Hérodote, IV, 143; V, 2, 10, etc
cette histoire de raconter en détail le soulèvement de l’Ionie et les événements qui suivirent. Pour la première fois depuis l’avénement de Kyros, l'empire perse éprouva un échec sérieux qui compromit sa sécurité. Sardes fut prise et brûlée; la Carie, les peuples de l’'Hellespont, Chypre, rejetèrent le joug du grand roi : sans leurs désunions les Grecs d'Asie auraient réussi peut-être à rester libres. Leur défaite et leur soumission assurées, Darios songea à tirer vengeance des Athéniens et des Érétriens, qui avaient pris part à la lutte. Une première expédition sous Mardonios échoua (492). Deux ans plus tard, Datis et Artaphernès, débarqués en Attique, furent battus à Marathon (490). Ces désastres ne découragèrent pas le vieux roi : trois années durant ïl rassembla des armes, des provisions, des soldats, des vaisseaux : il allait se mettre en marche en 487, quand un accident imprévu lParrêta.
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Xerxès I**; les guerres médiques; Artaxerxès I‘; Darios II. — Artaxerxès IT (405-362). — Artaxerxès III Okhos (362-339); les dernières dynasties indigènes de l'Égypte (404-343); Darios IIE et Alexandre
de Macédoine; chute de l’empire perse.
Xerxès K‘: les guerres médiques:; Artaxerxès f7: Darios EX.
Depuis son avénement, Darios s’était toujours étudié à mériter l'amour, où du moins à gagner la tolérance de ses sujets égyptiens. Avec un peuple dévot et plein de sa vieille gloire, le meilleur moyen d’y réussir était de respecter la religion et de s’incliner devant un passé dont le retour n’était pas à craindre. Il releva les temples abattus
par Kambysès et accorda sa faveur aux prêtres persécutés!. La conduite oppressive du satrape Aryandès faillit un moment détruire les résultats de cette politique : il le destitua et le mit à mort?, pas assez tôt cependant pour prévenir une révolte. {1 accourut en toute hâte, et le hasard voulut qu’il arrivât à Memphis quelques jours après la mort d’un Hapi. Kambysès s'était moqué du dieu et l’avait frappé : Darios le pleura et promit, dit-on, cent talents d’or à qui en trouverait un nouveau. Sa piété ramena les rebelles : ils se soumirent sans combat. Avant de quitter le pays, il « visita le grand temple de Phah et voulut y placer sa statue à côté de celle de Sésostris. Les prêtres ne le lui permirent point, « Car, dirent-ils, Darios n’a pas égalé les actions « de Sésostris l’Egyptien. Il n’a pas vaincu les Scythes « que Sésostris avait vaincus. » Darios répondit qu’ «il « espérait faire autant que Sésostris, s’il vivait aussi long- « temps que Sésostris avait vécu, » et s’inclina devant l’orgueil patriotique des prêtres ses sujets*. Il rétablit du mieux qu'il put les anciennes voies commerciales qui avaient jadis porté en Egypte toutes les richesses du monde ancien. Il rouvrit le canal des deux mers, auquel le voyage de Skylax avait donné plus d'importance que jamais 5 : les marchandises arrivèrent directement des bouches de l’Indos dans les ports de la Méditerranée. IL exploita la route qui va de Coptos à la mer Rouge, et celle qui mène de Siyout et d’Abydos au Soudan. La grande Oasis, où les princes saïtes avaient déjà envoyé des colons grecs, reçut de fortes garnisons et devint un des postes les plus importants de l'Égypte. Il y fit construire, dans la
1. De Rougé, Mémoire sur la statuette naophore du Vatican: — 2. Hérodote, IV, 166.— 3. Polyen., Strat., VIL, 11, 7. L'Hapi en question ne peut être l'Hapi mort en 517; l'inscription de Béhistoun ne marque aucune révolte de l'Égypte, et d’ailleurs la conquête de la Cyrénaïque par Aryandès (Hérodote, IV, 166-167, 200-204) est postérieure à l'expédition de Scythie. Le voyage de Darios en Égypte doit donc se placer vers le temps de la révolte d’Ionie, entre 504 et 498. — 4, Hérodote, Il, 110; Diodore, I, 58, 5.— 5. Hérodote, Il, 159. On a trouvé sur plusieurs points dé l’isthme, et notamment à Chalouf, des stèles tri lingues de Darios.
petite ville de Hib', un grand temple d’Ammon, dont les ruines subsistent encore aujourd’hui?. Les Égyptiens le mirent au nombre des six législateurs dont ils vénéraient le nom et la mémoire.
