‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 5)Chapitre 61 sur 96 · I Rois, XII, 1-19 ; II Chron., x · texte numérisé non relu

I Rois, XII, 1-19 ; II Chron., x

l'empire juif. 333

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Malgré Tapparence, la force réelle des deux royaumes était la même. Israël avait pour lui Tétendue et le nombre, mais Juda était plus compacte et mieux organisé. U possédait avec Jérusalem les arsenaux et les trésors de Salomon, tandis que Jéroboam était contraint de créer une administration et de grever son peuple d'impôts. La rude leçon que Rehabeam venait de recevoir ne fut pas perdue pour lui. Il avait songé d'abord à revendiquer son droit par les armes, mais la prudence et les conseils du prophète Shémaïah Ten détournèrent. Il appliqua ses ressources à mettre le royaume en défense, à fabriquer des armes nouvelles et à relever les murailles des places fortes*. Jéroboam de son côté ne resta pas inactif. Il s'établit de sa personne à Sichem et, pour surveiller les tribus orientales, fortifia sur la rive gauche du Jabbok le bourg de Penuel*. Après avoir ainsi pourvu à la sûreté générale, il songea à régler les affaires religieuses de ses États. Sous Salomon, le temple de Jérusalem avait servi de sanctuaire commun aux douze tribus. « Jéroboam dit en soi-même : Maintenant le royaume pourrait bien retourner à la maison de David. — Si ce peuple monte à Jérusalem pour faire des sacrifices dans la maison de Jahveh, le cœur de ce peuple se tournera vers ^on seigneur Rehabeam roi de Juda, et ils me tueront et ils retourneront à Rehabeam roi de Juda. » Pour remédier à ce danger, il n'était pas nécessaire de rejeter Jahveh : il suffisait de donner un culte nouveau à la divinité antique. Pendant son séjour en Egypte, Jéroboam avait pu voir les figures mystiques auxquelles les prêtres rendaient hommage: c'était le moment où le culte d'Hapi se développait dans toute sa splendeur et prenait à Memphis une importance qu'il n'avait jamais eue jusqu'alors. « Le roi fit deux veaux d'or et dit au peuple :

1. I HoiSy xn, 21-24 ; II Chron.y xi, 1-12. — 2. I Rois, xii, 25.

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a Ce vous est trop de peine de monter à Jérusalem : voici cct«fl dieux, ôlsraSlyCrui t'ont fait sortir du paysd'figypte.s» Deux images furent établies. Tune à Dan sur la frontière du Nord, l'autre à Béthel sur la limite de Juda et d'Epbraîm SA tout prendre, ce que faisait Jéroboam n'était pas une innovation: les Hébreux avaient adoré des images avant lui et ne cessèrent d'en adorer que fort tard. Jusque sous Hizkiah, les prêtres de Jérusalem offrirent de rencens au grand serpent d'airain*. Hehabeam lui-môme en faisait autant, sinon pis, de soncôté* Il était fils deNaamah TAjnmonite, et honorait le dieu de sa mère, comme Salomon avait fait ceux de ses femmes. A son exemple le peuple de Juda ootisacrait partout des hauts lieux, plantait des bois sacrés et se prosternait devant les anciennes divinités cananéennes'. Jéroboam porta atteinte aux privilèges de la classe sacerdotale* Non content d'enlever au temple de Jérusalem la plus grande partie de ses fidèles, il ne reconnut pas aux Ijévites le droit d'être seuls prêtres, mais choisit au hasard parmi les tribus : <« Quiconque voulait se consacrait et était des sacrificateurs des hauts lieux j et cela tourna en péché à la maison de Jéroboam, de sorte qu'elle fut retranchée et exterminée de dessus la terre. » Il mit le comble à son audace en élevant nonseulement temple contre temple, mais fête contre féte« U choisit le huitième mois j^our célébrer à Béthel la fête des récoltes, et pour offrir des sacrifices devaat le veau d'or ^. Les prêtres tie lui pardonnèrent jamais cette offense : tout ce ({u'il y avait dans Israël de Lévites et de gens pieux émigra vers Juda, afin de pouvoir sacrifier à Jahveh dans le temple, aux époques et selon les rites tra^ ditionnels*.

L'Egypte, seule des États environnants, était alors assez forte pour songer à tirer parti des embarras des Juifs. Lo temps qui s'était écoulé depuis l'usurpation des rois-prêtres et l'évacuation de la Palestine par les dernières trou*

1. I HoM, XII, 26-30. — 2. Ibid,, xvni, 4. — 3. Ibid., xiy, 22-24. — 4. Ibid., xn, 31-38 j xm, 33-34.— 5. U Chron., xi, 13-17.

