‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 5)Chapitre 76 sur 96 · VI. Tammaritou · texte numérisé non relu

VI. Tammaritou

G. Smith, History of Assurhaniiialy p. 307 ; G. Rawlinson, The fite great Monarchies, t. II, p. 205.

LES SARGONEDES. 433

amèrement l'ingratitude des Babyloniens. « Les enfants « de Babilou, je les avais placés Sur des trônes, je leur <c avais donné des vêtements superbes, je leur avais mis ce aux pieds des anneaux d'or; les enfants de Babilou, ils « avaient été reçus au pays d'Assour et honorés suivant « mon ordre exprès. Et pourtant, lui, Saoul-masadd-you- « kin, mon jeune frère, il ne tint aucun compte de ma « suprématie , il souleva le peuple d'Accad, de Kaldou et « d'Aram, et les peuples de la côte..., et il les suscita contre <« mon pouvoir. » Pour obtenir les secours de TÈlam, Saoul-masadd-youkin donna les trésors du temple de Bel à Babylone et du temple de Nebo à Barsip. Des courriers envoyés par toute la Ghaldée et en Arabie décidèrent « les « rois du pays de Gouti, du pays de Martou, du pays de ce Miloukhi, à faire cause commune avec lui. » La coalition allait de l'Egypte aux bords du golfe Persique, et Assourban-habal ne savait encore rien du complot qui se tramait contre lui. Un incident imprévu le tira soudain de sa tranquillité et lui révéla toute l'étendue du danger. Le gouverneur assyrien d'Ouroukh apprit du gouverneur d'Our qu'un messager de Saoul-masadd-youkin venait d'arriver dans cette ville et y excitait le peuple à la rébellion : après avoir en vain essayé de rétablir l'ordre, il donna avis à son suzerain de ce qui se passait. Saoul-jnasadd-youkin essaya de conjurer l'effet de cette révélation en faisant protester de son dévouement à l'Assyrie par une ambassade solennelle. Il gagna de la sorte le temps nécessaire pour compléter ses préparatifs : au retour des ambassadeurs, il jeta le masque et se proclama roi de Babylone ^

Assour-ban-habal faiblit d'abord devant l'imprévu de cette attaque. Un songe lui rendit courage : c< Voilà, lui dit ce le dieu Sin, ce que je prépare à ceux qui complotent « contre Assour-ban-habal, roi du pays d'Assour : un « combat aura lieu, après lequel une mort honteuse les « attend. Adar détruira leurs vies par Tépée, par le feu,

1. Smith, Hittory of Assurbanipalf p. 110-150; J. Menant, Annales, p. 282-285; G. Rawlinson, The five great Monarchies j t. II, p. 205-206 ; Fr. Lenormant, Histoire^ t II, p. 115-117.

BIST. AMC. 28

4S4 GHAPITaE X.

(c par U bmine. )) J'entendig ces paroles ^ je ma préf^am ce dès lor« à remplir la volôfité ^e ëin moa Siaigneur. » Les discordes de la famille royale paralysèrent les forces de rSlam. Tammaritou, fila d'Oumuanigas, voyant que son père avait envoyé la Qeur de son armôç à Babylone^ se révolta contre lui^ h prit et le fit décapiter. A la faveur de cette diversion, Assour^ban-habal vainquis son frèie en rase campagne et força les débris de son armée à s'eofer^ mer dans Babylone, Sippar, Barsip et Kputa. Il assiégeait ces quatre places quand Tammaritou ce s'avança eontre lui a pour combattre. J'adresaai, dit-il, ma prière à Aasour et « à Istar : ils ikccueillirent mes supplications et eatendi- « rent les paroles de mes lèvres. Son serviteur Indabigas a se révolta contre lui et le mit en déroute sur le ebamp « de bataille. » Le vaincu n'eut d'autre ressouree que de s'enfuir à Ninive et de se remettre à la merci du roi d'Asspie. ce H embrassa moK pied royal et se couvrit k tète «c de poussière devant Tescabeau de mes pieds.... Moi, « Assour-ban-habal, au ce^r généreux, Je l'ai relevé de sa « trahison, je l'ai reçu lui et les rejetons de la Ëeimille de a son père dans mon palais. » Privé, par cette catastrophe imprévue, de son allié le plus efficace, Skioul-masadd-youkin ne pouvait plus remporter la victoire. Il s'enferma dans Babylone et y résista jusqu'à la dernière extrémité : la âimine fut telle que les assiégés « en furent réduits, pour si»boup- (c rir, à prendre la chair de leurs fik et de leurs filles. » Saoul-masadd-youkin, tombé aux mains de son frère, fut brûlé vif, « et le peuple qui l^avait suivi ne trouva pas sf c< grâce. Ce qui ne fut pas bràlé avec Saoul^qiasadd- « youkin, son maître, s'enfuit devant le tranebant du fer, <c l'horreur de la femine et les flammes dévorantes, pour « trouver un refuge. La colère des grands dieux, mes sei- « gneurs, qui n'était pas éloignée, s'appesantit sur eux; « pas un ne s'échappa, pas un ne fut épargné, ite tom- (c bèrent tous dans mes mains. Leurs chariots de guerre, a Icups bar&ais, leurs £emmes, les trésors de Uurs palais, <c furent apportés devant moi. Gea hommea dont la boii^^ te avait tramé des complots perficks oenire moi el oontii

