‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 4)Chapitre 89 sur 190 · Rois, xxu · texte numérisé non relu

Rois, xxu

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temps des rois d'Israël et des rois de Juda, — comme cette Pâque qui fut célébrée en l’honneur de Jahveh, dans Jérusalem, la dix-huitième année du roi Joshiah!.»

Les Juifs pouvaient réformer leur culte et se préparer par la pénitence au rôle qui leur était réservé dans le développement religieux de l'humanité; leur rôle politique touchait à sa fin. Impuissants comme les Araméens, comme les habitants de la Phénicie, ils ne devaient être d'aucun

secours aux Sémites dans la lutte contre les races aryennes de la Médie.

La Médie et les migrations iraniennes. :

Les contrées à l’est de l’Assyrie se divisent assez naturellement en deux régions : une région de montagnes qui sépare le bassin du Tigre de celui de la Caspienne, et une région de plaines qui s’en va au sud vers l’océan Indien, à l’est vers l’Helmend. La partie montagneuse s’appuie contre une sorte de massif à peu près triangulaire, élevé sur les côtés, déprimé au centre : les eaux accumulées au fond de la dépression y ont formé un grand lac sans issue?, allongé du N.-N.-0. au S.-S.-E., situé comme la mer Morte bien au-dessous du niveau de l'Océan et tellement saturé de sel que nul poisson n’y peut vivre. L’Elbourz se détache de ce massif à l’est, et, après avoir côtoyé Ja rive méridionale de la Caspienne, va rejoindre au loin l’Indou-Koush : un de ses sommets, le Démavend, s'élève en pyramide à près de vingt mille pieds dans les airs et passe pour être la plus haute montagne de cette région. Sur le côté opposé courent cinq à six rangées parallèles, connues des géographes grecs et romains sous le nom de Khoatras et de Zagros. Elles sont dirigées en général du N.-N.-0. au S.-S.-E. et forment une contrée entrecoupée de torrents et de ravins profonds, de sommets presque inac-

1. IT Rois, xxxri-xxxin ; II Chron., xxx1v-xxxv. — 2. Aujourd’hui le lac d’'Ouroumiyèh. — 3. L’Ararat n’atteint que 17 000 pieds, et le plus haut pic du Caucase n’en dépasse pas 18 000.

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cessibles et de vallées fertiles qui débouchentsur l’Assyrie ou l’Élam et portent leurs eaux dans le Tigre. Derrière ces lignes naturelles, comme derrière les murs d’un vaste camp retranché, s'étend un immense plateau légèrement ondulé dont la lisière, bien arrosée par de nombreux cours d’eau,

eut nourrir une population nombreuse; à mesure qu’on s'éloigne de la lisière pour s’enfoncer dans l’intérieur du plateau, les rivières se perdent et le désert apparaît. Tout ce pays, sans approcher de l'Égypte et de la Chaldée, abondait en ressources. Les montagnes renferment du cuivre, du fer, du plomb, de l'or et de l’argent en petite quantité, plusieurs espèces de marbre!, des pierres précieuses et surtout un lapis-lazuli fort estimé des anciens’. Nues par endroits, elles sont le plus souvent revêtues d’épaisses forêts où le pin, le chène, le peuplier, s’étagent au-dessus du plane oriental, du noisetier et du saule. Les vallées du Zagros et de l'Ouroumiyèh sont de véritables vergers : elles produisent la poire, la pomme, le coing, la cerise, l’olive, la pêche, qui paraît être indigène. Sur le plateau, les arbres ne croissent qu’en petit nombre au voisinage des rivières et des étangs ; mais les parties où l’eau ne manque pas sont fécondes en céréales et en légumes excellents. On y trouvait, à côté de bêtes féroces appartenant aux espèces les plus redoutables, le lion, le tigre, le léopard, l'ours, une foule d'animaux domestiques ou susceptibles de le devenir, l’âne sauvage, le buffle, la chèvre, le chien, le dromadaire et le chameau à deux bosses, alors presque inconnu en Assyrie eten Égypte, même plusieurs races de chevaux, dont une, la niséenne, était renommée pour sa force, sa taille et son agilité *.

