‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 5)Chapitre 7 sur 96 · L'EGYPTE JUSQU'A L'INVASION DES PASTEURS · texte numérisé non relu

L'EGYPTE JUSQU'A L'INVASION DES PASTEURS

L'EGYPTE PRIMITIYE.

Le Nil et l*Ëgypte. — Origine des Égyptiens ; les nomes. — De la religion égyptienne. -*- Établissement de la monarchie historique ;

Mena.

I<e Hll et riÉcypte.

Des hautes chaînes de montagnes neigeuses qui bordent au Sud et à TEst le plateau de TAfrique centrale, s'échappent une foule de torrents et de rivières qui se rejoignent bientôt et forment au fond de la vallée une série de bassins superposés, sortes de mers intérieures d'où leurs eaux désormais confondues dans un même lit s'écoulent vers le Nord. En quittant la région des grands lacs où il * cache ses sources, le nouveau fleuve court à travers d'immenses savanes entrecoupées de bois et de marais. Il en sort pour incliner légèrement à TEst, comme s'il voulait se jeter dans la mer Rouge; mais, arrêté à mi-chemin par un massif montagneux au travers duquel il ne peut passer, il se redresse et s'unit sur la gauche au Bahr-el-Azrek et au

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Tacassi qui lui apportent les eaux de rAbyssinie. Il se heurte bientôt kptèé cdillre le plateati du Bàbara et s'y creuse un lit tortueux où son cours, interrompu quatre fois par des rapides, s'étage et descend lentement vers la Méditerranée sans plus recevoir aucun affluent. C'est la partie et^pteatrienale de cette yallée, entre la première ca- Uràctfe et la met, cjui a forihl de tout temps le tferrltoil-ô de l'Egypte.

Le premier des voyageurs qui ait visité TÊgypte, le premier du moins qui nous ait laissé le récit de son voyage, Hérodote d'Halicarnasse, a résumé l'impression que produisit sur lui cette terre des merveilles en une seule phrase souvent citée :« t'Hgy|itë ëôt un dôli du Nil*.» L'Egypte n'est qu'une bande de terre végétale tendue à travers le désert^ titlé dasis ttllohgèb ailx borde du fleuve et sans cesse pourvue par lui de l'humidité nécessaire à la végétation. Il faut l'avoir vue au moment des plus basses eaux, un mois avant le solstice d'été, pour se figurer ce qu'elle deviendrait si quelque accident la privait de son fleuve nourricier. « Le Nil s'est resserré entre ses rives au point d'être rédbit à lA ilioitié de sa largeur habituelle, et ses eaux troublées, limoneuses, stagnantes, semblent à peine couler dans une direction quelconque. Des bancs plats ou des masses abruptes d'une boue noire, cuite et recuite au soleil, forment les deux berges de la rivière. Au delà, tout n'est que sable et stérilité, car c'est à peine si le khattisiu) OU Ttiit chargé de sable qui dure quarante jours, a éeâié de BOUtUici*. Le trotié et les branches des arbres apparfeiôBétlt çà et là à travers l'atmosphèi-o poudreuse, aveuglâtltC) enflammée^ mais les feuilles sont tellement rëtêtUéë de poussière) qu'à distance on ne peut les distin- .^(lei* du sable du désert qui les environne. Q*cst seulement au tttoyetl d'arrosages pénibles fct laborieux qu'on parvient à t^tllhîtëtiir quelques semblants de verdure dans les jai^ dltls du Paeha. Enfin, ^^ et c'est le premier indice qui annoncé Ih iirt de cetto tmtibitî saison, — le vent du Nord,

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J'Élésien des Grecs, se lève et èo iHet à souffler avec force,

Prfois même avec furie^ pendant tout h jour. Grâce à lui fduilia^ des bo«quetA qui recouvrent la BaBse Egypte efit bientôt débarraiBô de la poussière et reprend sa couleur f«rt6» Les àrdeUrs dévoï'antes du soleil^ alors au plus haut de BE cottrÀe^ sent aussi fort à propos amoindries par le veut qui règne ce moits^là et les ttois suivants sur tout le pajB d'Egypte» .