L£S SAKGONIDES. 435

« ^ssour, mon seigneur, j'ai arraché leur langue et j'ai <c accompli leur perte. Le reste du peuple fut e:i^po8é vivant a devant les grands t^ureaiw de pierre que Sin-akhè-irib, <c le pèîe de mon père, avait élevés, et moi, je les ai jet^p « dans le fossé, j'ai coupé leurg membres, je lea ai fait a manger par des chiens^ des bêtes fauves, des oiseaux de « proie, les animaux du ciel et des eaux. !pln accomplissant <c ces choses, j*ai réjoui le cœur des grands dieux, me9 soia gneurs. » C'était la deuxième fois, en n^oins 4'i»P 4oïWiâiècle, que Babylone était saccagée par les Assyrii^». Qum^d les soldats et le roi luirmênu^ furent fatigi^ég du Q^aa^^e^ci, « le reste des enf^ts de Babilou, de Kouta^ de Sippar» « qui avi^t résisté aux souffrances et aux pjnv^tioA»> re^t a son pardon. J'ordonnai qu'on épargnât leur vie.., Je ce Içur imposai les lois d'Assour et de 3^1tis, l^s dieux du « p^ys d'À.ssour, les tributs et le» redevfltiMW de prQviiiQ*)^ qi soumises |i m& dopunatioi^ ^ »

Depuis h fuite de Tapamaritou, VSl44)î n'av^t fm aucune part i la guerre. ïndabigas, secr^ti^si^t fs^voi^i^ h, Saoul-masadd-youkin ^ s'était ten\i sur l«t ï^serve : il craignit, en éloignant «on airmée, de s'ei;po^r à. qi^elque révolte des pjrinces de ^^ famille. Ajprè^ 1a chute de Babylone, il donna asile à plusieurs eheb pUt^dt^s, et Qi^^tre autres i Nabou-bel-soumè, petit-filsi de M^rdouk-fealidinna, et, comme son grand' père^ roi de l^th^Yakiu. Assour-ban-h^bal réclama les fugitif»^ Ind^ibâgas lefusa de les livrer; des négociations s'engagèrent pendant lesquelles un général susien, Oummanalda^^ assassina son maître et se mit sur le trône^ Assour^ban-habiil profita de ces dissensions pour envabir l'Sllaïa. (d^t-Iotbi, l'ancienne, oc est la capitale des places fbirtes du pays d'Elam^ elle on ce divise U. frontière c(>mme uae muraille. Sin-akhè-irib, ce roi du pays d'Assour, le père du p^re qui m'a eap^endré, a rivait prise; les ^EU^mites Q.vai«nt construit dev^t Bet-

1. 6. Smith^ BUtory of Atsurhanipal, p. 161-204 ; J. Menant, An- •mOM) p. S61-»64 ; G. Rawllnio», 7h& /to» gfia$ MoMur^iw^ i. Il,

