LES GRANDES MIGRATIONS MARITIMES ET LA VINGTIÈME DYNASTIE
La colonisation sidonienne et TAsie Mineure. ~ Les migrations des peuples de TAsie Mineure et TBxode. ~ Ramsès II[ et la vingtième dynastie.
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De tous les peuples de Syrie les Phéniciens étaient celui qui avait le mieux profité de la conquête égyptienne. Placés en dehors de la route ordinaire des armées, ils n'avaient pas à souffrir de leur passage non plus que des péripéties de la lutte, comme les autres nations de Canaan. Les gens d'Arad et de Sin^yra avaient, sous Thôtmès III, pris part aux révoltes des Rotennous, et avaient été châtiés d'une manière qui leur avait ôté Tenvie de recommencer. Gebel et Béryte, Sidon et Tyr, étaient restées fidèles à leurs maîtres étrangers depuis le temps de Thotmès I*'' jusqu'à celui de Ramsès II. Elles avaient acquis le privilège de faire le commerce en Egypte pour le compte des étrangers, et à l'étranger pour le compte de l'Egypte. Grâce à ce privilège, Sidon, qui avait succédé aux Giblites dans la suprématie de la nation phénicienne, avait pu développer sa marine et était parvenue au plus haut point do richesse et de gloire.
Le commerce des Phéniciens avec les peuples du dehors se faisait à la fois par terre et par mer, au moyen de caravanes et sur des vaisseaux. Toutes les routes qui, des grands marchés de l'extrême Orient, de l'Inde, de la Bac-
ainsi qu'à Ibsamboul, Louqsor, Karnak, et au Ramesseîon. La traduction est de M. de Rougé, Becueil de travaux, 1870, t. L p. 1-8.
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LES COLONIES PHENICIENNES
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le Bassin de la Méditerranée
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triane, de la Chaldée, de TArabie, des régions du Caucase, se dirigeaient vers TOccident, venaient aboutir à Sidon et à Tyr. U est assez difficile de savoir si les marchands phéniciens allaient chercher eux-mêmes Tor des monts Altaï et les produits du Gange, ou s'ils se contentaient de tirer leurs denrées des entrepôts intermédiaires de l'Arabie et de la Chaldée. Ce qui est certain, c'est qu'ils s'étaient établis aussi loin que possible sur les grandes voies du commerce et en avaient occupé les points principaux au gué des rivières et au défilé des montagnes ^ Laïs, aux sources du Jourdain, non loin de l'endroit où la route qui mène d'Egypte en Assyrie passe de la Syrie méridionale dans la Cœlé-Syrie, était une colonie deSidoniens*. Hamath, dans la vallée de l'Oronte , Thapsaque, au gué de l'Euphrate', Nisibis*, près des sources du Tigre, passaient pour être de fondation phénicienne. Toutes ces villes, et d'autres encore dont l'histoire n'a pas gardé souvenir, étaient comme autant de jalons que les marchands de Sidon avaient plantés sur la route de leurs caravanes, et d'entrepôts où ils amassaient les produits des régions environnantes pour les diriger sur leurs magasins du Liban.
Mais Hamath, Nisib, Thapsaque, perdues au milieu des terres, n'étaient pas à proprement parler des possessions sidoniennes : c'étaient des comptoirs dépendants des princes ou des tribus voisins, nullement de la métropole. Le commerce maritime avec les peuples méditerranéens amena, au contraire, la création d'un véritable empire colonial. L'histoire et les progrès de cette colonisation, qui fit de la Méditerranée une mer phénicienne, ne nous sont qu'imparfaitement connus : les documents et les relations que renfermaient à ce sujet les archives de Tyr et de Sidon sont aujourd'hui détruits, comme les ouvrages que les écrivains d'époque gréco-romaine avaient composés à leur aide. Presque tout ce que nous savons nous est parvenu sous forme de mythe. On contait que Melkarth,
1. Movers, Die Phônixier, t. II, 2"' Theil, p. 159-165. — î. Josué, xm, 6; Juges, xmi, 7-28. — 3. Movers, Die Phônixier, t. II, 2»«' Theil, p. 164. — 4. Et. de Bysance, s. v., Niai^iç.
l'Hercule tyri^n^- avait rassemblé une armée et une flotte nombreuse dans le dessein de conquérir l'Ibérie, où régnait Khrysaor, Sis de Géryon. Il avait soumis, chemin faisant, l'Afrique, y avait introduit Tagriculture et fende la ville fabuleuse d'Hécatompyles, franchi le détroit auquel il donna son nom, bâti Gndès et vaincu TEspagne. Après avoir enlevé les bœu§B mythiques de Géryon, il était revenu en Asie par la Gaule, l'Italie, la Sardaigne et la Sicile. A cette tradition d'ensemble qui résume assee bien les principaux traits de la colonisation phénicienne, venaient se joindre mille traditions locales. C'était Kinyras à Chypre et à Mélos ; c'était Europe enlevée par Zeus. Gadmos, envoyé à la recherche de sa soeur, visitait Chypre, Rhodes, les Gyclades, bâtissait la Thèbes de Béotie, et allait mourir en Ulyrie. Partout où les Phéniciens avaient été, la grandeur et l'audace de leurs entreprises avaient laissé dans l'imagination du peuple des traces ineffaçables. Leur nom, leurs dieux, le souvenir de leur domination, étaient passés à l'état de légendes, et c'est avec ces légendes mêlées de fables qu'on parvient à reconstruire en partie l'histoire perdue de leurs découvertes.