La reconnaissance ne fut pas assez forte pour étouffer en eux le souvenir de l'indépendance ou le désir de la liberté. En 4863, ils chassèrent les Perses et proclamèrent roi Khabbash, qui destendait probablement de la famille de Psamétik. Darios ne voulut pas arrêter pour si peu sa grande expédition contre la Grèce : il rassembla une nouvelle armée et se préparait à mener les deux guerres de front, lorsqu'il mourut dans la soïxante-treizième année de son âge, et dans la trente-sixième année de son règne (285)4. Avant d’être roi, il avait eu trois enfants d’une première femme, fille de Gobryas. Artabazanès, l’aîné d’entre eux, avait longtemps été considéré comme héritier présomptif et avait probablement exercé la régence en cette qualité pendant l'expédition de Scythie*. Mais au moment de la révolte d'Egypte, quand Darios eut à désigner son successeur, la reine Atossa lui remontra qu’il valait mieux choisir l’aîné de ses enfants à elle, Khshayarsha (Xerxès), qui était né dans la pourpre et descendait par elle de Kyros. Son influence était toute-puissante sur Le vieux roi:il cédaf, et peu de temps après Xerxès monta sur le trône sans opposition, C'était un homme d’environ trente-quatre ans, faible d’esprit et de caractère. Il songea d’abord à suspen-
1. Aujourd’hui el-Khargeh. — 2. Caïlliaud, Vogage à l’oasis de Thèbes, pl. x, 399; Hoskins, Visit to the great Oasis, p. 118; Lepsius, Hieroglyphische Inschriften in den Oasen von Khärigeh und Dâkhileh, dans la Zeitschrift, 1814, p. 13-83. — 3. Le contrat démotique 3231 du Louvre porte la date du troisième mois de la seconde saison de l’an xxxv de Darios I°*. La révolte de Khabbash eut donc lieu entre juin et septembre 486 (Unger, Manetho, p. 289). — 4. C’est le calcul d'Hérodote. D’après Ctésias, Persica, $ 19, il avait vécu soixante-douze ans et régné trente et un. Sur Darios [°*', v. G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. III, p. 404-444; Spiegel, Erdnische Alterithumskunde, t. II, p. 315-317. — 5. Cf. à ce sujet G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. III, p. 145-
146. — 6. Hérodote, VIT, 2. Ciésias, Persica, $ 20, ne dit rien de ces événements,
dre les armements contre la Grèce, mais les conseillers de son père lui remontrèrent qu'il ne pouvait laisser sans vengeance l’échec de Marathon, et finirent par l’entraîner à la guerre. Avant de passer en Europe, il voulut réduire de nouveau l'Egypte à l’obéissance. Le roi Khabbash avait fait de son mieux pour recevoir chaudement les Perses. Il avait employé les trois années de répit qu'ils lui avaient données à parcourir les côtes du Delta, à mettre les marais et les bouches du fleuve en état de défense, afin de repousser l'attaque par mer qu’il prévoyait". Ses précautions ne lui servirent de rien au moment décisif : Xerxès l’accabla sous le nombre. Les nomes du nord, qui avaient pris le plus de part à la révolte, furent imposés lourdement, les prêtres frappés d'amende et le temple de Bouto dépouillé de ses biens?. Khabbash disparut au milieu du désastre, sans qu’on sache au juste ce qu’il devint; Akhéménès, frère du roi, fut nommé satrape et prit toutes les mesures de rigueur nécessaires pour empêcher un autre soulèvement. Il ne vint pas à l'esprit de Xerxès de changer la constitution politique du pays : il laissa les nomes aux mains de leurs princes héréditaires, sans songer qu’en respectant les petites dynasties locales il donnait aux futures révoltes égyptiennes des chefs toujours préparés à l’action (582).