436 GHAPITHE X.

« Imbi Fancienne une autre ville, ils Tavaient fortifiée, ils c( avaient élevé ses remparts et l'avaient nommée Bet-Imbi. « Je Tai prise au cours de mon expédition. J'ai détruit les « habitants qui ne sont pas venus solliciter l'alliance de « ma royauté, je leur ai coupé la tête, je leur ai arraché « les lèvres, et, pour les faire voir aux habitants de mon « pays, je les ai envoyés au pays d'Assour. » Oummanaldas quitta Madaktou et s'enfuit dans les montagnes. Tammaritou, qui avait suivi Assour-ban-habal, fut rétabli sur le trône comme vassal de l'Assyrie. Mais bientôt, las du rôle odieux qu'il jouait, il complota de massacrer les garnisons assyriennes ; il fut trahi et livré au vainqueur. Cette diversion inattendue donna à Oummanaldas le temps de réparer ses forces; il rentra dans Madaktou, et s'empara même de Bit-Imbi. Ce ne fut qu'un succès passager. Au printemps de l'année suivante, Assour-ban-habal parut en Élam , emporta l'une après l'autre toutes les lignes de défense qu'Oummanaldas avait établies en avant de Suse, et finit par enlever cette ville elle-même. « Par la volonté <c d'Assour et d'Istar, je suis entré dans ses palais et je a m'y suis reposé avec orgueil. J'ai ouvert leurs trésors, « j'ai pris l'or et l'argent, leurs richesses, tous ces biens <c que le premier roi d'Ëlam et les rois qui l'avaient suivi ce avaient réunis et sur lesquels aucun ennemi encore <c n'avait mis la main, je m'en suis emparé comme d'un ce butin... J'ai enlevé Sousinak, le dieu qui habite dans les « forêts, et dont personne n'avait encore vu la divine « image, et les dieux Soumoudou, Lagamar , Partikira, « Amman-Kasibar, Oudouran, Sapak, dont les rois du 4c pays d'Elam adoraient la divinité. Ragiba, Soungoum- «c soura, Karsa, Kirsamas, Soudounou, Aipaksina, Biloul, « Panintimri, Silagara, Napsa, Nalirtou et Eindakourbou, « j'ai enlevé tous ces dieux et toutes ces déesses avec leurs « richesses, leurs trésors, leurs pompeux appareils, leurs ce prêtres et leurs adorateurs, j'ai tout transporté au pays ce d'Assoiir. Trente-deux statues des rois en argent, en or, « en bronze et en marbre, provenant des villes de Sousan, <( de Madaktou, de Houradi, la statue d'Oummanigas, le

LES SARGONIDES. 437

a fils d'Oumbadara, la statue dlstar-Nakhounta, celle « d'Hallousi, la statue de Tammaritou, le dernier roi qui^ « d'après Tordre d'Assour et dlstar, m'avait fait sa soumisce sien, j'ai tout envoyé au pays d'Assour. J'ai brisé les <c lions ailés et les taureaux qui veillaient à la garde des « temples. J'ai renversé les taureaux ailés fixés aux portes ce des palais du pays d'Êlam et qui jusqu'alors n'avaient « pas été touchés ; je les ai jetés bas. J'ai envoyé en capti- « vite les dieux et les déesses. Leurs forêts sacrées, dans ce lesquelles personne n'avait encore pénétré, dont les fronce tières n'avaient pas été franchies, mes soldats les envahi- « rent, admirant leurs retraites, et les livrèrent aux ce flammes. Les hauts lieux de leurs rois, les anciens et les ce nouveaux qui n'avaient pas craint Assour et Istar, mes <c seigneurs, et qui étaient opposés aux rois mes pères, je ce les ai renversés, je les ai détruits, je les ai brûlés au ce soleil; j'ai emmené leurs serviteurs au pays d'Assour. ce j'ai laissé leurs croyants sans refuge, j'ai desséché lei ce citernes. » Pendant un mois et vingt-cinq jours, toute k partie basse du pays d'Êlam fut livrée aux soldats et saccagée. Ce qui resta de la population au bout de ce temps fut envoyé ce comme des troupeaux de moutons » dans les villes où siégeaient les dieux, les préfets, les commandants militaires et les gouverneurs de l'Assyrie.