L'EMPIRE JXnr* 385

pes de Pharaon avait été rempli de guerreg civiles et de révolutionê. Une Ëg}pte était morte, la vieille Egypte des grands rois thébains, et une Egypte nouvelle était née en sa place : la vie avait commencé à se retirer du Sud et de Thibes pour se reporter vers le Nord et dans les villes du Delta. Tant que les conquêtes des Pharaons étaient restées à peu près enfermées dans le bassin du Nil, Thè^ bes avait été le centre naturel du pays. Placée à peu près au point d'arrivée des principales voies commerciales de TAfrique et de TÂrabie, elle était comme un vaste entre* pôt où venaient s'entasser toutes les richesses des contrées étrangères, depuis le golfe Persique jusqu'au delà du Sahara, depuis la Méditerranée jusqu'à la région des grands Lacs. Les cités du Delta, tournées vers des nations avec lesquelles on n'entretenait encore que des relations irré«* gulières, avaient peu d'influence : Memphis elle-même, malgré son étendue, malgré les souvenirs de Mena et des premières dynasties, n'arrivait qu'en seconde ligne. L'invasion des Pasteurs, en faisant de la ThébaTde le refuge et le dernier rempart de la nationalité égyptienne, augmenta cette importance : pondant les siècles de lutte, Thèbes ne fut plus la première ville du pays , mais le pays lui-même et le cœur de l'Egypte battit sous ses murailles. Les victoires d'Âhmès, les conquêtes de Thot* mes I*', élargirent le cercle du monde, l'isthme de Sues fut franchi, la Syrie soumise, l'Buphrate et le Tigre traversés, au profit et à la grandeur de Thèbes ; pendant deux cents ans elle vit tous les peuples vaincus défiler à rom«> bre de ses palais. Mais, quand vinrent les temps anxieux de la XIX* et de la XX* dynastie, quand les barbares d'Asie, si longtemps foulés, se redressèrent et tinrent tête aux Pharaons, on commença de trouver qu'il y avait bien loin de Ramak à la frontière de Syrie et qu'une ville située à plus de cent lieues dans Tintérieur était un mauvais quartier général pour des princes toujours en alerte. Ramsès II, Ménéphtah, RamsèsIII, passèrent la plus grande partie de leur vie active dans la région orientale du Delta. Ils y agrandirent les vieilles villes et en fondèrent

de nouvelles que le commerce avec TAsie enrichit promptement. Le centre de gravité de TÊgypte, qui après la chute du premier empire avait été reporté au Sud vers Thèbes par la conquête de l'Ethiopie et le développement de la puissance égyptienne dans le Soudan, remonta peu à peu vers le Nord et vint tomber dans le Delta. Tanis, Bubaste, Sais, se disputèrent le pouvoir avec des chances à peu près égales et devinrent tour à tour villes royales, sans jamais approcher la splendeur de Thèbes ni produire aucune dynastie comparable aux dynasties des rois thébams.

Sous les derniers Ramsès, Thèbes était restée par habitude la capitale de TÉgypte. Quand Herhor voulut substituer l'autorité des grands prêtres d'Âmmon à celle des descendants de Ramsès II, les cités du Nord réclamèrent contre cette prétention. Tanis se souleva sous les ordres de Simentou Meïamoun, le Smendès de Manéthon, et devint la capitale d'une dynastie nouvelle, la XXP. Ce ne fut pas sans difficulté que Simentou parvint à se faire reconnaître par tout le pays, et ses successeurs eurent à lutter contre des résistances perpétuelles. Thèbes ne leur obéit que par intervalles; l'Ethiopie, trop éloignée du Delta pour être aisément maintenue dans le devoir, se rendit indépendante sous un descendant des grands prêtres d'Ammon. Les nomes, obéissant à leurs traditions de libertés locales, s'insurgèrent contre le pouvoir central; la population égyptienne, amoindrie par les guerres étrangères, cessa de fournir des contingents suffisants pour recruter les armées. Les Pharaons de Tanis en furent réduits à rechercher l'appui des peuples voisins, à marier leurs filles aux rois juifs ou leurs fils à des princesses cananéennes : pour se maintenir, ils livrèrent l'Egypte aux barbares.

