Diodore, I
nelttmbo ou nénufar rose, est décrite fort exactement par Hérodote. « Elle produit un fruit porté sur une tige différente de celle qui porte la fleur et qui sort de la racine même : il est semblable pour la forme aux gâteaux de cire des abeilles, » ou, plus prosaïquement, à une pomme d'arrosoir. Il est percé, à la partie supérieure, de vingt ou trente cavités dont chacune contient une graine « de le grosseur d'un noyau d'olive, bonne à manger fraîche ou desséchée.^ » C'est là ce que les anciens appelaient la fève d'Egypte*. « On cueille également, ajoute l'historien, les pousses annuelles du papyrus. Après les avoir arrachées dans les marais, on en coupe la tête qu'on rejette, et ce qui reste, est à peu près de la longueur d'une coudée. On s'en nourrit et on le vend publiquement ; cependant le* délicats ne le mangent qu'après l'avoir fait cuire au four*. » Ce « pain de lys » était une friandise recherchée et figurait sur les tables royales*; mais, quoi qu'en dise Hérodote *, la nourriture habituelle du peuple était le blé et les différentes espèces de céréales, le froment, Torge, le sorgho, Volyra (Triticum spelta) et la zéa (Triticimi mo^ nococcum) que le sol d'Egypte produit en abondance, La vesce, k lupin, la fève, le pois chiche, la lentille, plusieurs espèces de ricin venaient naturellement dans les champs; la vigne prospérait dans certaines parties du Delta et de l'Heptanomide ; l'olivier était rare et circonscrit dans quelques districts *.
Plusieurs des espèces animales qui vivent à présent sur les bords du Nil, le cheval, le chameau', la brebis* ne sont pas figurés sur les monuments des plus anciennes dynasties et paraissent n'avoir été introduits que longtemp*s après la fondation du royaume. En revanche, les Égyptiens possédaient plusieurs races de bœufs à longues cornes, analogues aux bœufs de Dongolah, plusieurs
1. Hérodote, 0, 92. — 2. Diodore, 1, 34. — 3. Hérodote, H, 36. — 4. Popyna Anoitati /F, pi. XIV, 1. 1.— 5. Hérodote, II, 36. — 6. StraboD, 1. XVII, 1. — 7. Fr. Lenormant, sur l'antiquité de VAne et du Chet^ p. 2« — 8. Brugsch, die JSgyptiiehe GrxhenoeU, p. 14.
10 CHAPITHE I.
fauve, ftu no» «fiilé, ^\xx oreiUca pointues, ^ Ja (jueue épaisse, le §loUâUi ou grand lévrier d'Afrique à oreilles langues et 4roitcB, lejjasset, le eMen hyÉpoïdc*, t'ânc, d'origine africmino, gards^ sous le climat f^ivoralile de VÉgypte, une beauté de formes et une vigueur que n*a point noire baudet d'JJnrope*. A côté des espèces doniestiques, le^ premiers émigrants trouvèrent le lièvre 4 longue^ oreilles, {'iphneumon, une quantité innombrï^ble de gayelle^, algÉwelJcs, defassas, antilopes à cornes en forme do lyre qu'ils finirent par apprivoiser à moitié'; puis des ftniin^Ui^ plus redoutables, le chat sîvuvage, le loup, le .ebapali rûyène striéq et naouchctée, le léopard', le guépard, )e Ijon (enfin*, qu'ils combattirent sans reUcbe et Earvinropt à refouler vers }o désert. Peu:ç monstres amphiiûs, le crocodile et riiippopolî^me, vivaiept sur les bords du Nil et rendaient l'accès du fleuve dangereux pour les bon^m^s et pour les bestiaux. I^e^ hippopptame^ , assez i^omnreu* sous, les premiers rois, 4iminuèrqnt bientôt grâce w% poursuites acharnées dont ils furent l'objet, et 9e retirèrent dans les mar^s de la Basse Egypte, quelques individus 4e leur espèce y subsistaient encore vers Je milieu 4u treizième siècle après Jésus-Qbrist, I^c crocodile, adoré et protégé dans certains nomes, exécré et poursuivi dans certains autres, s'est maintenu jusqu'à nos jours, a Quand il passî^ deyant Q^neh, Ghampollion vit jusqu'à quatorze crocodiles réunis C7i conciliabule sur UU $lpt. pi pareille bonne fortune n'échoit jamais maintc- U?^pt ap voyageur, c'est que le crocodile recule de plus en plus vern le sp4 devant les armes ^ feu et l'agitation produite p^r le» bateaux k vapeur, et que bientôt Iç Nil jusqu'è As»ouan nq les connaîtra plus que par traditions »
1. Fr. Lenormant, tuf le» 4nimatMi cmplpy^ P0r \f9 anstmi 'Èja^ptiens à la chasse et à la guerre, p. 2-3, -^ 2. Fr. U«Qrffiftnt, ^^r f^n^quité de l'Ane et du Ckevaly p. d. -^3. Fr. l^normant^A'offf ^'^n V(^ÇiQc en Egypte, p. 17. -^ 4. Hartmann, ^Usckrifl fiir j^gyptisçhQ S f racket l«t)4-i865. — 5. MarieUc, Itinéraire des Invités, p. 175.