A peine établis dans leur nouvelle patrie, les Phéniciens s'étaient jetés à la mer. Les Giblites avaient les premiers liancé leurs colonies sur les côtes environnantes*. Les Sidoniens, vainqueurs des Giblites, avaient continué et poussé plus loin leurs explorations : après avoir occupé les embouchures de TOronte, ils avaient débarqué à Chypre. Au jugement des anciens, Chypre n'était inférieure à aucune des îles du monde alors connu*. Elle est longue d'environ soixante lieues et large* en moyenne de vinjçt ; elle projette vers le nord-est une péninsule étroite et assez semblable à un doigt tendu vers l'embouchure de TOronte. Elle est traversée par une chaîne de montagnes peu élevées et possède quelques plaines favorables à la culture. Boisée dans l'antiquité", elle a été peu & peu dénudée par
1. Movers, Dit PhoniMier, t. II, 2'»* ïheil, p. 103 sqq. — 2. Strabon, 1. XIV, 6; Eustathe, Ad Dionyi,, t. M)8. — 3. Ératosthène dans Stntbon, 1. XIV, 6.
la main de rhomme. Le fiol est généralement fertile, produit du blé en quantité suffisante pour la nourriture des habitants et se prête à l'élève de la vigne et de l'envier ; mais sa principale richesse est dans ses mines. Les colKnes de Tamassos renfermaient tant de cuivre, que les Romains finirent par donner à ce métal le nom Aecyprium, qui est passé depuis dans toutes les langues de rÉurope. Dès le moment de Tarrivée des Phéniciens en Syrie, Chypre fut peuplée par àtux rameaux de la race (^nanéenne : les Hamathites et les Khittites ou Kitûtes, qui refoulèrent à l'intérieur les aborigènes et fondèrent les deux villes d'Hamath (Amathonte) et Kition. Dee imaùgralions fréquentes vinrent renforcer les envahisseurs, et finirent par livrer toute l'Ile aux Phéniciens. Byblos fonda sur la oOte ouest le grand sanctuaire de Paphos ; (ïolgos, Lapethos, Kourion, Karpasia, Tamassos, s'élevèrent sur différents points et formèrent autant de petits Étais indépendants gouvernés par des rois. D'abord soumis à l'influenee de Byblos, les royaumes de Chypre passèrent sous l'autorité de Sidon. Us reçurent des colonies sidoniennes qui assurèrent leur soumission à la métropole et adievèrent de faire de l'île un pays sémitique*.
Vers le sud, les Phéniciens ne formèrent pas d'établissements durables. Ils eurent des postes fortifiés sur la côte méridionale de la Syrie, à Dor, à Joppé, à Ascalon, au mont Gasios, sur la frontière de l'Egypte. Au delà du mont Gasios, leur pouvoir s'arrêtait : Pharaon n'aurait jamais permis à des étrangers de posséder des forts ou des comptoirs indépendants sur son territoire, à l'embouchure do son fleuve. Us durent se contenter d'avoir dans les grandes villes du Delta, à Tanis, k Bubaste, à Mendès, à Saïs, des entrepôts relevant de l'autorité égyptienne. Leurs magasins, établis à Memphis, au quartier Atîkh-tàj finirent par acquérir un développement considérable et par devenir une véritable ville'. D'Egypte leurs vaisseaux s'a-
1. Mortrs, Die PhôntMieTy t II, a'^Tbeii, p. 90^246. -^ 7. BrugBofa, dans la ZeUtchrift fur xgypiiêehe Sprttehe, 1663, p. 9.
vancèrent vers l'ouest le long de l'Afrique, mais d'abord sans grands résultats : les côtes inhospitalières de la Marmarique durent arrêter pour quelque temps de ce côté Tessor de la colonisation.