L'Égypte était à peine soumise, que des troubles éclatèrent en Chaldée : Babylone chassa la garnison perse et se déclara indépendante. Mégabysos, fils de Zopyros, qui était satrape de la province par droit d’hérédité, réduisit la ville après un longsiége, et la traita avec une rigueur inaccoutumée : le temple de Bel fut pillé, les tombes royales violées et dépouillées, une partie de la population vendue en esclavage (581)%. Xerxès partit pour l’Europe : on sait ce
1. Magiette, Monuments divers, t. I, pl. XII; Brugsch dans la Zenschrift, 1871, p. 1-13. On a de Khabbash une date de l’an II trouvée au Sérapéum. — 2. Mariette, Monuments divers, t. I, pl. XUI, Cf. Hérodote, VII, 4. — 3. Ctésias, Persica, $$ 21-22, place ici sous le nom de Mégabyzos l’histoire qu'Hérodote raconte de Zopyros et de son dévouement.
qu'il y trouva, quelques succès bientôt effacés par les désastres de Salamine et de Platées. Le grand roi, après avoir vu la destruction de sa flotte des hauteurs du cap Colias, s’enfuit précipitamment et rentra en Asie sans attendre la déroute de son armée. Les victoires des Grecs préservèrent, dit-on, l'Europe de la barbarie et sauvèrent la civilisation. Cette phrase, souvent répétée, renferme plusieurs erreurs. Les Perses n'étaient pas des barbares au sens où nous prenons le mot : ils avaient une civilisation d’un type différent, inférieure en bien des points, mais en quelques endroïts supérieure à la grecque. De son côté, la Grèce était encore trop vivante à ce moment pour qu’une défaite et une soumission passagères pussent arrêter son développement. Pour que la civilisation grecque périt, il aurait fallu que la race grecque fût anéantie par le choc de l'Asie. Les Perses n'étaient pas un peuple destructeur; ils ne cherchaïent pas à anéantir des nations entières : ils exigeaient le tribut et l’obéissance, et pour le reste permettaient à chaque peuple de se conduire à sa guise. La conquête perse aurait pu changer le cours de l’histoire grecque et modifier, jusqu'à un certain point, le développement de la civilisation : elle n'aurait pu l’arrêter.
Le résultat immédiat de la défaite de Xerxès fut le retrait de la frontière perse. Quelques garnisons restèrent au delà du Bosphore, à Byzance jusqu’en 478, à Eïon jusqu’en 477?, à Doriskos jusqu’en 450 et même plus tard. Leur maintien fut une satisfaction accordée à l’orgueil du grand roi plutôt que le résultat d’une nécessité politique : Xerxès aimait à se figurer qu’il avait pied en Europe et pourrait recommencer la guerre un jour ou l’autre, mais la Thessalie, la Macédoine, la Péonie, la Thrace, recouvrèrent leur indépendance. Bien plus, l'Asie fut menacée à son tour et les flottes athéniennes parcoururent à leur gré les parages où les flottes phéniciennes au service du grand roi avaient jusqu'alors régné sans
1. Thucydide, I, 9%, — 2, Id., I, 98. — 3. Hérodote, VII, 106.
rivales. Si la Grèce avait pu prévenir ses discordes et poursuivre les avantages qu’elle venait d’obtenir, toutes les colonies de l’Asie Mineure étaient délivrées. Par malhéur; Sparte n’aimait pas les aventures lointaines, Athènes avait assez à faire de relever ses murailles et de reconstituer sa puissance : la Perse fut sauvée d’üne invasion.