« Bientôt un changement se produit dans le fleuve. On signale au nilomètre di^ Caire une hausse d'un pouce ou deux ; les eaux perdent le peu de limpidité et de fraîcheur (pli en faistdt hier encore une boisson délicieuse. Elles* prennent la teinte Terte^ gluante et teruQ de Teau saumâtrç entm les tropiques^ sans que fiUre au monde ait réussi jusqu'à ce joui* à les séparer de la substance nauséabonde et malsaiiie qui cause ce changement. Le phénomène du NU veré provient^ à ce qu'on dit^ des vastes nappes d'eau stagnante que le débordement annuel laisse sur les larges plaines sablonneuses du Darfour^ au sud de la Nul}ie. Après avoir croupi six mois et plus sous le soleil des tropiques, œs eaux sont balayées par l'inondation nouvelle et rentrent duM le lit du fleuve. Il est heureux que ce phé- DOikièBci dure rarement plus de trois ou quatre jours, car^ si court que soit ce temps^ les malheureux contraints de s'abreuver au Nil^ lorsqu'il est dans cet état, éprouvent des douleurs de vessie insupportables. Aussi les habitants des villes ont^ls la prévoyance d'approvisionner d'eau leurs réservoirà et leurs citernes.

« Dès lors la rivière augmente rapidement de volume et devient troublé par degrés, il s'écoule pourtant dix ou douze jours avant l'apparition du dernier et du plus extraordinaire phénomène que présente le Nil. J'essaierai de décrire, les premières impressions qu'il me fit éprouver. C'était à la fin d'une nuit longue et accablante, à mon JQger du moins : au moment où je me levai du sopha 8ur lequel j'avais tenté vainement de dormir à bord de notre bateau que le calme avait stirpriô au large do Benisoûef, ville de la Haiitc Êgj'pte, le soleil montrait iout

juste le bord supérieur de son disque au^essus de la chaîne Arabique. Je fus surpris de voir qu'à l'instant où ses rayons vinrent frapper l'eau, un reflet d'un rouge profond se produisit sur-le-champ. L'intensité de la teinte ne cessa d'augmenter avec l'intensité de la lumière : avant même que le disque se fût dégagé complètement des collines, le Nil offrait l'aspect d'une rivière de sang. Soupçonnant quelque illusion, je me levai à la hâte, et, ma penchant par-dessus le bordage, ce qu^ je vis me confirma dans ma première impression. La masse entière des eaux était opaque, d'un rouge sombre et plus semblable à du sang qu'à toute autre matière avec laquelle j'aurais pu la comparer. En même temps, je m'aperçus que la riidère avait haussé de plusieurs pouces pendant la nuit, et les Arabes vinrent m'expliquer que c'était là le Nil rouge. La rougeur et l'opacité de l'eau sont soumises à docon-^ Stantes variations, tant qu'elle reste dane cette condition extraordinaire. A de certains jours, quand la crue n'a pas dépassé un pouce ou deux, les eaux redeviennent à demi transparentes, sans perdre toutefois cette teinte d'un rouge sombre dont j'ai parlé. Il n'y a point là de mélange nuisible, comme au temps du Nil vert : l'eau n'est jamais plus saine, plus délicieuse, plus rafraîchissante que pendant l'inondation. Il y a des jours où la crue est plus rapide, et, par suite, où la quantité de limon charrié dépasse, dans la Haute Egypte, la quantité entraînée par toute autre rivière à moi connue : même, en plus d'une occasion, j'ai pu m'apercevoir que cette masse opposait un obstacle sensible à la rapidité du courant. Un verre d'eau que je prie alors et que je laissai reposer pour un peu de temps, fournit les résultats suivants : la partie supérieure du liquide resta parfaitement opaque et couleur de sang, tandis qu'un précipité de boue noire remplissait environ le quart du verre. Une portion considérable de ce limon est déposée avant que la crue atteigne la Moyenne et la Basse Egypte, où je n'ai jamais vu l'eau du Nil en cet état.