^.^ÉaypTK^f p.l^mvE. 11
L'Egypte possède une grande quantité d'oiseaux, Taigle, réperTier, Je faucon, le vautour à tôte chauvt, la pie, \p pigçon, la tourterelle, rhirondelte, la ptjrdrix, le moineau. "Les^ibis blancs et noirSy les pélicans, le cormoran, Tûie, le canard, remplissent les marais et convient lea eaux du fleuve de leurs variétés infinies. L'oio et le oanard, appri'» voîsés de toute antiquité, remplissaient la i)a»8e-fCour des sujets de M^na et teiiaiont la place du poulet encore înconiiu*. Les différents bras du fleuve fourmillent litté*ralen^ent 4e poissons, la plupart bons à manger, « le rouget des marais de Péluso (?), engraissé dans les lotus, le mulet tacheté des étangs artificieh, le mulet ordinaire mêlé aux fatrakas^y » ToKyrrhinque au n^useau pointu, la torpille, la grande tortue d'eau douce. La nature semble avoir créé le fatraka dans un moment de bonne humour. C'est un poisson allongé qui a la faculté do se gonfler à volonté ; quand il est tendu outre mesure, et que lo poids de son dos Remporte, il bascule et s'en va à la dérive, le ventre en l'air et tout semé d'épines qui lui donnent l'air d'un hérisson. Au moment de l'inondation, les eaux en se retirant l'abandonnent daps les champs limoneux où il devient I4 proie des oiseaux et des hqmmcs, at sert de jouet aux enftlnts^ Les embouchures du Nil sont fréquentées par un grand nombre do poissons de mer qui viennent frayer en eau douce, et de poissons d'eau douoe qui vont déposer leur frai en pleine mer.
Ainsi tout en ïlgypte se règle sur le Kil, le sol, ses productions, l'espèce des animaux qu'il porte et des oiseaux qu'il nourrit. Les Égyptiens le contaient mieux que personne et s'en montraient reconnaissants: ils avaient fiftit do leur fleuve un dieu qu'ils appelaient Hâpi et dont ils ne se lassaient jamais de célébrer la bienfaisance. « &VLUT9 6 Nil, — 4 toi qui t'es manifesté sur cette terre — çt qui viens en paix — pour donner la vie à l'Egypte ! — Dieu
I. nrug^iGh, JBq%ipii$ckt Grmh&rvMil\, p. U. — %, l^cklPWtus 4na|(a(t f//, pi. II, 1. 6-7. Cf. Uaa))firo, du î^wo ipistpkkire, p. )Û4 ^4. •<- 3. CliampoUion-Flgeac, VÉgypte ancienne, p. 19, a.
12 Chapitre i.
caché ! — qui amènes les ténèbres au jour qu'il te plaît les amener, — irrigateur des vergers qu'a créés le Soleil — pour donner la vie à tous les bestiaux, — Tu abreuves la terre en tout lieu, — voie du ciel qui descend, — Dieu Seb, ami des pains, — dieu Nepra, oblateur [des grains],
— dieu Phtah qui Ulumines toute demeure. — Seigneur des poissons, quand tu remontes sur les terres inondées,
— aucun oiseau n'envahit plus les biens utiles ; — créateur du blé, producteur de Torge, — il perpétue la durée des temples; — repos des doigti est son travail — pour les millions de malheureux. — S'il décroît, dans le ciel, les dieux — [tombent] sur la face, les hommes dépérissent.
— Il A FAIT ouvrir par les bestiaux la terre entière*, — [et] grands et petits se reposent. — Les hommes l'invoquent, lorsqu'il s'arrête, — [et alors] il devient semblable à Khnoum*. — Se lève-t-il, la terre est remplie d'allégresse, ' — tout ventre se réjouit, — tout être organisé a reçu sa nourriture, — toute dent broie. — Il apporte les provisions délicieuses ; — il crée toutes les bonnes choses,
— le seigneur des nourritures agréables, choisies; — s'il y a des offrandes, c'est grâce à lui. — Il fait pousser l'herbage pour les bestiaux, — il prépare les sacrifices pour chaque Dieu, — l'encens est excellent, qui vient par lui.
— il se saisit des deux contrées • — pour remplir les entrepôts, pour combler les greniers, — pour préparer les biens des pauvres. — Il germe pour combler tous les vœux, — sans s'épuiser par là : — il fait de sa vaillance un bouclier [pour le malheureux]. — On ne le taille point dans la pierre ; — les statues sur lesquelles on place la double couronne, — on ne le voit pas en elles ; — nul service, nulle offrande n'arrive jusqu'à lui. — On ne peut l'attirer dans le» sanctuaires; — on ne sait le lieu où il est, — on ne le trouve point dans les chasses peintes ; — Point de demeure qui le contienne^ — point de guide [qui pénètre]
1. TO-R-ZBR-EW, la terre entière, un des woms les plus fréquents de rÉgypte. — 2. Le dieu créateur, oelui qui avait modelé Tœuf du monde sur son tour à potier. — 3. La Haute et la Basse Egypte.
en ton cœur. -^ Tu ae féjoui les générationB de tes enfants : — on te rend hommage au Sud, — stables sont tes décrets, quand ils se manifestent — par devant les serviteurs du Nord. — Il boit les pleurs de tous les yeux, — et prodigue l'abondance de ses biens*. »
•rlffUie éem Bcyptiens ; les Braies.
Les Égyptiens paraissent avoir perdu de bonne heure le souvenir de leur origine. Venaient^ils dn centre de l'Afrique ou de l'intérieur de l'Asie? Au témoignage presque unanime des historiens anciens, ils appartenaient . à une race africaine qui, d'abord établie en Ethiopie sur le Nil moyen, serait graduellement descendue vers la mer en suivant le cours du fleuve. « Les Éthiopiens af&rment que l'Egypte est une de leurs colonies.... Le sol lui-même y est amené par les dépôts du Nil.... Il y a des ressemblances frappantes entre les usages et les lois des deux pays : on donne aux rois le titre de dieux; les funérailles sont l'objet de beaucoup de soins ; les écritures en usage dans l'Ethiopie sont celles mêmes de l'Egypte, et la connaissance des caractères sacrés, réservée aux prêtres seuls en Egypte, était familière à tous en Ethiopie. Il y avait, dans les deux pays, des collèges de prêtres organisés de la même ma^ nière, et ceux qui étaient consacrés au service des dieux, pratiquaient les mêmes règles de sainteté et de pureté, étaient rasés et habillés de même ; les rois avaient aussi le même costume et un urœus ornait leur diadème.... Les Éthiopiens ajoutaient beaucoup d'autres considérations pour prouver leur antériorité relativement à l'Egypte, et démontrer que cette contrée est une de leurs colonies*. » Ces analogies, qui paraissaient si concluantes aux anciens^ perdent leur valeur quand on leur oppose le témoignage des documents hiéroglyphiques. On sait aujourd'hui à n'en pas douter que l'Ethiopie, loin d'avoir colonisé l'Egypte
1. Papyrus Saîlier II, pi. XI, 1. 6. — /Wd.,pl. xm,l. 1. Cf. Maspero, Hymne au NU, Paris, 1868. — 2. biodore de Sicile, 1. III, c. 8.