Oummanaldas tenait encore dans la montagne ; pour obtenir la paix , il offrit au monarque assyrien de lui livrer Nabou-bel-soumô. Plutôt que de tomber vivant aux mains de l'ennemi, Nabou-bel-soumô se fit tuer par son écuyer. Son corps fut remis aux messagers du roi d'Assyrie, qui le décapita et le jeta à la voirie en défendant de lui donner la sépulture. La tète salée et préparée fut suspendue à l'un des arbres du jardin royal de Ninive ; un bas-relief, aujourd'hui conservé au Musée Britannique, représente Assour-ban-habal banquetant avec ses femmes en présence de ce hideux trophée*. Cette lâcheté ne sauva pas Oummanaldas ; les vainqueurs le poursuivirent jusque dans les

1. Fr. Lenormant, les premières Civilisations ^ t. Il, p. 306.

4a8 G&AMtftE X.

déserts où il fe'iètait fetîrë et h contfaigfiîliônt à quittât le pAy« «ans espoir de retour. Lui chassé , tout sofl royaume fut réduit à l'état de provincfe et placé directement sous la surveillance des généraux assyriens. L'Elam, le plus ancien des États de TAsie antérieure, disparut de la scène du monde; les âotiveuirs dé son histoire réelle s'effacèrent au milieu des légendes ; I0 fabuleux Memnon remplaça dans la mémoire des peuples ces lignées d^ souverains ambitieux et de hardie conquérants qui aVaielit possédé BabyloUe et la Syrie en des temps où Ninlve n*était qu'une simple bourgade *.

Une guerre heuteuse contre les Nâbatéens et contre les At'abes situés entre la vallée du Jourdain et celle de l*Êuphrtite èissura la frontière de l'Assyrie sur le désert : un traité avec Sadouri, roi d'Ourarti, mit les régions duNalri à l'abri de toute attaque. L'Egypte s'était rendue indépendante, sans doute pendant la révolte de Saoul*masaddyoukin, et la Lydie avait rompu ses relations avec Assoutbân-habal. C^étaicnt toujours îea mêmes dangers et les mêmes difficultés qu^aû temps d'Assour-nazir-habal oU de Touklat-habal-asar II; pour mainientr leur autorité, les rois d'Assyrie étaient contraints de courir sans relâche d'une eîttrémité dô leur empire à Pautre. ïoute guerre qui durait quelques années et Détenait leurs armées à l*Est relâchait en Occident léS liens d'allégeance ; il fallait régulièrement recommencer h conquête ou renoncer à l*acquls des expéditions précédentes. Assour-baU-habal, fatigué do sa lutte contre l'Elam , résigna Ses droits à la suzeraineté sur l'Egypte et sur la Lydie. Il n*en resta pas moins le souviôrain lé plus puissant du monde oriental. Presque le dernier de sa race, il fut celui dont la domination s'étendît le plus, et dépassa toUs ses prédécesseurs en activité, eh courage, en énergie, en cruauté. Comme si l'Assyrie, se sentant prfes de sa ruine, avait voulu réunir en un seul

1. G. Smith, Hittory of Assurbanipal, p. 205-255, 300-307; Menant, Annales, 264-270; G. Rawlinson, The five great Monarchies, t, II, p. 206-20^; Fr. Lenorraant, Bistoire. t. II, p. 118-122.

LES BARGOHIBEB. 439

homme tontes im qualités (Jlii avaient fait sa grandeur et tous les défauts q\4i oAt stoiUé sa gloirfe.

CHAPfïftE XI.

L'ASm AÛ TBÉPS BBé «ARGOUlbn.

Les Sémites occidentaux ', la Phénicie ; la Judée. — La Médie et les migrations iraniennes* — La religion iranienne Zoroastre; les Mages.

téê (Téiullcli è«iBlclèlàlàiii) l4 I^HéAlélel tià Ihdlëë.

Les Bai^oMdès àVaiétlt fondé sVir iès débris deô Noyautée partielles un grand empîte sétoite. Arartléens, Juifs, Phétliftiehs, les gens dé TAsàyrié et de la Chaldéô, inêMé le* Ai^abeâ, toUt ée qui piiriait Uh dialecte séihîtî(|ue étltre llsthme de Suez et Tehibouchuré de TEuphrate, i^èconn*iiss«dt utl taêïûfe Chef et faisait pout* la pk^mièré îbiS paHie d'une même dtdmlftation. Les peuples conquéraûtâ d'autrefois, Egyptiens, ÊlaïUites, ToufadieUS dé Médie où dé Ghaldée, avaient sueèombé tbùr à toùr satis espéir dé Se réléVét" janiais. Mais le triomphe dé la raéé sémitique sut ces Vieilles ^ces civllidéôs de TanCieti mondé aVait été chéiréttient acheté. Nous âVons VU quel avait été le sdH dé Babyloiie et des Sémites érieiitaûx pétadant lés dertiièréS guerres; les Sémites occidentaux avaient souffert encore plus de la conquête que leurs cousins de Mésopotamie et de Ghaldée. La Syrie^ jadis si riche et si peuplée^ était en pleine décadence ; Kadesh n'existait plus que dans le souveAit des scribes éçyptiehs; Karkéaiish, Damas, Hamath, perdaient chaque jour de leut importance politique ou commerciale. L^Aram^ écrasé par dix siècles de lutte^ était à la raerei du premier ennemi venu; Moab^ Ammon^ les Philistins, étaient plus qu'à moitié ruinés; Israël avait

disparu : seuls les Phéniciens et les Juifs conservaient encore quelque apparence de prospérité et de vie.

