‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 4)Chapitre 90 sur 190 · Hérodote, 1, 96-98, nt) dire · texte numérisé non relu

Hérodote, 1, 96-98, nt) dire

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grand palais et s’entoura d’une garde royale. Il commanda ensuite à ses sujets d'abandonner leurs villages et de se réunir auprès de lui, dans les murs d’une grande capitale. « Les Mèdes, dociles à ses ordres, bâtirent cette ville immense et bien fortifiée qu'on nomme Acbatana. Ses enceintes sont excentriques et construites de telle sorte que chacune dépasse l'enceinte inférieure seulement de la hauteur de ses créneaux. L’assiette du lieu, qui s’élève en colline, favorisa cet arrangement. Il y avait en tout sept enceintes, et dans la dernière le palais et le trésor du roi. Le pourtour de la plus grande égale à peu près le pourtour d'Athènes. Les créneaux de la-première sont peints en blanc; ceux de la seconde en noir; ceux de la troisième en pourpre; ceux de la jquatrième en bleu; ceux de la cinquième sont d’un rouge orangé. Aux deux dernières les créneaux sont argentés pour l’une et dorés pour l’autre. Toutes ces fortifications, Déiïokès les fit élever pour lui-même et pour son palais; il commanda au peuple de se loger hors de la citadelle. La ville terminée, il posa le premier en règle que nul n’entrerait chez le roi, mais que toutes les affaires s’expédieraient par l'entremise de certains officiers qui les rapporteraient au monarque; qu’il serait indécent de regarder le prince en face, de rire ou de cracher en sa présence. Il établissait ce cérémonial autour de lui pour ne pas donner à ses contemporains élevés avec lui, aussi bien nés et aussi bien doués que lui, l’occasion de s’aigrir à sa vue et de conspirer contre lui : il pensait qu’en se rendant invisible à ses sujets ils finiraient par le considérer comme un être d’une nature différente. »

Le personnage de Déïokès n’a rien d'historique ?; le nom a été retrouvé sur les monuments. En 713, Sargon soumit un pays de Bet-Dayakkou, ainsi nommé d’après son souverain : Dayakkou répond évidemment à Déiokès*. Mais il |

1. Hérodote, I, 98-99. — 2. Voir sur la tournure grecque de l’histoire de Déïokès les observations de Grote (History of Greece, t. III, P. 407 sqq.) et 6. Rawlinson (Herodotus, t. I, p. 321) ; The five great Honarchies, t. 11, p. 380-383). — 3. M, Henri Rawlinson avait pensé

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y a entre Dayakkou et Déiokès une différence essentielle : Dayakkou fut et resta toute sa vie un petit chef obscur de Médie; Déiïokès est un fondateur d’empire. Il faut donc regarder et le personnage de Déiokès et son règne de cinquante-trois ans comme une fiction poétique agréable à la vanité des peuples aryens, démentie par l’histoire t. Sous Saryoukin, sous Sin-akhè-irib, sous Assour-akhè-idin, c’est-à-dire pendant le demi-siècle de puissance que la légende accorde généreusement à Déïokès (708-655), la Médie était morcelée en petites principautés dont la plupart payaient tribut à l’Assyrie?.

La religion iranienne ; Zoroastre; les Mages.

La religion des Mèdes et des Perses dérivait du culte des anciennes populations aryennes, tel que nous le font connaître en partie les livres sacrés de l’Inde. (’avaient d’abord été les mêmes rites, les mêmes croyances, les mêmes noms divins appliqués aux mêmes idées; puis, des divergences s’étaient montrées, d’abord presque insensibles, bientôt assez accentuées pour former deux systèmes de dogmes contradictoires. Les Aryens connaissaient d’une manière confuse un dieu unique d’essence, multiple en ses manifestations et comme perdu en elles. Son unité se décomposait en une pluralité d’attributs dont chacun était susceptible de s’animer et de devenir une personne indépendante. C’est de cette conception une à la fois et multiple que sortirent par des procédés différents les religions polythéistes de l’Inde et de l’Europe ; c’est d’elle que sortit la religion dualistique des peuples Iraniens.