au début de rhislôlrc, k ètè colohîèôe par elle, souô la douzième d.y&ABtie , et a fait pendant des siècles partie intégrante du territoire égyptien. Ail lieu de descendre le couri du Nil^ la civilisation Ta remoiité.
D'&utre part la Bible attribuait aUx Égyptiens uiie pro* venanc^ asiatique* Micralm, fils de Gham| frète de Kousli TÉthiopien et de Canaan, se fixa sur les bords du Nil avec ses enfants ^ Loudim^ Tainé d'entre eux^ personnifie les Égyptiens proprement dits, les Rotou ou Lodou des insctiptionB hiéroglyphiques. Anamim représente assez bi(9n la grande nation des Anou qui fonda On du Nord (Héliopolisj^etOnduSud (Hettnonthis) dans les temps an* téhistoriques. Lehabim est le peuple des Libyens qui vivent à Toccident du Nil, Naphtouhim [No-Phtah] s'éublit dans le Delta au nord de Mempbis; enfin Pathrousim (Pei-/<M*6S, la terre du Midi) habita le Sald actuel entre Memphis et la première cataracte^. Cette tradition, qui fait venir les Égyptienë d'Asie par Tisthme de Suez, était connue des autours classiqueé, car Pline T Ancien attribue à deé Al^abes k fondation d'Héiiopolis ' ; mais elle n'eut jamais ^armi eux la popularité de Topinion qui faisait descendre les Égyptiens du fond de rÉthiopio.
Pendant les temps modernes les affinités cthnographiques des Égyptiens ont fourni matière à de longues discussions. A Tépoque où Ton ne connaissait rien d'eux, que des noms royaux grécisés maladroitement et défigurés à plaisir par les copistes du moyen âge^ quelques momies en mauvais état, quelques menus amulettes conservés comme hiretés inappréciables dans les cabinets de curiosités^ il était difficile de se faire une idée exacte du siyet et d'atriver à des conclusions plausibles. Aussi ne doit-on pas trop d'étonner si la plupart des voyageurs, trompés à l'apparence de certains Coptes abâtardis, ont soutenu que les andens Égyptiens devaient avoir le visage bouffi^ I'cbU à fleur de tète, le nez écrasé) la lèvre charnue et présenter
1. Genèse, ch. x, v. 6, 13. — 2. De Rougé, Recherches sur l.s monu^ ments, p. 4 8. — 3. Plitic, llist, ni«., i. VI, c. VU.
la
LiiGYPTP: PRIMITIVE. 15
Jes traits carajctéristiques de la race nègre. Cette opinion, populaire ehcotfe élu bomilleneeittetit du siècle^ didjitthit sans tetout* dès que la CotHmissioh frauçaise eut publié son ghihd ouvrage. Bti examinant les intiombrableft reproduclîbti* de Rtktûëé Cl de bas-reliefs dôiit il éfet wmpli, il fallut biéh i-ecohtlttlti^ë que les Égyptiens IHspréëëtttés BUr les nloiiiiitlèhts, loîti d'offrii' là couleur et Tèepëct géuêl^l dû bègi*e^ ëVdënt là |)lus ghinde ^eBsehiblââcë avec les râCci blanéfaeS de rÈdro}3e fet de l'Asie dctidehlàl^. L'^ tUdé àûàtoiiliqUë déë UomieA confirma bientôt cette pH'^ niiferë ItiipréssîoU, et ôdnTftitiquit les pluô inci^dules» ft Lëft ancieiid Ëgybtien^l kppartetiftictit à Uhe race d'hotiame^ t^llt à feit semblables aux Ketinouê oU BarabraSy h&bltàtitd acttielâ dé la NUbie. Ou lié rètrouTe feheiî Ifeé QoptôB de rfigy^tb àdcuil des traité carfectérisliques de l*àlicieiifttt lopulatioii ëgyptietitie.tièB Coptes Bont le résultat du mélange 6biifdB de toutes les uatious qui sUcccBsivémeilt btil domitië feUf l'Egypte. On a ton de vouloir t-ethJUVèi* chét etli les ttâits de la Vieille race *. »
AujbÛrt'hlii, il tt'y a plus grand effort d'iiûagitiàtion à se figutei*, je rië dirai pas le fcohtemporain de SésoBtriô, mais l'Égrptien du temps de Khéops qui cotttribua peut* sa pari à la CUfastl-uction des pyramides, tl suffit d'entrer dans titi musée et d'examiner les statueB d'attden Biyle qui s'y ttouveilt réunies. Au premier coup d'œil^ ott Vblt que Tarliste chargé de les faire a, daus le modelé de Iti tête et dcB mcmbt-es, chelxhé la f essemblaUce avec le pet-sonnagc qu'il désirait représentei» ; mais, eti faisant ttbstraction des particularités propres à chaque individu^ t)ll retrouve sans peitie le type commun de la race. L'Égyptien était eii général grand, maigre, élancé. Il avait les épaules larges et pleiUcS, les pectoraux saillants, le bras nerveux et terminé par une main fine et longue, la hanche peu développée^ la jambe sèche; les détails anatomiques du geuod et les muscles du mollet sont assez fortement actusés, comme c'est le cas pour la plupart des peuples
