AU TEMPS DE DARIUS
Les noms en filforme: appartiennent a la nomenclature d'Heredete .
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Pme. Clamaron 254,5 S-lacques, Farid ‘ S Nesstné par J. Gaulter.
frappe. Tout l’argent brut qu’on recevait était coulé dans des vases de terre et conservé dans les trésors royaux, d’où il ne sortait que pour être monnayé selon les besoins ou le caprice du moment. L'impôt en nature n’était pas moins considérable. L'Egypte fournissait le blé nécessaire aux 120 000 hommes qui l’occupaient militairement‘. Les Mèdes donnaient chaque année 100 000 moutons, 4000 mulets, 3000 chevaux; les Arméniens, 30 000 poulains ? ; les gens de Babylone, 500 jeunes eunuques ; la Cilicie, 366 chevaux blancs, un pour chaque jour de l’année ?. Les taxes royales n’avaient rien d’exagéré, mais elles ne sauraient donner la mesure des charges que supportait chaque province. Les satrapes ne recevaient aucun traitement de l’État : ils vivaient sur le pays avec leur suite et se faisaient payer largement par les indigènes. Le seul gouvernement de Babylone rendait chaque jour à son possesseur une pleine artabe d’argent* : l'Égypte, l’Inde, la Médie, la Syrie, ne devaient pas rapporter beaucoup moins, et les provinces les plus pauvres n’étaient pas les moins ‘lourdement frappées. Les satrapes coûtaient à entretenir au moins autant que le roi.
Avec tous ses défauts, ce système était de beaucoup préférable à celui qu'on avait employé jusqu’alors dans tout l'Orient. Il assurait au souverain un budget régulier, mettait les provinces sous sa main, et rendait les révoltes nationales fort difficiles. La mort de chaque roi ne fut pas suivie comme autrefois de soulèvements dont la compression remplissait une bonne partie du règne suivant. Darios n'eut pas seulement la gloire d'organiser l’empire perse : il trouva une forme de gouvernement qui servit désormais de type aux grands États orientaux. Sa renommée d’organisateur a même nui à sa gloire militaire : on a trop souvent oublié qu’il avait agrandi ses domaines dans le temps qu’il en réglait administration. A force de victoires, les
1. Hérodote, II,91. — 2. Strabon, 1. XI, 13, 14. — 3. Hérodoie, [I 91; VI, 42. — 4. Id., I, 192. Cela fait par an, en poids, près de 2 600 000 francs de notre monnaie,
Perses en étaient arrivés à ne plus trouver d’issues que dans deux directions opposées, à l’est vers l’Inde, à l’ouest vers la Grèce. Partout ailleurs ils étaient arrêtés par des mers ou par des obstacles presque infranchissables aux lourdes armées de l’époque, au nord : la mer Noire, le Caucase, la Caspienne, les steppes de la Tartarie; au sud, la mer Érythrée, leplateau sablonneux de l’Arabie, le désert d'Afrique. Un moment, vers 512, on put croire qu'ils allaient se jeter à l’est’. Du haut des montagnes qui bornent l'Iran, ils dominaient au loin les immenses plaines de l’Heptahendou (Pendjab). Darios envahit ce pays, y conquit des territoires étendus, dont il forma une satrapie nouvelle, celle de l'Inde, puis, renonçant à pousser plus loin vers le Gange, fit reconnaître les régions du sud. Une’ flotte construite à Peukéla et placée sous les ordres d’un amiral grec, Skylax de Karyanda, descendit l’Indos jusqu’à. son embouchure et soumit sur son passage les tribus qui bordaient les deux rives du fleuve. Parvenue à la mer, elle cingla vers le couchant et releva en moins de trente mois les côtes de la Gédrosie et de l'Arabie.
Une fois engagés dans l'Inde, les Perses auraient pu y fournir sans grand péril une carrière brillante et lucrative. Je ne sais quelle circonstance les empêcha de poursuivre leurs premiers succès et ramena leur attention sur les pays de l’Occident. Darios forma le dessein de soumettre les Grecs d'Europe. Mais, avant de se lancer dans cette expédition, la prudence lui commandait de conquérir ou du moins d’effrayer les peuples qui auraient pu inquiéter sa marche : il attaqua les Scythes. Une première expédition, commandée par Ariaramnès, satrape de Cappadoce, franchit le Pont-Euxin, débarqua sur la côte opposée quelques milliers d’hommes’et ramena des prisonniers qui fournirent aux généraux perses toutes les informations dont ils avaient besoin’. Darios, renseigné
1. La satrapie de l'Inde n’est pas nommée dans l'inscription de Béhistoun, mais se trouve sur les listes de Persépolis et de Nach-i- Roustem. L’expédition de Darios doit donc se placer entre 515 et 512.— 2. Ctésias, Persica, $ 16.
par eux, franchit le Bosphore avec huit cent mille hommes , soumit la côte orientale de la Thrace et passa le Danube sur un pont de bateaux construit par les Grecs d’'Ionie (508). Les Scythes n’acceptèrent point la bataille qu’il leur offrait : ils détruisirent les fourrages, comblèrent les puits, emmenèrent le bétail et se retirèrent dans l’intérieur, le laissant aux prises avec la famineet les difficultés du terrain. L’intendance perse avait pris ses précautions et rassemblé toutes les provisions nécessaires : deux mois durant, Darios parcourut les steppes de l’Ister au Tanaïs. Il pénétra au cœur même de la Russie, brûla les villages, saccagea tout ce qu’il rencontra, puis revint vers le sud sans autre perte que celle de quelques malades. Pendant son absence, les Barbares avaient engagé les Grecs à détruire le pont de bateaux et à retourner chacun dans sa ville. Miltiades d'Athènes, tyran de Chersonèse, voulait qu’on suivit leur conseil : Histiæos de Milet s’y opposa, et son avis prévalut'. Darios, revenu sain et sauf, rentra en Asie, après avoir. laissé à Mégabyzos une armée de quatre-vingt mille hommes qui soumit l’une après l’autre les tribus indigènes et les villes grecques de la Thrace et força le roi de Macédoine à se reconnaître tributaire (506). L'expédition de Scythie est considérée d’ordinaire comme un caprice de despote : en fait, ce fut une entreprise bien conçue et bien menée. Elle valut à la Perse une province nouvelle, la province de Thrace, et, ce qui valait mieux, elle assura à l'empire la tranquillité. Les Scythes terrifiés se gardèrent bien de l’inquiéter et en respectèrent désormais les frontières. Darios, assuré de ce côté, fut libre de poursuivre ses projets de conquête sur l'Occident.
La Thrace et la Macédoine soumises d’une part, les Grecs de la Cyrénaïque réduits de l’autre (506), les Perses se trouvaient mis directement en contact avec la Grèce propre. L’invasion qu’ils méditaient fut prévenue par une révolte de la Grèce d’Asie. Il n’entre pas dans le plan de