. — 9. II Rois, xx, 57. — 3, Moïse de Khorène, list. Arm., 1. I, p. 22.

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phrate, avec l'aide des Susiens : Assour-akhè-idin le prit et le remplaça par Nabou-nahid, auquel il imposa un lourd tribut. La Chaldée à peine pacifée, ce fut le tour de la Syrie :le roi de Sidon, Abdimilkouth, se révolta. Battu sur terre, il s’enfuit dans l’île de Chypre, où il se croyait hors d'atteinte. Assour-akhè-idin traversa la mer « comme un poisson », fit son ennemi prisonnier, puis se tourna contre les régions montagneuses de la Phénicie qu’il mit à feu et à sang. Sidon fut détruite, ses grands furent égorgés, le roi et les habitants furent transportés en Assyrie et remplacés par des colons venus de la Chaldée et de la Susiane. Assour-akhè-idin put tourner ses armes vers des régions nouvelles et entreprendre des expéditions lointaines, à travers des pays où n’avaient jamais pénétré ses ancêtres.

Jusqu’alors, les rois d’Assyrie n'avaient eu affaire qu’à celles des tribus arabes qui bordaient les rives de l’Euphrate ou vivaient sur les confins de la Palestine et de la Syrie, tribus nomades et pillardes pour la plupart, qu’ils avaient attaquées plutôt afin de prévenir ou de punir leurs brigandages qu’afin d'étendre les frontières de l’empire. C'est ainsi que, dès le huitième siècle, Salmanasar III avait lutté contre Djendib l’Arabe, que Touklat-habal-asar II avait reçu successivement l'hommage de deux reines d’Arabie, et que Saryoukin avait entretenu des relations avec El-Etymiar, roi de Saba. Mais plus tard, lorsque le cercle des opérations se fut agrandi et que Ninive n’eut plus rien à craindre en Syrie, les monarques assyriens cherchèrent à porter le regard par-dessus ce rideau mouvant de tribus qui leur fermait l'entrée de l’Arabie, et commencèrent à convoiter la possession de l’Yémen, dont les caravanes ismaïlites ou les navires babyloniens leur apportaient les produits.

En effet, depuis le jour où Ramsès IV, le dernier des Pharaons qui se soit occupé d'entretenir des rapports entre l'Arabie et l'Égypte, ouvrit une voie nouvelle au commerce et peut-être essaya faiblement de rétablir sur le Tonouter et le Pount la suzeraineté exercée jadis par ses glorieux ancêtres de la dix-huitième et de la dix-neuvième

h2h CHAPITRE X.

dynastie, le Yémen n’avait jamais cessé de prospérer, d'a: bord sous Îles derniers Adites, puis, quand Yarôb, fils de Cahtân, eut soulevé les tribus Jectanides tontre leurs maîtres de race koushite, sous les successeurs immédiats de ce prince. Malgré la perte de leur souveraineté, la plus grande partie des tribus koushites resta comme vassale dans le pays qu’elle avait si longtemps dominé. Quelques: unes se réfugièrent dans les montagnes du Hadhramaout, où elles se maintinrent jusqu'aux premiers siècles de notre ère. Un plus grand nombre passa en Afrique, où elles renforcèrent les tribus établies depuis longtemps au delà du. détroit de Bab-el-Mandeb. Leur arrivée à peu près vers le temps où l'Égypte, épuisée par ses conquêtes, laissait échapper l'empire de l’Asie, et où les prêtres thébains, vaincus par les Pharaons de la vingt et unième et de M vingt-deuxième dynastie, établissaient au Gebel-Barkal un royaume rival, eut sur les destinées de la vallée du Nil une influence décisive. Grâce à ces recrues inespérées, les Koushites purent combler les vides que la conquête égyptienne avait faits dans leurs rangs pendant des siècles, et fournirent, à Piänkhi d’abord, aux rois de la vingt-cinquième dynastie ensuite, les armées qui luttèrent parfois avec succès contre les forces de l’Assyrie.

Cette révolution intérieure n’avait rien enlevé à l’activité commerciale des Sabéens. Malgré l’émigration des Koushites et l'établissement d’une véritable féodalité dont les chefs ne reconnaissaient pas toujours l’autorité du roi éta-

ebli à Mareb, le pays ne cessa pas d’être le grand entrepôt du commerce de l'Inde et de la Phénicie. Sin-akhè-irib, vainqueur des Égyptiens et des Juifs, paraît avoir songé à les attaquer, eux et les autres peuples de l'Arabie lointaine qu'on devait aisément confondre avec eux. « La charge contre l'Arabie. Vous passerez pêle-mêle la nuit dans la forêt, troupes de Dédanim. Eau, venez au-devant de celui qui a soif; les habitants du pays de Téma sont venus au-devant de celui qui s’en allait errant çà et là avec du pain pour lui. Car ils s’en sont allés errants çà et là de devant les épées, de devant l’épée dégaînée, et de devant l’are

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tendu, et de devant le fort de la bataille. Car ainsi m'a dit Je Seigneur : « Dans un an, tels quesontles ans d’un mer- « cenaire, toute la gloire de Kédar prendra fin; et le reste « du nombre des forts archers des enfants de Kédar sera « diminué : car Jahveh, le Dieu d'Israël, a parlé!. » Les révoltes perpétuelles de Babylone ne laissèrent pas au momarque assyrien le temps d'accomplir les menaces contenues dans cette prophétie. Seulement, vers la fin de son règne, il intervint dans les affaires du Hedjaz, et. par la soumission du pays d’Ad-doumou, le Doumat des géographes arabes, et du pays de Hagar (Hedjir) dans le district de Bahreïn, prépara les voies pour une conquête future de l'Arabie méridionale.

Le premier soin d’Assour-akhè-iddin, avant de se diriger vers le midi de la péninsule, fut d'assurer les conquêtes de son père et de se ménager une base d’opérations dans le Nord. La ville d'Ad-doumou, qui s’était révoltée, fut mise à la rançon, et ses dieux emmenés en Assyrie prisonniers de guerre : sur quoi, la reine du pays fit sa soumission. Les statues des dieux qui avaient été mutilées dans le transport furent restaurées et renvoyées en grande pompe, après qu'on eut écrit sur elles « les éloges d’Assour et la gloire de mon nom. » Les Arabes payèrent cetie concession de leur indépendance : Assour-akhè-idin leur imposa la reine Tabouya, qui avait été élevée dans le palais de Ninive et devait être toute dévouée à la politique assyrienne. Une augmentation de soixante-cinq chameaux sur le tribut payé jadis à Sin-akhè-irib fut considérée comme une compensation équitable pour la restitution des dieux, Dans le même temps, Khazael, roi d’Ad-doumou, étant venu à moutir, on accorda l’investiture royale au prince Yalà, fils du défunt, mais à la condition que le tribut annuel serait augmenté de dix mines d’or, mille escarboucles et cinquante chameaux de l'espèce la plus estimée,

Sa base d'opérations assurée, Assour-akhè-idin se lança vers les régions du Sud, sans doute avec l'intention d’at-

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