I. Diodore de Sicile, II, 30. — 2. Id., ÏT
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forma la nation ftusicnne et le royaume d'Élam; à l'ouest, s'éleva le premier empire chaldéen.
L'Élam commence aux bords du fleuve par une riche plaine d'alluvions aussi fertile que la Ghaldée elle-même. Le froment et Torge y rendaient cent et parfois deux cents pour un* ; le palmier et le dattier y croissaient abondamment, surtout dans le voisinage des villes; f autres espèces d'arbres, Tacacia, le peuplier, étaient répandues en abondance à la surface du pays'. Bientôt cependant le sol s'élève gradin à gradin vers le plateau de Médie ; le climat devictfit de plus en plus froid, la terre de moins en moins productive. Des montagnes coulent nombre de rivières, dont les plus importantes, le Khoaspès, le Pasitigris, TEulœos \Oulaï), sont dans leur partie inférieure aussi larges que le Tigre et TEuphrate. Au confluent des deux bras du Khoaspès, sur la lisière de la grande plaine et à huit ou dix lieues des montagnes, les roisd'Élam avaient bâti Suse, leur capitale. La forteresse et le palais royal s'élevaient sur un monticule qui dominait au loin la plaine : à ses pieds et dans la direction de l'Orient s'étendait la ville construite de briques séchées au soleil'. Plus haut, sur le fleuve, on rencontrait Madaktou, laBadacades auteurs classiques; le le reste du pays était couvert de grandes cités, Naditou, Khamanou, qui portent, pour la plupart, le titre de villes royales*. La Susiane formait en eff^et une sorte d'empire féodal, divisé en petits États indépendants l'un de l'autre, mais réunis sous l'autorité d'un même prince, qui résidait de préférence à Suse. L'élément touranien y dominait et avait fini par faire dominer sa langue, au moins comme langue officielle et comme idiome commun'; néanmoins les Koushites gardèrent jusqu'aux derniers temps leur nationalité et sont reconnaissables sur les bas-reliefs ninivites à leur type négroïde. La Susiane devint tout d'abord le siège d'une civilisation puissante, antérieure même à celle
1 . Strabon, 1. XV, 3. — % Loftus, Chaldwa and Susiana, p. 270-346. — 3. Id., ibid.f p. 347.— 4. Finzi, Rieerche per lo studio deW arUickità assirOf p. 293-304. — 5. Pr. Lenormant, Im Magie, p. 320.
de la Ghaldée. Le peu que nous savons de sa religion par Jes monuments d'époque postérieure nous transporte dans un monde nouveau, plein de noms et de formes étranges. Au sommet de la hiérarchie divine, il semble qu'on trouve un dieu et une déesse suprêmes, nommés à Suse Sousinka et Nakhounté : la statue de Nakhounté, inaccessible aux profanes, était cachée dans le bois sacré de Suse, dont Assourban-habal la tira au septième siècle avant notre ère. Viennent ensuite six dieux de premier ordre, répartis en deux triades et dont le plus connu, Oumman, est peut-être le Memnondes Grecs*. Pour le reste, la civilisation susienne parait avoir présenté toujours les plus grandes analogies avec la civilisation chaldéenne. Autant qu'on peut en juger, Susiens et Ghaldéens avaient à peu près les mêmes mœurs, les mêmes usages militaires, les mêmes aptitudes industrielles et commerciales.
A l'ouest du Tigre dominaient deux nations souveraines, les Soumirs et les Accads, dont la fusion produisit la race chaldéenne*. £n arrivant sur le sol de la ubaldée, les émigrants n'y avaient trouvé ni carrières ni mines'. Ils en furent réduits à construire leurs habitations avec les plantes de marais : liant plusieurs tiges ensemble et courbant ^s faisceaux en maiïière d'arche, on obtenait une sorte do charpente sur laquelle des nattes étendues formaient les murs^ Plus tard, on substitua aux joncs le palmier, puis la brique. Le sol de la Babylonie fournit en effet une argile excellente qui, séchée au four, ou simplement exposée au soleil, devient assez dure pour entrer dans la construction d'un édifice. C'est avec ces matériaux divers que furent construites les premières villes de la Ghaldée, Our*, Hou-
1. Fr. Lenormant, La Magie^ p. 137-323. — 2. M. Oppert tient les Soomirs pour Touraniens ; l'école anglaise et M. F. Lenormant considèrent les Soumirs comme Koushites et voient des Touraniens dans les Accads. — 3. G. Rawlinson, Thefivegreat Monarchies, p. 38. —4. Cest encore la façon dont les Arabes chaldéens construisent leurs huttes. Cf. Layard, Nineveh et Bàbylon, p. 554*555; Loftus, Chaldœa and Susiana, p. 91-92. — 5. Aujourd'hui Moughéir « la bituminée •.