1. Cf. Chonipoilion le Jcutie, Crammaire (^y^pticnnCt Inirod., p. xix.
marcheurs, les pieds longs, minces, aplatis à Textrémité par rhabitude d'aller sans chaussure. La tête, souvent trop forte pour le corps, présente d'ordinaire un caractère de douceur et même de tristesse instinctive. Le front est carré, peut-être un peu bas, le nez court et rond; les yeux sont grands et bien ouverts, les joues arrondies, les lèvres épaisses, mais non renversées; la bouche un peu longue, garde un sourire résigné et presque douloureux. Ces traits communs à la plupart des statues de l'ancien et du moyen empire, se retrouvent plus tard à toutes les époques. Les monuments de la dix-huitième dynastie, les sculptures saïtes et grecques, si inférieures en beauté artisrtique aux monuments des vieilles dynasties, conservent sans altération sensible le type primitif. Aujourd'hui même, bien que les classes supérieures se soient défigurées par des alliances répétées avec l'étranger, les simples paysans ont gardé presque partout la ressemblance de leurs ancêtres, et tel fellah contemple avec étonnemeat les statues de Khawrâ ou les colosses des Ousortesen qui reproduit trait pour trait à plus de quatre mille ails de distance la physionomie de ces vieux Pharaons*.
La race égyptienne se rattache aux peuples blancs de l'Asie antérieure par ses caractères ethnographiques : la langue égyptienne se rattache aux langues dites sémitiques par sa forme grammaticale*. Non-seulement un grand nombre de ses racines appartiennent au type hebraBo-ar»méen; mais sa constitution grammaticale se prête à de nombreux rapprochements avec l'hébreu et le syriaque. L'un des temps de la conjugaison, le plus simple et le plus ancien de tous, est composé avec des pronoms suffixes identiques dans les deux langues. Les pronoms, suffixes et
1. L*une des plus belles statues en bois du Musée de Boulaq a été nommée par les gens du Caire le Cheikh^l-Beled, parce qu'elle est trait pour trait Timage du Cheikh-el-Beled actuel de Saqqarah. -* 2. Benfey, Veber dot Yerhsdknûs der ^gyptisthen Sprache %nm ««mititchen SprachsUtmm, Leipzig, 1844 ; Schwartze, Bas alte Mgyptenj 1. 1, 2** Theil, p. 2003 sqq.; de Rougé, Recherches sur les monuments, p. 2-4; Lcpsius, ZeiUchrifl, 1870, p. 91-92.
absolus, sont exprimés par les mêmes racines et jouent le même rôle en égyptien et dans les tangues sémitiques^. Sans nous étendre sur ces rapprochements dont quelquesuns laissent encore prise au doute *, nous pouvons dès à présent affirmer que la plupart des procédé^ grammaticaux mis en œuvre par les langues sémitiques se retrouvent en égyptien àTétat rudimentaire. Aussi nien l'égyptien et les langues sémitiques, après avoir appartenu au mêm6 groupe, se sont séparés de très-bonne heure, à une époque où leur système grammatical était encore en voie de forinaltion. Désunies et soumises à des influences diverses, les deux familles traitèrent d'une façon différente les éléments qu'elles possédaient en commun. Tandis que l'égyptien, cultivé plus tôt, s'arrêtait dans son développement^ les langues sémitiques continuaient le leur pendant de longs siècle^ encore avant d'arriver à la forme que nous lui connaissons aujourd'hui; « en sorte que, s'il y a un rapport de souche évident entre la langue de l'Egypte et celle de l'Asie, ce rapport est cependant assez éloigné pour laisser au peuple qui nous occupe une physionomie distincte*.»
Les Égyptiens appartiendraient donc à ce qu'on peut ap|>eler les races proto-sémitiques. Venus comme elles du centre de l'Asie, ils passèrent en Afrique par l'isthme de Suez. Us trouvèrent établie sur les bords du Nil une autre race, probablement noire, qu'ils refoulèrent dans l'intérieur*. L'Egypte, si riche et si fertile aujourd'hui, devait être alors l'image de la désolation. Lé fleuve, abandonné à lui-même, changeait perpétuellement de lit. Il n'atteignait jamais dans ses dèbordeiiients certaines parties de la vallée, qui restaient improductives; ailleurs, au contraire, il séjournait avec tant de persistance qu'il changeait le sol en bourbiers pestilentiels. Le Delta, à moitié noyé par les eaux du fleuve, à moitié perdu sous les flots
1. lÊMpero, Mémoires de la Société été Linguisi, de Pa'rie, t. II, p. 1-8.
— 2. Voir *S[èiian, "Ëistoire des langites sémitiques, 4* éd., i. I, p. 80-92.
— 3. De lUnigé, Beeherches, p. 3. ^ 4. Lepsius, Zeitéehr^,'WO, p. 92
HX8T. auc 2
de la Méditerranée, était un immense marais ecmé de quelques îletf sablonneuses et couvert de papyrus, de lotus çt d'énormes roseaux à travers lesquels les J3ras du Nil se frayaient paresseusement un cours sans cesse déplacé. Sur les doux rives, le désert envahissait toute la partie du sol qui n'était pas chaque année recouverte par 1 inondation : Qu passait sans transition do la végétation désordonnée des marais tropicaux à Taridité la plus absolue. Peu à peu les nouveauj; venus apprirent à régler le cours du fleuve, à l'endiguer, à porter par des canaux d'irrigation la fertilité jusque dans les coins les plus reculés de la vallée. L'Egypte sortit des eaux et devint dans la main de Thomme une acQ contrées les mieux appropriées au développement paisible d'une grande civilisation.
