‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 22 sur 215 · LA CHAUME · texte numérisé non relu

LA CHAUME

héros, tomba amoureuse de lui. Elle lui parla donc ainsi: « Viens, Gilgamès, et sois mon mari; ton amour donne-lemoi enguerdon, et tu seras mon mari et je serai ta femme.... Alors te seront soumis rois, seigneurs et princes ; ils t’apporteront les tributs des montagnes et des plaines. » L’amour de la déesse était meurtrier pour qui s’y livrait, et ses amants en avaient fait la triste épreuve : Gilgamès refuse avec des paroles insultantes l’honneur périlleux qu’elle lui propose.

Offensée dans son orgueil, elle dépêche contre lui un urus gigantesque qui dévasta le territoire d’Om rouk, mais «Éabani vainquit sa force, car Éabani perça son corps ; il saisit le taureau céleste par la tête et il lui enfonça son arme dans la nuque. »

Ishtar en conçut une rage nouvelle, et pour se venger elle couvrit de lèpre de la tête aux pieds celui qui la dédaignait. Il n’y avait qu’un moyen de guérison, aller au pays où jaillit la fontaine de Jouvence et où pousse l’arbre de vie: Gilgamès et son ami tentèrent l’aventure, mais Éabani périt en route sous la griffe d’un tigre, et Gilgamès résolut d’aller demander à son ancêtre Xisouthros les moyens de le rappeler à la vie. Un songe lui révèle la route périlleuse qu’il doit suivre. Après avoir parcouru le pays de Mâshou, dont l’entrée est gardée par les

Gilgamès étrangle un lion.

hommes-scorpions qui président au Lever comme au Coucher du Soleil, il atteint le bord de l’Océan, construit un vaisseau et s’embarque avec le pilote Aradéa. Une traversée d’un mois et demi les conduit près d’une île située au milieu des marais, où demeure le vieux roi divinisé : ils l’aperçoivent à distance, endormi auprès de sa femme, mais ils ne peuvent franchir le bras de mer qui les sépare du paradis. Xisouthros s’éveille à leur voix, leur raconte comment sa piété l’a sauvé du déluge1, et enseigne à Gilgamès les cérémonies expiatoires qui lui assureront une place perpétuelle parmi les dieux. Tels étaient les récits merveilleux dont les poètes chaldéens avaient embelli les débuts de leur histoire nationale2.

Les peuples de la Chaldée se divisaient de toute antiquité fn deux groupes principaux de principautés indépendantes : Shoumir au sud, Accad au nord. Parmi les cités du sud, Ourou est celle dont l’histoire nous est le moins obscure. Située sur la rive droite de l’Euphrate, non loin de l’ancienne embouchure, elle était l’entrepôt principal du commerce maritime de ces premiers temps : ses vaisseaux naviguaient au loin, sur le golfe Persique et jusque dans la mer des Indes3. Elle s’étalait au milieu d’une plaine basse, coupée çà et là de collines sablonneuses. Au centre se dressait un temple à trois étages, construit en briques revêtues de bitume et consacré au dieu local, Sin ; tout autour des murs règne une ceinture de tombeaux, que les voyageurs ont largement exploités au profit de la science4. Au sud, et plus rapprochées encore de la mer, florissaient Éridou, la ville du

1. Ici se place le récit du déluge analysé plus haut, p. 177-180. —

2. Le nom du héros, lu d’abord Istoubar, est Gilgamès ainsi que l’a découvert Pinches (Exit Gistubar dans le Babylonian and Oriental Record , t. IV, p. 264). Les débris du poème ont été publiés par P. Haupt, Das Babylonische Nimrodepos , in-4°, 1884-1862, et dans les Beitrage zur Assyriologie , t. I, p. 48-79, 94-152. Ils ont été analysés par A. Jeremias, Isdubar Nemrod , 1891. Les représentations relatives aux divers

épisodes ont été recueillies par J. Ménant, Recherches sur la glyptique-

orientale, P* partje, Cylindres de la Chaldée , p. 43-44, 63 sqq., 77-81, 84-102, etc. o. H. Rawlirtson dans le Journal of the Geographical Society , t. XXVII, p. 185. — 4. G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. I, p. 15-16. La ville porte aujourd’hui le nom de Mughaïr, la Bituminée.