Aussi bien les pays du nord offraient aux marins de Byblos et de Sidon un vaste champ d'explorations et d'aventures. Un peu au delà de l'Oronte, le rivage tourne vers l'ouest et ne quitte plus de longtemps cette direction : la Syrie cesse, l'Asie Mineure commence. De même cpie les pays de l'Asie antérieure, elle affecte la forme d'un plateau massif, borné de tous les côtés et sillonné par de puissantes chaînes de montagnes : c'est comme « un petit Iran qui s'élève du sein de trois mers », la Méditerranée, la mer Egée et le Pont-Euxin *. Au sud, le plateau est borné par le Tauros; au nord, par une chaîne de moindre hauteur, détachée du Caucase, qui court parallèlement à la mer Noire et se termine à l'Olympe de Mysie, entre Nicée et Dorylée. Une ligne de collines peu élevées rejoint le Tauros à l'Olympe et traverse la Péninsule en diagonale du sud-est au nord-ouest ; à l'est , le pays est adossé à l'Euphrate et au massif montagneux de l'Arménie. Les eaux qui descendent à l'intérieur vers le centre du plateau n'arrivent pas toutes à la mer. Seuls le Pyramos et le Saros au sud, l'Iris, l'Halys et le Sangarios au nord, ont assez de force pour se frayer un chemin à travers l'épaisse barrière qui les sépare du rivage. Les autres rivières se terminent dans des bas-fonds, où elles forment des marais et des lacs analogues aux lacs de l'Iran et de la Tartarie. Le plus grand de ces lacs, le Tatta, est salé, et varie d'étendue selon les saisons.
« Nulle part plus qu'en Asie Mineure on n'observe le contraste de la région de l'intérieur et de celle du littoral. La côte est comme une autre terre, soumise à d'autres lois que l'intérieur*. » Dans la région occidentale, ce sont de larges vallées ouvertes à l'ouest et arrosées par des fleuves tra-
1 . c "Wie ein kleines Ir&n baut es sich aus der Mitte dreier Meere auf ■ (E. Curtius, Griechùche GêtckUhtej t. I, p. 5). — 2. K. Curtius, Die foner vor der lonischer Wandervng, p. 9.
vailleurs dont les alluvions empiètent chaque année sur la mer : le Kaïkos, THermos, le Gaystre, le Méandre. Tous ces fleuves roulaient For en abondance, au moins dans la haute antiquité; ils sont séparés Tun de l'autre par des lignes de montagnes qui se dressent subitement sur la surface unie de la plaine comme des îles à la surface de l'Océan, le Messogis [Kastaneh-^agh], entre le Méandre et le Gaystre; le Tmôlos (KisilicMnousor-dagh), enireh Gaystre et THermos. La côte, profondément dentelée, est semée de grandes îles fertiles : Lesbos, Ghios, Samos, Gos, Rhodes, la plupart assez rapprochées du continent pour en commander les débouchés, assez éloignées de lui pour être à l'abri d'une invasion soudaine. Terroir riche en blés, en vignes, en olives, comme en marbres et en métaux, ports nombreux et sûrs, la région occidentale de l'Asie Mineure réunissait tous les avantages d'un pays de culture et d'un pays de commerce : elle devaif devenir le siège de peuples à la fois laboureurs et marins, producteurs et marchands. Elle était enserrée entre deux groupes de montagnes détachés du plateau central : au nord , l'Ida , couvert de forêts, riche en métaux, riche en troupeaux ; au sud, les cimes volcaniques de la Lycie, où la tradition plaçait la chimère au soufQe de flamme. A l'ouest de la Lycie et au sud du Tauros s'allongeait une côte abrupte, interrompue par l'embouchure de torrents qui descendent à pic du sommet de la montagne à la mer, et forment autant de petites vallées parallèles l'une à l'autre. Vers l'extrémité orientale, à peu près à l'angle déterminé par la rencontre de la Gilicie et de la Syrie, les efforts réunis du Pyramos et du Saros avaient créé une vaste plaine d'alluvions, à laquelle les anciens avaient donné le nom de Gilicie plane (Cilicia campeslrns), par opposition aux régions pierreuses du Tauros [Cilicia Trachœa).
Toutes les races du monde antique semblent s'être donné rendez-vous en Asie Mineure. Au début de l'histoire on y trouve les Touranions et les Koushitcs établis chacun selon ses instincts nationaux, les Touranions sur les côtes du Pont et sur le plateau central, dans un pays
iaS CHAPITRE VI.
de montagnes et de mines; les Koushites sur le versant de la mer Egée, dans des régions jsropres à la culture et au commerce maritime. Les Koushites disparurent le» premiers sans presque laisser de traces ; c^est à peine s'il est permis de reconnaître dans les Gares primitifs les restes d'une de leurs tribus les pluspuissantes'. Les Touraniens, retranchés derrière leurs montagnes^ résistèrent, bien qu'amoindris, jusqu'à Tépoque romaine. Lee peuples de la Colchide, les Saspires, les Chalybes, livrés de tout temps à l'exploitation des métaux, fournissaient de fer et d'étain l'Asie antérieure. Plus au sud dominaient deux nations unies par des liens étroits d'amitié, les Mouskaî et les Toublaï, le Mesbekh et Toubal de la Bible. Les Toublaî, établis dans le bassin de Tlris, touchaient à la mer Noire; les Mouskaî occupaient les deux rives de l'Euphrate supérieur et s'étendaient jusqu'à l'Halys, Des deux capitales de la Cappadoce classique, Tune/Masaca, sur le mont Argéion, avait gardé leur lumi; l'autre, Koumanou (Gomana), avait été fondée par eux et leur avait longtemps appartenu. 11 fallut des siècles de lutte pour les déposséder de leur patrimoine et les refouler vers le Caucase.
