G. Curtius, Griechische GeschicfUe, t. I, p
ne purent subsister qu'à force de concessions et de ménagements ^
Autant qu'on peut en juger, cette révolution s'accomplit vers les dernières années de la dix-huitième dynastie. Les Phrygiens isolés dans l'intérieur des terres n'y prirent aucune part et laissèrent le soin de l'achever à cette catégorie de peuples à moitié légendaires : Méoniens, Tyrséniens, Troyens, Lyciens, que les historiens classiques et les monuments égyptiens nous ont fait connaître •. D'après les traditions du pays, Manès, fils de Zeus et de la Terre, eut Ciotys de Callirrhoé, fille de l'Océan. Gotys engendra Asios, qui donna son nom à l'Asie, et Atys, qui fonda en Lydie la dynastie des Atyades. Gallithea, fille de Tyllos et femme d'Atys, mit au monde deux fils, nommés, selon les uns, Tyrsênos ou Tyrrhênos et Lydos% selon les autres, Torrhêbos et Lydos*. L'examen de cette généalogie où sont compris tous les héros éponymes du pays, m-iitre qu'il y eut d'abord sur la côte ouest de l'Asie Mineure un grand peuple appelé Mœones , formé de plusieurs tribus : les Lydiens, les Tyrsênes ou Tyrrhênes (Toursha), les Torrhèbes, les Shardanes*. Quelques-unes de ces tribus, attirées vers la mer sans doute par l'attrait de la piraterie, finirent par quitter le pays et par aller chercher fortune au loin. « Aux jours d'Atys, fils de Manès*, il y eut une grande famine par toute la terre de Lydie.... Le roi se résolut à partager la nation par moitié et à faire tirer les deux portions au sort : les uns devaient rester dans le pays, les autres s'exiler. Il continuerait de régner luimême sur ceux qui obtiendraient de rester : aux émigrants il assigna pour chef son fils Tyrsênos. Le tirage accompli, ceux qui devaient partir descendirent à Smyrne, con-
1. G. Curtius, Grieehische Geschichtey t. I, p. 58-62. — 2. Pour les sources égyptiennes, voir de Rougé, Extrait iun Mémoire sur lesattaquet, dans la Berue archéologique, septembre 1867; Chabas, Éludes sur VAtUiquité historique^ p. 191 sqq. — 3. Hérodote, I, 94. — 4. Xanthos de Lydie, dans Denys d*Halicarnasse, ArU. Rom,, I, xxviii.— 5. Shardanes répond à un ethnique £âp8ovs, dérivé du nom de Sardos, héros éponyme de la ville de Sardes. — 6. Petit-fils^ d'après les autres généalogies.
â50 CHAPITRE VI.
Btruisirent des navires, y chargèrent tout ce qui pouvait leur être utile et partirent à la recherche de Tabondance et d'une terre hospitalière. Après avoir passé bien des peuples, ils parvinrent en Ombrie, où ils fondèrent des villes qu'ils habitent jusqu'à ce jour. Us posèrent leur nom de Lydiens et, d'après le fils de roi qui leur avait servi de guide, se firent appeler Tyrséniens*. » Quoi qu'en dise Hérodote, cette migration ne se fit pas en une seule fois et dans une seule direction : elle se prolongea pendant près de deux siècles, du temps de Séti I'' au temps de Kamsès III, et porta sur les régions les plus diverses. On trouve les Pélasges tyrrhéniens à Imbros , à Lemnos , à Samothrace et dans la péninsule de Ghalcis, sur les côtes et dans les îles de la Propontis, à Gythère et h la pointe méridionale de la Laconie. Arrivés en Afrique, ils s'allièrent aux Libyens et attaquèrent TÊgypte vers la fin du règne de Séti I*^, Nous avons déjà vu qu'ils furent repoussés si rudement qu'ils s'abstinrent de toute hostilité pen-* dant le règne de Ramsès II, Les Shardanes, faits prisonniers dans cette campagne , furent incorporés à l'armée égyptienne et se distinguèrent dans la guerre contre les Khêtas. Us s'y trouvèrent face à face avec les Lyciens, les Mysiena et les Troyens, qui essayaient d'accomplir par terre, et avec l'aide des Syriens, ce que les peuples de la mer n'avaient pu faire avec les Libyens'. La défaite de Kadesh dégo&ta les Troyens des expéditions lointaines : à partir de ce moment, ils se gardèrent de prendre part aux coalitions oontre l'Egypte.