LA CHALDÉE

dieu Éa\ et Bab-salimêti, le port méridional de la Chaldée2; au nord, on rencontrait Ourouk3, Larsam, Gishkhou4 et Lagash ou Zirpourla3. Ces villes formaient l’une des deux divisions principales du pays, celle qu’on désignait au protocole des rois sous le nom de Shoumir6. Un peu plus loin dans la plaine, à l’endroit où le Tigre et l’Euphrate ne sont plus séparés que par un isthme de largeur médiocre, un autre groupe de cités avait constitué dès l’origine le domaine d’Accad. C’était Nippour, sur la droite du Shatt-en-Nil7, presque à mi-chemin entre Babylone et Ourouk; Barsip, la seconde Babylone8, et surtout Babylone. Babylene consistait de deux parties, situées chacune sur une rive de l’Euphrate, Kadimirra, la porte de Dieu, et Dintirra, le site de l’arbre de vie9. Kouti à l’est10, puis la ville double de Sippar et enfin la mystérieuse Agadê11, complétaient cet ensemble, qui reçut plus tard le nom de Kardouniash12. Plus loin encore, Harran entre le Balikh et l’Euphrate, et Asssur sur le Tigre, servaient comme d’avant-garde aux populations babyloniennes contre les peuples descendus de l’Ararat et du Taurus. Chacune de ces cités paraît avoir eu ses rois particuliers et ses dynasties locales, qui, tantôt étaient vassales des rois voisins, tantôt les rangeaient sous leur domination.

En face d’elles, sur la rive orientale du Tigre, un Etat puissant s’élevait contre lequel elles eurent à se défendre de toute antiquité. L’Élam13 commence aux bords du fleuve

1. La Rata de Ptolémée; cf. Oppert, Expédition de Mésopotamie , t. I, 5e partie, p. 77. Aujourd’hui Abou-Shahréin (cf. Taylor, Notes on Abou - Shahreinand Tel-el-Lahm dans le Journal of the R. Asiatic Society , t.XV, p. 412),— 2. Fr. Delitzsch, Wo lag das ParaahVs ?p. 228-229. — 3. Dans la langue primitive, Ounou, Ounoug. C’est l’Erekh de la Bible (Genèse, XIV, 1), l’Orchoé des classiques (Strabon, XVI, 1 ; Piolétnée, V, 20), aujourd’hui Warkah. — 4. Dans la langue primitive, Babbar-Ounou ; cf. Delitzsch, Wo lag das Paradies ? p. 223-224. — 5. Aujourd’hui Tell-Loh. — 6. Sur la position des deux pays de Shoumir et d’Accad, cf. Fr. Delitzsch, Wo lag das Paradies? p, 197 sqq. ; Hommel. Die Semitischen Vôlker , p. 246-266. — 7. La Nopher du Talmud, aujourd’hui Kiffer. — 8. Fr. Delitzsch, Wo lag das Paradies? p. 216-217. — 9. Fr. Delitzsch, Wo lag das Paradies? p. 212-216. — 10. Aujourd’hui Tell-Ibrahim. — 11. Fr. Lenormant, les Premières Civilisations , t. II, p. 105; Fr. Delitzsch. Wo lag das Paradies? p. 209-212. — 12. Fr. Delitzsch, Wo lag das Paradies? p. 209-212. — 13. Le nom Ilamtou, Élam, est sémitique et signifie le