Jja période de formation du sol et de la nation dura longtemps, des myriades d'années au dire des anciens euxmêmes, entre trois et quatre mille ans d'après les calculs les plus modérés de la plupart des savants contemporains, ^yec cette naïveté instinctive qui porte les peuples K chercher la perfection dans le passé, les Égyptiens en étaient venus ht considérer les premiers siècles de leur séjour au ^)ord du Nil comme un âge heureux entre tous les âges, et leurs ancêtres à demi sauvages comme des hommes pieux qu'on appelait d'une manière générale les S/iesou-T/or (Sei^ viteurs d Horus) *. C'est à ces générations sans histoire que revient l'honneur d'avoir constitué TÉgj'ptc telle que nous la connaissons dès le début de la période historique. D'«^bord divisées en un grand nombre de tribus, elles commencèrent par établir sur plusieurs points à la fois de petits Ï3tats indépendants dont chacun avait ses lois et son culte. Avec le temps ces Stats se fondirent les uns dans les autres : il ne resta plus en présence que deux grandes principautés, la Basse Egypte ( To-mera) ou pays du hord
1. Lepsius, P^m., III, 5 a; Dumicliçn, Bauurkunde der Tempelan^ lagen vçn Denderoihy pj. ]^VI; Cf, de Kougé, Beçh^chç^ *ur Içs tnonu^ menu q^fon p^H( çUri^Her au9 six premOreu 4^11/P^tm dfiMm^fhop^^ p. 12, note I,p. 165 sqq.
L'EGYPTE PULMITIVE. 19
(To-meh^) dans le Delta, la Haute Egypte ou pays du Sud (To-res) depuis la pointe du Délia jusqu'à la première cataracte. La réunion sous im môrnc sceptre forma Je patrimoine des- Pharaons ou pays de Kémit, mais ne fit pas disparaître la division primitive : les petits Etats devinrent provinces et furent l'origine des circonscriptions adnjinistratives que les Grecs ont appelées nomes.
Les nomes se composaient d'une ou plusieurs villes et d'un territoire assez restreint* : le plus grand d'entre eux était loin d'avoir retendue d'un seul de nos départements. Le territoire de chaque nome était subdivisé en plusieurs parties : !• la ville capitale (nouf), siège de l'administration civile et militaire et centre de la religion provinciale ; 2* les terres de production (ouou), cultivées en céréales et fécondées chaque année par l'inondation; 3" les terres raaréc:^r gcuses (pc/i'ow), sur lesquelles les débordements du Kil laissaient des étangs trop profonds pour être desséchés facilement : on les mettait en pc^lurages quand on pouvait; oh y cultivait le lotus et le papyrus, on y faisait en gj'ànd l'élève des oiseaux d'eau ; 4** enfin, les canaux dérivés du Nil pour les besoins de l'agriculture et de la navigation*. En tête de l'administration civile et militaire on trouve tantôt des gouverneurs héréditaires [h^iq]^ tantôt des nômarfjues [mer^out tsut-lo ou simpjenqent mer nout tsat) nommés directement par le roi*. L'autorité religieuse étaif exercée par le grand prêtre du temple, dont la dignité était tvitôt élective, tantôt héréditaire. Les habitants di; nome p^idcnt au roi et à ses fonctionnaires un impôt on natui'o proportionnel à leur richesse foncière et dont la répartition exigeait des recensements et des cadastres fréquents. Ils étaient soumis à une espèce de conscription pour le ncrvicc militaire et à la corvée pour l'exéculioa de tous les travaux d*utilité publique, qu'il s'agît d'élever un temple
1. Bnigsch, Geojrhche rnschraphifterij 1. 1, p. 93sqf|. — 2. Jaciuoi ^ de Rougé, Ti'ites géographiques du temple d'Edfou, p. 29. — 3. Lcpsius, Denkmxler, H, pi. 124-12.if. Cf. Brugsch, G, Inschriften, t. I, p. tlf- * ll6. — 4. Maspero, une Enqnê'e judiciaire à Ti^bctt, p. P, note .
ou une forteresse, de tracer une route, de construire une digue ou de creuser un canal.
Le nombre des nomes varia selon les temps. La plupart des historiens anciens en comptent trente-six*; les listes égyptiennes tn donnent parfois quarante-quatre, dont vingtdeux pour la Haute Egypte et vingt-deux pour la Basse ^ Le plus méridional d*entre eux s'appelait To-Qens, comme la Nubie à laquelle il confinait. La capitale était Abou, TÊIéphantine des Grecs, et plus tard, au temps des Romains, Noubit (Ombos). Il comprenait, avec la ville de Souannou (Syène), les deux îles célèbres de Senem (Beghe) et deLak (Aa-laq, Pi-lak, Philœ), qui servirent de refuge aux derniers païens d'Egypte contre les persécutions chrétiennee. Venaient ensuite les nomes de Tes-Hor (Apollonitès) avec Deb (Apollonipolis Magna, Edfou) et Khennou (Silsilis) et de Ten (Latopolitès). La capitale de ce dernier fut d'abord Nekheb', que Ghampollion identifia avec la ville grecque d'Eilithyia. Le nom de Nekheb est mêlé aux faits les plus importants de l'histoire d'Egypte. Sous la dix-septième dynastie, au temps où les pasteurs occupaient le Delta, les princes indépendants du Sud avaient fait de cette ville un de leurs boulevards et parfois leur capitale. Aussi le gouvernement en était-il confié à un prince de la famille royale, qui prenait le titre de Royal fils de Nekheb. Plus tard, à l'époque gréco-romaine, Nekheb, déchue de son rang de capitale, céda le premier rang à Sni (Latopolis), la moderne Esneh *.