Les races qui ont peuplé l’ancien monde avaient de tout temps parcouru ces contrées. Les bandes Koushites et sémites traversèrent le plateau du nord au sud, de l’est à l'ouest, mais sans s’y arrêter. Une première invasion

1. Entre autres le marbre de Tebriz. — 2. On ne trouve plus aujourd’hui de lapis-lazuli dans ces contrées. — 3. Le lion, le tigre et le léopard ont presque disparu aujourd'hui. — 4. G. Rawlinson, The five great Honarchies, t. Il, p. 251-305.

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aryenne y laissa plusieurs peuplades échelonnées entre la Bactriane et l’Asie Mineure‘. La plus importante, celle des Mata ou Matiani, avait comme jalonné de ses établissements la route suivie par les émigrants. Quelques-unes des familles qui la composaient étaient restées en Sogdiane? ; le gros de la nation s’était fixé au sud du lac d'Ouroumiyèh, dans ce qui fut plus tard la Médie Atropatène; une tribu, emportée par l’esprit d'aventure, avait poussé de là jusque sur les bords del’Halys*. Les Touraniens avaient trouvé le pays à leur convenance et l’avaient occupé dans toute son étendue. Ils le défendirent longtemps avec succès contre les attaques des Aryens au nord et des Sémites à l’ouest, Les grands rois de la dix-huitième dynastie n’arrivèrent pas jusqu'à eux; les premiers conquérants assyriens, Touklat-Adar et Touklat-habal-asar [°, n’essayèrent pas de franchir la barrière que les chaînes du Khoatras et du Zagros opposaient à leur ambition. Ils entamèrent à peine quelques tribus descendues des montagnes dans les plaines arrosées par le Tigre. Ce fut au neuvième siècle seulement, à partir de Touklat-Adar IT et d’Assour-nazir-habal, que les Assyriens commencèrent à gagner du terrain sur les nations de l'Est.

Sauf les Mata, Assour-nazir-habal ne trouva devant lui que des populations touraniennes. C’étaient en première ligne, et à commencer par le sud, le Kharkhar et le Namri : le Kharkhar sur le haut Gyndès et le haut Khoaspès, le Namri, séparé de l’Assyrie par le Zab inférieur, tous deux à cheval sur le Zagros et étendus au loin vers l’est, mais la partie occidentale de leur territoire habitée en partie au moins par des populations d’origine koushite, Au nord du Namri et par delà le Zab supérieur commençait le pays de Khoubouskia, qui courait le long du mont Khoatras, depuis la passe de Rowandiz jusqu'aux environs du lac de

1. G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. IL, p. 371-376; Herodotus, t..I, p. 546. — 9. Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, 17° sé. rie, t. I, p. 24. — 3. Pline, H. N., IV, 16.— 4. Hérodote, 1, 12. — 5. Thotmès III et Amenhotep IT ne paraissent pas avoir de beaucoup dépassé Ninive,

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Van. Placés en contact immédiat avec l’Assyrie, les peuples de ces régions ne furent pas épargnés; ils n’en résistèrent pas moins avec obstination et se firent détruire à moitié plutôt que de se soumettre. Derrière eux Assournazir-habal et Salmanasar IV rencontrèrent, dans le bassin d’Ouroumyièh, les Mata, qui touchaient au Khoubouskia, puis le Madakhir, sur les rives septentrionales, et le Kharrou, sur les rives orientales du lac. Au delà du Kharrou, mais tirant vers le sud, le Mesa; enfin, séparés du Mesa par « trois pics qui se perdent dans les nues et dont nul oiseau n’atteindrait le sommet dans son vol », le pays de Giratbounda et ses cinq cents villes ‘. Au sud de ces régions commençaient le pays d’Arazias?, qui confnait à la fois au Kharkhar et au Namri, et par delà l’Arazias, le peuple de Barsou ou Parsou, qui dominait alors depuis le grand désert jusqu’à la ‘Caspienne’. Salmanasar III écrasa toutes ces tribus, comme son père avait fait avant lui. En 842, pendant sa quatrième campagne, lardeur de la poursuite l’entraîna plus loin que le Parsou, dans des régions où nul prince assyrien n'avait pénétré avant lui. Il y rencontra un peuple nouveau, les Amadaï ou Madaï, qu'il battit et soumit au tribut.