par une riche terre d’alluvions, aussi fertile que la Chaldée elle-même. Le froment et l’orge y rendaient cent et parfois deux cents pour un1; le palmier et le dattier y croissaient abondamment, surtout dans le voisinage des villes; d’autres espèces d’arbres, l’acacia, le peuplier, le saule, étaient répandues à la surface du pays2. Bientôt cependant le sol s’élève gradin à gradin vers le plateau de Médie; le climat se refroidit de plus en plus, le sol devient moins productif. Des montagnes coulent nombre de rivières, dont les plus grosses, l’Ouknou (Khoaspès), le Pasitigris, l’Oulaï (Eulæos), sont aussi larges que le Tigre et l’Euphrate dans leur partie intérieure. Ce territoire était habité pour la meilleure part par des peuples de race sémitique, apparentés aux Sémites de la Chaldée, partie aussi par des tribus de race et de langue encore mal définies. Au confluent de deux des bras du Khoaspès, sur la lisière de la région basse, à huit ou dix lieues des montagnes, les rois d’Élam avaient bâti Suse3, leur capitale. La forteresse et le palais s'étageaient sur les penchants d’un monticule qui dominait au loin la plaine : à ses pieds, et dans la direction de l’Orient, s’étendait la ville, construite de briques séchées au soleil4. Plus haut sur le fleuve, on rencontrait Madaktou, la Badaca des auteurs classiques ; puis, c’étaient de grandes cités murées, Naditou, Khamanou, qui s’arrogent, pour la plupart, le titre de villes royales5. La Susiane était en effet une sorte d’empire féodal, divisé en petits États, les Habardip6, les Houssi7, les Nimê, indépendants l’un de l’autre, mais souvent réunis sous l’autorité d’un même prince, qui résidait de préférence à Suse. Elle était le siège d’une civilisation florissante, antérieure peut-être à celle de la Chaldée.

Haut pays (Schrader, Die Keilinschriflen und das Alte Testament, 1882, p. 111-112). — 1. Strs*bon, 1. XV, 5. — 2. Loftus, Chaldœa and Susiana , p. 270-346. — 5. Shoushin ou Shoushoun, dans les textes susiens, Shoushân dans les textes assyrienfi Oppert, les Inscriptions en langue susienne , dans les Mémoires du Congrès des orientalistes de Paris , t. II, p. 179; Etudes Sumériennes , p. 83). — 4. Oppert, les Inscriptions, n. 547. — 5. Finzi, liicerche per lo studio dell' antichilà assira, p. 293* o04, 6. Les A mardi de Slrabon (Oppert, les Inscriptions , p. 179, !ù5). 7. Les Ouxii des géographes grecs, le Khouzistan des moder¬

nes (Oppert, op. laud.f p. 183).

LA GHALDEE

Le peu que nous savons de sa religion par les documents d'époque postérieure nous transporte dans un monde nouveau, plein de noms et de figures étranges. Au sommet de

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Un Élamite, d'après un has-relief assyrien.

la hiérarchie divine trônaient, ce semble, un dieu et une déesse suprêmes, nommés à Suse Shoushinak et Nakhounté : la statue de Nakhounté, inaccessible aux profanes, se dissimulait au fond d’un bois sacré, dont Asnourbanabal la tira au viie siècle avant notre ère. Viennent ensuite six dieux

de premier ordre, rangés en deux triades et dont le plus connu, Houm, Oumman, est peut-être le Memnon des Grecs1. Pour le reste, la civilisation susienne paraît avoir présenté des analogies frappantes avec la civilisation chaldéenne ; Élamites et Chaldéens avaient à peu près les mêmes mœurs, les mêmes usages militaires, les mêmes aptitudes industrielles et commerciales. Leurs rapports se perdent dans la nuit des temps. Nous avons vu plus haut qu’un des premiers exploits de Gilgamès fut de délivrer Ourouk de la domination élamite 2. La vie entière des deux peuples ne fut qu’une série d’entreprises pour s’asservir et pour secouer le joug l’un de l'autre : tantôt la Chaldée l’emportait sur l’Élam et tantôt LÉlam sur la Chaldée, sans que nul d’entre eux réussît à maintenir son autorité de façon durable.