L'histoire intérieure des Phéniciens, depuis le temps dlthobaal I" jusqu'à Tavénement d'Assour-ban-habal, peut se résumer en quelques mots. Tyr avait succédé à Sidon dans rhégémonie de la nation ; elle était à la tête d'une confédération composée des différentes cités sidoniennes, à l'exception de celle d'Arad, qui continuait de mener une vie indépendante ; mais les membres de cette confédération, toujours jaloux de la suprématie de Tyr, cherchaient à s'y soustraire et ne négligeaient aucune occasion de marquer leur hostilité. Les désordres de la nation ne faisaient que rappeler en grand les discordes de la ville elle-même, où l'aristocratie d'origine sidonienne était sans cesse en lutte ouverte avec la classe populaire. Pendant son long règne , Ithobaal avait réussi à maintenir la pair entre les paftis; mais bientôt après sa mort les mêmes accidents qui avaient suivi la mort d'Hirom !•' se produisirent avec plus de force et des suites plus désastreuses. Baletsor, son fils, ne régna que huit ans; il eut pour héritier un enfant de huit ans , Mutton , dont la jeunesse favorisa'l'ambition des chefs de la faction populaire. Mutton lui-môme ne laissa pour lui succéder qu'une fille, Ëlissar, mariée à son oncle Sicharbal, grand prêtre de Melkarth, et un enfant en bas âge du nom de Pygmalion^ Sicharbal, frère de roi, et en sa qualité de grand prêtre le premier dans l'Ëtat après le roi, avait été désigné par Mutton pour être régent pendant le temps de la minorité. Il fut renversé par le parti populaire et, quelques an-

1. Tous ces noms ont été altérés plus ou moins par les écrivains grecs et latins qui nous les ont conservés. Ba^éCcopoc est "^ly ^373 Baal de Tyr (Movers, Die Phœnixierj 2**' Theil, p. 353, noie 63) ; Mutton s'appelait TriD, comme le grand prêtre de Baal à Jérusalem au temps d'Athaliah Voir p. 363 de cette histoire).. La variante 'fiXCvaa est pour 'EXévaap, comme 'AiiCXxa; est pour 'A{iiXxap, et Sicharhas pourStcharbal (Movers, DiePhœnixier, t. II, 2"' Theil, p. 353, note 64 ; 355, note 67; 362, note 91). Véicerbas de Justin est pour [S]aeerh<U'S%dwr' bas.

L'ASIE AU TEMPS DES SARGONmES.; 441

nées après, assassiné par son neveu. Élissar voulut venger son mari et ourdit une conspiration où l'aristocratie entra tout entière. Découverte, elle s'empara par surprise d'une flotte qui se trouvait alors dans le port prête à mettre à la voile, y embarqua ses partisans et se dirigea vers l'Afrique. Elle débarqua dans la Zeugitane, à l'endroit où les Sidoniens avaient fondé plusieurs siècles auparavant la ville de Rambè, acheta du terrain au roi des Liby-Phéniciens et fonda sur les ruines de l'ancienne ville une ville nouvelle, Kiriath-Hadeshâi^^ dont les Grecs ont fait Karkhêdôn et les Romains Carthage '.