Au sortir du nome de Ten on entrait dans le nome de Ouas', le Phatiiyritès des Grecs^ La capitale est Ape, T-ape, la Thèbes aux cent portes d'Homère, la demeure d'Ammon-Râ, roi des dieux et créateur. du monde (Pa^ Amen, Diospolis Magna). Son origine se perdait dans la nuit des temps : les traditions nationales en fipdBaient la
1. Diodore, I, 44; Strabon, 1. XVÏl, c. 1.— 2. Brugsch, G, InscK, 1. 1, p. 99. -^ 3. Le nom a été lu Souvati et Neben jusque dans ces derniers temps. — 4. Brugsch, G, Insch.^ 1. 1, p. 178. —S. Le nom a été lu ZOm et Ouah jusque dans ces derniers temps.
pairie terrestre d'Osiris* et la résidence d'une des dynasties humaines antérieures aux dynasties historiques. A l*époque de sa splendeur, elle s'étendait sur les deux rives du Nil, du pied de la chaîne libyque au pied de la chaîne arabique. Capitale de l'Egypte sous neuf dymasties consécutives, de la onzième à la vingtième, puis déchue de son rang à partir de la vingt et unième dynastie, prise et pillée successivement par les Éthiopiens, les Assyriens et les Perses, elle fut détruite par Ptolémée Lathyre et à moitié renversée par un tremblement de terre en l'an 27 avant le Christ. Sur ses ruines s'élevèrent un grand nombre de villages de peu d'importance * qui subsistent encore aujourd'hui sous des noms arabes : El-aqsoraïn (Louqsor) et Kamak, sur la rive droite; Gournah, Medinet-Habou, Deyrel-Bahari, sur la rive gauche. A partir de cette époque, la capitale du nome fut On du Midi ou Her-Month (Hermonthis), dont l'origine remontait jusqu'aux âges antéhistoriques*.
Au nord de Thèbes on rencontrait successivement, sur la rivo gauche du fleuve, le nome de Horoui (Goptitès) avec Kevt (Goptoâ), l'une des forteresses et l'un des marchés les plus importants de la Haute Egypte ; sur la rive gauche, le nome Tentyritès avec Ta-rer ou Ta-n-tarer (Tentyris, Denderah) ; sur les deux rives, le nome de Ha-sekhekh (Diospolitès) et le Thinitès, dont la capitale, après avoir été Theni, fut plus tard Aboud (Abydos). Abydos était une des plus considérables parmi les cités égyptiennes. Strabon, qui la vit dans une décadence complète, rapporte que jadis elle occupait le second rang*; et de fait, après Thèbes, je ne connais pas de ville qui soit mentionnée plus souvent sur des monuments de toute sorte. Non qu'elle fût grande ou bien peuplée : resserrée entre le désert et un canal dérivé du Nil, elle occupait entre les villages modernes d'El-Kherbeh et d'Harabat-el-Madfouneh une bande de terre fort étroite et ne put jamais s'étendre beaucoup.
1. Brugsch, G, Inseh,, t. I, p. 176. —2. Strabon, 1. XVII, c. I. — 3. Brogsch, G. huch,, 1. 1, p. 193-195. —4. Strabon, 1. XVII, c. 1.
C'est comme ville sainte qu'elle était universellement connue; ses temples étaient célèbres, son dieu Osiris vénéré, ses fetcs suivies par toute l'Egypte; les gens riches des autres nomes tenaient à honneur de se faire ensevelir dans sa nécropole autour du tombeau d'Osiris. Sous les Ptolémées, Àbydos perdit son litre do capitale, qui fut attribué au bourg do Soiiî (Syis, P-souî, Psoi). Ce bourg, agrandi et colonisé par Ptoléràéc Soler, prit le nom de Ptolémaïs*.
Les nomes de l'Ègyple ihoycnne, entre Abydos et Memphis, sans jamais avoir obtenu une prépondérance marquée, ont pesé d'un grand poids dans les destinées du pays. Remplis d'une population nombreuse, couverts de places fortes situées avantageusement sur les différents bras du Nil, ils pouvaient couper à volonté les communications entre Thèbcs et Mcmphiâ et arrêter longteîtips la marche des armées. On y trouvait d'abord, sur la rive droite du fleuve, Apou ou Khem (Pànôpôlis ou Khemmis), dans le nome de Klicnl. Khem ou Min y était adoré, et les Grecs, trompés par uîie simple analogie de son. avaient cru reconnaître dans l'im des titrcô do ce dieu, Pehrep ou Pehres, « le coureur, » le nom de leur héros Persée '. Plus bas, toujours sut la rive droite, venait Pahomoub, dans le nome de Douw (Antœôpolit^s)*: ôurla rive gauche, dans le nome deBaar (Hypselitès), la forteresse de Shashotep (Shôtp)*, et dans le notiio AteNV supérieur (Atew Xent, Lycopolitès), la ville importante de Saout (Lycônpolis, Osyout) *. On rencontrait ensuite TAtew itilérieur (Atew pch'ou), dont la capitale éLuil fcisL (Chnsa^) aux temps pharaoniques. A 1 épofjuc gréco-romaine, son territoire fut fépartl entre les deux provinces voisines, celle de Lycopoliô tM Sud et celle d'Herraopolis aunord*.