Et tandis que le sort de son empire pendait dans la balance, que faisait Xerxès? Xerxès usait, dans des intrigues et des débauches de harem, le peu de courage qui lui restait. Douze années durant, la guerre traîna sans qu’il songeât à faire un nouvel effort, ni même à prévenir une attaque: Vers 466, une flotte athénienne parut sur les côtes dé Carie et de Lycie, en chassa les garnisons et rencontra la flotte du grand roi mouillée à la bouche de l’'Eurymédon: Ce fut un nouveau Mycale : la flotte ennemie détruite, les équipages athéniens débarquèrent et mirent en déroute l’armée qui laccompagnait. Le vainqueur se dirigea vers Chypre, dispersa une seconde flotte de quatre-vingts voiles, et rentra au Pirée chargé de butin (466). Xerxès ne survécut pas longtemps à cette humiliation : il fat assassiné par l’eunuque Aspamithrès et le chef des gardes Artabanos (485)*. La même nuit, les meurtriers se rendirent auprès de son plus jeune fils, Artakhshathra (Artaxerxès), accusèrent du crime un autre fils du nom de Darios, et le tuèrent sous prétexte de venger le parricide. Ils essayèrent ensuite de faire périr Artaxerxès luimême, mais furent trahis par un de leurs complices et mis à mort. Les fils d’Artabanos voulurent venger leur père et rassemblèrent quelques troupes : ils périrent les armes à la main, Enfin, comme si ce n’était pas assez de tant de crimes, le frère aîné du nouveau roi, Hystaspès, qui était absent à la mort de Xersès et aurait dû hériter la couronné, se fit proclamer dans son gouvernement de Bactriane et vint réclamer ses droits à la tête d’une puissante
1. Hérodote, IX, 69; Diodore, XI, 69 ; Ctésias, Persica, $ 29 ; Justin, III, 1, et Élien, Var. Hist., XIIL, 3, qui raconte que Xerxès fut assassiné
la nuit, par son fils.
armée. Il fallut deux campagnes pour avoir raison de lui (462) *. :
Au milieu du désordre général, l'Egypte chercha une fois de plus à recouvrer son indépendance. Le prince de Marea?,Inaros, fils d’un Psamétik, se mit à la tête du mouvement et entraîna à sa suite tous les chefs du Delta (463). Seul, il ne pouvait espérer triompher des Perses : il s’adressa aux Grecs. Depuis leur victoire d’'Eurymédon, les
Athéniens n’avaient cessé d’entretenir une flotte dans les eaux de Chypre : les deux cents navires qui la composaient alors reçurent l’ordre de se rendre en Égypte et d’y rester à la disposition des chefs insurgés . Leur arrivée fut marquée par une victoire éclatante : Akhéménès, frère de Xerxès, et depuis 485 satrape de la province, fut battu près de Paprémis et son armée presque entièrement exterminée. Inaros le tua de sa propre main dans la mêlée et envoya son cadavre à Artaxerxès, peut-être par bravade, peut-être par respect pour le sang de la victime. Quelques jours après, l’escadre athénienne, aux ordres de Kharitimidès, surprit une flotte phénicienne qui accourait au secours des Perses, lui coula trente navires et lui en prit vingt. Les alliés remontèrent le fleuve et parurent devant Memphis, où s'étaient réfugiés les débris des Perses et les troupes indigènes restées fidèles. La ville succomba bientôt, mais la forteresse du Mur-Blanc tint jusqu’au bout, et sa résistance donna au grand roi le temps de rassembler une nouvelle armée. La force des rebelles était moins dans les masses égyptiennes et libyennes que dans le petit corps : d’hoplites et de matelots athéniens. Avant d’aventurer ses troupes dans le Delta, Artaxerxès tenta d’opérer une diversion en (Grèce : ses envoyés essayèrent d'acheter les Spartiates et de les engager à envahir l’Attique. La vertu spartiate fut cette fois, par hasard, à l’épreuve des dariques persanes. Mégabysos, envoyé en Égypte, battit l’armée
1. Ctésias, Persica, $$ 30-31.—2. Thucydide, I, 104; Ctésias, Persica, $ 32, qui nomme le satrape vaincu Akhœménidès, frère d’Artaxerxès. . — 3. Thucydide, I, 104; Ctésias, Persica, $ 32.
ennemie et força les vaincus à s’enfermer dans l’île de Prosopitis, où ils soutinrent un véritable siége de dix-huit mois’. Au bout de ce temps, Mégabysos parvint à détourner un des bras du fleuve, mit à sec la flotte athénienne et donna l’assaut. Inaros, trahi par les siens, tomba aux mains de l’ennemi et fut mis en croix. La plus grande partie des auxiliaires grecs périt dans le combat : quelques-uns réussirent à gagner Kyrène et à rentrer en Grèce. Pour comble de malheur, un renfort de cinquante navires, qui arriva à l'embouchure mendésienne peu de jours après, fut surpris par la flotte phénicienne et plus d’à moitié détruit (455) ?. Thannyras, fils d’Inaros, fit sa soumission et reçut en récompense le royaume de son père? ; lEgyptien Amyrtæos, qui avait pris parti pour Inaros, se réfugia dans les marais de la côte qui avaient servi plusieurs fois d’asile aux Saïtes‘, et s’y défendit longtemps encore avec succès.