a II n'y a peut-être pas dans tout le domaine de la nature un spectacle plus gai que le spectacle présenté par la

crue du Nil. Jour après jour et nuit après nuit, son courant troublé roule et s'avance majestueusement par delà les sables altérés des immenses solitudes. Presque d'heure en heure, tandis que nous remontions lentement poussés par le yent du nord, nous entendions le fracas produit par la chute de quelque digue de boue; nous voyions, au mouvemenl ie toute la nature animée vers le lieu où le bruit venait de retentir, que le Nil avait franchi un nouvel obstacle et que ses eaux bondissantes allaient répandre la vie et la joie au milieu d'un autre désert. Des impressions que j'ai reçues, il y en a peu dont le souvenir me laisse autant de plaisir que l'impression causée par la vue du Nil, à sa première invasion dans l'un des grands canaux de son débordement annuel. Toute la nature en crie de joie. Hommes, enfants, troupes de bœufs sauvages, gambadent dans ses eaux rafraîchissantes, les larges vagues entraînent des bancs de poissons dont l'écaillé lance des éelairs d'argent, tandis que des oiseaux de toute plume susemblent en nuées au-dessus. Et cette fête de la jiature n'est pas restreinte aux ordres les plus élevés de la création. Au moment où le sable devient humide à l'approche des eaux fécondantes, il s'anime littéralement et grouille de millions d'insectes. L'inondation gagne Memphis ou le Caire quelques jours avant le solstice d'été : elle atteint sa plus grande hauteur et commence à décliner aux environs de notre équinoxe d'automne. A peu près au moment de notre solstice d'hiver, le Nil est de nouveau rentré dans ses rives et a repris sa teinte bleu clair. Les semailles ont été faites durant cet intervalle et se terminent en même temps que finit l'inondation. Le printemps wt suivi sur-le-champ par le temps de la moisson, et la récolte est rentrée d'ordinaire avant le lever du khamsin ou ^ent de sable. L'année d'Egypte se partage donc naturellement en trois saisons : quatre meis de semailles et de croissance, qui correspondent approximativement à nos mois de novembre, décembre, janvier et février; quatre mois de récolte, qu'on çeut de même indiquer d'une malûère vagtke en les comparant aux mois de notre calendrier

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qui sout compris entre mars et juin inclusivement; les

Juatre mois ou lunes de Finondation complètent le cycle c Tannée égyptienne*. »

Jadis toute la partie du pays aujourd'hui connue sous le nom de Delta était recouverte par les eaux : la Méditerranée venait baigner de ses vagues le pied du plateau sablonneux que domine la grande Pyramide, et le Nil se terminait un peu au nord de remplacement où s'éleva plus tard la ville de Memphis. A la longue, les matières terreuses qu'il amène avec lui des montagnes d'Aby^sinie, se déposèrent en bancs do boue sur les bas-fonds de la. câte et comblèrent une partie du golfe; elles produisirent de grandes plaines marécageuses entrecoupées d'élangs à travers lesquelles les eaux durent se frayer passage. Gonsolicié s par les apports de la mer, ces terrains nouveaux formèrent un premier Delta dont la pointe se trouvait un peu au-dessous de Memphis et les extrémités près de quinze lieues plus bas, dans les parages d'Athribis. Puis, le fleuve continuant toujours son travail et les Q,lluvions gagnant toujours, 1a chaîne des dunes qui bordait au nord ce premier Delta vit la loor se retirer peu à peu et se trouva délaissée dans l'intérieur des terres, où ses restes indiquent encore par endroits la direction de l'ancien littoral : dès les commencements de la période historique, le Nil avait reporté ses embouchures au delà de la ligne normale des rivages environnants. Près du village antique de Kerkasore, il se divisait en trois branches : la Pélusiaque tournait au N, B. et se terminait sur les confins du désert de Syrie; la Canopique se dirigeait vers le N. 0. en longeant les derniers versants du désert Libyque; la Sébenpytique, tracée danjJ le prolongement de la vallée, courait presque droit ver» le Nord et coupait le Delta en son milieu *, Ces trois grands hras étaient unis l'un à Ikutrc par un lacis de o^naux m^turels et artiiiciols, dont quelques-uns tombaient dir^çtO^

1. Oâburn, Th9 MommerUal flûtory of Egupiy t* h P- 9*14. -^ ^* Hérodote, II, 17.

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ment dans la mer et portaient le nombre des bquob§i ()u Nil il s^t^et roême h quMprieS fiélm Jep époq^pi, La piaino tnanguliiiro qu'ils Mtfermwpnl §1; Am\ f^hftqu^ portion avait M apportée grain à gvm du fcn4 4e l'Afrique, oompto aujourd'hui enYirw i3û0û kiiomè(rQ« iarré^ de superficie et s'ftgrfindil pbfiqud ftPuép.