Les Mèdes appartenaient à la race indc-curopéenne et formaient avec les Perses le gros de la famille iranienne. Ils portaient le nom générique d’Aryas ‘, et remontaient par le souvenir jusqu'aux âges où ils vivaient dans l’Airyanem-Vâedjô ‘, aux abords du plateau de Pamir. Un de leurs livres sacrés raconte qu'avant de venir se fixer sur le sol de l’Irân ils avaient longtemps couru le monde et habité des terres diverses qu'Ahoura-Mazdä, le dieu bienfaisant, créait pour eux, mais d’où les manœuvres du mau-

vais principe, Angro-Mainyous, finissaient toujours par les chasser. Forcés par le froid de quitter l’Airyanem-

1. Les Cadusii des auteurs antiques, aujourd’hui le Ghilân et le Ma-

zanderân. — 2. La Médie propre. — 3. Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, 1"° série, t. I, p. 23-26. — 4. Hérodote, VII, 62 : Oi dè Mndor éxahéovto Tadai pos névrwv "Aprou. — 5. « Demeure des Aryens, » —

6. Vendidad-Sadé, I°' Fargard Ce texte géographique a été l’objet de

Vaëd;ô, ils se répandirent sur la Çoughdhâ et la province de Môurou?. Les guerres civiles et les incursions des nomades voisins les contraignirent de s’exiler encore une fois. Ils remontèrent vers l’est, dans Bäkhdhi, « le pays des hautes bannières*, » puis vers le sud-est, dans la contrée de Niçâya, « qui est entre Bâkhdhi et Môurou*, » Jusqu’alors ils étaient restés enfermés dans le bassin de l’Oxus : la crainte des tribus touraniennes les avait retenus d’escalader les pentes de l’Hindou-Koush et d'aborder le plateau qui s’étend de la Caspienne à l’océan Indien. Au sortir du Niçaya, ils y pénétrèrent par l’Harôyou * et descendirent sur le Vâekereta-Douhzaka®, où ïls se séparèrent en plusieurs corps de nation’. Les uns traversèrent l’'Haraqaïti®, l’'Haëtoumat®, et débouchèrent dans la vallée de l’Indus, Heptahendou !* ; ils y rejoignirent les tribus d’origine aryenne qui s’y trouvaient déjà et se fondirent dans leur masse. Les autres poussèrent vers le sud-ouest et ne s’arrêtèrent qu'à la limite orientale de l'Elam, dans un canton montagneux qu'ils appelèrent Parçà— la Perse. Les Mèdes, au lieu de s’enfoncer dans le désert qui sépare le bassin de l’Helmend du mont Zagros, s’élevèrent lentement vers le nord-ouest, à travers

nombreux travaux. Cfr. Rhode, Die Heilige Sage des Zendvolks, p. 61 sqq.; Lassen, Indische Alterthumskunde, t. I, p. 526 sqq.; Kiepert, dans les Monatsb. d. Berl. Akad., 1856; Spiegel, Avesta, t. I, p. 59-67, et Commentar, t. I, p. 1-48; Haug, The First chapter of the Vendidad, dans Bunsen, Egypls place, t. III; Fr Lenormant, Lettres assyriologiques, 1'° série, t. I, p. 29-34. Les données géographiques sont acceptées en général comme étant d’une exactitude rigoureuse ; voir pourtant M. Bréal. — 1. La Sogdiane des auteurs classiques. — 2. La Margiane, le Margous des inscriptions achéménides : aujourd’hui le canton de Merv.— 3. C'est-à-dire « le siége dela royauté.» Bâkhdhf est la Bakhtris des textes perses, la Bactriane. — 4. La Nioaix de Strabon et de Ptolémée (VI, 10, 4). — 5. Haraïva des Perses, Aria ou Ariana des auteurs classiques. — 6. D’après Lassen et Haug, le Seïstan actuel, où se trouve la ville ruinée de Doushak (Djellabad), sur la rive orientale du lac Hamoun, au sud des embouchures de l'Helmend. — 7. Le Vendidad-Sadé n’indique en cet endroit que deux directions : vers la Médie et vers l’Inde.— 8. Arakouttou des Assyriens;

Arachosia des géographes grecs. — 9, Position incertaine. —/10. Le Pendjab actuel. \