La fondation de Carthage fut pour Tyr ce que l'émigration de l'aristocratie sidonienne à Tyr avait été pour Sidon : le commencement de la décadence. Déjà sous Ithobaal P' les Assyriens avaient fait leur apparition en Phénicie; Assour-nazir-habal avait franchi le Liban et poussé jusqu'à la mer*. Les Tyriens suivirent à son égard la même politique que les Sidoniens avaient pratiquée à l'égard des Égyptiens; ils calculèrent qu'il serait plus profitable de se soumettre sans lutte que de résister à chances inégales et achetèrent la paix. La Phénicie du Nord, Arad et Simyra, ne voulut pas suivre cet exemple et s'attira de rudes leçons : Arad s'allia aux rois de Damas contre Salmanasar, fut battue et pillée à plusieurs reprises. Quand, après le règne de Samsi-Bin, le pouvoir des Assyriens commença de décliner, Tyr cessa de reconnaître leur suzeraineté et fit l'économie du tribut qu'elle leur avait payé pendant un demi-siècle; mais cinquante ans plus tard, sur un ordre de Touklat-habal-asar II, elle se hâta de reprendre sa chaîne, et son roi, Hirom II, vint, en 742 , à Arpad apporter au vainqueur la rançon de ses sujets*. Dans l'intervalle, Sidon s'était emparée d'Arad, l'avait colonisée (vers 761) ^; dès ce moment l'autorité de Tyr sur la Phénicie avait décliné et Sidon repris l'ascen-

1. Prononcé probablement Kart-Hadshât. — 2. Movcrs, Die Phanixier, t. Il, 2*^ Theil, p. 350-371. — 3. jVoir p. 347-348. — 4. Voir p. 369. — 6. Movers, Die Phcmifier, t. II, V Theil, p. 368-370.

dam. Là défaite d« Mutttm n*, âttOcM^ôtif d'Hiram^ qtii voulut profiter d« Talliance de Retsitt po\4i* Wcduvrôr sôtt iiidëpendahce , devint le signal d*Une révolte dans l'île de Chypre. Elouli' réussit à Tétouffer; mais quand, à rexetnple de soU prédécesseur, il entra en lutte contre rAssyhe, ttoutes les autres villes de Phénièie Tabandén^ nèrem et mirent leurs Vaisseau! à là disposition de Salmanasar V. Élouli abandonne k ^yt eontineiitàle et s'enferma datis la Ville maritime, d'où il défia les té&bHs de «es adversaires. La flotte phénicienne j montée par des Aàsj^ riens, fut battue, le siège changé étt bIoéuB », hiftis ni Sàlmànasar ni SarJ^ukin ne réussirent à trîènlpher* en 715, Sarydukin leva le sié^e après dix ahs d'Ufte guerre sanii résultat. Il se Vengea dé sOn éôheé, en TOB, par lacoft^ quêté dfe Chypire *, et son fils Bih^khè-lrlb finit par atdil^ raison de rorgùfellleusô éité. Il là prit ^n 700 et remplaça le vieil Élotili par Ithobaal II, qui se t^onUut son tributaire •. Oette défiiîto porta le dernier coup à la puissance continentale de Tyt. Sidott t'edévint la métropole de h confédération, mais pOur quelques àhnées seulement. Vers 680, son roi AbdimilkoUt s'insurgea contre Assourakhè-4din, sans succès, comme toujours. Le vainqueUï" rasa Ifes murailles de Ôidon et transporta une partie de la population en Assyrie •; Tyf rfecoUvra un semblant de su^ prématie, que son roi Baal compromit dé nouveau verS 66Ô en s'alliant à l'Éthiopien Ourdamani éontre AssoUr-tatt-» habal. Asàou^-ban-habal eUt bien Vite raison de Ces vôUéi^ tés d'indépendance; Bààl implora él obtint son pardon) lé roi d'Arad, qui résista, sUctomba k la peine et fut déposé \ Là Phénicie, épuisée d'hommes, ne bougea plus jusqU^â la chute de Ninive '.

1. U est appelé Mitenna par les textes assyriens. — 2; *EXovXaioçde liénandre, touliya des textes cunéiformes. — 3. Voir p. 3dl. — 4. Voir p. 401. — 5. Voir p. 405. Le fragment de Ménandre attribue à Eloulxos trente-six ans de règne. Les monuments assyriens ne placent entre la mention de Mitenha vers 730 et la prise de Tyr en 700 que trente ails- II est donc probable qu'il faut corriger eti vinat-tiX le chlffW (tefUé-ii^ de Ménandre. — 6. Voit- p. 42l — 7. Voil- J). WO. — 8. ft. LenorMànt,

