‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 5)Chapitre 12 sur 96 · Isis et Nephthys · texte numérisé non relu

Isis et Nephthys

mST. ANC. 3

viens, Râ qui se crée lui-même ! Fais que le Pharaon reçoive les offrandes qui se font dans Hâ-benben*, sur les autels du Dieu dont secret est le nom! Honneur à toi, vieillard qui se manifeste en son heure, seigneur aux faces nombreuses, Urœus qui produit les rayons destructeurs des ténèbres! Tous les chemins sont remplis de rayons. C'est à toi que les cynocéphales donnent les offrandes qui sont dans leurs mains, à toi qu'ils adressent leurs chants, dansant pour toi, faisant pour toi leurs incantations et leurs prières*. Ils sont appelés dans le ciel et sur la terre; ils sont conduits à tes gracieux levers ; ils t'ouvrent (variante, ils brisent pour toi) les portes de l'horizon occidental du ciel ; ils font aller Râ dans la paix, dans l'exaltation de ta mère Nout. Ton âme examine ceux qui sont dans le ciel inférieur, et les âmes sont dans le ravissement matin et soir. [Car] tu fais le fléau qui tue et tu adoucis la souffrance d'Osiris, tu donnes les souffles à qui est dans la vallée funéraire.

« Tu as illuminé la terre plongée dans les ténèbres ; tu adoucis la douleur d'Osiris. Ceux qui sont goûtent les souffles de la vie; ils poussent des exclamations vers toi, ils s'agenouillent devant cette forme qui est tienne de Seigneur des formes! Ils rendent honneur à ta force dans cette ligure bienfaisante qui est tienne de Dieu Matin! Les dieux tendent leurs bras vers toi, lorsqu'ils sont enfantés par ta mère Nout. Viens au Pharaon, donne-lui ses mérites dans le ciel, sa puissance sur la terre, ô Râ! qui as réjoui le ciel, ô Râ ! qui as frappé la terre d'une crainte respectueuse!

ce 0 bienfaisant Râ-Harmakhis !

« Tu as soulevé le ciel d'en haut pour élever ton âme ; tu as voilé le ciel inférieur pour [y cacher] tes formes funéraires !

ce Tu as élevé le ciel d'en haut à la longueur de tes bras ; tu as élargi la terre par [l'écartement de] tes enjam- ])ées.

l . La demeure du Phénix j le grand temple d'Héliopolis. —2. Les mo- 'uimentsnous montreûten effet les cynocéphales adorant lo soleil levant.

L*ÉGYPTE PRIMITIVE. a5

« Tu as réjoui le ciel d'en haut par la grandeur de ton âme; la terre te craint grâce à l'oracle de ta statue.

« Êpervier saint, à l'aile fulgurante; Phénix aux multiples couleurs;

« Grand lion qui se défend soi-même et qui ouvre les voies de la barque Sekti^,

ce Ton rugissement abat tes adversaires, tandis que tu fais avancer la grande barque ;

« Les hommes t'invoquent, les dieux te craignent ; tu as abattu les ennemis sur leurs faces.

« Cloureur qu'on ne peut atteindre au matin de ses nais-^ sances, élevé plus que les dieux et les hommes,

« Lève-toi pour nous, nous ne connaissons pas ton image; apparais à notre face, nous ne connaiss(Mîs pa« ton corps!

« 0 bienfaisant Râ-Harmakhis I

« Tu te rues, mâle [sur les femelles].

« Taureau la nuit, chef en plein jour, beau disque bleu,

« Roi du ciel, souverain sur la terre, grande image dans les deux horizons du ciel,

« Râ — créateur des êtres, Totounen, vérificateur dos êtres intelligents,

« Que le fils du Soleil, le Pharaon, soit vénéré pour tes mérites ; qu'il soit adoré quand tu te lèves bienfaisant à Thorizon oriental du ciel. C'est lui qui dirige ta course, qui renverse tes ennemis devant toi, qui repousse tous tes adversaires, qui examine pour toi Vûsà^ en son lieu*. »

Cependant le Dieu passe enveloppé de cette lumière éblouissante qui ne permet pas à l'œil humain de sonder les profondeurs de son être :

<c 0 Dieu qui t'es ouvert les voies, t> toi qui as percé à travers les murailles! Oh! Dieu qui se lève en qualité de soleil ! Être qui devient sous la forme de Khepra dans le

1. JLa barque Sekli était la barque du Soleil. — 2. Uûzd esi Tœil du dieu. X'œil droit du dieu est le Soleil, son œil gauche est la Lune. — 3. Lepsius, Denkm.^ YI, pi. CXV. — Pi. CXVII.

double horizon ! Tu as éveillé ceux qui te font parcourir les chemins du ciel ; tu t'approches du Grand Chef pour faire le plan du temps durant le cours de l'éternité !

ce Enfant qui nais chaque jour,

« Vieillard [enfermé] dans les bornes du temps !