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lOurvä!, le Khnenta Vehrkanâ?, puis inclinèrent vers le sud et s’établirent à l’orient des Parsouas, dans les contrées de Rhagä* et de Tchakhrâ#, où Salmanasar IV dut les acer en 841. à

Les Perses ne paraissent pas avoir rencontré beaucoup de résistance : les peuplades koushiies et touraniennes assez clairsemées qui habitaient entre l’Élam et la Car- ‘manie ne tinrent pas devant eux°. Les Mèdes durent conquérir pied à pied le sol de leur nouvelle patrie. L'histoire a perdu le détail de leurs premières luttes contre les Touraniens, mais les traditions persanes ont conservé jusqu’au moyen âge le récit des exploits fabuleux qui les signalè- . rent et les noms des héros légendaires qui y furent engagés. À partir du neuvième siècle avant notre ère, les indications des monuments assyriens nous permettent d’entrevoir les progrès de la conquête aryenne vers l’occident. En 831, Salmanasar IV trouvait encore le pays dans l’état que nous avons décrit plus haut. Presque aussitôt après sa retraite, les Mèdes se mirent en mouvement dans la direction du Zagros. Les Parsouas, acculés à l’Assyrie vers l’ouest, au désert vers le sud, n’eurent d’autre ressource que de se réfugier dans les cantons montagneux qui formèrent plus tard la province de Parthyène. En moins de vingt ans les Aryens franchirent l’espace qui les séparait de la frontière assyrienne : ils s’emparèrent du pays de Varenaf et du pays d’Illipi”. Les campagnes de

1. Ni Lassen ni Spiegel n’ont proposé d'identification précise pour ce nom. M. Haug place l’Ourvà dans le Kaboulistan, sur la route de l’Inde; M. Meineke dans la partie orientale de la Parthyène. M. Fr. Lenormant le rapproche du pays nommé Ourivin dans les monuments assyriens, l'Apauarctisene d’Isidore, & 13, l’Apavortene de Pline, VI, 18. — 2. Le Varkdna des inscriptions perses, l’Hyrcanie des Grecs et des Romains, aujourd’hui le Djourdjan. — 3. Sauf, je crois, M. Kiepert, tous les commentateurs sont d’accord pour voir dans Rhagâ, Rhagæ, « la plus grande ville de Médie, » au dire d’Isidore, $ 7. — 4. Karkh, à l'extrémité nordouest du Khorassan, d’après M. Haug. — 5. Fr. Lenormant, Histoire ancienne, t. II, p. 331-332. — 6. Le quatorzième séjour des Iraniens, d'après le Vendidad ; peut-être la Khoréné de Strabon (1. XI), la Khoariné d’Isidore, $ 8, la Choara de Pline, VI, 17. — 7. D’après M. Oppert VIllipi ou Illibi serait l’Albanie. M. Fr. Lenormant (Lettres assyriolo-

Samsi-Bin III (820-816) les forcèrent de s’arrêter un moment; mais durant les règnes qui suivirent, la décadence momentanée de l’Assyrie favorisa leurs entreprises et leur laissa toute liberté de s’affermir dans leur conquête. Quand, plus d’un demi-siècle après Bin-nirari, Touklat-habalasar II ramena les armées assyriennes vers l’est, la Médie s’étendait déjà du Zagros au désert et des frontières septentrionales de l’Élam aux bords de la Caspienne'. Des nations qui avaient jadis possédé ce vaste territoire, les unes avaient été ou dispersées ou réduites en servage; d’autres avaient émigré, comme les Parsouas ; quelquesunes maintenaient à grand’ peine un reste d'indépendance. Le Kharkhar et le Namri avaient perdu toute la partie de leurs domaines qui était située sur le plateau. Les Aryens avaient partout l’avantage sur les peuples de Tourân *. Quelques siècles après ces événements, au temps où les Grecs connurent les Iraniens, les légendes populaires et les convenances politiques avaient déjà altéré l’histoire de la conquête. Les Perses, successeurs des Mèdes dans l'empire d'Asie, ne pouvaient admettre qu’un peuple de leur race eût été si récemment encore l’humble vassal de l’Assyrie. Ils composèrent pour cette époque une sorte de roman glorieux, dont Ctésias de Cnide recueillit et consigna dans ses livres les principales dispositions. Vers 788, quand Bin-nirari III venait à peine de vaincre les premières tribus aryennes de la Médie, Ctésias place la révolte d’Arbakès, la prise de Ninive, et la fondation d’un grand empire mède quise prolongea sans interruption jusqu’à Kyros. Les noms de ces prétendus rois manquaient ainsi que les années de leur règne; il créa de toutes pièces une dynastie’. Les monuments assyriens nous ont donné la preuve de cette fraude. Lorsque Touklat-habal-