Au moment du traité avec le prince de Rhèta, Ramsèa II était déjà âgé d'au moins cinquante ans et avait fourni quarante années de guerres'. On conçoit qu'il ait éprouvé le besoin du repos et délégué le pouvoir royal à l'un de ses fils. Les trois premiers étant morts, il choisit vers Tan XXX le quatrième, Khâmouàs, qui était chef du sacerdoce mempbite. L'autorité de Khâmouàs dura jusqu^à sa mort, en
l. HéredeU, 1. 1, 94. - 2. Y. ptut haut, p. 217-23S. ^ 3. lUsp«ro, Essai sur Vinscription d*ÀbydoSy p. 80.
LES GRANDES MIGRATIONS MARITIMES. %hl
r«n LV, et passa au treizième fils du roi, Ménephtah. Nommé très-jeuoe prince héritier, décoré de litres honorifiques fort élevés, Ménephtah parait avoir partagé avec la princesse Bet- Anat et le prince Khâmouas, tous deux, comme lui, enfants de la reine Isi-Nowert, la faveur particulière de Sésostris. Au moins est-il qualifié plusieurs fois de prince «qui a surgi comme Phtah au milieu des multitudes pour établir des lois excellentes sur les deux terres. » Il fut régent douze ans, de Tan LV à Fan LXVII, et devint roi à la mort de son père sous les titres de Banrà mernouterou, fils du Soleil, Ménephtah hotep-hi-ma. C'est du premier de ces noms qu'Hérodote a tiré son Phéron*, et du second que Manéthon ou plutôt ses compilateurs ont tiré Amenephthès ou Aménophis, successeur de Ramsès Meïamoun.
Au début de son règne, Ménephtah n'était plus un jeune homme. Né au plus tard dans les premières années du règne de son père, il devait avoir soixante ans, sinon plus : c'était donc un vieillard succédant à un autre vieillard, dans un .moment où TËgypte aurait eu grand besoin d'un roi jeune et actif. Néanmoins les premières années furent heureuses. Au dehors, les garnisons des villes syriennes ne furent point troublées' ; les Khêtas, qu'une famine désolait, reçurent d'Egypte des secours en blé et ne rompirent point la paix par reconnaissance. Au dedans, les grandes constructions continuèrent à Thèbes, à Abydos, àMemphis, surtout dans le Delta, où Ménephtah, à l'exemple de son père, avait fixé sa résidence. Tout semblait annoncer un règne paisible, sinon un règne glorieux. Mais, depuis leurs défaites sous Séti et sous Ramsès II, les peuples de l'Asie Mineure et de la Libye avaient eu le temps de reprendre courage. La présence du vieux roi sur le trône les avait tenus à l'écart : i'avénement de Ménephtah les décida à faire une nouvelle tentative. On apprit soudain à Thèbes que les Hottes de l'Archipel avaient débarqué sur la côte de Libye des bandes de Tyrsènes, deShardanes et de Lyoiens, accompagnées d'auxiliaires jusqu'alors inconnus, les Achéens et les Sha-'
1. Hérodote, 1. II, 111. — 2. Pap, Ana$taiti III, verso éet pages &»6.
kalash. Le roi des Libyens, Mennaïou, fils de Deïd*, se joignit à eux avec les Tamahou, les Mashouash et les Kehaks, et tous ensemble prirent le chemin de TÉgypte. L'armée d'invasion ne se composait que de troupes d'élite; c'étaient des hommes de premier choix, pris parmi les coureurs les plus agiles de leur pays. Ils partaient avec la ferme résolution, non pas de faire une simple razzia, mais de conquérirvle Delta et de s'y établir en colonie.