L'irruption des barbares dans les affaires de l'Egypte fut moins soudaine et moins imprévue qu'on ne pourrait le supposer au premier abord. De tout temps, on avait considéré comme d'une bonne politique de combler avec des prisonniers les vides que la guerre faisait dans la population. Les Pharaons de la X1I« dynastie s'étaient vantés déjà de transporter au Midi les nations du Nord et au Nord

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les nations du Midi : ils avaient implanté dans la vallée du Nil des peuples entiers. L'invasion des Pasteurs en livrant le pays pour des siècles à des gens venus du dehors augmenta considérablement le nombre des étrangers. Après la victoire d'Ahmès, la famille royale et la classe guerrière émigrèrent en Asie, mais le gros de la population resta sur le sol: Haouar, Tanis, les villes et les nomes situés au Nord-Est du Delta, particulièrement aux environs du lac Menzaleh, restèrent pour ainsi dire aux mains des Sémites. Sujets égyptiens, les Sémites ne perdirent pas leurs traditions nationales: ils gardèrent une sorte d'autonomie, refusèrent de payer certains impôts et se vantèrent de ne pas être de la race des Pharaons. Leurs voisins de vieille souche égyptienne leur donnèrent des sobriquets d'étrangers, Pa-s/t€7nowr, les barbares (Baschmourites), Pi-a/no w, les Asiatiques [Biahmites^), Sous la XYIII" dynastie, quelques-uns d'entre eux obtinrent des commandements importants ou parvinrent aux hautes charges du sacerdoce. Leurs divinités, Soutekh , Baal, Baal-Tsephon , Marna, Astarté, Anata, Kadesh, s'introduisirent dans le Panthéon égyptien et eurent leurs temples à Memphis. Vers le milieu de la XIX' dynastie , les conquêtes de Sésostris et l'alliance étroite que ce prince conclut avec le souverain des Khêtas mirent à la mode l'usage des dialectes syriens. On tint à honneur de les enseigner non-seulement aux enfants libres, mais aux esclaves nègres et libyens, les gens du monde et les savants se plurent à émailler leur langage de locutions étrangères. Il ne fut plus de bon goût d'habiter une ville [nout] , mais une qiriath; d'appeler une porte roj mais tarâa; de s'accompagner sur la harpe (bent)^ mais sur le kinnor. Les vaincus, au lieu de rendre hommage (aaou) au pharaon, lui firent le salam, et les troupes ne voulurent plus marcher qu'au son du toupar ou toph (tambour). Le nom sémitique d'un objet faisait-il défaut, on s'ingéniait à défigurer les mots égyptiens

1. A. Mariette, dans les Mélanges d'archéologie ('gyptienne el auy- Tienne, 1. 1, p. 91-93.

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pour leur donner au moins l'apparence étrangère. Au lieu d'écrire khabes, lampe, sensh, porte, on écrivait khabousa^ saneshaou. Les raffinés de Thèbes et de Memphis trouvaient autant de plaisir à sémitiser que nos contemporains à semer le français de mots anglais mal prononcés ^

A Toccident du Delta, autres races, autres influences. Sais et les villes voisines, placées en rapport constant avec les tribus libyennes, leur avaient pris une partie de leur population. Les Matsiou et surtout, depuis le règne de Ramsès III, les Mashouash, y prédominaient ; mais, tandis que les Sémites devenaient à la longue agriculteurs, lettrés, prêtres, marchands, aussi bien que soldats, les Libyens conservaient toujours leur tempérament guerrier et leur organisation militaire. Depuis environ deux mille ans, les Matsiou étaient campés et non établis sur le sol; c'étaient des mercenaires par droit héréditaire plutôt que des habitants paisibles* Ils formaient des corps de poUce placés dans chaque nome à la disposition du gouverneur et des autorités, garnissaient les postes de la frontière, accompagnaient le Pharaon dans ses expéditions lointaines ; les idées d'armes et de lutte étaient si étroitement liées à leur personne, qu'aux époques de décadence de la langue leur nom altéré en Matoï devint pour les Coptes le terme générique de soldat. Les Mashouash gardèrent toujours leur costume et leur armement spécial; on les reconnaît sur les monuments à la pièce d'étoffe qu'ils portent en guise de coiffure. Sans cesse recrutés parmi l'élite des populations libyennes que les hasards de la guerre ou l'appât d'une haute solde attiraient du dehors, ils ne tardèrent pas à former la force principale et le fond des armées égyptiennes. Les Pharaons s'entourèrent de ces étrangers comme d'une garde plus sûre que les troupes indigènes et leur donnèrent pour commandants des princes de sang royal. Les chefs des Mashouash linii*ent par se rendre à peu près indépendants de leur suzerain : les uns s'appuyèrent sur leurs soldats pour s'élever au trône, les autres aimé-

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