Les légendes nationales reportaient sur le prophète

que Déiokès répondait à Dahak, second élément du nom d’Aj-dahak, le serpent qui mord, en grec ’Actudync (Notes on the Early History of Babylonia, p. 30, note 2). Je crois que M. Fr. Lenormant a raison d'identifier le mot Déïokès avec Dayakkou. — 1. M. Fr. Lenormant a essayé récemment de démontrer l’authenticité du Déïokès d’Hérodote (Lettres HE dE 17° série, {. I, p. 55-62). — 2. G. Rawlinson, Ierodotus, t . E, p.328 331 ; The five great äonarchies, 1. II, p. 319- 383.

LGA CHAPITRE XI.

| Zarathoustra (Zoroastre }‘ l'honneur d’avoir établi la vraie religion. Presque tous les écrivains de l’antiquité classique s'accordent à placer ce personnage sur les plans les plus reculés de l'antiquité fabuleuse. Hermippos et Eudoxe le faisaient vivre six ou sept mille ans avant la mort d'Alexandre; Pline le disait de mille ans antérieur à Moïse?, et Xanthos de Lydie prétendait qu'entre sa mort et l’avénement de Darios il s'était écoulé six cents ans*. Zarathoustra vivait aux premiers âges de la race iranienne, au temps où les tribus étaient encore campées en Bactriane. Il était de race royale et fut choisi par Dieu, dès avant sa naissance, pour régénérer le monde. Son enfance et sa jeunesse se passèrent dans des luttes incessantes contre les démons : toujours assailli, il était toujours vainqueur et sortait plus parfait de chaque épreuve. Quand il eut trente ans, un génie supérieur, Vôhou-manô, lui apparut et le conduisit en présence d’Ahourâ-mâzdà. Invité à interroger Dieu, il demanda « quelle était la meilleure des créatures qui sont sur la terre? » On lui répondit que celui-là était parfait parmi les hommes dont le cœur est purs Il voulut ensuite connaître le nom et la fonction de chacun des anges, la nature et les attributs du mauvais principe. Il traversa une montagne de flammes, se laissa ouvrir le corps et verser dans le sein du métal fondu, sans éprouver aucun mal; après quoi il reçut des mains de Dieu l’Avesta, le livre de la loi, et fut renvoyé sur la terre. Il se rendit à Balkh, auprès de Vistâäçpa, fils d’Aourvat-açpa*, qui régnait alors sur la Bactriane, et y défia les sages de la cour. Pendant trois jours, ils essayèrent de le combattre et de l’égarer, trente à sa droite, trente à sa gauche. Lorsqu'ils se furent avoués vaincus, Zarathoustra déclara qu’il venait de

1. Le nom de Zarathoustra peut signifier la splendeur de l’or, mais il y à d’autres étymologies possibles. — 2, Plin., H. N., XXX, 1, 2. — 3. Xanthos, dans O. Müller, Frag. H. Græc., t. L, p. 44. Ctésias faisait de Zoroastre un roi de Bactriane contemporain de Ninos et Sémiramis. — 4, Les livres persans modernes nomment ce roi Goushtasp, fils de Lohrasp. Vistäcpa-Goushtasp est devenu en grec ‘Yotaomne, mais le personnage de Vistäçpa n’a rien de commun avec le père de Darios,

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Dieu et commenca de lire l’Avesta au roi. Persécuté par les sages, accusé de magie et d’impiété, il finit par l’emporter à force d’éloquence et de miracles. Vistäçpa, sa femme, son fils, crurent en lui, et la plus grande partie du peuple suivit cet exemple. La légende ajoute qu’il vécut longtemps encore, honoré de tous pour la sainteté de sa conduite. Selon les uns, il mourut frappé de la foudre; selon les autres, il fut tué à Balkh par un soldat touranien. On s’est demandé souvent s’il était un personnage historique ou seulement un héros mythique égaré dans l’histoire’. On ne saurait trancher pareille question d’une manière décisive. Tout ce qu’on peut affirmer, c’est que, si Zoroastre a vécu réellement, nous ne savons rien de lui que le nom, — Je nom et l’œuvre à laquelle il consacra sa vie?.