L’histoire positive des pays du Bas-Euphrate commence par nous montrer les petits royaumes sumériens en lutte l’un contre l’autre, chacun d’eux essayant, à un moment donné, d’établir sa suprématie sur la contrée entière, mais sans y réussir. Trois surtout semblent avoir joué un rôle important dans ces luttes, ceux de Kish, de Lagash et de Ghishkhou. Vers 2900, ces deux derniers, las de se battre sans cesse pour des questions de frontières, soumirent Leur querelle au roi de Kish, Mésilim, et lui, après avoir consulté les dieux, il marqua par des stèles et par un canal profond la limite de leurs domaines. Quelques générations plus tard, entre 2750 et 2700, Oush, vicaire de Ghishkhou, reprit soudain l’offensive et se rendit maître d’un canton de Gouêdîn, qui était situé probablement sur la rive orientale du Shatt-el-Haî : il fut défait bientôt, et son successeur Énakalîi contraint de restituer à Lnannadou de Lagash le territoire contesté. Énannadou paraît ne pas s’en être tenu là. Il exerça son hégémonie sur tout le pays de Shoumir et sur une portion de l’Élam; lui mort, Qurloumma, fils d’Énakalli, attaqua son frère Énannadou Ier qui l’avait remplacé. La lutte se termina, après des vicissitudes diverses, par la

1. Lenormant, la Magie, p. 137-323. — 2. Voir plus haut, p. 182. — 3. Obélisque de Manishtoushou dans Morgan-Scheil, Mémoires de la Délé « galion en Perse , t. II, pl. I-X et p. 1-52 »

LA C1IALDÉE.

victoire complète des gens de Lagash. Pendant trois génétions au moins, sous Énannadou U,Enlitarzi et Longalbanda, Ghishkhou demeura la vassale de sa rivale, tant qu’enfin la fortune changea de camp une fois encore : Lougalzaggizi, vicaire de Ghishkhou et roi d’Ourouk, vainquit Ouroukagina et affaiblit Lagash pour longtemps1. Après avoir imposé son autorité aux régions du Sud et fixé sa résidence à Ourouk, il porta ses armes du Golfe Persique au lac de Van. Shoumir triomphait avec lui, mais sa puissance ne dura pas, et bientôt les Sémites groupés autour d’Agadé la renversèrent vers 2680.

Leur chef, celui qui réalisa vraiment l’unité politique de la Chaldée, était un certain Sharroukîn, dont l’histoire nous est peu connue encore. Ses deux premiers successeurs, Manishtousou et Ouroumoush, maintinrent la suprématie d’Agadé sur la Chaldée et sur l’Élam; mais Ouroumoush ayant péri dans une révolution de palais, fut remplacé sur le trône par un homme nouveau, Shargânisharrî, dont les prouesses firent oublier celles de ses prédécesseurs. Il était fils d’un certain Dâtienlîl, qui n’appartenait pas à la famille royale, et son origine obscure servit plus tard de thème à tout un cycle de légendes populaires. Une statue, qu’on lui éleva à l’époque assyrienne, portait l’inscription suivante : « Ma mère était de basse extraction, et je ne connus pas mon père; le frère de mon père vivait dans les montagnes. Ma ville fut Azoupirânou, qui est située sur les bords de l’Euphrate. Ma mère, la vassale, m’y conçut; elle me mit secrètement au monde ; elle me déposa dans une corbeille de joncs, dont elle ferma le tissu avec du bitume, et elle me lança ainsi au fleuve, dont l’eau ne pénétra pas jusqu’à moi. La rivière m’emmena jusque vers Akki, le tireur d’eau. Akki, l’ouvrier tireur d’eau, dans la bonté de son cœur, me recueillit; Akki, l’ouvrier tireur d’eau, m’éleva comme son propre fds ; Akki, l’ouvrier tireur d’eau, m’établit comme

