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V ASBSKARA IV
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Gottve^meur de la maison des livres *. Cette simple mention jetée incidemment entre deux titres plus élevés suffirait, à défaut d'autres, pour nous montrer le développement extraordinaire qu'avait priB dès lors In civilisation égyptienne. Non-seulement il y avait déjà une littérature, mais cette littérature était assez considérable pour remplir des bibliothèques, et son importance assez grande pour qu'un des fonctionnaires de la cour fût attaché spécialement à la Conservati(yn de la bibliothèque royale. Il avait sans doute à sa garde, avec les œuvres contemporaines, des livres écrits sous les premières dynasties, des livres datés de Mena et peut-être des rois antérieurs à Mena. Le fonds de cette bibliothèque devait se composer d'ouvrages religieux, de chapitres du Livre des Morts, copiés d'après les textes authentiques conservés dans les temples ' ; de traités scientifiques sur la géométrie, la médecine et l'astronomie ; de livres historiques où étaient conservés les dits et faits des anciens rois, ensemble le nombre des années de leur vie et la durée exacte de leur règne; des manuels de philosophie et de morale pratique; peutêtre aussi quelques romans. Tout cela, si nous l'avions, formerait « une bibliothèque qui serait bien plus précieuse pour nous que celle d'Alexandrie ' ; » par malheur, nous ne possédons plus de tant de richesses que les fragments d'un recueil philosophique. Pour tout le reste, nous en sommes réduits à de rares indications qui, éclairées et complétées au moyen des données monumentales, nous permettent à peine de déterminer avec quelque certitude l'étendue des connaissances qu'avaient alors les Égyptiens. Dès les premiers jours, les astronomes égyptiens reconnurent qu'un certain nombre des astres qui brillaient audessus de leurs têtes paraissaient animés d'un mouvement de translation à travers les espaces, tandis que les autres demeuraient immobiles. Cette observation, répétée maintes et maintes fois, les conduisit à établir la distinction des
1. Lepsius, Denkm.y II, 50. — 2. Voy. plus haut, p. 73-74. — 3. De Kougé^ Recherches sur Us monuments, p. 73.
étoiles voyageuses « qui ne reposent jamais » (âkhimou^ ow^dow) et des étoiles fixes qui « jamais ne bougent » (âkhvmotA^ekou). Ils comptèrent parmi les premières « Hor, guide des espaces mystérieux » (Har-tap^chetârou) y notre Jupiter, que son éclat fit mettre à la tête des planètes ; « Hor, régénérateur d'en haut » [Har^kâ^her), Saturne, la plus éloignée des planètes que Tœil humain puisse apercevoir sans le secours des instruments ; Harmakhis, Mars, que sa couleur rougeâtre fit appeler aussi Har^esher^ l'Hor rouge, et dont le mouvement rétrograde en a][^rence à certains moments de Tannée ne leur échappa point ; Se* vekon Mercure; Vénus enfin, qui dans son r6le d'étoile du matin se nomme Douâou, et Bennou peut-être dans son rôle d'étoile du soir ^. Il semble même résulter de textes fort anciens qu'ils assimilaient la terre aux planètes et lui attribuaient un mouvement de translation analogue à celui de Mars ou de Jupiter *. Le soleil lui-même, ce centre fixe de tous les systèmes anciens, subit chez eux la loi du mouvement universel et voyagea dans le del en compagnie des étoiles errantes ••
Pour les astronomes égyptiens comme pour récrivain du premier chapitre de la Genèse, le ciel est une masse liquide qui enserre la terre de toutes parts, et repose sur l'atmosphère comme sur un fondement solide. Nous avons déjà vu comme aux jours de la création, quand le chaos se résolut en ses éléments, le dieu Shou souleva les eaux d'en haut et les répandit dans l'espace *. Cest sur cet océan céleste, le Nau, que flottent les planètes et généralement tous les astres. Les monuments nous les montrent figurés par des génies à formes humaines ou animales et naviguant chacun dans sa barque à la suite d'Osiris. Une antre théorie, aussi répandue que la première, présentait les étoiles fixes comme des lampes (klM^esou) suspendues à la
1. De Roogé^ Êecherckm mur U nom é^P^im des fkmita, ôêdm le BuUetin archéologique de VAtherueum français, 1856, p. IS'îl, 2^28. — 2. Chabas, Sur un texte égyptien relatif au mouvement de la terre, du» U feUschfift, 1864, p. 91-103. — 3. Papyrus de Berlin^ «• Vm, i. 66.-4. Voy. p. 30.