giques, 1°° série, t. I, p.38-41) a montré que c'était la Médie supérieure. — 1. M. Haug pense que les mots qui servent à désigner au Vendidad la seizième station des Iraniens signifient « sur Les bords de la mer. » Ce ne peut être en ce cas que le littoral de la mer Caspienne dans le Tabaristân. — 2. Fr. Lenormant, Lettres assyriennes, 1"° série, t. I, p. 26-41. — 3. Volney à découvert la méthode dont Ctésias s’est servi

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asar IT envahit la Médie, dans les années qui correspondent au règne du prétendu Mandaukas, le pays était réparti entre un grand nombre de chefs indépendants qui exerçaient l'autorité chacun sur son canton ou sur sa ville, et ne relevaient d'aucun pouvoir supérieur. Il se borna conduire vers l’Inde quelques expéditions lointaines, et faire sur le plateau de l’Irân quelques razzias productives Vingt ans plus tard, Saryoukin entreprit sérieusement la conquête du pays. Il l’envahit vers 712, à la tête d’une nombreuse armée, s’empara de la plupart des villes et les annexa à l’Assyrie, construisit sur plusieurs points impor-

pour fabriquer sa dynastie. Plaçant la liste qu’il donne des rois mèdes à côté de celle que fournit Hérodote :

HÉRODOTE CTÉSIAS Interrègne.….... DOS 4 Arhakese Eee 28 Déïokès. .... Heroes i0 Mandaukas ......... 50

SOSATMOS 2er e ie 30 Arbykase.2nieeesr 50 PhraOr tes. essences 22 ATDIANÈS = LEE ee 22 IATLŒOOBE. Es eee et & ADLYHOS cames see e » 22 Kyaxarës, 1.0. 40 AStyDaras.. un. 40

on voit que, tout en changeant les noms d’Hérodote, Ctésias répète

ses nombres deux à deux :

Arbianès, .. 22

Phraortès..... 22 Artœos. .... 40) Artynès .... 22

Astybaras .. 40

À la place des quatre premiers rois, Hérodote indiquait Déïokès et un interrègne de longueur indéterminée. Ctésias prit pour les cinquante-trois ans de Déïokès le nombre rond de cinquante ans, et substitua à l’interrègne un règne qu’il évalua à la durée moyenne d’une génération humaine. Il appliqua à ce nouveau couple royal le procédé de reproduction dont il s'était servi pour le couple précédent : Arbakès.... 28

Mandaukas . 50 Interrègne .. . ®% Déïokès....... 53 Sosarmos. .. 30

Artykas.... 50

La substitution de vingt-huit pour trente au règne d’Arbakès n’est là que pour donner à tout le catalogue un air de vraisemblance. (Cf. Volney, Recherches sur l’histoire ancienne, t. I, p. 144 sqq. ; G. Rawlinson, Herodotus, t. I, p. 329-330).

Kyaxarès. ..... 40

tants des forteresses destinées à maintenir ses nouveaux sujets dans l’obéissance. Fidèle aux traditions de la pobtique assyrienne, il transporta des Mèdes dans les provinces occidentales de son empire, à Hamath, dans la Cœlé- Syrie, et sema la Médie de colonies syriennes : une partie des Juifs de Samarie fut établie de la sorte au milieu des peuples aryens'. Comme tribut enfin, il exigea chaque année l’envoi d’un certain nombre d’étalons niséens. Sa domination comprenait toute la province de Médie, depuis le pays de Bikni, à l’est?, jusqu’au canton de Karalla, aux confins de l’Atropatêne®. Il régnait en souverain sur tous les chefs de cette région, sur celui d’Allabria# et sur celui d'Ellibi, sur les princes d’Agazif, d’Ouriakkou‘, d’Ambanda”, de Zikartou®, et sur vingt autres dont nous ne savons où placer les domaines*. Sin-akhè-irib n’eut pas de peine à conserver la suzeraineté de l’Assyrie : Assour-akhèidin, dans sa dixième année (671), pénétra de nouveau dans le Bikni. Pendant un demi-siècle, la Médie fut complétement sous la dépendance des rois de Ninive,