1. La plupart de ces événements nous sont connus par les inscriptions d’Entéména et d’Ouroukagina, qui furent trouvées à Telloh par M. de Sarzec et par le capitaine Cros, et qui sont conservées au Musée du Louvre.

jardinier; dans ma profession de jardinier, ïshtar me regarda avec amour, et, durant [quarantej-quatre années, je détins le pouvoir royal ». C’est l’histoire populaire des fondateurs de religion ou d’empire : l’histoire de Moïse confié aux eaux et recueilli par la fille de Pharaon, l’histoire de Cyrus et de Romulus exposés et nourris par un berger jusqu’à l’adolescence. Shargânisharrî réunit sous ses lois la Babvlonie entière, Ourouk, Ghishkhou, Lagash, Nippour, puis il se jeta sur l’Élam et il le conquit. Il parcourut ensuite en vainqueur le pays des Goutim et celui des Khatti, l’Adiabène et la Syrie septentrionale. La tradition voulait que ses expéditions n’eussent exigé que trois années, au bout desquelles il serait rentré dans ses États et il aurait employé pacifiquement ses butins à y restaurer les vieux temples ou bien à, en bâtir de nouveaux. Sur la fin de ses jours, il se serait remis en campagne et il aurait pénétré au Magan, dans 1 Arabie orientale plutôt qu’au Sinaï, où il se serait heurté aux établissements égyptiens; mais, rappelé par la révolte des Chaldéens et bloqué longuement dans Àgadé, il aurait réussi à se dégager et à regagner l’ascendant1. Son fils Naramsin, qui lui succéda vers 2400, hérita de sa puissance et sut la maintenir intacte. Il eut, lui aussi, à châtier. 1 Elam, enleva la ville d’Apirak aux bords de l’Euphrate, tua le roi hishadad, et emmena le peuple en cap ivité. L’un des rares monuments qui nous soient parvenus de lui nous le montre en lutte contre les montagnards du Zagros : tandis qu’il abat leur chef, ses soldats escaladent les pentes derrière lui, balayant tout sous leur effort2. Une autre de ses campagnes fut dirigée contre le Magan : il y défit le roi Manoudannou et il en apporta des blocs de diorite dans lesquels il se tailla des statues3. Il fut un constructeur assidu,

1. L ordre des événements et des dynasties a été rétabli par Ring, a History of Sumer and Àkkad , p. 4-251, par Scheil, Comptes rendus de l Académie des Inscriptions , 1911, p. 606 sqq. et par Thureau- Dangin, Revue d’Assyriologie , 1912, p. 55-57.

2. J. de Morgan, Mémoires de la Délégation en Perse , t. I, p. 144,

158, et. t. If, p, 5, 55-55.

.» Opert. Expédition en Mésopotamie , t. I, p. 275, t. II,' p. 327; Morgan-Sclieil, Mémoires de la Délégation en Perse, t. II, p. 5.

LA CHÀLDÉE.

et il travailla aux principaux temples de la Clialdée, à ceux de Nipour, de Sippar, d’Agadé. Les fragments que nous possédons de ses constructions originales montrent une rare perfection. Les reliefs sont fins, délicats, et ils semblent trahir une influence de Fart égyptien, ce qui n’a rien d’étonnant si l’on songe que la guerre le mit en contact avec l’Égypte memphite. Il semble toutefois que son empire ne lui survécut pas longtemps : Agadé disparut une soixantaine d’an nées après lui, et la suprématie repassa du Nord au Sud, des Sémites aux Sumériens.

Après une période d’indécision, qui fut assez courte,

Ourou passa au premier rang un peu avant l’an 2300.