Les Touraniens de l'Asie Mineure, comme les Toura* uiens des bords de l'Euphrato et de l'Iran, succombèrent sous les attaques combinées des Aryens et des Sémites. Il est assez probable que, dans les premiers moments de l'invasion, les Sémites ne se bornèrent pas à coloniser la Syrie et les bords de l'Buphrate, mais jetèrent des rameaux à l'ouest vers le Pont-Euxin et la mer Egée; par malheur, la preuve historique de ce fait est encore impossible à donner. La plupart des mots qui nous restent des langues anciennes de TAsie Mineure se rattachent à la souche aryenne ; les mythes et la religion des peuples sont apparentés de plus près aux mythes de la Grèce qu'aux religions sémitiques. On a bien identifié Loud, iils de Sem, avec les Lydiens; mais, quand même celte assimilation
1. B^Eokfltein, QwêHomt relatives aum antiquitée d$B pe^^tes fémi-^ tiques f p. 37 sqq., et Les Cares dans Vantiq^,
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a^imi certaine, elle ne prouverait rien quant à Torigine du peuple lui-même. Les tables ethnographiques de la GFenè»e rangent dan» la catégorie sémitique tant de peuples à langues non sémitiques, que la présence de Loud parmi le» iils de Sem ne saurait être un argument contre rorig^e aryenne des Lydiens. Si quelques tribus sémitique» s'aventurèrent sur le» hauteurs de la Phrygie, elles furent bientôt refoulée» ou détruites ; c'est en Lycie seulement, et le long de la côte méridionale, qu'elle» parvinrent à s'établir solidement. Un rameau de la branche araméenne, fixé au aud du Tauros, colonisa la Gilicie et forma bientôt avec le» Solyme» et le» Ërembes Tavantgarde de» peuple» »émitiques contre les nations de race aryenne.
Le» Aryens d'Asie Mineure appartiennent tous à une même famille dont le domaine s'étendit du massif de l'Arménie au Tauroa et à la mer de l'Archipel. Le gros de la nation »e concentra »ur la partie occidentale du plateau, dans la partie arrosée au nord par le Sangarios, au sud par la Méandre. Ce pays, auquel on donna le nom de Phrygie, a toujours été renommé pour la fertilité de ses diamp» et la beauté de se» prairies ; a»sez chaud pour se prêter à la culture de la vigne, assez tempéré pour conserver aux émigrants toute leur vigueur native, il devint bientôt le aiége d'un royaume puissant et d'une race laborieuse. La langue phrygienne est apparentée au grec de plus près peut-être que le gothique n'est au moyen hautallemand^; sa déclinaison et sa conjugaison avaient les flexions et subissaient au moins en partie les lois phonétiques du grec^. Séparés de la mer par des peuples de la même famille, les Phrygiens s'isolèrent bientôt et donnèrent à leur civilisation un 4our particulier. Leurs tradi-
1. B. CuitiiM) Gr4êéhiich§€eieki€hê$j t. I, p. 31.— 2. Ainsi le obangement de m final en n (E. Curtius^ Grieehùehe Geschiehte, 1. 1, p. 63). Le nominatif singulier est OMiqué par ^ cm, — M> — m, — ot, ei — a; le génitif par — af o«, le datif par— aï,— «*. La troisième personne du singulier du varbe, 8o$Bsa\t (exstruxit), etc., se termine par le ^ ( au lieu du — ç grec, etc.
lions nous montrent les plus puissants de leurs rois établis aux sources du Sangarios. C'est là que vivaient et Gordios et Midas, le fiis de Gordios et de la déesse Rybêlé. Midas est un prince riche et guerrier que les deux villes de Prymnêsos et Midaïon honoraient comme héros fondateur. La royauté phrj'gienne prospéra et s'étendit sous une série de rois dont plusieurs portèrent le nom rendu fameux par leur ancêtre. Près des sources du Sangarios, un voyageur anglais, Leake, découvrit au commencement du siècle une vallée pleine de tombeaux antiques. « Ces tombeaux sont d'une époque inconnue, mais de beaucoup antérieure à la domination grecque et romaine ; leur caractère tout indigène nous révèle le style architectural des vieux Phrygiens. La langue même des inscriptions est purement phrygienne; et cette langue, avec Talphabet encore incomplètement déchiffré qui nous en a conservé les rares débris, reste enfermée dans les limites de Tancien royaume où régna la dynastie de Midas. Dans toute l'étendue de pays où se trouvent ces restes vénérables du peuple indigène, on ne voit que de rares débris de monuments appartenant à l'époque romaine; il semble que les conquérants successifs de la contrée aient ignoré ces vallées solitaires où plus tard des familles chrétiennes vinrent chercher un refuge contre la persécution du paganisme, peut-être aussi contre l'invasion musulmane*. » Quelques tombeaux, des ruines de forteresses et des bas-reliefs inexpliqués*, c'est là tout ce qui nous reste de ces rois de Phrygie si célèbres au début de l'histoire grecque par leur richesse, leur amour pour les chevaux et Tadoration fanatique qu'ils rendaient à la mère des dieux et à Dionysos. Le char royal de Midas et son nœud gordien restèrent longtemps intacts comme un souvenir de l'ancienne suprématie phrygienne : il fallut l'épée d'Alexandre pour trancher le nœud, et l'invasion grecque pour faire oublier les vieux rois nationaux.