« Vieillard qui parcours l'éternité!

« Si immobile, qu'il ouvre toutes ses faces,

« Si élevé qu'on ne peut l'atteindre I

« Seigneur de la demeure mystérieuse où il se tient caché,

« Être caché dont on ne connaît point l'image !

« Seigneur des années, qui donne la vie à qui lui a plu!

« Tu es venu, tu as ouvert les chemins, tu as parcouru les voies de l'éternité*. » G'eqt ainsi, au milieu des acclamations et des prières, qu'il poursuit sa marche radieuse, jusqu'au moment où, poussé toujours par le courant irrésistible, il plonge à l'occident et disparaît pour un^ temps dans la nuit du ciel inférieur.

Les pouvoirs malfaisants vaincus et contenus, l'œuvre du Dieu n'est pas encore complète. « Il a créé le sol, l'argent, l'or, — le lapis vrai à son bon plais r *. — Il fait les herbages pour les bestiaux, — les plantes dont se nourrissent les humains. — Il fait vivant le poisson dans le fleuve,

— les oiseaux dans le ciel, — donnant les souffles à ceux qui sont dans un œuf. — Il vivifie les reptiles, — fait ce dont vivent les oiseaux ; — reptiles et oiseaux eont égaux [à ses yeux]. — Il fait des provisions au rat dans son trou,

— [et] nourrit l'oiseau sur la branche. — Sois béni pour iout cela, — Un unique, multiple d% bras*. » Enfin «les hommes sortent de ses deux yeux* », et se répandent à la surface de la terre, « troupeau de Râ, » divisé en quatre races, les Égyptiens [Retou), les hommes par excellence et

1. Lepsius, Denkm,, VI, pi. CXX, 1. 66-77. — 2. Papyrus de Boulaq, t. II, pi. XI, p. 8, 1. 6-7. — 3. Id., pi. XI, p. 6, 1. 3-7. — 4* Id., pi. XI, p. 6, 1. 3.

les Nègres (Nahsi) qui sont sous le patronage d'Hor; les Asiatiques (Aâmou) et les peuples du Nord, à peau Manche, sur lesquels Sekhet, la déesse à tête de lionne, étend sa protection ^ <c Salut à toi! disent-ils tous, — louange à toi parce que tu demeures parmi nous ! — Prosternations devant toi, parce que tu nous crées !» — Tu es béni de toutes créatures ; — tu as des adorateurs en toute région,

— au plus haut des cieux, dans toute la largeur de la terre

— au profond des mers. — Les dieux s'inclinent devant ta Sainteté ; — les âmes exaltent qui les a créées, — elles se réjouissent de se présenter devant leur générateur, — elle» le disent : « Va en paix, — père des pères de tous les « dieux, — qui as suspendu le ciel, — étendu la terre ; « — créateur des êtres, formateur des choses, — roi soua verain, v. s. f.', chef des dieux, — nous adorons tes a esprits, parce que tu nous as faits ; — nous te faisons <c [des offrandes], parce que tu nous as donné naissance; — << nous te faisons des bénédictions, parce que tu demeures « parmi nous*. »

Au sortir des mains du créateur, Thomme ne connaissait encore aucun des arts nécessaires à la vie ; il n'avait même pas de langage et en était réduit à imiter les cris des animaux. Dieu descendit sur la terre et se manifesta aux humains sous différentes formes dont la succession est enregistrée dans les dynasties divines. Le nom de ces formes ou plutôt de ces dieux varia selon les temps et les lieux. A Memphis, Phtah prenait la tête de la liste. Venaient ensuite :

Le roi de la Haute et de la Basse Egypte (Ra) v. s. f.

Le roi de la Haute et de la Basse Egypte (Shou, fils de Râ) V. s. f.