Elle avait eu jadis ses vicaires, qui relevaient du souverain du moment : elle est maintenant souveraine à son tour, et elle a ses rois, dont le plus illustre est pour nous le fondateur même de la dynastie, Ourengour. Son domaine comprenait Shoumir, Akkad, la meilleure partie de l’Élam : Suse, en effet, était demeurée sous l'autorité des Mésopotamiens depuis Naramsin, et ses chefs Kariboushashoushinak, Khou-

Naramsin vainqueur de l’Élam.

trantepti, Khalroukhouratir, les deux Idadou, n’avaient que le titre de vicaires1. Les débris des édifices construits par Ourengour à Larsam, à Ourouk, à Nippour, à Sippar, aussi bien que dans la capitale même, sont des ziggourât de proportions gigantesques, dont les quatre angles étaient orientés sur les quatre points cardinaux du ciel. Les débris du plus grand d’entre eux, celui d’Ourouk, forment uh monticule d’environ soixante-dix mètres de côté et trente-cinq mètres de hauteur; plus de trente millions de briques ont dû entrer dans la maçonnerie*. Les autres, bien que de moindres prétentions, présentent encore des dimensions considérables : leur nombre et leur grandeur suffisent, en l’absence de tout autre document, à nous donner une idée magnifique de ce qu’était le prince qui les devisa. Doungi, qui succéda à Ourengour, fut peut-être plus puissant encore que n’était son père : nous savons qu’il pilla Babylone pour enrichir les dieux d’Ourouk et d’Éridou3, et qu’il commandait à Lagash comme à l’Élam.

Lagash s'était relevée assez lentement de son désastre, et elle était devenue comme la métropole des antiques populations sumériennes, mais ses vicaires ne jouaient dans la politique du temps qu’un rôle secondaire. Le plus prospère d’entre eux se recommande à notre attention, surtout comme constructeur : il rebâtit à grand luxe les temples et, pour se procurer les matériaux, il envoya chercher les bois, les métaux, le diorite et le granit aux régions les plus lointaines, dans l’Amanos, dans le Liban, au Magân. Ses dépouilles ornent aujourd’hui nos galeries du Louvre, inscriptions sur pierre, cylindres, barils de terre cuite, bas-reliefs, statues. De ces statues, les unes sont debout, tandis que les autres le représentent assis, tenant sur ses genoux le plan des édifices qu’il avait dessinés. Les têtes qu’on a retrouvées à leurs côtés, et qui, malheureusement, ne leur appartiennent pas, sont bien étudiées et d’une expression très fière. Les corps n’ont pas l’élégance et la finesse qu’on admire

i, Morgan-Scheil, Mémoires de la Délégation en Perse , t. II, où les monuments de ces personnages sont publiés. — 2. Loftus, Chaldæa and Susiana , p.167 sqq. — o. Hall-Ring, Egypt and Western Asia ,

chez les statues égyptiennes antérieures ou contemporaines, mais ils sont modelés avec une franchise et avec une vigueur merveilleuses. Somme toute, ces monuments témoignent d’un art un peu provincial d’accent, si on les compare aux monuments de Naramsin, mais puissant et fort :

la Chaldée, en ce qui concerne la sculpture, pouvait presque rivaliser avec l’Égypte1. Ses successeurs ne la maintinrent pas à ce Tête de Goudéa.

degré de perfection, et leur ville,

épuisée par l’effort qu’elle avait déployé, tomba dans une

décadence irrémédiable sous la domination des rois d’Our.ou.

Ceux-ci ne surent pas perpétuer l’unité du royaume, et quarante ans après la mort de Doungi, Ourou tomba au second rang. Elle garda pourtant assez de prestige pour qu’on la considérât longtemps encore pour la métropole de la contrée. Nul ne pouvait passer pour le maître légitime de Statue acéphale de Goudéa. Shoumir et d’Accad

s’il ne l’avait rangée sous sa loi; pendant plusieurs siècles, il n’v eut roitelet

1. L’iiiston e de Zirpourla-Lagash nous est connue par les documents que M. de Sarzec et le capitaine Gros ont rapportés des fouilles qu’ils