Ici encore les traditions nationales avaient transformé une époque-de soumission en un temps de gloire. Les Perses racontèrent à Hérodote que vers 708, c’est-à-dire au moment où Saryoukin venait de coloniser une partie du pays, toutes les tribus éparses de la Médie s’étaient réunies en un corps de nation et avaient fondé le royaume mède. « Il y avait chez les Mèdes un homme sage, à qui était nom Déïiokès, le fils de Phraortès. Ce Déïokès, enamouré du

1. IT Rois, xvn, 6; xvim, 11. — 2. Le pays de Bikni, la partie extrême de la Médie à l’est, paraît répondre aux environs de la ville que Ptolémée (VI, 2, 17) appelle ?A@äxatva (Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, 1°° série, t. I, p. 45). — 3. Fr. Lenormant, L. L.— 4. M. Fr. Lenormant (op. cit., p. 36-37) voit dans Allabria une forme touranienne du nom Harô-Berezaïti de l'Elbourz, et dans le canton d’Allabria le district situé au nord de Rhagæ, dans la montagne. — 5. Var. Agagi. Cf. "Ayaba ou "Ayaya de Ptolémée, VI, 2, 8, dans l’Atropatène. — 6 Peutêtre l’’Akoüaxx de Ptolémée, VI, 2, 10. — 7. Probablement la Kampada des inscriptions achéménides, la Cambadiné d’Isidore, St. Parth., S5. — 8. La Sagartie des auteurs classiques. — 9. Cf. Fr. Lenormant, op. cit., p. 44-49.

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pouvoir, fit comme il suit : Les Mèdes vivaient par bourgades; lui qui était, dès avant cela, des plus considérés dans la sienne, mit de plus en plus son étude à la pratique de la justice : et il en agissait ainsi quand le désordre était grand par toute la Médie, sachant combien l'injustice est ennemie du juste. Les Mèdes de sa bourgade, voyant ses manières, le choisirent pour leur juge. Et lui, comme il courtisait le pouvoir, était droit et juste. Agissant de la sorte, il eut louange non petite de ses concitoyens, à ce point qu’apprenant ceux des autres bourgades qui avaient été jusqu'alors frappés d’injustes sentences, comment Déïokès était le seul homme qui jugeât selon le droit, dès qu’ouirent la chose, tout contents accoururent vers Déïokès et, jugés eux aussi, à la fin ne s’adressèrent plus à aucun autre. Comme la foule des clients augmentait toujours à mesure qu’on se persuadait de l'équité de ses jugements, voyant Déiokès que tout reposait sur lui, plus ne voulut s’asseoir au lieu où s’asseyant jusqu'alors avait rendu justice, et assura qu'il ne voulait plus juger; car point ne trouvait son compte à négliger ses propres affaires pour juger tous les jours celles d'autrui. Les rapines et le désordre reve-

nant dans les cantons plus qu’ils n'avaient fait aupara-

vant, les Mèdes s’assemblèrent en un même lieu et se consultèrent entre eux, parlant sur ce qu'il convenait faire. Selon ce que je pense, les amis de Déïokès parlèrent plus que tous les autres : « Nous ne pouvons « continuer d'habiter le pays dans l’état où nous sommes. « Allons, établissons un d’entre nous comme roi, et ainsi « le pays sera bien gouverné et nous retournerons à nos « affaires, et nous ne serons pas maintenus par l'injustice « dans un état de trouble perpétuel. » Parlant à peu près ainsi, ils se persuadèrent qu ils voulaient un roi. Et sur le champ on examina qui on élirait roi : Déiokès fut proposé et fort loué par un chacun, si bien qu’ils convinrent de l'élire roi’. » Une fois maître, Déïokès se construisit un

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