Les livres attribués à Zoroastre ont subi le sort de tous les livres sacrés : ils ont été mutilés et interpolés tant de fois, qu’on ne sait pas toujours discerner avec certitude ce qu’ils renferment d’authentique. Nous n’avons de l’Avesta

ue des fragments conservés dans trois recueils : le Vendidad-Sadé, le Yesht-Sadé et le Boundéhesh. Le Vendidad- Sadé se compose du Vendidad ou « livre contre les démons », du Yaçna et du Vispered : il est écrit en zend, de même que le Yesht-Sadé. Le Boundéhesh est rédigé dans la langue vulgaire de la Perse au temps des Sassanides, le pehlevi. Il y a dans ces trois recueils des morceaux de tout âge et de toute valeur, les uns assez anciens pour nous donner, sinon la forme originelle, au moins l'esprit de la doctrine iranienne; les autres modernes et mêlés de formules étrangères. Les Iraniens adoraient un seul dieu, Aouramazdä, l’esprit sage, « le lumineux, le

1. Voir sur cette question Kern, Over het woord Zarathustra en den mythischen Persoon van diesen Naam, dans les Mémoires de l’Académie des sciences des Pays-Bas, t. XI, 1867. Tout le récit de la vie de Zoroastre repose sur des légendes modernes dont l’autorité est des plus douteuses. — 2. Spiegel, Erdnische Alterthumskunde, t. I, p. 668-711.— 3, C’est l'orthographe des inscriptions cunéiformes perses. Le zend dit Ahourô-mazdâo et le persan moderne Ormouzd. De Mazdà vient le nom Mazdéisme, qu’on donne souvent au système religieux des Iraniens.

resplendissant, le très-grand et très-bon, le très-parfait et très-actif, le très-intelligent et très-beau*. » Il est incréé, mais a créé toute chose par le verbe. Et sa création n’est pas, comme dans beaucoup d’autres cosmogonies, la mise en œuvre d'éléments préexistants : par l'acte de sa parole il a tout tiré du néant, esprit et matière?, Dès le commencement, il s’est donné, comme coadjuteurs dans l’administration du monde, six génies d'ordre supérieur qu’on appelle les Amesha-çpenias (Amshaspands), « les immortels », Vôhou-manô, le « bon esprit », Ashavahista, le « très-pur », Khshathra-vairya, le « royaume « désirable, » Cpenta ârmaïti, la « sagesse parfaite », Haourvatât, la santé, Ameretât, l'immortalité*. Après les Amesha-cpentas viennent les Yazatas (Yzeds), répandus par milliers dans l’univers pour veiller à la conservation et au jeu de ses organes, l’esprit du soleil, Mithra, le vent, Vayou, les différents génies de l’eau, du feu, de l'air et des astres “. Ils touchent de près à une classe d’êtres spéciaux, les Fravarshis (Frohar ou Feroüer). Chaque homme, chaque Yazata et Aouramazdà lui-même avait son Fravarshi qui veillait sur lui et se dévouait à sa conservation. Après la mort de l’homme, le Fravarshi restait au ciel et y devenait une sorte de génie indépendant, d’autant plus puissant pour le bien que la créature à laquelle il s'était attaché sur la terre avait montré plus de pureté et de vertu. | Aouramazdà avait fait le monde et avait voulu le faire bon. Mais la création ne peut subsister que par l’équilibre de forces opposées qu’elle met en jeu. L'opposition de ces forces inspira aux Iraniens l’idée qu’elles étaient mues par deux principes ennemis, l’un bon et utile, l’autre mauvais et nuisible à l’homme. Ce mauvais principe n’est pas coéternel au bon principe : tant qu'Aouramazdä ne créa point le monde, le mal ne fut point : mais, le jour où

1. Yaçnd, I, 1.— 2. Spiegel, Erdnische Alterthumskunde, t. IL, p. 21- 31, a résumé tous les passages des livres sacrés où il est question d’Aouramazdà. — 3. Idem, 1bid., t. II, p. 31-40.— 4. Idem, ibid., p. 41-91. — 5. Idem, ibid., p. 91-88.