Le roi de la Haute et de la Basse Egypte (Seb) v. s. f.

• 1. Denkm.,m, pi. CXXXV-CXXXVI. — 2. F. s. f. est Tabréviation de la formule vie, santé, force, qui suit toujours le nom des rois ou les titres réservés exclusivement à la royauté. — 3. Papyrus de Boukiç, t. II, pi. XI; p. 7, 1. 2, p. 8, 1. 1. La traduction complète de cet hymne a été ddBnée par M. Grébaut, Tun des égyptologues dont les débuts font le plus honneur à l'école française.

Le roi do la Hanto H de la Basse E}a:ypfft (Oj^iris-Oux- NOWRÉ, roi des dieux) v. s. f.

. Le roi de la Haute et de la Basse Egypte (Set) v. s. f.

Le roi de la Haute et de la Basse Egypte (Hor) v. s. f. A Héliopolis, Atoum avait la première place. A Thèbes, Phtah et Atoum cédaient la primauté à Ammon-Râ, le roi des dieux, le dieu de Ui première foi^. Le règne de cette dynastie divine était regardé par les Égyptiens des temps postérieurs comme un âge d'or auquel ils ne songeaient jamais sans envie : pour dire d'une chose qu'elle était supérieure à tout ce qu'on pouvait imaginer, ils affirmaient « ne pas en avoir vu la pareille depuis les jours du dieu Râ»*.

Osiris était le plus populaire des dieux-roîs. Je n'entreprendrai pas de raconter sa légende ; la plupart des documents nécessaires à pareille tâche nous font encore défaut, et ceux que nous avons sont trop obscurs pour nous permettre de démêler ce qui appartient à chacune dos écoles de théologie qui ont successivement passé en Egypte. Son mythe n'est qu'une des formes sous lesquelles on se plaisait à représenter la lutte du bien et du mal, du dieu ordonnateur contre le désordre du chaos. Osiris, l'être bon par excellence [Ounnowré]^ est en guerre perpétuelle avec Set (Typhon) le maudit : Osiris, dieu solaire et forme infernale de Râ, est l'ennemi éternel de Set, le dieu des ténèbres et de la nuit. Après sa disparition à l'ouest du ciel, « le roi du jour, souverain de la nuit, qui avance sans station ni relâche, » Râ, n'arrêtait point sa course. Il allait « sur la voie mystérieuse de la région d'occident » à travers les ténèbres de l'enfer « que nul vivant n'a jamais pénétrées», et voyageait pendant douze heures pour regagner l'Orient et reparaître à la lumière. Cette naissance et cette mort journalières du soleil, indéfiniment répétées, avaient suggéré aux Égyptiens le mythe d'Osiris. Gomme tous les

I . Voici les noms de ces dieux-rois, sous la forme grécisée où Manéihon nous les a transmis : "HçaKrco;, "HXio;, S<5;, Kpôvo;, 'Oaipi; ('Ovvoçpi;), îuçiàv, *Ûpo;. •

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dieux, Osiris eBt le soleil : sous la figure de Râ il brille au ciel pendant les douze heures du jour; sous la forme d'Osiris Ounnowré, il régit la terre. Mais, do même que Rti GHt chaque soir attaqué et vaincu par la nuit qui semble l'engloutir à jamais, Osiris est trahi par Set qui le met en pièces et disperse ses membres pour l'empêGlier de reparaître. Malgré cette éclipse momentanée, ni Osiris ni Râ ne sont morts. Osiris Khent-Ament, Osiris infernal, soleil de nuit, renaît, comme le soleil au matin, sous le nom d'Harpechroud, Hor enfant, THarpocrate des Grecs. Harpocrate qui est Osiris, lutte contre Set et le bat comme le soleil levant dissipe les ombres de la nuit; il venge son père, mais sans anéantir son ennemi. Cette lutte qui recommence chaque jour et symbolisait la vie divine servait aussi de symbole à la vie humaine. La vie n'était pas, en effet, confinée à cette terre. L'être qui naissait à notre monde avait déjà vécu et devait vivre ailleurs : les moments de son existence terrestre n'étaient qu'un des stages, un des devenirs (khepraou) d'une existence dont il ne connaissait ni le commencement ni la fin. Chacun des stages de cette existence, et partant la vie humaine, répondait à un jour de la vie du soleil et d' Osiris. La naissance de l'homme était le lever du soleil à l'Orient ; sa mort, la disparition du soleil à l'Occident du ciel. Une fois mort, l'homme devenait Osiris et s'enfonçait dans la nuit jusqu'au moment où il renaissait à une autre vie comme Hor-Osiris à une autre journée.

