‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 5)Chapitre 77 sur 96 · J/ASIE AU TEMPS DES SARGONIDES · texte numérisé non relu

J/ASIE AU TEMPS DES SARGONIDES

Nous avons laissé les Juifs au lendemain de la défaite de Sin-akhè-irib *. Hizkiah avait attribué sa délivrance à un miracle et s'était senti confirmé dans sa piété par le désastre des Assyriens. Docile aux conseils de Jesaïah, il avait décliné Talliance de la Ghaldée et Tappui de l'Egypte. Il s'était borné à mettre son royaume en état de défense du mieux qu'il pouvait, sans provoquer les soupçons du monarque assyrien, tout-puissant malgré son désastre de Libnah. Juda sembla refleurir. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, et la lumière a relui sur ceux qui habitaient au pays de l'ombre de la mort. Tu as multiplié la nation, tu lui as accru la joie ; ils se réjouiront devant toi, comme on se réjouit en la moisson, comme on s'égaye quand on partage le butin. Car tu as mis en pièces le joug dont il était chargé et le bâton dont on lui battait ordinairement les épaules, et la verge de son exacteur comme au jour de Madian *. » L'influence de ses quinze années de paix où « les campagnes se revêtirent sans cesse de troupeaux et les vallées se couvrirent de froment * » se fit sentir jusque dans la littérature, Hizkiah, défenseur éprouvé de Jahveh, et poète lui-môme, protégea la poésie religieuse, dans laquelle il trouvait encouragement et consolation. Cest à ses chantres que l'on doit une bonne partie des Psaumes qu'on attribua plus tard à David ; c'est lui qui fit rassembler et mettre en ordre plusieurs des monuments les plus anciens de la poésie hébraïque, entre autres les vieux dictons populaires qui couraient sous le nom de Salomon *.

Dans cette sorte de renaissance littéraire, dont les prophètes Joél, Amos, Hoshea, avaient été les précurseurs, Jei^aîah joua le plus grand rôle. Il donna, dans ses écrits, le type de la plus haute perfection que la langue hébraïque ait jamais atteinte. «Tout ce qui constitue les œuvres achevées, le goût, la mesure, la perfection de la forme, se rencontre dans Isaïe, et atteste chez lui un degré de culture

1. Voir p. 413. — 2. Jetaiah, xxxiv, 10-15. — 3. Idem, ch, a, v, 1-3. — 4. Proverbes fXVf, 1.

littériûre inconnu aux psalmistcs et aux voyants des &ges plus anciens*. » Pendant les dernières années d'Hizkiab, il vit le cult^ de Jahvebi rétabli dans toute sa splendeur et Juda raiponé de nouveau à la crainte de Dieu, pt pourtant son esprit était rempli de funèbres visions et de sombres pressentiments. Il connai&s^t trop sob peuple^ ce peuple « qui disait aux voyants : Ne voyez point i et à ceux qui voient des visions : Ne voyez point de visions de justice, mais dites-nous des choses agréables, voyez des visions trompeuses*, » pour se faire illusioi^ sur la durée probable de ce temps do sagesse et de prospérité. ]1 savait qu'un paîti nombreux, attaché ^

au culke des dieux, n'attendait que 1^ mort du vieux rei pour relever la tête et faire retomber Juda dans les erre- Baenis d'où Ton avait eu tant de peine ^ le tirer. XI voyait, dans un avenir prochain, les autels renversés,, le temple souillé de nouveau par les sacrifices païens, Tidolâtrie triomphante et provoquant la colère de TÏIternel. Ses chants d'allégresse sont toujours entremêlés de sinistres pfédictioiM^ : <c Femmes qui êtes à votre aise, levez-vous, écoutez ma voix; filles qui vous ieijiez assurées, prêtez Toreille à ma parole : |)ans un an^ et quelques jours au delà, vous qui vous tenez assurées, serez troublées, car U vendange manquera; la récolte ne viendra plus. Vous qui êtes h, votre aise, tremblez ; vous qui vous tene^ assurées, soyez troublées ; dépouillez-vous, quittez vos habits et vous ceignez de sacs sur les reins. On se frappe la poitrine à cause des mamelles, $l cause des champs désirables^ 4 cause de la vigne abondante en fruit. !Ij|^s épines et les ronces monteront sur la terre de mon peuple, même sur |

toutes les maisons où il y a de la joie et sur la ville qui s'éfçaye. Car le palais va être abandonné ; la multitude de U cité va être délaissée ; les lieu^ inaccessibles du pays cl ks forteresaes seront autant de cavef ne^ à toujours ; Iji se joueroal les &Bes B«uvagea^ et les ^oupaux y pattvont '. >»

1. Bei^LDy Histoire générale des langues sémUiques, t. 1, p. 131. — l

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