L'annonce de leur approche surprit l'Egypte. La longue paix dont on avait joui depuis l'an XXI de Ramsès II, pendant un demi-siècle, avait calmé singulièrement l'ardeur belliqueuse des Égyptiens. L'armée, réduite en nombre, n'avait plus de corps auxiliaires ; les forteresses, mal entretenues, laissaient la frontière ouverte. Le premier mouvement des populations directement menacées fut de se soumettre sans combat. Ménephtah, accouru sur le lieu du danger, rétablit partout l'ordre et la discipline. Il rassembla et recruta l'armée, fit venir d'Asie des troupes mercenaires et lança sa cavalerie en avant pour signaler l'arrivée de l'ennemi. Luimême couvrait Memphis avec le gros de ses forces et fortifiait le grand bras du Nil, pour mettre au moins la partie orientale du Delta à l'abri de toute incursion.
Les préparatifs étaient à peine achevés, (jue l'ennemi parut dans les plaines de Paarisheps (Prosopis) * et se répandit sur tous les pays environnants, comme s'il voulait s'y établir à demeure. Ménephtah lui opposa d'abord sa cavalerie et ses troupes auxiliaires, et promit aux généraux d'avant-garde de les rejoindre avec le reste de l'armée au bout de quatorze jours. Dans l'intervalle le dieu Phtah lui apparut en songe et lui ordonna de ne point se montrer sur le champ de bataille*. Cette circonstance fâcheuse ne troubla pas, à ce qu'il paraît, l'ardeur des Égyptiens : le 3 Épiphi, après six heures de lutte, ils mirent en pleine déroute les Libyens et leurs alliés. La garde de Mermaïou fut enfoncée et détruite, lui-même obligé de prendre la fuite en aban-
I. Sur ce nom, voy. Goodwin, dans la Zeitschrift, 1868, p. 39. — 2. Brugsch, dans la ZeiUchrift, 1867, p. 98. — 3. De Rougé, Mémoire mr les Attaques^ p. 9.
donnant son arc, son carquois et sa tente. Le camp fut enlevé, le butin reconquis : les barbares, poursuivis sans relâche par la cavalerie égyptienne, ne purent se reformer et quittèrent le pays plus vite qu'ils ne l'avaient envahi. C'est tout au plus si le chef libyen réussit à s'échapper sain et sauf. La nouvelle de cette victoire remplit l'Egypte d'un enthousiasme d'autant plus sincère que Teffroi avait été plus grand. Le retour du roi à Thèbes ne fut qu'un long triomphe. « Il est très -fort, Bânrâ v. s. f . ; — très-prudents sont ses projets ; — ses paroles sont bienfaisantes comme Thot, — tout ce qu'il fait s'accomplit. — Lorsqu'il est comme un guide à la tête des archers, — ses paroles pénètrent les murailles. — Très-amis de qui a courbé son échine — devant Meîamoun v. s. f. — ses soldats vaillants épargnent celui qui s'est humilié — devant son courage et sa force; — ils tombent sur les.... — consument le Syrien. — Les Shardanes, (jue tu as ramenés de ton glaive, — font prisonniers leurs propres tribus. — Très-heureux ton retour à Thèbes, -;- triomphant ! Ton char est traîné à la main ; — les chefs vaincus marchent à reculons devant toi, — tandis que tu les conduis à ton père vénérable, — Ammon, mari de sa mère ' . »
Cette victoire délivra le pays des envahisseurs; mais pour l'arracher à l'abattement que signalent les inscriptions, il aurait fallu une main plus ferme que celle d'un vieillard de soixante à soixante-dix ans. La faiblesse de Ménephtah dut encourager les espérances des princes qui se croyaient des droits à la couronne : il semble même que certains d'entre eux n'attendirent pas sa mort pour afficher ouvertement leurs prétentions. Sur une stèle d'Abydos, conservée au musée de Boulaq , un premier ministre du roi, Ramessès em per-en-Râ, surnommé Merïou, fait suivre son nom de la formule inusitée : aimé de Ramsès Meîamoun comme le soleil pour l'éternité. « En se rappe-
1. Pap, Ànastasill, pi. IV, 1. 4; pi. V, 1. 4. Cf. de Rougé, Mémoire sur les Attaques,^. 35-36 ; Ma.«ipero, Du genre épistolaire,Tp, 82-83; Chabas, Recherches jxmr servir à Vhistoire de la XIX* dynastie, p. 93-94.