L’intégrité de l’empire était rétablie, mais la guerre avec les Grecs durait toujours. Six ans après leur désastre d’Égypte, les Athéniens équipèrent une flotte de deux cents voiles, qu’ils placèrent aux ordres de Cimon : il s’agissait de conquérir Chypre, ou du moins d’occuper solidement plusieurs villes chypriotes. Pour diviser les forces de l’ennemi, Cimon fit mine de vouloir recommencer la campagne d'Egypte et envoya une escadre de soixante navires au roi Amyrtæos : lui-même bloquala place de Kition avec ce qui lui restait d'hommes et de vaisseaux. Ilmourut bientôt après. des suites d’une blessure, et ses successeursfurentobligés de lever le siége faute de vivres. En passant devant Salamine, ils défirent une flotte phénicienne et cilicienne, puis débarquèrent et baitirent une armée perse qui se tenait près de la ville. Artaxerxès ne résista pas à ce dernier échec : il craignit que les Athéniens, une fois maîtres de Chypre, ne
1. Ciésias remplace le nom de Prosopitis par celui de Byblos, « ville forte de l'Égypte. » (Persica, $S 33-34 ; cf. Et. de Byzance, s. v. BÜ6Xos.) — 2. Thucydide, 1, 105 ; Diodore, XI, 71, 74; Ctésias, Persica, SS 33- 36.— 3. Hérodote, III, 15. — 4. D’après Hérodote, II, 140, l’île où il se réfugia se nomme £lbô et avait servi de retraite à l’aveugle Anysis.
parvinssent à soulever l'Égypte, toujours mal asservie, et décida de traiter à tout prix. La paix lui fut accordée à condition que les Grecs d'Asie resteraient libres. Aucune armée perse ne pourrait approcher à moins de trois journées de marche de la côte ionienne. Aucun navire de guerre perse ne pourrait naviguer dans les eaux grecques, depuis les îles Khélidoniennes jusqu'aux roches Kyanées, c'est-à-dire depuis la pointe est de la Lycie jusqu'à l'entrée du Pont-Euxin. Ce traité mit fin à la première guerre contre les Perses et les Grecs (449) : les hostilités avaient duré un demi-siècle, depuis l’incendie de Sardes jusqu’à la dix-septième année d’Artaxerxès [° (501-449).
Les empires orientaux ne vivent qu’à la condition d’être toujours en guerre et toujours victorieux. Ils ne peuvent ni se restreindre dans certaines limites, ni rester sur la défensive; du jour qu’ils s’arrètent dans leur mouvement d’expansion, la décadence commence pour eux : ils sont conquérants ou ils ne sont pas. La Perse suivit la loi commune. Ce ne fut plus désormais que révoltes dans les provinces, en Égypte, en Chaldée, en Bactriane; tragédies de palais, où le poignard et le poison jouèrent leur rôle; guerres civiles, dans lesquelles les satrapes tournèrent contre le suzerain l’habileté qu’ils auraient dû tourner contre ses ennemis. La paix avec la Grèce était à peine signée, que Mégabysos, satrape de Syrie, mécontent de la -manière dont le roi l’avait traité après la victoire d’Inaros, souleva sa province. Deux généraux, envoyés contre lui, furent battus l’un après l’autre : Mégabysos imposa ses conditions et ne fit sa soumission qu'après les avoir obtenues!. Le succès de sa révolte eut des conséquences déplorables : les satrapes virent qu’il n’était pas impossible de tenir tête au roi avec succès, et se relâchèrent de leur obéissance. Quelques années plus tard, Zopyros, fils de Mégabyzos, suivit l’exemple de son père et souleva la Carie et la Lydie?. La fidélité des gouverneurs de province ne fut