1. Ch. Texier, Description de VAsie Mineure, p. 153. — 2. V.ces basreliefs et le plan des forteresses de PichmJch-Kalé-si cl Giaour-Kalc- ^j dans l'errol, Exjtloration archéologique, p. 135-149, 156-163, etc., %t pi. 8, 9, 10, 34-52, 53-68, etc.
Au nord de la Phrygie, quelques tribus aryennes peu nombreuses se répancQrent dans les forêts qui bordent la côte du Pont-Euxin, et devinrent entre le Billœos et THalys la race obscure des Paphlagoniens. A leur gauche, les Thraces, sous le nom de Thyni, Bithyni, Bebrykes, occupaient les deux rives du Bosphore. Plus à gauche encore, la grande nation des Mysiens et les peuplades qjii tiraient d'elle son origine, Teucriens, Kébrênes, Dardanes, couvraient la vallée du Rhyndakos et celle du Calque, le massif de l'Ida et la péninsule qu'il forme entre la Propontide, l'Hellespont et la mer Egée. La légende racontait de Dardanos qu'il avait, sous les auspices de Jupiter Idéen, fondé la ville de Dardania, et qu'il était devenu la souche des Dardanes. Plus tard, une partie de ses enfants descendit aux rives du Scamandre et s'y bâtit une ville sur une colline escarpée qui domine au loin la plaine et la mer. « Entourée à l'orient par un large repli du fleuve, cette colline s'abaisse vers l'ouest en pentes douces. Les nombreux filets d'eau qui jaillissent sur ces pentes s'assemblent et forment deux ruisseaux qui se distinguent par leur abondance et leur température toujours égale en toutes les saisons de l'année. C'est comme une marque immuable qui nous permet de reconnaître dans cette citadelle escarpée la forteresse d'Ilion. Ils sont restés les mêmes qu'au temps où les Troyennes descendaient pour puiser l'eau et laver le linge; aujourd'hui encore les vieux murs contiennent l'eau et la rassemblent*. »
Les fouilles entreprises dans les derniers temps ont fait retrouver près de l'emplacement où fut Troie les ruines de plusieurs villes superposées*. Les débris découverts dans la plus ancienne de ces villes prouvent l'existence d'une civilisation originale où l'on chercherait en vain les traces d'une influence égyptienne ou assyrienne. La plupart des outils sont en pierre ou en os taillé, mais leur usage n'exclut pas l'usage des métaux. Le cuivre, l'or,
1. E. Curtius, GrieehUche GeschiehU, t. I, p. 66. —2. Le résultat de ces fouilles a été publié par M . Scbliemann. ^N|l
Targent et ses alliage», étaient connus ot omployéH, Toi* surtout. Les poteries étaient faites à la main sans le secours du tour; elles ne sont ni peintes ni vernies, mais seulement lustrées au moyen d'un polissoir en pierre. La première Troie périt dans un incendie allumé sans doute
Ear des tribus voisines confédérées contre elle, mais sortit ientôt de ses ruines. « Sur les pentes adoucies de la montagne s'éleva la ville même; au-dessus se dressa, sur une roche escarpée, la forteresse Pergame. Du haut de ses créneaux l'œil embrassait toute Im plaine étendue jusqu'à la mer où le Simols et le Scamandre mêlaient leur cours, et, par delà la plaine, la vaste mer, du point où les flots puissants de THellespont se précipitent dans la mer Egée, jusque vers Ténédos. Aucune ville royale de l'Ancien Monde n'était plus heureusement située que cette forteresse troyenne : bien couverte et sûre , elle avait vue sur tout ce qui l'entourait et commandait au loin. Derrière elle, les versants boisés et riches en troupeaux de la montagne; à ses pieds, la plaine féconde; devant elle, une large mer du sein de laquelle les cimes lointaines de Samothrace, vigie de Poséidon, se dressaient en face de l'Ida où Zeus siège en sa gloire ^ »
Au sud de la Troade et de la Mysie habitait tout un groupe de races indécises, Lydiens, Léléges, Lyciens et Gares. Les Lydiens exploitaient les riches vallées de l'Hermos, du Gaystre et du Méandre. Les plus anciennes traditions du pays conservaient la mémoire d'un État puissant établi sur les flancs du mont Sipylos, entre la vallée de l'Hermos et le golfe de Smyme. Il avait pour capitale Magnésie, la plus vieille des villes, le siège primitif de la civilisation en ces contrées, la résidence de Tantale, l'ami des dieux, le père de Niobé et des Pélopides. Les Léléges apparaissent sur tous les points de la côte à la fois, mêlés aux souvenirs les plus lointains de la Grèce et de i'Asie Mineure. Ils se trouvent en Lycie comme en Troade, f*ur les bords du Méandre comme sur les versants de l'Ida. Les
!• E. Curtius^ Griechische Gesehichtey 1. 1, p. 67,
légendeB de Mégare plaçaient au commencement de» âges un héros, Lelex, qu'elles faisaient Tenir d'Egypte ; la Pcdasos du Satnioeis était une de leurs fondations; on Carie, on montrait encore au temps de Strabon des tombeaux à moitié détruits et des villes ruinées auxquelles on donnait le nom de Lelegia. A côté des Léléges, les Gares, mêlés de sang koushite, dominaient sur les côtes et les îles de la mer Egée; les Lyciens, resserrés au sud entre les Solymes et les Gares, s'étendaient dans l'ii^térieur jusqu'aux bords de l'Halys et de l'Buphrate, où les monuments assyriens signalent leur présence*. Une partie de la Troade au sud de rida s'appelait Lycie; il y avait une Lycie en Attique, des Lyciens en Crète*. Ces trois nations, les Gares, les Lyciens , les Léléges, sont tellement mêlées à l'origine^ qu'il est impossible de fixer les limites précises de leur domaine, et qu'on se voit souvent obligé d'appliquer à toutes ce qui n'est affirmé que d'une seule.