lant que RamBès II a été divinisé, ot en suppléant après aimé de Ramsès Mèïamoun le» mot» tû-ankh (viviûc*teur) , on n'en sera pas moins surpris de voir qu'un particulier, si élevé en dignité qu'il ait pu être, se soit attribué un titre ordinairement réservé aux rois. En l'absence de documents, il nous est impossible d'apprécier à sa valeur l'espèce d'usurpation dont cette stèle porte la trace *. » Après tout, ce Ramsès per-en-Rft, au lieu d'être un usurpateur, n'était peut-être qu'un vice-roi, revêtu de titres extraordinaires et de la même autorité que Ménephtah lui-même avait eue du vivant de son père.
Mais, tout en admettant que les usurpations plus ou moins déguisées ne commencèrent peut-être pas sous le règne de Ménephtah, on ne saurait trop nier cru'elles se produisirent après sa mort *. Au milieu de l'obscurité qui recouvre cette époque ressort un fait à peu près certain : Séti II, fils de Ménephtah, qui, du vivant de son père, était déjà prince de Koush et héritier présomptif, ne monta pas immédiatement sur le trône d'Egypte. Il fut supplanté par un prince nommé Amenmesès, fils ou petit-fils d'un des enfants de Ramsès II, mort avant leur père'. Amenmesès était originaire du nome d'Aphroditopolis, de la ville de Kheb, « d'où Isis l'a tiré pour le faire régner sur tout le pourtour du soleil*; » son autorité s'étendait sur Thèbes et probablement sur l'Egypte entière. Son successeur, Ménephtah II Siphtah, originaire comme lui de la ville de Kheb, parvint à s'établir sur le trône de son père, grâce au dévouement de son ministre Baï • et sans doute aussi grâce à son mariage avec la reine Taousert, dont le nom se trouve toujours accolé au sien. Il gouvernait l'Ethiopie et se vante d'avoir reçu les envoyés de toutes les nations*. Il semble
1. Mariette, Catalogue du musée de Boulaq, p. 156. —2. Chabas. Recherchée pour servira Vhistoire de la XIX* dynastie, p. 114-118, a compris d*une manière différente toute l'iiistoire de cette époque. Jusqu'à nouvel ordre, je suis l'arrangement proposé par M. de Rougé, Étude sur une stèle, p. 185 sqq. — 3. Cf. à cet égard 0. Maspero, Lettre dir. G. d'Eichthal, p. 40-48. — 4.Lepsiu8, Denkm,, III, 901.— 5. Idem, ibid.y ÎOÎ, f. — 6. îdem, ibid-, 201, a.
qu'un compromis g'établit entre bor partisans et ceux du fils de Ménephtah : du moins un Séti, qui parait être le môme que Séti II, vivait auprès de lui comme « prince de Koush, gouverneur des mines d*or appartenant à Amraon, flabelliftre à la droite du roi, intendant du palais, directeur de la bibliothèque royale. » La seule date précise qu*on ait du règne de ces princes est de Tan III de Siphtah, et les listes de Manéthon semblent n'indiquer pour eux qu'une douzaine d'années tout au plus. Après la mort du dernier d'entre eux, Séti II monta enfin sur le trône, soit à la suite d'une révolution heureuse, soit à la faveur d'un compromis entre les deux branches rivales. Une inscription de l'an II lui attribue des victoires sur les nations étrangères*, et Tun des papyrus du Musée Britannique loue sa grandeur en termes éloquents. Je ne sais trop jusqu'à quel point on doit se fier à ces indications : le chant de victoire contenu au papyrus Anastasi IV n'est que la copie presque mot pour mot d'un chant de triomphe dédié jadis à Ménephtah, et approprié à Séti II par une simple substitution de noms. Aussi bien, plusieurs documents contemporains semblent indiquer des troubles et des usurpations analogues à celles qui attristèrent les dernières années de Ménephtah. Séti II, qui était déjà sans doute d'un certain âge à l'avènement de son père, à moins qu'on ne préfère voir en lui un enfant de la vieillesse de Ménephtah, écarté pendant dix à douze ans du trône par l'usurpation des princes de Kheb, était un vieillard à son arrivée au trône, et ne devait plus avoir l'énergie nécessaire pour faire face aux circonstances. Une des statuettes du Louvre représente « un homme accroupi tenant entre ses jambes un naos où figure le dieu Phtah- Sokaris. Les cartouches du roi Séti II sont gravés sur ses épaules et déterminent son époque ; son nom se lit Aïari. Ses titres, sont tellement élevés, qu'ils ne conviendraient qu'à un prince héritier du trône, si les troubles profonds qui suivirent le règne de Ménephtah ne nous permettaient