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dans l’œuvre de la création il tira la matière du néant et suscita les forces qui la régissent, leurs actions et leurs réactions firent apparaître, sans qu'il y eût de sa volonté, un génie destructeur, que les hommes appelèrent Angrômaïnyous (Ahriman), le destructeur. Be même qu'Aouramazdàä se manifestait dans tout ce qu'il y a d'utile et de beau, dans la lumière, dans la justice, dans la vertu, Angrômaïnyous se montrait dans tout ce qui est nuisible et laid, dans les ténèbres, dans le crime, dans le péché. Le désir de détruire l’harmonie de l'univers rendit créateur ce pouvoir malfaisant'. Aux six Amesha-çpentas il opposa six esprits égaux en force et en puissance : Akômanô, le « mauvais esprit », Andra, qui cherche à semer dans le monde le chagrin et ie péché, Caourou, qui pousse les rois à la tyrannie, les hommes au vol et au meurtre, Nâonghaihya, Taourou et Zaïrica?. Contre les Yazatas il suscita les Daëvas (devs) ou démons, qui ne cessent d’assiéger la nature et de s'opposer à la régularité de ses mouvements’. Au moment de la création, tandis qu'Aouramazdà faisait apparaître la lumière, l’homme, tout ce qu’il y a de bon en ce monde, Angrô-mainyous tirait du néant les ténèbres, les animaux et les plantes nuisibles : jaloux de l’homme, il cherche à le faire décheoir. Avant l’arrivée de Zoroastre, ses créatures mâles (Yâtous) et femelles (Pairikas, Péris) se mêlaient librement aux hommes et contractaient des alliances avec eux : Zoroastre brisa leurs corps et leur défendit de se manifester autrement que sous forme d’animaux“, Leur pouvoir ne sera complétement détruit qu'à la fin des temps. Alors trois prophètes issus de Zoroastre, Qukhshyat-ereta, Oukhshyat-nemô, Gaoshyanç ou Actvateretô, apporteront au monde trois nouveaux livres de la loi qui en compléteront le salut. Les ténèbres disparaîtront devant la lumière, la mort devant la vie, lé bien devant le mal. Angrô-maïnyous lui-même devra reconnaître la sou-

1. Spiegel, Erdnische Alterthumskunde, t. I, p. 121-126. —2. Idem, ibid., p. 126-130.— 3. Idem, ibid., p. 130-141.—4. Idem, sbid., p. 145-148.

veraineté d’Aouramazdà, et la perfection régnera sur l'univers.

Au milieu de la lutte entre les deux principes, l’homme, assailli par les Daêvas, défendu par les Yazatas, doit vivre selon la loi et la justice dans la condition où le sort l’a jeté. À côté du prêtre et du soldat, le législateur a réservé une place d’honneur à celui qui cultive la terre. « C'est un saint, celui qui s’est construit ici-bas une maison dans laquelle il entretient le feu, du, bétail, sa femme, ses enfants et de bons troupeaux. Celui qui fait produire du blé à la terre, celui qui cultive les fruits des champs, celui-là cultive la pureté : ïl avance la loi d’Aouramazdà autant que s’il offrait cent sacrifices ?. » L'homme a été placé ici-bas afin de disputer à Angrômaïnyous les parties stériles du sol : labourer est son premier devoir. Pour le reste, on avait soin de ne pas surcharger sa vie de formules : on exigeait de lui qu’il erût en Dieu, qu’il lui adressât des prières et des sacrifices, qu’il füt simple de cœur, sincère de paroles, loyal dans tous ses actes. « Nous adorons Aouramazdä, le pur, le seigneur de pureté; nous adorons les Amesha-çpentas, les possesseurs du bien, les distributeurs du bien; nous adorons tout ce que le bon esprit a créé, tout ce qui peut servir au bien de sa création et à l’extension de la vraie foi. — Nous louons toutes les bonnes pensées, toutes les bonnes paroles, toutes les bonnes actions qui sont ou qui seront, et nous conservons en pureté tout ce qui est bon. — Aouramazdä, être toujours bon, toujours heureux! nous nous efforçons de penser, de parler, d’agir comme il convient pour assister les deux vies® », celle de l’âme et celle du corps. Aouramazdä n'avait ni statues, ni sanctuaires mystérieux, ni autelst;: mais sur les hauteurs s’élevaient des nyrées ou temples du feu où la flamme sacrée était entretenue d'âge en âge par des prêtres dont le devoir était de ne pas la

1. Spiegel, Erdnische Alterthumskunde, t. II, p. 153-158. —2. Yaena, XXXIIL, 2-3. — 3. Ibid., XXXV, 1-3. — 4. Hérodote, I, 132 |

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laisser s’éteindre {. La principale victime était le cheval?; mais on offrait aussi le bœuf, la chèvre et la brebis. Après avoir préparé et distribué aux assistants le Haôma, sorte de boisson enivrante que les Iraniens avaient reçue des peu- plades aryennes primitives, le prêtre tuait l’animal et en plaçait les morceaux non pas dans le feu que le contact aurait souillé, mais devant le feu sacré. La cérémonie se terminait d'ordinaire par un banquet solennel où l’on mangeait la chair de la victime.