Les Phéniciens n'avaient pas rencontré d'opposition en Gilicie et dans le pays des Solymes : aussi couvrirent-ils la côte de leurs colonies, Kibyra, Masoura, Rouskopous, Sylion, Mygdalê, Phaselis, Sidyma^ Il n'en fut plus de même dès qu'ils sortirent du domaine sémitique pour entrer dans les régions occupées par les races aryennes. Au lieu d'accueillir amicalement les marins qui leur apportaient les produits des civilisations orientales, les Lyciens s'opposèrent à leur établissement et ne permirent point la fondation de colonies. Du promontoire Sacré à la pointe de Gnide il n'y eut sur le continent qu'un seul comptoir phénicien d'importance, Astyra, en face de Rhodes *. Les Gares offrirent moins de résistance. Ils laissèrent les Sidoniens débarquer à Rhodes, refouler dans les montagnes les habitants indigènes et s'emparer des trois ports, JalysoB, Lindos et Gamyros^ Us se mirent au service des
1. De Rougé, Mémoire sur les Attaques, p. 29-30; Finzi, Ricerche, p. 256. — 2. E. Curtius, Die loner vor der lonùcher Wandetung, p. 34-36. — 3. Movere, Die Phônixier, t. II, 2"' Theil, p. 346. — 4. Et. de Bysaftœ, s. v. 'Atftvpa ; cf. Mo vers, Die PhôniMter, t. II, 2'** Theil, p. 247-257, r- 5. Idem, ibid., p. 2^7-257,
étrangers, s'unirent à eux par des mariages et reçurent une telle proportion de sang phénicien qu'on donna parfois à leur pays le nom de Phœnikê, terre phénicienne. Le peuple qui sortit de ce mélange eut pendant longtemps une importance incommensurable pour le développement de la civilisation dans les pays qui bordent la mer Egée. Il se répandit au loin, à Mégare, en Attique, où plusieurs des grandes familles du pays tiraient de lui leur origine; puis il disparut entièrement sans avoir laissé une histoire durable, comme c'est le cas pour la plupart des peuples bâtards. L'arrivée et le contact des Phéniciens l'avaient fait naître à la vie civilisée; uni aux Phéniciens et monté sur leurs vaisseaux, il courut le monde à leurs côtés; quand la puissance des Phéniciens commença de décroître, les Gares reculèrent. Ils disparurent de l'histoire générale le jour où la dernière colonie égéenne des Phéniciens succomba sous Tinflux de la civilisation grecque.
Au delà de Rhodes, deux voies s'ouvraient au navigateur. Il pouvait tourner au nord, remonter la côte d'Asie et gagner l'embouchure de l'Hellespont. Une partie des flottes phéniciennes suivit cette route. Toujours écartées du continent par les aryens, elles se dédommagèrent de leur impuissance en occupant celles des Sporades et des Cyclades que leur position ou leurs richesses naturelles désignaient à l'attention des conquérants*. Aidées par les Gares*, elles colonisèrent et Délos, et Rhénée, et Paros. Oliaros tomba aux mains des Sidoniens* et Mélos aux mains des Giblites*. Mélos produisait en abondance le soufre, Talun, le blanc de foulon ; elle avait des mines aussi riches que celles de Thèra et de Siphnos. Il y eut des pêcheries de pourpre à Nisyra, à Gyaros ; des teintureries et des manufactures d'étoffes à Gos, Amorgos, Mélos. Toutes ces îles devinrent autant de postes moins faciles à attaquer et plus
1. Movers, Die PhônixieTy t. U, 2*-" Theil, p. 262-Î63. — 2. Thucydide, Ij 4-8. — 3. Héraclide de Pont dans Et. de Bysance, s. v. 'ÛXCapo;. — 4. Et. de Bysance, s. v. MtjXoç ; cf. Movers, Die Phônixier, t. Il, 2^' Theil, p. 130-131.