1. Lapsius, Dtnkm., III, 304. Cf. les légendes de Thypogée, dans C)iampo)lion, Not. Dme», t. I, p, 469.
256 CIIAPITHK Vl.
pas de soupçonner ici l'usurpation d'un degré d'honneur illégitime. Outre les titres ordinaires du souverain pontife de Memphis, que notre personnage s'attribue comme droit héréditaire, il se qualifie héritier dans la demeure du dieu Seb (l'Egypte), et héritier supérieur des deux pays. La fin de la légende est brisée , mais aucune parenté royale n'est alléguée, malgré ces titres si éminents *. »
Toutes ces causes diverses, impuissance des rois trop âgés, révoltes des hauts fonctionnaires, usurpations des dynastie^ collatérales qui depuis près d'un demi-siècle travaillaient l'Egypte, amenèrent enfin sous le règne do Séti II, ou immédiatement après sa mort, la dissolution complète, je ne dirai pas de l'empire égyptien, mais de l'Egypte elle-même. « Le pays d'Egypte s'en allait à la dérive ^ : les gens qui s'y trouvaient, ils n'avaient plus de chef suprême, [et cela pendant] des années nombreuses, jusqu'à ce que vinrent d'autres temps, car le pays d'Egypte était aux mains de chefs de nomes qui se tuaient entre eux, grands et petits. D'autres temps vinrent après cela, pendant des années de néant ', où un Syrien nommé Arisou * devint chef parmi les princes des nomes, et força le pays entier à payer hommage devant lui : chacun complotait avec le prochain pour piller les biens l'un de l'autre, et comme on traita les dieux de même que les hommes, il n'y eut plus d'offrandes faites dans les temples *. » Les termes sont explicites et témoignent d'un anarchie complète. Us nous montrent avec quelle facilité l'agrégat de nomes qui formait l'Egypte pouvait se séparer dès que le pouvoir central venait à faiblir. Sésostris parcourait l'Asie et l'Afrique à la tête de ses armées victorieuses ; moins de cinquante ans après sa mort, l'Egypte était morcelée. « Supposez que
1. De Rougé, Notice des Jf onumento, 3* édit., p. 37-38, A, 71.— 2. Litt. : « était jeté, se jetait au dehors. » — 3. Litt. : « des années vides. » — 4. Cf. ^D^IN, nom du fils d*Hamon. — 5. Grcuid Papyrus Boftis^ pi. LXXVy 1. 2-6. Cf. Eisenlobr, On the polUical condition of Egypt hefore thê reign of Ramses lll, dans les Transactions of the So^ ciety of Bihlical Archaology^ t. I, p. 355-384, et Ghabas, Recherches pour servir à Vhistoire de la IIX* dynastiei p. 1-23.
le désert devienne plaine et que les montagnes s'abaissent, disait un scribe du temps, les barbares du dehors viendront en Egypte. » Il n'y eut pas besoin de ces miracles pour que Tinvasion se fît. Depuis Ramsès II, la puissance militaire de TÉgypte et sa domination extérieure avaient rapidement décliné. Ménephtah avait entretenu Talliance hittite et tenu garnison dans les principales villes de la Palestine. Mais sous Amenmesès, sous Siphtah, sous Séti II lui-même, bien qu'on trouve des affirmations de victoires, on ne voit plus la trace de grandes expéditions au dehors. Il avait fallu sans doute retirer les troupes des provinces syriennes, afin de parer aux éventualités des guerres civiles. Quand les peuples étrangers, jusqu'alors repoussés dans leurs tentatives, essayèrent une fois de plus la fortune, ils ne trouvèrent plus devant eux qu'une résistance des plus molles et réussirent pour un moment dans leurs entreprises.