1468 prêtre», qui eonuwBsalfmt pw tPftditiQu TAtftt prileiûf du pays, oroytiput puttVQir déterwigap ^vqc oôrtiludo respwe dp teiùp» qui aysii eufP au fleuvi pour açapinplir ce t»?ail. Ils p^outftifiUt h HérQdole qu§ Méuès , le pï»eiui«r de^ rois de ra^ hummnp» ayaii tfPU^pé l'Sgypls pi^sque sntière plongée seus les fim% \ h g)S9 péuétml Jusqu'au 49U de Tepiplftoeme»! de M§mphis %^ pl§iue Septonçe mide, et le reste du p^ys, mQîus h UQme de Tbèbes, a'étsit qu'up mer^s maison*, Ils se t^fUPpMeat étp^ugeiieit

dans leur appréciation. Le Nil, SQUluis à 4ci déhwdemeuts «Quuels, ^audonpe h plus gmude par^o dps lUAiièros qu'il diftrrie sur les campagnes riversiopi^, et s^ftppiiuvrit de plus s» plus à wesure qu'il i^vaupci ij n'arrive i h luep que dépouillé du gros de ses aJluYiaus, (J'ost à peine si les plages basses qui «ont en vQîe de forinstidu »u débouché des branches Ganopique et SébepnytiquQ s'aperoi^sent, bon w mal an, Tune de quaiQi*ze heotarps, l'autpe de seise; e'est une moyenne d'un mètre dp prQgrès annuel nom tout k front du Delta, îjn s*appuyant sur pps données, on a pu çilpuler que, dan^ les eonditions sptupllçs, il aurait feJlu environ sept eent quarante eièeles au Nil pour f om- Uqf son e^tnaife. Sans aceepter aucunement ce ehiSrc dont rojiagération parait évidente, par la waçebo progresliva 4e0 boues était plus rapide autrefois qu'elle m Vest anjourd'hul dans ces eontrées, on n'en fiera pas moins fero6 de conclure que les prêtres no soupçonnsicnt guère rigp réel de leur pays, 14e Delta ei^istait depuis longtemps déJJti ravéncment de Ménaj pfut-ôtre même était-il eftti^mçnt terminé k Tépoqu^ qp la raee égyptienne mit

1. Hérodote, H, 17 ; Skylax, Piripl, § lOG; Slrabon,XVl|, i.— |. PUnc, Biit, mU, V, 10. — 3. Hérodolo, II, 4.

pour la première fois le pied dans la vallée qui devint sa demeure.

Le Nil n*a pas seulement créé le sol de TËgypte ; il a déterminé Taspect général du pays et le genre de ses productions. Une vallée qui est sortie tout entière du sein des eaux et qui se trouve chaque année envahie par elles, ne peut nourrir qu'un nombre assez restreint d'espèces végétales. Le sycomore et plusieurs sortes d'acacias et de mimosas y prospèrent ; le grenadier, le tamarin, Fabricotier, le figuier ornaient les jardins, et la présence du perséa sur les monuments de la douzième dynastie nous prouve que Biodore commit une erreur en attribuant au Perse Gambyse le mérite d'avoir le premier introduit cet .arbre*. Deux espèces de palmiers viennent presque sans culture; mais aucune de nos grandes essences européennes ne s'est acclimatée dans la partie de la vallée plus spécialement connue des anciens.

Par contre, les plantes aquatiques s'y développent avec un luxe de végétation extraordinaire, et donnent au pays un aspect caractéristique. Elles ne se trouvent pas, en général, au long des berges, où la profondeur de l'eau et la force du courant ne leur permettraient guère de croître en paix ; mais les canaux, les étangs, les mares que l'inondalion laisse derrière elle, en sont littéralement encombrés. Deux espèces surtout, le papyrus et le lotus, sont connues en Europe à cause du rôle qu'elles jouent dans l'histoire, la religion, la littérature sacrée ou profane de l'Egypte. Le papyrus se plaisait dans les eaux paresseuses du Delta et devint l'emblème mystique de cette région ; le lotus au contraire fut choisi pour symbole de la Thébaïde. Les anciens confondaient sous ce nom des individus appartenant à trois espèces de nymphéas différentes. Deux d'entre elles, le lotus blanc et le lotus bleu , portent des fruits assez semblables pour la forme à ceux du pavot : leurs capsules renferment de petites graines de la taille d'un grain de millet. La troisième espèce, le Nymphœa

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