Après la mort, on ne devait ni brûler le corps, ni l’ensevelir, ni le jeter dans une rivière : c’eût été souiller le feu, la terre ou l’eau. On avait deux manières différentes de se débarrasser du cadavre sans dommage pour la pureté des éléments. On pouvait le recouvrir d’une couche de cire et l’enterrer* : l’enduit passait pour empêcher la souillure qu’aurait produite un contact direct avec la terre. On pouvait l’exposer en plein air et le laisser dévorer aux oiseaux ou aux bêtes de proie : en ce cas de grandes tours rondes servaient de cimetières’. L’âme, après être restée trois jours encore dans le voisinage de sa dépouille mortelle, la quittait à l'aube du quatrième pour se rendre au lieu du jugement. Le génie Rashnou pesait ses actions bonnes et mauvaises dans la balance infaillible et l’acquittait ou la condamnait selon le témoignage de sa propre vie. Au sortir du tribunal, on la menait à l’entrée du pont Ginvat qui était jeté sur l’enfer et menait au paradis. Impie, elle ne pouvait le franchir et tombait dans l’abîme, où elle devenait l’esclave d’Angrô-maïnyous; pure, elle le passait sans peine avec l’aide de l’ange Graosha. Vohou-manô lui

1. Strabon, 1. XV, 3.— 2. Xénophon, Cyrop., VII, 3, $ 24; Yaçna, XLIV, 18, où.il est question d’un sacrifice de dix chevaux offerts par un seul individu. — 3. Le haôma, en sanscrit sôma, était extrait de la plante haoma ou soma, une sorte d’Asclépias ou Sarcostema viminalis. — 4. G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. II, p. 337-339, 45-346. — 5. Strabon, L. XV, 3; Hérodote, I, 140. — 6. Strabon, L. 1.; Hérodote (I, 140) semble croire que les corps étaient enterrés après avoir été dévorés seulement en partie par les chiens ou par les oiseaux. — 1. Ces tours s’appellent dakhmas « monuments » (Vendidad, Farg., V-VIII).

souhaitait la bienvenue, la présentait au trône d’Aouramazdà, comme il avait fait Zoroastre, et lui indiquait la place qu’elle devait occuper désormais jusqu’au jour de la résurrection des corps”.

Transplanté sur le plateau de l’Iran, le Mazdéisme s’y modifia selon les temps et les circonstances. Il se conserva longtemps intact chez les Perses, et s’altéra chez les Mèdes au contact des superstitions étrangères. Comme la plupart des peuples de leur race, les Touraniens de Médie considéraient que le bon principe est clément par essence et n’a pas besoin d’être adoré : ils réservaient leurs prières et leurs sacrifices pour les puissances infernales et ténébreuses. Leur culte était une sorte de sorcellerie plutôt qu'un culte réel, et s’adressait aux esprits du mal; leurs prêtres avaient des rites et des pratiques barbares par lesquels ils se flattaient de vaincre les démons et de les plier à la volonté humaine ?. Sujets des Aryens, ils ne renièrent pas leurs croyances : ils les fondirent dans celles de leurs maîtres. Ils identifièrent leurs dieux bienfaisants avec Aouramazdà et ses anges de lumière, leurs divinités malfaisantes avec Angrô-mainyous et ses démons, et cette invasion des génies touraniens dans le système de Zoroastre en changea complétement la nature. Angrômaïnyous avait été regardé jusqu'alors comme un être de race inférieure : on le chargeait de malédictions, et lui rendre hommage était se condamner à l’enfer pour jamais. A l'exemple des Touraniens, les Mèdes commencèrent à voir en lui une personne moins auguste que le bon principe, mais plus redoutabie et plus nécessaire à fléchir : ils finirent par admettre qu’il était l’égal d’Aouramazdà en puissance et en force, avait la même substance que son rival et durerait autant que lui. Restait à expliquer l’exis-