Pendant sa vie terrestre, l'homme se compose surtout d'intelligence (Khou) et de corps : par l'une, il tient à Dieu ; par Tautre, il se rattache à la matière et participe de ses vices. Dans le principe, la parcelle d'intelligence qui fait son être revêtue d'une lumière subtile*, est en liberté de parcourir les mondes, d'agir sur les éléments, de les oi^ donner et de les féconder selon qu'il lui semble expédient. Mais, à l'entrer dans une prison de terre, elle dépouille cet

1. Khou veut dire hriUer, resplendir. Delà le nom de khO, le brillant, le ImminemM. Que porte l'intelligence rerétae de lumière

habit de feu dont le seul contact suffirait à détruire les éléments grossiers dont nous sommes pétris, et se glisse dans une substance moins excellente, bien que divine encore. Cette substance qu'on appelle âme (ba), reçoit Tintelligence et la tient couverte comme d'un voile qui en affaiblit Téclat; mais, trop pure elle-même pour se marier directement avec la matière, elle emploie à la transmission de ses ordres et à l'accomplissement de ses volontés un agent inférieur qui est V esprit ou le souffle (niwou). Seul, en raison de son imperfection, l'esprit peut se répandre dans le corps sans l'anéantir ou le blesser; il pénètre les veines, gonfle les artères, se mêle au sang, remplit et porte pour ainsi dire l'animal entier. Vâme (ba) est l'enveloppe de Y intelligence (khou), Y esprit (niwou) l'enveloppe de l'âme, le corps (khat) l'enveloppe de l'esprit : toutes ces parties, d'origine et de vertus différentes, s'entretiennent par un lien invisible qui duré autant que la vie, et leur assemblage fait l'homme.

Le corps, l'esprit, l'âme lui sont communs avec les bêtes. Mais les bêtes, dénuées de raison, vivent à l'aveugle, bonnes ou mauvaises par instinct ou par aventure, non par règle certaine; leur âme, enfoncée dans la matière, ne voit rien au delà. L'homme a de plus qu'elles l'intelligence dont les directions le maintiennent dans la voie droite et lui ap-

1)rennent à faire la distinction du bien et du mal. L'inteligence entrée dans une âme humaine essaye de l'arracher à la tyrannie du corps et de l'élever jusqu'à soi; mais, comme elle est dépouillée de son vêtement de feu, elle n'est plus assez forte pour mettre à néant les passions et les désirs grossiers que la chair nous inspire. Le corps, contrarié dans ses inclinations, s'insurge, les mauvais instincts se réveillent, la guerre s'engage et se prolonge avec des chances variées. Souvent l'intelligence, trahie par l'âme qui ne peut pas ou ne veut pas rompre ses attachements au monde, se retire du combat pour n'y plus revenir : l'homme, privé de l'étincelle divine, ne vit plus que par machine et s'abaisse à la brute. Souvent aussi, à force de patience et de courage, elle triomphe : les passions dominées devien-

nent vertus, les vertus s'affermissent et s'exaltent; l'âme, dégagée de ses liens, aspire au bien et devine les splendeurs éternelles, à travers le voile de matière qui obscurcit sa vue.

La fin est arrivée, l'homme est mort à la terre. Aussitôt, l'esprit se retire dans l'âme, le sang se coagule, les veines et les artères se vident, le corps laissé à lui-même se résoudrait promptement en molécules informes si les procédés de Tembaunaernent ne lui prêtaient un semblant d'éternité. L'intelligence délivrée reprend son enveloppe lumineuse et devient rfémon (khou). L'âme abandonnée de l'intelligence qui la guidait, allégée en même temps du corps qui l'aggravait , comparaît seule devant le tribunal où Osiris Khent-Ament siège entouré des quarante-deux membres du jury infernal*. Sa conscience, ou, comme disaient les Égyptiens, son cœur, parle contre elle * ; le témoignage de sa vie l'accable ou l'absout ; ses actions sont pesées dans la balance infaillible de vérité et de justice, et selon qu'elles sont trouvées lourdes ou légères, le jury infernal porte un jugement que l'intelligence est chargée d'exécuter. Elle rentre dans l'âme impie, non plus nue et sans force, mais armée du feu divin, lui rappelle ses conseils méprisés, ses prières tournées en dérision, la flagelle du fouet de ses péchés et la livre aux tempêtes et aux tourbillons des éléments conjurés. Toujours ballottée entre ciel et terre, sans jamais échapper aux malédictions qui la lient, la damnée cherche un corps humain pour s'y loger, et, dès qu'elle l'a trouvé, elle le torture, l'accable de maladies, le précipite au meurtre et à la folie*. Lorsque après des siècles elle touche enfin au terme de ses souffrances, c'est pour subir la seconde mort et retomber dans le néant. Mais l'âme juste, après avoir passé son jugement, n'est pas ad-

