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dance presque incroyable de tableaux mystiques et de scènes religieuses qui sont parvenues jusqu’à nous. Il n’y a presque pas de planches où l’on ne retrouve une des figures de la divinité recevant d’un air impassible les offrandes et les prières du prêtre ou du roi prosterné devant elle. On dirait, à voir tant de représentations sacrées, que ce pays était habité surtout par des dieux et renfermait d'hommes juste ce qu’il en fallait pour les besoins du culte. Les Égyptiens étaient un peuple dévot : soit tendance naturelle, soit effet de l’éducation, ils voyaient Dieu partout dans l’univers, ils vivaient en lui et pour lui. Leur esprit était plein de ses grandeurs, leur bouche pleine de ses louanges, leur littérature pleine d’œuvres inspirées par ses bienfaits. La plupart des manuscrits échappés à la ruine de leur civilisation ne traitent que de matières religieuses, et, dans ceux mêmes qui sont consacrés à des sujets profanes, les allusions et les noms mythologiques se présentent à chaque page, souvent à chaque ligneï,
Au commencement étaitle Nou, l'Océan primordial dans les profondeurs infinies duquel flottaient confondus les
ermes des choses. De toute éternité, Dieu s’engendra et s’enfanta lui-même au sein de cette masse liquide sans forme encore et sans usage. Ce Dieu des Égyptiens était un être unique, parfait, doué d’une science et d’une intelligence certaines, incompréhensible à ce point qu’on ne peut dire en quoi il est incompréhensible. Il est le « un unique, celui qui existe par essence, le seul qui vive en substance, le seul générateur dans le ciel et sur la terre qui ne soit pas engendré; le père des pères, la mère des mères. » Toujours égal, toujours immuable dans son immuable perfection, toujours présent au passé comme à l’avenir, il remplit l’univers sans qu'image au monde puisse donner même une faible idée de son immensité : on le sent partout, on ne le saisit nulle part. - Unique en essence, il n’est pas unique en personne. Il
1. La religion égyptienne dérive d’un paganisme antérieur, mais dès l’époque des Pyramides, les principes paraissent en être établis tels que je les expose ici.
est père par cela seul qu’il est, et la puissance de sa nature est telle qu’il engendre éternellement sans jamais s’affaiblir ou s’épuiser. Il n’a pas besoin de sortir de luimême pour devenir fécond ; il trouve en son propre sein la matière de son enfantement perpétuel. Seul, par la plénitude de son être, il conçoit son fruit, et comme en lui la conception ne saurait être distinguée de l’enfantement, de toute éternité il produit en lui-même un autre lui-même. Il est à la fois le père, la mère et le fils de Dieu. Engendrées de Dieu, enfantées de Dieu, sans sortir de Dieu, ces trois personnes sont Dieu en Dieu, et, loin de diviser l’unité de la nature divine, concourent toutes trois à son infinie perfection.
Ce Dieu triple et un a tous les attributs de Dieu, l’immensité, l'éternité, l’indépendance, la volonté toute-puissante, la bonté sans limites. Il développe éternellement ces qualités souveraines, ou plutôt, pour me servir d’une “expression chère aux écoles religieuses de l’ancienne Egypte, «il crée ses propres membres, qui sont les dieux!» et s'associent à son action bienfaisante. Chacun de ces dieux secondaires, considéré comme identique au Dieu un, peut former un type nouveau d’où émanent à
- leur tour et par le même procédé d’autres types inférieurs. De trinités en trinités, de personnifications en personnifications, on en arrive bientôt à ce nombre vraiment incroyable de divinités aux formes parfois grotesques et souvent monstrueuses, qui descendent par degrés presque insensibles de l’ordre le plus élevé aux derniers étages de la nature. Néanmoins, les noms variés, les formes innombrables que le vulgaire est tenté d’attribuer à autant d’étres distincts et indépendants, n'étaient pour l’adorateur éclairé que des noms et des formes d’un même être. « Le Dieu, quand il en vient à la génération et qu’il amène à la lumière la force latente des causes cachées, s'appelle Ammon; quand il est l'esprit qui résume en soi toutes les intelligences Imhotep (’Iuotôns) ; quand il est celui qui