1. G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. II, p: 339-320 ; Spiegel, Eränische Alterthumskunde, t. II, p. 148-151.— 9. Les vieilles croyances touraniennes des peuples de Médie paraissent s'être maintenues fort altérées dans le culte bizarre des Yezidis, adorateurs du diable (Layard, Nineveh and Babylon, p. 41 sqq. ; Oppert, Rapport du Hinistre de VInstruction publique, 1856).

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tence de ces deux êtres consubstantiels et pourtant ennemis : on supposa qu’ils n'avaient pas existé de tout temps, mais émanaient d’un je ne sais quoi préexistant qu'on nomma le temps sans bornes (Zrvan-akarana)'. À ce point, l’évolution était complète. Le dualisme tel que Zoroastre l’avait conçu sans résoudre les problèmes qu’il soulevait, n'existait plus que de nom. Aouramazdâ n’était plus l'être incréé créateur de tout : dérivé d’un être antérieur, 1l avait organisé un univers préexistant en puissance. Sa lutte contre Angrô-maïnyous était la lutte de deux pouvoirs égaux et si exactement balancés, qu'aucun d’eux ne devait l'emporter sur l’autre. Le bien et le mal émanés d’une seule substance divine, distincts pour quelques siècles seulement et en apparence, étaient destinés à se réunir de nouveau dans le sein du même être indifférent d’où ils étaient sortis jadis, avec tout le cortége de la création ?.

En même temps que le dogme, la forme extérieure du culte s’altéra profondément. Les Touraniens de Médie avaient une caste sacerdotale dont les membres tenaient leur office par droit d’hérédité : ces prêtres, qu’on appelait magoush (mages), s’imposèrent aux vainqueurs et devinrent une des six tribus constituantes de la nation*. Ils infectèrent les Aryens de leurs pratiques superstitieuses, développèrent le culte du feu et des corps célestes et se posèrent en intermédiaires nécessaires entre l’homme et Dieu. On ne pouvait offrir le sacrifice ou faire acte dereligion

1. Sur ce personnage et ses succédanés le temps fini (Zrvan dareghô qadhâta), Vespace infini (Thwäsha) et l’espace fini (Micväna), la lumière sans fin (Anaghra raocdo) et les ténèbres sans fin (Anaghra temdo), voir Spiegel, Erdnische Alterthumskunde, 1. II, p. 4-20. La croyance au Zrvan-akarana donna naissance à de nombreuses sectes, dont les plus célèbres, celles des Zervaniens, ont duré bien avant dans le moyen âge (Spiegel, Erdnische Allerthumskunde, t. IT, p. 165-187) : elle fait encore aujourd’hui partie du dogme religieux des Guèbres ou Parsis de Bombay. — 2. Fr. Lenormant, Histoire, t. Il, p. 335-338; Lettres assyriologiques, 1°° série, t. I, p. 97-111; Essai de commentaire sur les fragments cosmogoniques de Bérose, p. 156 sqq. ; la Magie, p. 191-215. — 3, G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. IL, p. 348-349.

en leur absence‘. Vêtus de longues robes blanches, coiflés de hautes tiares, les mains chargées du faisceau sacré de tamarisque (bareçma, barsom) sans lequel on ne devait rien faire ?, ils se rendaient en procession aux autels, préparaient Ja victime, versaient les libations et chantaient sur l’offrande les formules mystérieuses qui lui donnaient toute sa vertu. Ils se vantaient de posséder des facultés surhumaines, d'expliquer et de rendre les oracles, de prédire l’avenir. Les auteurs classiques affirment que sous des apparences d’austérité ils cachaient des vices monstrueux, qu’ils permettaient et pratiquaient l'inceste le plus horrible, celui du fils avec la mère’, qu'ils ne reculaient devant aucun crime pour satisfaire leurs passions. Ce que nous savons de leur vie par les monuments originaux ne nous permet pas de combattre ou d'approuver ce jugement. Les mages acquirent une grande influence sur le peuple et sur les grands; s’ils en abusèrent parfois, ils ne firent ni mieux ni pis que d’autres n'avaient fait avant eux,

L'empire mède; Kyaxarès; les Kimmériens en Asie ; chute de Ninive (625); la Lydie. — La XXVI° dynastie; Psamétik I°"; Néko II; bataille de Karkémish. — L'empire chaldéen et le monde oriental depuis la bataille de Karkémish jusqu'à la chute de l'empire mède.