1. Todib.j ch. cxxv. — 2. ndth.y ch. xxx, 1. 1 sqq. : « 0 cœur, cœur qui me vient de ma mère, mon cœur de quand j*étais sur terre, ne te dresse pas comine témoin ; ne lutte pas contre moi en chef divin, ne me charge point devant le Dieu grand. » — 3. Les recettes médico-magiques traduites par M. Pleyte {Étude sur le Papyrus, I, 348, de Leyde) sont dirigées contre des esprits possesseurs de cette nature.

mise à contempler les vérités suprêmes : avant de parvenir à la gloire, elle doit encore éprouver plus d'une épreuve et lutter plus d'une lutte. Elle s'élance à travers les espaces inconnus que la mort vient d'ouvrir à son vol, guidée par l'intelligence et soutenue par l'espoir certain d'une prochaine félicité. Sa science s'est accrue, ses pouvoirs se sont agrandis, elle est libre de prendre toutes les formes qu'il lui plaît revêtir*. En vain le mal se dresse contre elle sous mille figures hideuses et tente de l'arrêter par ses menaces et ses épouvantements ' ; identifiée avec Osiris*, et partant, victorieuse comme lui, elle parcourt les demeures célestes * et accomplit dans les Champs d^Aâlou •les cérémonies du labourage mystique ^ La fin de ses épreuves approche, les ombres se dissipent peu à peu, le jour de la bienheureuse éternité se lève et la pénètre de ses clartés; elle se mêle à la troupe des dieux et marche avec eux dans l'adoration de l'Être parfait^. Il y a deux chœur» de dieux, les uns errants, les autres fixes j celuici est le dernier degré de l'initiation glorieuse de l'âme'. A ce point, l'âme devient toute intelligence : elle voit Dieu face à face et s'abîme en lui.

Cette félicité parfaite, tout le monde ne l'espérait point : le doute avait envahi certaines âmes à qui la mort apparaissait comme une nécessité terrible, et les régions d'outre-vie comme un pays de silence où tout n'est que deuil et tristesse. « 0 mon frère, 6 mon ami, ô mon mari, dit une

1. Celles de VÉperoieréCor {Todth.^ ch. Lxxvn), du lotus {ch. lxxxi), du Phénix (ch. Lxxxin), de la Grue (ch. lxxxiv), de V hirondelle {ch, LXixn), de la Vipère (ch. lxxxvii) . Il ne faut pas oublier que TassompiioB de Unîtes ces formes est purement volontaire et ne marque nullement le passage de Tàme humaine dans un corps de béte. Chacune des figures que revêtait le Khou était une des figures symboliques de la divinité ; rentrée de rame dans ces figures ne marquait donc en fait que l'assimilation de rame humaine au type divin qu'elle «présentait. — %, Dans les vignettes des Papyrus funéraires, le mauvais principe est figuré par le Crocodile (eh. xxxi, xxxii), la Tortue (cb. zxxvi) et diverses espèces de serpents (ch. xxxuiy xxxv, xxxvii, xu). ^ 3# Le défunt est toujours nommé VÙeirie N. — 4* Todtb,, ch.Lxxiv-uxT. — 5. Id., cb. ex, cxlti. — 6. Id., ch« cxxxi. — 7. Id.^ clu c, aiv, czi-cxvi, csux-gxxx*