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roukh% Larwmi%Nipour*, Sippara*, Borsip*, Babel. Our, située 8ur la rive droite de TEuphrate, non loin de Tancienne embouchure, fut le grand entrepôt du commerce maritime de ces premiers temps : ses vaisseaux allaient au loin, sur le golfe Persique et juscjue dans la mer des Indes^ Elle s'élevait au milieu d'une plaine basse, coupée çà et là de collines sablonneuses. Au centre se dresse un temple à trois étages, construit en briques revêtues de bitume; tout autour de la ville règne une ceinture de tombeaux, que les voyageurs ont largement exploités au profit de la science ^ Sur les deux rives de l'Euphrate, entre Our et Sippar, 8*4chelonnaient Zirgilla% Eridou', Karrak", Kouti**, Aganê**. La plupart de ces villes ont laissé des ruines considérables, qui, sans remonter tout à fait aux premiers temps de la colonisation touranienne, nous reportent vers une antiquité 8i reculée, qu'on n'a pas encore réussi à l'évaluer avec certitude.
C'est dans l'enceinte de ces vieilles cités aujourd'hui perdues que se fit l'énorme croisement de races et d'idées d'où sortirent la nation et la civilisation chaldéennes. La fusion de deux éléments aussi contraires que le sont l'élément koii^hite et l'élément touranien ne put s'accomplir qu'au
1. Erekh ou Orekh de la Bihle (Genèse, xiv, 1), VOrehoé des anciens ■ (Strabon, XVI, 1 ; Ptolémée, V, 20), aujourd'hui fTarha, — 2. Peutêtre la laranch» de Bérose (Fr. I, édit. Lenormant) et la larissa d'Ap« pollodore {Biblioth, II, 4, 4), aujourd'hui Senkereh ou Sinkara (Oppert, Erpédition, t. I, p. 266^ sqq). -~ 3. La Nopher du Talmud, la Calneh [Genèse, x, 10) ou Calno (Isate, x, 9) des Hébreux; d'après Oppert {HitUnre des empires de Chaldée et d*Àssyr%e, p. 21), Hekal Ànou i la demeure du dieu Àtum », aujourd'hui Niffer, — 4. La Sepha/rvajm de rÉcriture, IlftvTi^iSXctfv de Bérose; cf, Finzi, Ricerehef p. 193-195.— 5. Id., ibid., p. 1S9-190. — 6. H. Rawlinsou dans le Journal of the geographical Society, t. XXVII, p. 185. ~7. G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. I, p. 15-16; Finzi, Rieerehe, p. 174-177. — 8. Aujourd'hui Zerghoui (Fr. Lenormant, Études aecadiennes, t. I, 3* partie, p. 77). — 9. La Bâta de Ptolémée (V, 22) ; cf. Oppert, Expédition de Mésopotamie, l, 269, qui lit le signe Rat. — 10. Fr. Lenormant, Études aecadiennes, t. I, 3« partie, p. 77. — 11. Jjutha (Finzl, Ricerche, p. 190- 192). — 12. C'était un quartier de Sippara, situé sur la rive droite de.r£uphrate et qu'on egardait comme une ville distincte (Fr. Lenormant, Les Premières civilisations, t. II, p. 105).