Le nom antique dlîct'mopoHs était Sesôunnou, la ville deô huit (lieux, et Ounuon . Elle était située dans le nome de Otm
I. OÊfput imt»frm.^ n* 492S. ^ 2. Hérodote, I. H, c. 0(. - 3. Jacques de Rougé, ktude sur les textes géogr, du temiile d^Edfou, dans la Revue archéologique, juillet 1870, p. 5-6. — 4. Id., p. l sqq, — 5, Brugsch, G. Ênsth , 1. 1, p. 217-Î19. — G. Jacques do Roii((é, p. 12-15
L'KGYPTE PRIMITIVE. 23
(Hermopolitès), assez loin du Nil et proche le canal appelé aiîjourd hui encore Bahr-el-Yousouf. C'était unô des J)lu9 antiennes villes de TÉgypte: elle avait été le théâtre d'utie des grandes victoires d^or teur Set, et son dieu 6pôûyme "ttiot avait pris une part glorieuse aux guerres osiriennes. Son territoire confinait au nord et à Test avec celui du nome de Meh* ', Tun des plus célèbres parmi les ttohies de la ftiébaïdè. La capitale était H'ebcnnou (Touho,Th6odosiopoliâ) * ; mais il renfermait plusieurs autres villes importantes, Nowrous (Koum-el-Ahmar) et Panoubt (Bpeos Arlemidos, Beni-Hassan) sur la rive droite, Menât-Khoutvou sur la rive gauche. Menât-Khouwou avait été fondée ou agrandie par Khouwou (Khéops) ; elle ilorissaît encore sous la douzième dynastie, et son nom, transmis d'âge en âge, est devenu chez les Arabes d*Égypte Torigine du nom de Minieh*. Au nord du nome de Meh' et sur la rive occidentale du fleuve s'étendaient les deux nomes de Pa avec H*â- Bcnnou (Hipponon) pour capitale*, et do Maten (Aphrodites) avec Pa Nebtcp-ah'e (Aphroditopolis, Atfieh); sur la rive occidentale, entre le Nil et la chaîne libyque, le nome deOuab (Oxyrrynchitès), ville principale Pa-Madjat (Oxyrryûchos,Pemsje), celui du Neht supérieur (Heracléopolitès), chef-lieu Hâ-souten-khnen ou Hnès (Heracléopolitès Magna) , enfin celui du Neht inférieur*, auquel on rattachait le Tosho ou pays du lac Meri (le Fayoum) . Le Neht inférieur renfermait la ville deMeri-Toum ouMeï-Toum (Meïdoum) , située au pied de la chaîne libyque. A l'époque gréco-tomaine il n'existait plus. La portion de son territoire qui était située entre le Nil et la montagne fut annexée au nome Heracléopolitès. Le Fayoum forma un nome nouveau, l'Arsinoïtès. dont Crocodilopolis, Tancicnne Shed, fut désormais la capitale.
A quelques Uloniètres au N. de Meïtoum, on franchissait
1. Appelé d'ordinaire nome de Sah^ Cf. à ce sujet Jacques do Rougu dam la RevUtf arehéeiwfiniic, février I87î, p. 68 sqq. — 2. Id., p. T0-7G.
— S. Brugich) C. thsehr^tenj 1. 1, p. 22'i. — 4. Jacques do Rouijé, p. 7(5.
- 5. Id., p. tfHW).
la frontière de la Basse Egypte et Ton entrait dans le nome du Mur Blanc (Sebt-h'at ou Aneb-h*at, Memphitès) ; on passait sous les murs de Tetaouï, un des boulevards du Delta contre les invasions du Midi, et Ton arrivait à Mannower {Memphis).Memphis, la ville de Phtah*, Hakaptah', dont les Grecs ont tiré le nom d'Egypte*, était l'une des places les plus fortes de TËgypte. Elle se composait d'une ville vieille, le Mur Blanc (Sebt-h*at ou Aneb-h*at), où s'élevait le grand temple de Phtah, et de plusieurs quartiers dont le principal, Ankhtâouï, était devenu à l'époque persane le séjour favori des étrangers , surtout des Phéniciens logés à Memphis *. Amoindrie au quatrième siècle avant notre ère par la fondation d'Alexandrie, la fondation du Caire acheva sa ruine près de mille ans plus tard. Ses débris étaient encore considérables vers le treizième siècle de notre ère. « Malgré l'immense étendue de cette ville et la haute antiquité à laquelle elle remonte,... ses ruines offrent encore aux yeux des spectateurs une réunion de merveilles qui confond l'intelligence, et que l'homme le plus éloquent entreprendrait inutilement de décrire.... Les pierres provenues de la démolition des édifices remplissent toute la surface de ces ruines : on trouve en quelques endroits des pans dp murailles encore debout, construits de ces grosses pierres dont je viens de parler; ailleurs, il ne reste que les fondements ou bien des monceaux de décombres. J'ai vu l'arc d'une porte très-haute dont les deux murs latéraux sont formés chacun d'une seule pierre; et la voûte supérieure, qui était aussi d'une seule pierre, était tombée au devant de la porte.... Les ruines de Memphis occupent actuellement une demi-journée dô chemin en tous sens *. » Depuis le treizième siècle, une partie de ces débris, exploités comme carrière, a servi à construire les maisons du Caire et des bourgs voisins : les sables du désert et le limon du fleuve ont recouvert entièrement le reste.
1. Brugsch, G. Inseh., t. I, p. 83.-2. Hérodote III, 91 :.... iv x& >cvx$ TcCxcl T^ Iv MéfAçl Cf. Brugsch, ZeiUchrift fur jBgyptùehe Sprache, année 1863, p. 9. — 3. Abd-al-latif (traduction de Sacy), 1. \, ch. 4.
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Près de la pointe du Delta^ sur la rive gauche du Nil, et confinant au désert ïiibyque, les anciens plaçaient le nome Létopolitès avec Sekhemt (Latopolis) et Kerkasore *•; sur la rive droite, et confinant au désert Arabique, le nome Héliopoli tes. On^u Nord, THéliopolis des Grecs, en était la capitale. Située sur une hauteur artificielle, elle n'occupait qu'un espace assez restreint, et n'avait pas une population nombreuse; elle n'en était pas moins une des capitales religieuses de l'Egypte et le siège d'une école de théologie célèbre dans le monde entier. D'après la tradition grecque, Solon, Pythagore, Platon, Eudoxe, y avaient passé plusieurs années de leur vie dans l'étude des sciences et de la philosophie égyptiennes. Deux villes voisines, Kher et H'â-benben, avaient joué un grand rôle dans les guerres osiriennes, et étaient des sanctuaires renommés. Sur les bords du Nil s'élevaient Babylone et Trouwou. Trouwou était située presque en face de Memphis : ses carrières ouvertes par les rois des premières dynasties ont été exploitées à peu près sans interruption jusqu'à l'époque arable. Les Grecs l'appelaient Troja, et prétendaient qu'elle avait été bâtie par des prisonniers troyens, comme sa voisine Babylone d'Egypte l'avait été par des prisonniers babyloniens *.
