‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 5)Chapitre 27 sur 96 · Fr. Lenorroant, la Magie ches les Chaldéens^ p · texte numérisé non relu

Fr. Lenorroant, la Magie ches les Chaldéens^ p

volonté^ le verbe de dieu, sépara les éléments du chaos ; la lumière de dieu pénétra Tunivers, Tanima et maintint Tordre étabJi par le verbe. Ces trois puissances, la matière, le verbe, la providence, sont la première trinité de la religion chaldéenne, celle qui sort directement de'dieu et nous montre les formes divines employées à la création et à la conservation du monde: la matière s'appelle Anou (Oannés); le verbe, Bel; la providence, Nouah. Sur les monuments, Anou, ce l'antique, le père des dieux, le seigneur du monde inférieur, le maître des ténèbres et des trésors cachés, » a la figure d'un homme à queue d*aigle, coiffé de la tête d'un poisson monstrueux dont le corps lui retombe sur les épaules et sur les reins. Bel, « le démiurge, le seigneur du monde, le maître de toutes les contrées, le souverain des esprits, » est un roi assis sur un trône. Il a deux formes secondaires : Bel-Mardouk, àBabylone, et Bel- Dagan au corps de poisson surmonté d'un buste humain. Nouah, nommé aussi Nisrok et Shalmanou (le sauveur), a le guide intelligent, le seigneur du monde visible, le maître des sciences, de la gloire, de la vie, » est un génie muni de quatre ailes éployées comme les chérubins. Chacun de ces dieux se dédouble en une divinité femelle qui est sa forme passive et comme son « reflet », Anat (Anaïtis), Bélit (Bôltis, Mylitta) et Tihavti (Thauatth). Anat, Bélit et Tihavti, moins vivaces que leurs associés mâles, se perdent aisément les unes dans les autres et se réunissent io plus souvent en une seule qui prend le nom de Bélit et représente le principe féminin de la nature, la matière humide et féconde*.

Cette première trinité ne renferme que des êtres d'un caractère vague et indéterminé. La seconde se compose du dieu-lune Sin, du dieu-soleil Samas et de l'atmosphère Bin. Les Chaldéens, astronomes avant tout, accordaient le pas au dieu-lune sur le dieu-soleil; Sin pétait pour eux « le chef, le puissant, l'étincelant » et aussi « le seigneur

1. G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. I, p. 115-123 ; Fr. Lenormant, Histoire d'Orient, t. II, p. 182-184 ; Essai de commentaire des fragments cosmogoniques de Bérose, p. 64-70.

des trente jours du mois. » Samas est « le grand moteur, le régeul,^ TarLitre du ciel et de la terre. » Bin, « le ministre du ciel et de la terre, le distributeur de l'abondance, le seigneur des canaux, » joue un rôle à la fois bienfaisant et terrible ; « chef de la tempête, du tourbillon, de Tinondation, » il tient à la main, comme une ép6e flamboyante, la foudre au quadruple dard. Après cette seconde triade, Tiennent les dieux des planètes : Adar (Saturne), Mardouk (Jupiter), Nergal (Mars), Istar (Vénus) et Nabou (Mercure), Adar, souvent désigné sous le nom de Samdan (le puissant), n'est autre que l'Hercule assyrien ; c'est lui que les igrands bas-reliefs du Louvre nous montrent sous les traits d'un géant qui étouffe un lion entre ses bras. Aussi lui donne-t-on les titres les plus énergiques : il est a le terrible, le seigneur des braves, le maître de la force, le destructeur des ennemis, celui qui châtie les désobéissants et extermine les rebelles, le maître du fer. » Mardouk, de dieu planétaire, devint plus tard le dieu principal de Babylone et se confondit avec Bel. Nergal passe pour « le grand héros, le roi des mêlées, le maître des batailles, le champion des dieux; » il a la figure d'un lion à tête ou à buste d'homme. Istar, de même qu'Anat et Bêltis, personnifie la nature. Dans un de ses rôles, elle est guerrière, a reine de victoire » et « juge des exploits de la guerre » ; comme telle on la voit debout sur un lion ou sur un taureau, coiffée de la tiare étoilée, armée de Tare et du carquois. Elle est aussi la déesse de la volupté et de la génération, et prend alors le surnom de Zir-banit, « productrice des êtres » ou Zarpanit : elle est représentée de face, toute nue et les deux mains pressées contre la poitrine. Nabou, enfin, est « le capitaine de l'univers, l'ordonnateur des œuvres de la nature, qui fait succéder au lever du soleil son coucher »; on le regardait comme le type de tout ce qu'il y avait de parfait sur la terre, et le modèle auquel les rois devaient s'efforcer de ressemblera

1. Fr. Lenormant, Uittoirty t. Il, p. 184-186; E$$ax de oommentaire,

Les dioux des cinq planètes, unis aux dieux des deux irinités et au dieu souverain, formaient le grand conseil des douze dieux, les seigneurs des dieux qui présidaient aux douze mois de Tannée et aux douze signes du zodiaque*. Leur culte était répandu par tout le pays et faisait le fonds de la religion officielle ; mais la religion populaire plaçait au-dessous d'eux nombre de divinités secondaires. Quelques-unes de ces divinités n'étaient en réalité que des formes secondaires des grands dieux auxquelles la tradition locale donnait une existence distincte : Zagar est une des épithètes d'Adar, Bélit-Balati « la dame de vie », une des épithètes de Bélit personnifiée. D'autres étaient de véritables personnes et avaient des fonctions d'une certaine importance, présidaient à des constellations comme Àshmoun etKoummout, ou veillaient sur les récoltes comme Serakh ; Bel-Aoura était le génie du feu, Baou le Chaos, Martou, fils d'Anou, rOccident et Shadou TOrient. Plusieurs avaient été empruntées à des peuples voisins, aux Susiens, comme Lagamar et Sousinka ou peut-être aux Syriens. Les trentesix décans étaient représentés par autant de dieux qu'on nommait « dieux secondaires ». i< De ces dieux secondaires, la moitié habite au-dessus, Tautre moitié au-dessous de la terre pour la surveiller : tous les dix jours, Tun d'eux est envoyé en qualité de messager de la région supérieure à l'inférieure, et un autre passe de celle-ci dans celle-là par un invariable échange'. »

lil«l«lre fAboleaM de la Chaldéei le délace i lea yreBilers rol« bl«i«rM|«e«.

Placées l'une à côté de l'autre et comme enchevêtrées l'une dans l'autre, les tribus touraniennes et koushites ne tardèrent pas à s'allier et à se confondre. De leur union sortirent des populations mixtes, dont le domaine, compris entre le plateau de l'Iran et le grand désert d'Arabie, se divisa naturellement en deux parts. A l'est du Tigre se

Page 1