faciles à défendre que des comptoirs de terre ferme*. Mais Jes Sidoniens ne s'en tinrent pas là; ils remontèrent aux côtes de Thrace et commencèrent d'exploiter les mines d'or du mont Pangée. Leurs colonies couvrirent Samolhrace, Lemnos, Tliasos, mais sans grand succès : il appartenait aux Tyriens de reprendre et de développer l'œuvre que les Sidoniens avaient tentée en ces régions.
Des Gyclades les Phéniciens rayonnèrent sur tous les pays environnants. Toujours à la recherche de nouveaux débouchés pour leur commerce, ils s'engagèrent dans l'étroit canal de l'Hellespont et tombèrent dans un bassin spacieux et tranquille bordé au sud de grandes îles sur lesquelles ils abordèrent. Après s'être assuré la possession du détroit par la fondation de Lampsaque et d'Abydos, ils se logèrent à Pronectos*, à l'entrée du golfe d'Ascanie, au débouché des mines d'argent que les Bithyniens exploitaient dans leurs montagnes*. Au fond de cette première mer intérieure, ils découvrirent un nouveau canal, plus semblable à l'embouchure d'un grand fleuve qu'à un détroit ; ils le franchirent avec peine, sans cesse en danger d'être jetés à la côte par la violence du courant et brisés contre les écueils qui semblaient se rapprocher pour les écraser*, et se trouvèrent devant une mer immense, aux flots orageux, dont les rives boisées s'étendaient à perte de vue vers l'orient et l'occident. Ils filèrent le long de la côte orientale où les attirait la renommée des mines du Caucase. A l'aide de leurs alliés les Gares, ils établirent, du Bosphore à la Colchide, une série de postes fortifiés, Héraclée Pontique, Sesamos, Karambys, Sinope, qui plus tard, sous la domination grecque, devinrent des villes florissantes. Une nouvelle Tyr s'éleva à l'embouchure du Dnieper, et les Sidoniens s'aventurèrent même dans les grandes plaines de la Russie méridionale*. Ils rapportèrent
I. Movers, Die PhônUier, t. II, 2«^ Theil, p. 263-373. — 2. Et. de Bysance, s. v. llpâvcxtoç. — 3. Movers, Die Phônisier, t. II, 2»«' Theil, p. 295-297. —4. Cf. chez les Grecs la légende des Symplégttdes, qui écrasaient les galères à la sortie du Bosphore. — 5. Movers, Die Phônixier, t. H, 2»»' Theil, p. 297-308.
de ces mers lointaines le thon et la sardine, la pourpre, Fambre, Tor et l'argent, le plomb, Tétain nécessaire à la fabrication du bronze, et qu'ils recevaient auparavant par ^ie de terre, à travers l'Arménie et la Syrie.
De Rhodes on aperçoit au loin, vers le sud, les cimes des montagnes Cretoises. Tandis qu'une partie des flottes phéniciennes courait à la découverte du Pont-Euxin, une autre partie cingla vers la Crète et l'occupa. Cette île barre, vers le sud, l'entrée de la mer Egée, et forme à elle seule comme un petit continent qui se suffit à lui-même. Elle renferme des vallées fertiles et des montagnes couvertes de forêts. Les Phéniciens chassèrent de la plaine les indigènes, qui se réfugièrent dans les replis de l'Ida. Les pêcheries de pourpre d'Itanos furent ouvertes ; Lappa et Kairatos' au nord, Phœnikê ou Arade, Gortyne, Lebênô au sud, furent occupées ou fondées '. De Crète on passa bientôt à Cythère. Cythère, située à l'entrée du golfe de Laconie, à trois lieues à peine du continent, servait de r^ lâche aux navires qui se rendaient d'Orient en Italie ou en Sicile'. Le murex brandaris^ dont on tirait la « pourpre des lies* », s'y trouvait en telle quantité, qu'à une certaine époque l'île prit le nom de Porphyroessa, « la pourprée \ » Les Phéniciens s'y établirent à demeure et y bâtirent un sanctuaire d'Astartè, le premier peut-être qui eût jamais été élevé en Grèce*. Ils se répandirent de là au long du Péloponèse, puis en Illyrie et en Italie'. La Grèce continentale, entamée au sud par Cythère, à l'ouest par les Gyclades, ne tarda pas à recevoir elle-même leur visite. L'isthme de Corinthe et les Ilots qui le précèdent , Égine, Salamine, l'Argolide, TAttique, furent explorés tour à tour. Gadmos, le fondateur de Thèbes et l'inventeur des lettres, établit en Béotie une colonie puissante *.