PÉRIODE MEMPHIT£. 79
voûte céleste et qu'une puissance divine allumait chacpie soir pour éclairer les nuits de la terre. Au premier rang de ces astres-lampes, on mettait les décans, simples étoiles ou groupes d'étoiles en rapport avec les trente-six ou trentesept décades dont se composait Tannée égyptienne : Sopt ou Sothis^ saint à Isis ; Orion-SoAow, notre Sirius, consacré à Osiris et considéré par quelques-uns comme le séjour des âmes heureuses ; les Pléiades, les Hyades, et beau^ coup d'autres dont les noms anciens n'ont pu encore être identifiés d'une manière certaine avec les noms modernes* Bref, toutes les étoiles qu'on peut apercevoir à l'œil nu avaient été relevées, enregistrées, cataloguées avec soin* Les observatoires de la Haute et de la Basse Egypte, à Denderah, Thinis, Memphis, Héliopolis, signalaient leurs phases et dressaient chaque année des tables de leurs le-* vers et de leurs couchers dont quelques débris sont arrivés juscpi'à nous.
De tous ces astres, le mieux connu et le plus important . était l'astre d'Isis, Sirius, que les Égyptiens nommaient 8opd^ d'où les Grecs ont fait Sothis. Son lever héliaque, qui marquait le commencement de l'inondation, marquait aussi le commencement de Tannée civile, si bien que tout le système chronologique du pays reposait sur lui. L'anmée primitive des Égyptiens, ou du moins la première an^^née que nous leur connaissions historiquement, se compo-* sait de douze mois de trente jours chaque, ^oit en tout trois cent soixante jours. Ces douze mois étaient partagés en trois saisons de quatre mois : la saison du corrnnence-ment (Shà)j qui répond au temps de l'inondation; la sai-* $on des semailles {Pre)^ qui répond à l'hiver; la saison des moissons (Shmum) , qui répond à Tété. Chaque mois se composait de trois décades ; chaque jour et chaque nuit se divisait en douze heures : si bien que midi répondait à la sixième heure du jour, et minuit à la sixième heure de la nuit.
CSe système, pour simple qu'il parût^ avait ses ineonvé* niènts qu'on ne tarda pas à reconnaître. Entre Tannée dés Égyptiens telle qu'elle était alors et Tannée tropique, il y
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avait une différence de cinq jours un quart ; à chaque douze mois qui s'écoulèrent, Técart entre Tannée égyptienne et l'année fixe augmenta de cinq jours un quart, et par suite les saisons cessèrent de s'accorder avec les phases de la lune. Des observations nouvelles faites sur le cours du soleil décidèrent les astronomes à intercaler chaque année, après le douzième mois, et avant le premier jour de l'année suivante, cinq jours complémentaires qu'on nomma les cinq jours en sics de Vannée ou jours épagoinènes. L'époque de ce changement était si ancienne que nous ne saurions lui assigner aucune date et que les Égyptiens eux-mêmes l'avaient reportée jusque dans les temps mythiques antérieurs à l'avènement de Mena. « Rhéa [Nout) ayant eu un commerce secret avec Saturne (Se6), le soleil (fia), qui s'en aperçut, prononça contre elle un charme qui l'empêcha d'accoucher dans aucun mois et dans aucune année; mais Hermès [Thot]^ qui avait de l'amour pour la , déesse, joua aux dés avec la Lune et lui gagna la soixantième partie de chaque jour, dont il forme cinq jours qu'il ajouta aux trois cent soixante autres jours de l'année*. »
Dans ce système, l'année vague de trois cent soixantecinq jours ne répond pas encore exactement à l'année astronomique de trois cent soixante-cinq jours et quart. Il y eut donc tous les quatre ans un retard d'un jour sur cette année, si bi^n que pour 365 X 4 ou 1460 années astronomiques, on compta 1461 années civiles écoulées. Au bout de quatorze siècles et demi, l'accord, si longtemps rompu, était parfait de nouveau : le commencement de l'année civile coïncidait alors, et pour une fois seulement, avec celui de l'année astroeomique ; le commencement de ces deux années coïncidait avec le lever héliaque au imatin de Sirius- Sothis et par suite avec le début de l'inondation. Aussi les prêtres célébrèrent-ils le lever de l'astre par des fêtes solennelles, dont l'origine devait remonter plus haut que les rois de la première dynastie, au temps des Shesou-Hor^ et don-