L'ASIE AU TfeiiPS bÈS SARGONIDES, 413

L*etnpire colotiial avait éprouVè lt38 itiérties vicissitudcî^ ([Me les villes du continent. Il aVait Continué de croître jusqu'à Ithobaal I*^ et même pendant le rbgtie de ce prince. La Mauritanie et TEspagnedu Sud, occupées eu partie paf des peuples mixtes nés de l'alliance des Sémites avec les tribus indigènes, n'étaient déjà plus la limite extrême du commerce des Phéniciens vers TOccident. Les amiriaux de Tyr avaient exploré la cdte du Maroc bien loih ati sud, tï fondé, entre le détroit de Gadir et lô Sénégal, des colonies nombreuses ; ils avaient ï-emontè la côte d^Espaghe, traversé la mer des Gaules et pénétré jusqu'aux lies de TÊtain, peut-être même jusque au delà de la Gtatide- Bretagne. ïyr était Vraiment la métropole commerciale dU motide entier. Les troubles (jui suivirent là mott dltho* baal !•* interrompirent ce mouvement d'éipâttsîon et aiùoindrirett la force du pays au moment même où des^ étinfemis puisôant* commençaient à Tattaquei^ sûr plusieulT^ points à la fois. Le marine êtrUsqUe ari^èta ses pfogrèô sur les côtes d*Italie et de Gaule, taûdiâ que la maHne gtecqUe, après àVoit* enlevé dans là melf Egée cô ijui restait de là

Hùtoirê (rtUiBniie^ t. III, p. 74-86i Pour juger de l'étendue des rensei* gnements que les moBuments assyriens nous ont déjà fournis sur l^histoire inlérieurô de là ^héniclé, il silfifit dé comt)are^ les quelques p&^s que je lui ai consâct-ées tû ehapitt^ dé ^fovert qtii ttkité de èéite époque {Ôte PhamUier, U il) i'*' theil) pi 860-671)* La tiste dw reiA T^riens a ileçu également d« notables développfemeiilB, comme le preuve la liste suivante :

.- ■ ■ Tl ^ ■

ptntAtîON.

HiBOM I*.

Abdastart.

fliROM U]

(Anonyme).

ïiUTTON li]

AstaRT.

EtoULI

ABTAftYtt.

[iTËO^ÀAi II]

PHBbLBSi

Ithobaal l*\

[Baal]

Baletsor.

ÈlUTtON l»^.

vieille colonisation Sidonienne, couvert de ses colonies les côtes méridionales de l'Asie Mineure et pris pied à Chypre, s'aventurait jusqu'en Sicile. En 734, une première expédition fondait au pied de TEtna Naxos et Mégare ; en 734 , les Corinthiens et les Gorcyréens bâtissaient Syracuse : en quelques années les Grecs occupèrent toute la côte orientale et méridionale de l'île. Carthage acheva ce qu'ils avaient commencé. L'aristocratie tyrienne transportée en Afrique y déploya, pour la grandeur de sa nouvelle patrie, l'activité qui avait fait la grandeur de Tyr pendant les siècles précédents. La Ville neuve éclipsa ses voisines, Utique, Adrumète, Leptis, et ne tarda pas à entrer en rivalité d'intérêts avec la mère-patrie : soixante années à peine après sa fondation, elle conquérait pour son compte la partie méridionale de la Sardaigne. Les Phéniciens de Sicile, refoulés parles Grecs dans Makhanath (Panormos), Motya erKépher (Solonte), ceux de la côte d'Espagne et ceux de la côte d'Airique, harassés sans cesse par les barbares, tous les peuples et tous les comptoirs que Tyr empêchée par ses guerres contre l'Assyrie ne pouvait plus défendre, se mirent sous la protection de Carthage. Le vieux nom. national de Pcent, d'abord entendu sur les rives du golfe Persique, résonna sur les eaux de la Méditerranée et de l'Océan Atlantique, et l'empire Punique remplaça en Occident l'empire Phénicien, Chypre fut conquise par les Assyriens en 708 ; Thasos par les Parions à peu près dans le même temps. Vers la fin du règne d'Assour-ban-habal, la Phénicie n'avait plus une colonie qui reconnût son autorité. Sa richesse et son commerce n'en souffrirent point : « elle fit le métier de revendre aux peuples en plusieurs (c îles » et servit de commissionnaire en marchandises au monde entier, aux Carthaginois et aux Grecs comme à ceux d'Egypte et de Syrie. Sa force n'en était pas moins brisée : réduite à son territoire continental, elle garda assez d'énergie pour résister aux assauts des conquérants étrangers et pour succomber glorieusement, mais n'eut plus assez de puissance effective pour peser d'un grand poids dans les destinées de la Syrie.

Page 1