L'empire mède ; Kyaxarès ; les Kimmériens en Asle ; chute de Ninive (625) ; la Lydie.

Les traditions recueillies par Hérodote donnaient pour

1. Hérodote, I, 138; Ammien Marcellin, XXII, 6. — 2. Strabon, 1. XV, 3; Vendidad, Farg. XVIIL, 1-6. — 3. Cette pratique est rapportée par plusieurs auteurs ecclésiastiques sur la foi de Xanthos de Lydie et de Ctésias, deux écrivains d’une bonne foi suspecte. M. George Raw-

successeur à Déiokès un certain Phraortès (655-633) qui, après avoir soumis les Perses et conquis le plateau de l'Iran, aurait péri en 632 dans une expédition contre Ninive‘. Je ne m'arrêterai pas à ce personnage dont le nom, Fravartis, a la tournure mède, mais dont l’histoire est aussi peu authentique que celle de son prétendu prédécesseur?. Ouvakhshatara, que les Grecs appellent Kyaxarès, fut le véritable fondateur du grand empire médique#. D'après Hérodote, il était fils de Phraortès et succéda à son père dans la possession d’un empire solidement établit. On croit aujourd’hui qu'il n’était pas originaire de la Médie propre, mais était né sur les bords de la Caspienne, entre l’Atrek et l’Oxus : il se mit avec son père à la tête d’une nouvelle migration qui déboucha sur le plateau de l'Iran et doubla les forces de la race aryenne en ces parages. Les petits Etats qui se partageaient le pays furent soumis sans grande difficulté et réunis sous un même sceptre : les nouveaux venus, entraînés par la force de l’impulsion, ne s’arrètèrent pas à la chaîne du Khoatras, et voulurent descendre dans la plaine du Tigre. Hérodote nous apprend comment se termina cette première tentative des Mèdes sur lPAssyrie® : le vieil Assour-ban-habal, ou son successeur Assour-edil-ilâni, se porta à la rencontre des envahisseurs et les vainquit. Phraortès périt dans la bataille : Kyaxarès ramena en arrière les débris de son armée et remonta sur le plateau de Médie pour y préparer une nouvelle guerre‘.

Il venait de se former une armée régulière” et de recommencer la guerre avec l'Assyrie, lorsqu'un ennemi inattendu vint séparer les deux pouvoirs rivaux. Bien loin vers le nord, au delà des fleuves de l'Arménie et des pics du

linson (The five great Monarchies, t. II, p. 351-353) n’admet pas le bien fondé de cette accusation. — 1. Hérodote, I, 102. — 2. Cf. Rawlinson, The five great Monarchies, t. IL, p. 383. M. François Lenormant (Lettres assyriologiques, 1'° série, t. I, p. 64-12) a récemment essayé de défendre l'authenticité du récit d'Hérodote. — 3. Cf. Eschyle, Perses, V, 161-764 : Mñôoc yap Av 6 mpros fyemby oTparod, A)doc O’ éxeivou naïc r60” Epyov fvuoe* Tpiroc à &n” aroù Küpoc….— 4. Hérodote, I, 103.— 5: Hérodote, I, 102.— 6. Cf. Rawlinson, The five great Monarchies, t, II, p. 220; Herodotus, t. I, p. 331-333. — 7. Hérodote, I, 103.

h7h CHAPITRE XII.