1. Plus lard Knôsos. — 2. Movers, Die Phânixier, t. Il, V** Thoil, p. 258-261. — 3. Thucydide, IV, 53. — 4. Ézékiely xxvii, 7. — 5. Et, éê BysaiMe, s. v. Kû5v)p«. — 6. Hérodote, I, 106; Pausaniais, 1, 15, 5; m, 21, 1. — 7. MoTerf, Die Fkôniner, t. II, %^^ Thell, p. 341-343. — -— 8. Idtm, iHd,f p. 85-02 ; Fr. Lenormant, Lm légende de Cadmus ei le$ éuMiuemeHtê pkénicUm en 6rèce, dan» Lee premUree dviUeeUianSy t. II.
Aucun de ces établissements ne devait survivre h l'invasion dorienne; mais leur présence au milieu des populations primitives de la Grèce eut sur le caractère et la religion de la race hellénique une influence dont on commence à rechercker les traces après Tavoir niée trop longtemps.
Ii4M aitcrAtUas 4em peuples 4e VAmîe ntaeure . et rnseëe.
Certaines nations de l'Asie Mineure^ les Gares et les Lydiens surtout, avaient subi l'ascendant des nations sémitiques au point de perdre en partie leur physionomie aryenne ; d'autres, les Lyciens au sud, les Phrygiens et les Lydiens a^ nord, résistèrent plus énergiquement et se maintinrent pures de tout mélange étranger. « Nous donnons aux peuples maritimes de l'Asie Mineure, à ceux du moins qui appartiennent à la race phrygo-pélasgique, le nom de Grecs orientaux. Si différent qu'ait été le maintien de chacun d'eux vis-à-vis des Phéniciens^ tous sans excep- . tion surent s'approprier la civilisation du peuple plus cul* tivé et lui prendre habilement ses arts. Habitués de longue date à la pèche, ils commencèrent à munir leurs bar€[ue8 de qtiilles qui les rendirent capables de trajets plus audacieux ; sur le modèle du navire de commerce, aux formes arrondies et au large ventre, ils construisirent le « cheval « de mer, » comme ils l'appelaient ; ils apprirent à se servir de la voile en même temps que de la rame ; le pilote, à son banc, tint le regard fixé, non plus sur les accidents suocetaifs du rivage, mais sur les constellations. Les Phéniciens avaient découvert au pôle l'étoile sans éclat qu'ils reconnaissaient comme le guide le plus sûr de leurs courses nocturnes; les Grecs choisirent une constellation plus brillante, la Grande Ourse, mais, s'ils ne déployèrent pas en cela la même sûreté d'observation astronomique
3ue leurs maîtres , ils devinrent pour tout le reste leurs isciples et leurs rivaux heureux. Par là ils réussirent à chasser entièrement les Phéniciens de leurs eaux; de là vient que, malgré to\it, on trouve sur les rivages de la mer
d'Ionie si peu de traces de la domination phénicienne*. » Les Sidoniens et les Gares ne s'étaient pas fait faute d'exercer la piraterie dans les mers de TArchipel. Gomme les Normands du moyen âge, ils s'en allaient au loin à la recherche des aventure» profitables; ils rôdaient le long des côtes, toujours à Taffût des belles occasions et des bons coups de main. S'ils n'étaient point en force, ils débarquaient paisiblement, étalaient leurs marchandises et se contentaient comme pis-aller du gain légitime que pouvait leur valoir l'échange de leurs denrées. S'ils se croyaient assurés du succès, l'instinct pillard reprenait le dessus: ils brûlaient les moissons, saccageaient les bourgs et les temples isolés, enlevaient tout ce qui leur tombait entre les mains, principalement les femmes et |^s enfants, qu'ils allaient ensuite vendre comme esclaves sur les marchés de l'Orient, où le bétail humain était taxé à plus haut prix. Les Grecs « s'habituèrent à voir dans la piraterie un métier comme un autre, celui de chasseur ou de pêcheur, par exemple : quand des inconnus abordaient quelque part, on leur demandait ingénument (c'est Homère qui l'affirme) s'ils étaient marchands ou pirates. » Les flottes et les factoreries phéniciennes furent attaquées à leur tour, les Gyclades reconquises. Les Sidoniens ne songèrent bientôt plus qu'à se maintenir sur quelques points importants, à Thasos au nord, à Mélos et à Théra dans les Gyclades, à Rhodes et à Gythère au sud. Les Étéocrétès, renforcés sans doute par des émigrants du continent, chassèrent les colons cananéens : la Grète délivrée forma un royaume de cent villes, dont la capitale fut Gnôsos. « Le premier empire de la Grèce antique fut un État d'îles et de côtes; le premier roi, un roi de mer, » Minos. G'est à Minos qu'on attribuait la gloire d'avoir détruit la piraterie dans les îles de l'Archipel et d'avoir réprimé les courses des Phéniciens et des Gares. L'avènement de la domination Cretoise marque la fin de la domination sidonienne dans les mers de la Grèce : les quelques colonies qui se maintinrent çà et là