HIST. ANC. DE l’orient: - MASPERO. 13

ambitieux qui ne combattît pour l’acquérir et s’y introniser. Vers 2187, ce furent les princes d’Ishîn, Ishbioura, Gimiliistiou, Idindagân, Ismidagân ; mais ils furent dépossédés vei s 2100 par Goungounoum de Larsam, dont le descendant ie plus puissant fut Siniddinam. La série de ces princes est mal déduite sur bien des points, et il est vraisemblable que le progrès de la découverte nous obligera à la bouleverser plus d'une fois encore, avant que nous arrivions à la déterminer avec certitude. Cependant l’Elam supportait avec impatience le joug des Chaldéens, et ses vicaires aspiraient au moment où, libérés enfin du joug étranger, ils domineraient à leur tour sur leurs anciens maîtres. Vers 2000, Koutournakhoùnté,roi de Suse, envahit la Mésopotamie et la parcourut triomphalement d’un bout à l’autre; Babylone elle-même dut plier le genou devant lui. Il emmena comme trophées les statues des divinités ennemies, entre autres Celles de la déesse Nanâ, la patronne d’Ourouk, qu'il déposa dans un des temples de Suse. Poussa-t-il jusqu’à la Méditerranée, ainsi que Sharginasharrî et Naramsin? On l’ignore; mais la Chaldée entière ne fut plus, après sa retraite, ^qu’une dépendance de FÉlam.

ont faites à Telloh de 1881 à 1908, et qui ont été put liés et mis en lumière, surtout dans Heuzey-Sarzec, Découvertes en Chaldée.

LA GHALME.

L'invasion cananéenne et les Pastetirs en Égypte.

Il semble que l’invasion élamite coïncidé avec des mouvements de peuples considérables* dont l’un au moins atteignit la Syrie. Les historiens qui recueillirent plus tard le vague écho des traditions asiatiques inscrivaient* vers ce temps, dans leurs Annales* une irruption des Scythes : Un roi scythe, nommé d’une manière invraisemblable Indathyrsês* aurait couru en vainqueur l’Asie entière et pénétré même en Égypte1. La conquête de l’Égypte fut en effet comme le dernier terme d’une migration comparable à celles qui consommèrent* au quatrième et au cinquième siècle de notre ère, la chute de l’empire romain.

Une grande partie des tribus sémitiques dont nous avons parlé déjà2 s’était concentrée, dès la plus haute antiquité, sur la rive occidentale et méridionale du golfe Persique. Favorisées par la nature des lieux, elles avaient appris l’art de la navigation, et s’étaient enrichies par le commerce. Leurs caravanes cheminaient* à travers le désert d’Arabie, jusque vers les côtes de la mer Rouge et de là en Afrique; c'est pour cela sans doute que le nom national d’une des tribus, Pouanîti, Pœni* Puni, fut appliqué par les Égyptiens à l’Arabie et au pays des Somâl3. Une première aventure avait jeté Koush dans le bassin du Nil* : une seconde conduisit les gens du Pouanîf au nord de l’Égypte. La tradition classique attribuait leur départ à de violents tremblements de terre : il me semble que la descente des Élamifes en Chaldée ne dut pas y être étrangère. Ils quittèrent leur patrie et se dirigèrent vers l’Occident, entraînant à leur suite

1. Strafcôiï, 1. XV, g. t, Indica, 5-6. — - Voir plus haut* p. 147-148. — 5. Mariette* Sur une découverte récemment faite à Karnük , dans lès Comptes rendus , 1874, p 247-249, et tes Listes géographiques dès pylônes de Karnak,p. 60-66. Dès la quatriéfnè dynastie, il est fait Mention d’Hathor, daire de Pouanît. — 4 Voir plus haut* p. 124.