Caucase, dans les vastes steppes du continent européen, vivaient des tribus à moitié sauvages, que les peuples anciensontconnues sous les nomsassez vaguesde Kimmériens, Scythes, Sarmates. Depuis une haute antiquité, les Kimmériens avaient l’habitude de franchir presque chaque année la barrière du Caucase pour venir piller les peuples de l'Asie. Leurs premières incursions avaient été dirigées de préférence vers le sud-ouest, dans la direction de l'Asie Mineure : ils avaient ravagé les contrées qui bordent le Pont- Euxin, traversé la Phrygie, la Mysie, la Lydie, atteint les villes grecques et barbares qui s’élevaient sur la côte orientale de la mer Egée!. Plus tard, la renommée de l’Assyrie pénétra jusqu'à eux et alluma leur convoitise; ils descendirent dans la direction du sud et rencontrèrent, quelquefois à leur désavantage, les armées assyriennes? Vers 632, le gros de la nation, dépossédé par la tribu des Scolotes*, s’ébranla, passa le long de la Caspienne : en arrivant dans le bassin du Tigre, les Barbares trouvèrent deux armées en présence. Kyaxarès avait battu les Assyriens et forcé leur roi à se renfermer dans sa capitale. À l'approche des Kimmériens, il leva le siége et courut au-devant des envahisseurs. Il avait sur eux l’avantage de l'armement et de la discipline, mais ses soldats succombèrent sous le nombre. Madyès, chef des Barbares, remporta la victoire et imposa aux vaincus un tribut annuel. La Médie ne soufirit pas beaucoup : elle n’était pas encore assez riche pour tenter la cupidité des Scythes ; mais sa suprématie sur les nations voisines parut être un moment compromise ‘. \

Le courant de l'invasion s’éloigna des montagnes de l'Iran pour se jeter sur les pays de l’Euphrate et de la Méditerranée. L’Assyrie, que les Scythes avaient sauvée sans le savoir, soufirit la première de leurs ravages; elle fut dévastée tout entière, et, si Ninive leur échappa, les autres

1. Strabon, L. I, 2; IL, 2; XIV, 1; Orose, I, 21. Cf, G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. IL, p. 404 ; Herodotus, t. I, p. 299-301. — 2. Les Gimirri où Kimmerü sont mentionnés déjà sous Assour-akhè-idin, vers 678. — 3. Hérodote, I, 104. — 4. Idem, I, 103; Strabon, 1. I, 3.

MASPERO. Histoire ancienne. LIBRAIRIE HACHETTE & CE

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villes royales, Kalakh, El-Assour, furent brûlées et saccagées de fond en comble. La Mésopotamie et la Chaldée furent plus d'à moitié dépeuplées. Comme les Huns dix siècles plus tard, les Kimmériens n’épargnaient ni l’âge ni le sexe. Ils détruisaient les moissons, abattaient ou enlevaient les troupeaux, incendiaient les villages pour le seul plaisir de détruire ou d’effrayer ; les habitants qui n’avaient pas réussi à se sauver dans la montagne ou à s’enfermer dans les forteresses étaient massacrés ou trainés en esclavage. Trop ignorants en l’art de la guerre pour assiéger les places fortes selon les règles, ils les laissaient d’ordinaire en repos moyennant un léger tribut; si les richesses enfermées dans une ville leur faisaient espérer un riche butin, ils la bloquaient jusqu’à ce que la famine la réduisit à se rendre. Mainte vieille cité où s’étaient accumulés les trésors des générations passées fut mise à feu et à sang; maint canton fertile et populeux fut ruiné et désolé. Ils allèrent ainsi de province en province, de la Mésopotamie : dans la Syrie du Nord et dans la Phénicie, de la Syrie du Nord au pays de Damas et en Palestine’. Ils arrivèrent enfin aux frontières de l'Egypte et se préparaient à les franchir, quand Psamétik [+ les écarta par de riches présents. Îls revinrent sur leurs pas, et pillèrent au passage le temple de Derkètô, près d’Ascalon. À partir de ce moment leur pouvoir commença à décliner ?. Engagés chaque année dans des guerres nouvelles, ils réparaient difficilement les vides que la victoire creusait dans leurs rangs; les excès de toute sorte les décimèrent ; leur nombre diminua rapidement. Les vaincus relevèrent la tête et commencèrent à remuer.

Les Mèdes furent les premiers à secouer le joug.Kyaxarès invita le chef des Scythes et ses principaux officiers à un grand banquet ; après les avoir enivrés, il les fit tous tuer, et dès le lendemain prit la campagne. Malgré la trahison qui les avait privés de leurs généraux, les hordes kimmériennes tinrent bravement tête à l’orage ; il fallut pour les

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