A la faveur des troubles et de l'invasion, les esclaves étrangers que les Pharaons de la dix-huitième et de la dix-neuvième dynastie avaient emmenés en Egypte se soulevèrent de toutes parts. « On dit que ceux des prisonniers de Sésoôsis qui étaient Babyloniens se révoltèrent contre le roi, incapables qu'ils étaient de supporter plus longtemps les travaux auxquels on les soumettait. Ils s'emparèrent d'une position très-forte qui domine le fleuve, livrèrent divers combats aux Égyptiens et gâtèrent tout le pays environnant; à la fin, quand on leur eut accordé l'impunité, ils colonisèrent la place et l'appelèrent Babylone, du nom de leur patrie. » On contait une histoire analogue sur la bourgade voisine de Troja*. Condamnés à extraire la pierre, à mouler la brique, à creuser les canaux, à construire les temples, les palais et les forteresses, les esclaves avaient une vie fort pénible et ne pouvaient être maintenus dans le devoir que par une surveillance perpétuelle*. A la pre-
1. Diodore de Sicile, 1. I, 56. Troja est la ville égyptienne de Trouioou {Brugsch, Zeitschriftj 1867, p. 89sqq.); Babylone est probablement Hàbenben, dont on a les variantes Hâ-beben, Hd-beber. — 2. Voir
mière occasion.ils se révoltaient et cherchaient à s'échapper. Leur nombre était considérable, surtout dans la Basse-Ê^ypte, où les Pharaons avaient transplanté des tribus entières d'origine libyenne et sémitique, les Wenkhou, les Matsiaou. Parmi eux se trouvaient les enfants d'Israël, ceux du moins qui avaient préféré rester en Egypte après l'expulsion des Pasteurs. Réduits à la condition d'esclaves publics, ils n'avaient pas tardé à regretter le temps des Pharaons « qui connaissaient Joseph* ». Ramsès II plus que tout autre dut leur être cruel : privé par la paix avec les Khêtas des ressources que lui procurait la guerre, il se servit, pour la construction de ses monuments, d'Égyptiens et surtout des tribus étrangères établies en Egypte. Les traditions nationales des Hébreux faisaient de la condition de leur peuple pendant son temps une peinture lamentable, ce Ils établirent sur le peuple des commissaires d'impôts pour l'affliger en le surchargeant; car le peuple bâtit des villes fortes à Pharaon, savoir : Pithôm et Ramsès. — Mais plus ils l'affligeaient, plus il multipliait et croissait en toute abondance; c'est pourquoi ils haïssaient les enfants d'Israël. — Et les Égyptiens faisaient servir les enfants d'Israël avec rigueur; — tellement qu'ils leur rendirent la vie amère par une rude servitude, leur faisant faire du mortier de briques et toute sorte d'ouvrage qui se fait aux champs; tout le service qu'on tirait d'eux était avec rigueur*.» De même que les autres prisonniers, les Hébreux n'attendaient qu'une occasion pour se dérober à leur servitude.
La tradition la plus accréditée place l'Exode sous le règne de Ménephtah^ Ce prince serait le Pharaon de la Bible, celui qui refusa aux Hébreux la permission d'aller sacrifier dans le désert. Mais, à tenir compte des monuments jusqu'à présent connus, rien encore dans l'état de TÉgypte
à cet égard Brugsch, Histoire d'Egypte^ t. I, p. 106, et Chabas, MéL Égypt., 2- série, p. 108-165. — 1. ExodCy i, 8. — 2. Exode, /, 11-14. — 3. De Rougé, Examen critique de Vouvrage de M. le chevalier de Bunsen, 2* partie, p. 74.