milieu de luttes sanglantes et de déchirements perpétuels. Nul écho de ces guerres lointaines n'est encore arrivé jusqu'à nous. Si haut que les monuments nous fassent remonter dans l'histoire, nous trouvons les Soumirs et les Accads mêlés en un seul peuple. La terre de Soumir n'est plus, comme la terre salique des écrivains du moyen âge, qu'un souvenir à demi effacé, une tradition du passé dont on recherche curieusement l'originel La langue touranienne s'éteint peu à peu et ne survit plus que dans les temples ou dans les écoles comme langue sacrée*. Le syllabaire touranien, adapté aux usages des Koushites , sert à écrire un idiome sémitique : chaque caractère répond à de nouveaux sons, sans laisseppour cela de garder sa valeur primitive. Le son ilou, qui rend l'idée de dieu, s'attache au caractère ►-►-|— sans lui faire perdre le son an. Le signe ^J, soleil et jour, a la prononciation suamas, youm à côté des valeui^s touraniennes DUT, oud, par, parra. Les deux cultes se sont mêlés l'un à l'autre dans des proportions inégales. Le koushitcMardouk s'unit au touranien Silik-molou-khi% Eâ se confond avec Nouah, Sin avec Hourki. Toutefois les dieux à noms sémitiques l'emportent sur leurs rivaux. Les dieux touraniens en sont réduits à se réfugier dans les pratiques de la magie et forment, à côté de la religion officielle, une sorte de religion populaire, ou plutôt une sorcellerie solidement organisée. Le sacerdoce magique se divisait en trois classes : les conjurateurs, les médecins, les théosophes. Il « essayait de détourner le mal et de procurer le bien, soit par des purifications, soit par des sacrifices ou des enchantements*. » Les rites et les incantations qu'il employait sont conservés en partie dans un grand ouvrage dont les débris se trouvent au Musée britannique.
Il était divisé en trois livres. Dans le livre des Mauvais esprits sont les formules dirigées contre les démons; le second livre est rempli d'incantations contre les maladies; le troisième, d'hymnes mystérieux, destinés à évo-
1. Norris, Assyrian Diction,, part. H, p. 701. — 2. Pr. Lenormant, La Magie, p. 289, 199. — 3. Id , ibid., p. 9, 18, 175-177. — 4. Diodore de Sicile, II, 29.
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qucr les dieux. La plus efficace des formules préservairices empruntait sa puissance « au grand nom suprême » de la divinité qu'Eâ seul connaît et dont il communique la science à Silik-mouiou-khi. Aux formules d'incantation venaient se joindre les talismans de diverses espèces, bandes d'étoffe attachées aux meubles et aux vêtements, amulettes de bois, de pierre ou de terre cuite, statuettes de monstres et de génies. Le porteur ou le possesseur de ces talismans était inviolaJîle même aux dieux; car le talisman était « une borne qu'on n'enlève pas, une borne que les cicux ne franchissent pas^ borne du ciel et de la terre qu'on ne déplace pas, qu'aucun dieu n'a déracinée ; une barrière qu'on n'enlève pas disposée contre le maléfice ; une barrière qui ne s'en va pas et qu'on oppose au maléfice. » On peut voir au Louvre une statuette en bronze qui représenta un démon au corps de chien, aux pieds d'aigle, aux bras armés de griffes de lion, à la queue de scorpion, à la tête de squelette et aux cornes de chèvre : quatre grandes ailes éployées ombragent son dos. C'est un talisman. Une inscription touranienne tracée le long des reins nous apprend que « ce joli personnage est le démon du vent du Sud-Ouest » et qu'il suffisait d'en placer Timage à la porte ou à la fenêtre d'une maison pour éloigner les mauvais génies.
A côté du magicien d'action bienfaisante, il y avait Tenchanteur qui évoque les démons dans une intention criminelle, le charmeur, la charmeuse, le jeteur de sorts, le faiseur de philtres. Le sorcier chaldéen, comme ses confrères modernes, vendait des poisons, envoûtait, déchaînait par ses imprécations les esprits de l'abîme. « L'imprécation agit sur l'homme comme un démon mauvais,... Timprécation de malice est l'origine de la maladie. » Tout malade passait pour ensorcelé et ne pouvait être guéri que par Teffet d'une conjuration contraire à la conjuration qui l'avait frappé. Aussi n'y avait-il pas à proprement parler de médecins à Babylone* : il y avait dos prêtres sorciers qui vendaient des philtres et des amulettes contre les maladies.