La nomenclature des provinces du Delta n'est pas encore établie avec assez de certitude pour que je me hasarde à la donner en détail. H me suffira de citer : sur la branche Ganopique du Nil, rive droite, Saï (Sais) dans le nome Saïtès; entre la branche Ganopique et la branche Sébennylique, Khsôou (Xoïs) et Pa-outs (Bouto), cette dernière dans le nome Am inférieur ou Patonouts (Phthénéotès •) ; sur la branche Sébennytique, rive gauche, Thebnouter (Sebennytos), rive droite, Hâ-ta-ab-ra (Athribis) ; entre la branche Sébennytique et la branche Pélusiaque , Pabanebdad ou Dadou (Mendès) et Tanis. Au delà de la branche Pélusiaque, entre le Nil et le Désert, s'élevait la ville de Tsal, forteresse
1. Brugsch, G, Inseh,, 1. 1, p. 34^-244. » 2. Diodore de Sicile, 1. I, ch. 56; Strabon, 1. XVII, ch. 1. Cf. Trouwou, Brugsch, Zeiischrift, 1861, p. 89-95. — 8. Brugsch, Zeitsehrift, 1871, p. 11-13.
frontière de l'ÉgypU du côté de la Syrie, et dont remplacement est encore iiiconnu '.Aussi bien ces villes du Delta, malgré leur antiquiiè et leur richesse, h*eurettt dans Thistoire d'Egypte qu'uti rôle secondaire. Des vingt premièreîi dynasties, elles n*en fournirent qu'une seule, la quatorzième, originaire de Xoïs, et encore est-elle insignifiante. Vers U onzième siècle, elles n'arrivèrent à la vie politiqua et à la prépondérante que pour présider à la décadence du pays, 61 raccéléref paf leurs rivalités perpétuelles. La fondation dô Naucrs^tis, cl feurtout d'Alexandrie, les ruina ai complètement, qu'au ptemier siècle de notrô ère la plupart d'entre elles étaiètit réduites k la Condition de simples bourgades.
Telle était fa répartition dos norties k la surface du pays. Leur origine remontait, comme jô l'ai dit nlus haut, jusqu'aux générations aUtéhistoriques ; c'est a ^eine si les générations postérieures purent compléter ou modifier en quelques-unes de ses parties le système administratif établi par leurs ancêtres. Aussi bien les Shesou-Hor avaient eu le mérite de fonder prescjuo toutes les institutions de l'Ègyple historique. On leur attribuait, ou plutôt on attribuait aux dieux qu'on disait avoir régné sur eux, l'établissement des premières lois civiles, la découverte des arts utiles à la vie ou au plaisir de l'homme, l'invention du papier et de récriture. La religion de l'Egypte était, en partie au moins, leur ouvrage : ils avaient créé la plupart des noms divins, et fixé presque tous les dogmes dont nous trouvons l'exposé sut* les monuments d'époque postérieure.
Lorsqu'on parcourt les grands recueils où les savaiits de notre siècle ont repi*oduit en partie les restes des mo^ numents égyptiens, ce qui frappe tout d'abord, c'est l'abon-
1. Brugsch (ZeUsehfifi, 1872, p. 16} propose de ridenlificr avec Tanis.
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dance presaue incroyable de tableaux mystiques et de scènes religieuses qui sont parvenues jusqu'à nous. Il n*y a presque pas de planches où Ton ne retrouve une des figures de la divinité recevant d*un air impassible les offrandes Cl les prières du prêtre ou du roi prosterné devant elle. On dirait, à voir tant de représentations sacrées, que ce pays était habité surtout par des dieux et i'enfenttait d'hommes juste ce qu'il en fallait pour les besoins du culte. Les Égyptiens étaient un peuple dévot : soit tendance naturelle, soit effet de l'éducation, ils voyaient Dieu partout dans Tunivers, ils vivaient en lui et pour lui. Leur esprit était plein de ses grandeurs, leur bouche pleine do ses louanges, leur littérature pleine d'œuvres inspirées par ses bienfaits. La plupart des manuscrits échappés à la ruine de leur civilisation ne traitent que do matières religieuses, et, dans ceux mêmes qui sont consacrés à des sujets profanes, les allusions et les noms mythologiques se présentent à chaque page, souvent à chaque ligne.
An commencement étaitlc A^'ou, l'Océan primordial* dani les profondeurs infinies duquel flottaient confondus les germes des choses. De toute éternité. Dieu s'engendra et s'enfanta lui-même au sein de cette masse liquide «atts forme encore et sans usage*. Ce Dieu des Égyptiens était un être unique, parfait, doué d'une science et d'une intel* ligencc certaines, incompréhensible à ce point qu'on ne peut dire en quoi il est Incompréhensible. Il est le « un unique, celui qui existe par essence, le seul qui vive ctt substance, le seul générateur dans le ciel et sur la terre qui ne soit pas engendré ; le père des pères, la mère des mères. » Toujours égal, toujours immuable dans son ithmuablc perfection, toujours présent au passé comme à l'avenir , il remplit l'univers sans qu'image au motide puisse donner même une &ible idée de son immensité : on le sent partout, on ne le saisit nulle part.
Unique en essence, il n'est pas Unique en perJsonne. Il est père par cela seul qu'il est, et la puissance de sa na-