LES GRANDES MIGRATIONS MARITIMES. 25ft
sous Ménephtah n'indique une décomposition assez profonde pour que la révolte et la fuite d'une tribu considérable aient pu se produire heureusement. L'attaque des peuples de la mer porta à l'occident du Delta et ne pénétra jamais jusqu'au pays de Goshen, où les livres juifs nous montrent les principaux cantonnements du peuple hébreu. Elle ne dura pas assez longtemps pour donner aux esclaves étrangers le temps de se concerter et de prendre les mesures nécessaires à leur délivrance. Ce n'est donc pas sous le règne de Ménephtah, après une victoire qui maintint quelque temps encore à l'extérieur, le prestige des armées égyptiennes, et dans un moment où toutes les forces de l'Egypte étaient prêtes à la répression, que les Hébreux auraient pu effectuer impunément leur périlleuse sortie. C'est seulement pendant les années qui précédèrent et suivirent la mort de Séti II que se trouvent réunies les conditions favorables à l'Exode : décomposition et démembrement de la monarchie égyptienne, invasion étrangère, guerre contre les envaliisseurs, qui s'étendirent sur tout le Delta et durèrent longtemps. On comprend aisément qu'au milieu du désordre général une tribu étrangère persécutée par les Égyptiens et lasse de la persécution ait pu quitter ses cantonnements et prendre le chemin du désert sans être énergiquement combattue par ses anciens maîtres, trop menacés dans leur propre existence pour [s'inquiéter beaucoup de la fuite d'une bande d'esclaves.
Les traditions nationales des juifs contaient que Pharaon, soucieux de l'accroissement d'Israël, voulut faire tuer tous les enfants mâles qui naîtraient. Une femme de la tribu de Lévi, après avoir caché le sien pendant trois mois, l'exposa sur le Nil dans un berceau d'osier, à l'endroit où la fille de Pharaon avait accoutumé de venir se baigner. La fille de Pharaon eut pitié de l'enfant, l'appela Moïse, le sauvé des eaux, et le fit élever près d'elle dans toute la science de l'Egypte. Il avait déjà quarante ans lorsqu'un jour il assassina un Égyptien qui frappait lin Hébreu et se sauva au désert du Sinaï. Après quarante années d'exil, Dieu lui apparut dans un buisson ar-
dent et lui ordonna de tirer son peuple d'esclavage. Moïse et son frère Aaron se rendirent à la cour du roi et demandèrent pour les Hébreux Tautorisation d'aller sacrifier dans le désert. Ils ne Tobtinrent qu'après avoir frappé le pays des dix plaies légendaires et fait périr tous les premiersnés de la nation. Poursuivis par Pharaon, les Hébreux traversèrent à pied sec la mer Rouge, dont les eaux se séparèrent pour les laisser passer et se refermèrent pour engloutir les Egyptiens'. Alors Moïse et les enfants d'Israël chantèrent ce cantique à l'Eternel et dirent : « Je chan- « terai à l'Éternel, car il s'est hautement élevé; il a jeté « dans la mer le cheval et celui qui le montait. — L'Éter- « nel est ma force et ma louange et il a été mon Sauveur, « mon Dieu fort. Je lui dresserai un tabernacle, c'est le « Dieu de mon père, je l'exalterai. — L'Éternel est un « vaillant guerrier, son nom est l'Éternel. — Il a jeté dans « la mer les chariots du Pharaon et son armée; l'élite de « ses capitaines a été submergée dans la mer Rouge. — Les « gouffres les ont couverts ; ils sont descendus au fond des « eaux comme une pierre. » — .... L'ennemi disait : «Je « poursuivrai, j'atteindrai, je partagerai le butin; mon âme « sera assouvie d'eux ; je tirerai mon épée, ma main les dé- « truira. — Tu as soufflé de ton vent : la mer les a couce verts ; ils ont été enfoncés comme du plomb au profond ce des eaux^. «
La tradition égyptienne prenait les choses autrement. Le roi Aménophis eut, dit-elle, la fantaisie de contempler les dieux comme avait fait Hôros, un de ses ancêtres. Un voyant qu'il consulta à cet égard lui répondit qu'il devait avant tout délivrer le pays des lépreux et autres hommes impurs; sur quoi il fit rassembler au nombre de quatrevingt mille tous les Égyptiens affligés de vices corporels et les jeta dans les carrières de Tourah. Il y avait parmi eux des prêtres, et ce sacrilège irrita les dieux : le voyant, craignant leur colère, écrivit une prophétie dans laquelle il annonçait que certaines gens s'allieraient avec les Im-