femme défunte,, ne cesse pas de boire, de manger, de vider k coupe de la joie, d*aimer et de célébrer des fêtes ; suis toujours ton désir et ne laisse jamais entrer le chagrin en ton cœuT, si longtemps que tu es sur la terre! Car TAment est le pays du lourd sommeil et des ténèbres, une demeure de deuil pour ceux qui y restent. Ils dorment dans leurs formes incorporelles, ils ne s'éveillent pas pour voir leurs frères, ils ne reconnaissent plus père et mère, leur cœur ne s'émeut plus vers leur femme ni vers leurs enfants. Un chacun se rassasie de l'eau de vie, moi seule ai soif. L'eau fient à qui demeure sur la terre; où je suis, l'eau même me donne soif. Je ne sais plus où je suis depuis que j'entrai dans ce pays ; je pleure après l'eau qui a jailli de làhaut. — Je pleure après la brise, au bord du courant (du Nil), afin qu'elle rafraîchisse mon cœur en son chagrin. Car ici demeure le dieu dont le nom est Toute mort II appelle tout le monde à lui et tout le monde vient se soumettre, tremblant devant sa colère. Peu lui importent et les dieux et les hommes; grands et petits sont égaux pour lui. — Un chacun tremble de le prier, car il n'écoute pas. Personne ne vient le louer, car il n'est pas bienveillant pour qui l'adore : il ne regarde aucune offrande qu'on lui tend*. »

Mais ce désespoir, si naturel à l'homme, était sinon rare, du moins rarement exprimé en Egypte. Afin de mériter les hautes destinées que leur promettait la religion et d'éviter la mort d'outre-tombe , les Égyptiens avaient rédigé <ie bonne heure comme un code de morale pratique dont les articles se retrouvent plus ou moins développés sur les monuments de toutes les époques. Un grand fonctionnaire contemporain des rois de la cinquième dynastie disait déjà : « Ayant vu les choses, je suis sorti de ce lieu le monde) où j'ai dit la vérité, où j'ai fait la justice. Soyez botis pour moi, vous qui viendrez après, rendez témoignage à votre ancêtre. » C'est le bien (qu'il a fait) :

1. Lepsius, Ausicahl, t. X VII ; Brugsch, die jEgyptUche Grœherwelt, 3<M0.

<c puissions-nous agir de même en ce monde; t» qu'ainsi parlent ceux qui viendront après. Jamais je n'ai soulevé de plaintes; jamais je n'ai tué. 0 seigneur du ciel, puissant..., maître universel ! Je suis qui passe en paix pratiquant le dévouement, aimant son père, aimant sa mère, dévoué à quiconque était avec lui, la joie de ses frères, l'amour de ses serviteurs, qui n'a jamais soulevé de plaintes*. — Je suis venu des choses, je suis sorti du monde, enseveli dans ce tombeau. J'ai dit la vérité, amie de Dieu, chaque jour; c'est le bien que j'ai dit aux frères royaux. Jamais je n'ai dit calomnie contre homme au monde par-devant la majesté de mon seigneur (le roi) *. »

C'est au chapitre cxxv du Livre des Morts que se trouve l'expression la plus belle et la plus complète de ces idées d'amour et de charité universelle. Ce Livre des Morts^ dont chaque momie portait un exemplaire, était un recueil de prières et de formules à l'usage du défunt dans l'autre monde. L'âme, amenée au tribunal d'Osiris, plaide sa cause par-devant le jury infernal. « Hommage à vous, Seigneurs de Vérité et de Justice ! Hommage à toi , Dieu grand. Seigneur de Vérité et de Justice ! Je suis venu vers • toi, 6 mon maître ; je me présente à toi pour contempler tes perfections ! Car il est connu que je sais ton nom et les noms de ces quarante-deux divinités qui sont avec toi dans la salle de Vérité et de Justice, vivant des débris des pêcheurs et se gorgeant de leur sang, au jour où se pèsent les paroles par-devant Osiris, le véridique. Esprit double, seigneur de la Vérité et de la Justice est ton nom. Mor, certes, je vous connais, seigneurs de la Vérité et de la Justice; je vous ai apporté la vérité, j'ai détruit pour vous le mensonge. Je n'ai commis aucune fraude contre les hommes ! Je n'ai pas tourmenté la veuve ! Je n'ai pas menti dans le tribunal! Je ne connais pas le mensonge! Je n'ai fait aucune chose défendue ! Je n'ai pas fait exécuter à un chef de travailleurs, chaque jour, plus de travaux qu'il n'en devait faire ! ... Je n'ai pas été négligent ! Je n'ai pas été oisif!

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