les peuples qu’ils rencontrèrent sur la route. Selon une version, ils auraient longé le cours de l’Euphrate, se seraient reposés aux environs de Babylone, au bord du grand lac d’Assyrie, puis se seraient introduits en Syrie par la voie du Nord1. D’après les historiens arabes, ils traversèrent la gorge de la péninsule Arabique, de l’embouchure de l’Euphrate à la vallée du Jourdain2. A leur arrivée, ils culbutèrent sans peine les nations à demi barbares, Réphai'm, Néfilim, Zomzommim, que la tradition leur oppose, et ils s’emparèrent du pays tout entier, depuis la rivière d’Euphrate jusqu’à l’isthme de Suez. Leur marche en avant ne s’arrêta pas là : plusieurs de leurs tribus, attirées sans doute par le renom de richesse de l’Égypte, franchirent le désert qui divise l’Afrique de l’Asie et se ruèrent sur la vallée du Nil3.

Les circonstances étaient particulièrement favorables à ue invasion. Comme à toutes les époques troublées de son histoire, l’Égypte était partagée alors en petites principautés toujours en lutte l’une contre l’autre, toujours en révolte contre le souverain légitime. La quatorzième dynastie, reléguée à Xoïs, au centre du Delta, achevait de ^éteindre au milieu du désordre et des guerres civiles; elle ne soutint pas le choc et fut rapidement renversée par les conquérants. « Il nous vint un roi nommé Timæos. Sous ce roi donc,

je ne sais pourquoi, Dieu souffla contre nous un vent défavo-

1. Justin, 1. XVIII, c. ni, § 2. Le lac d’Assyrie peut être soit le Bahr-i- Nedjif, soit le lac de Bambyce (Gutschmid, Beitrœge zur Geschichte des aiten Orients, I, 1858, p. 26). L’identification avec le lac de Mérom (Hitzig, Urgeschichte und Mythologie der Philistœer, p. 181-185) est impossible à soutenir. — 2. Caus'sin de Perceval, Histoire des Arabes, t. I, p. 58 sqq. Sur le manque d’authenticité des tradi lions recueillies par les historiens arabes, cf. Th. Noldeke, Ueber die Amalekiter , p. 54 sqq. — 5. L’origine phénicienne des rois Pasteurs et de leur peuple est attestée par Manéthon, édit. Uuger, p. 140 sqq., et par d’autres chronographes. Cf. le passage de Conon, dans les Mythographes grecs de Westermann, p. 141 : ot ôè «boivtxe; xoxs [i.éya xe, d>; Aoyoç, r<7^uov, xat uoXXrjv rqç ’Acrîaç xaTaffxpe!p6[j.£vot, xo (üactAeiov èv ©•rçëou; xaî; A.iyu7maiç e^ov. Celte théorie de l’origine des Hyksos a été adoptée par Lepsius, Nubische Grammatik , Eiuleitung, cviii, sqq., et par Hommel, Die Semitischen Vôlker, 1. 1, p.125 sqq.; pour Mariette (Aperçu de l' histoire d Égypte , 1864, p. 50) et pour le P. di Cara (Gli Hyksôs di Egitto, p. 175-177 et Gli Hethei-Pelasgi , t. I, p. 5, 6) ce sont des Hittite».

LA CHALDÉE

rable ; et, contre toute vraisemblance, des parties de l’Orient, des gens de race ignoble, venant à i’improviste, envahirent le pays et le subjuguèrent aisément et sans combat1. » Ce fut comme une nuée de sauterelles qui s’abattit sur l’Égypte. Villes et temples, tout fut ruiné, pillé, brûlé. Une partie de la population fut massacrée, le reste, avec femmes et enfants, réduit en esclavage. Memphis soumise et le Delta conquis en son entier, les barbares élurent roi un de leurs chefs nommé Shalati (Salatis, Saïtês) 2. Shalati établit parmi eux un commencement de gouvernement régulier : il choisit Memphis pour capitale et il frappa d’un impôt ses sujets égyptiens.

Deux périls le menaçaient. Au sud, les princes thébains, saisissant la direction des affaires après la chute des Xoîtes, avaient refusé de lui prêter le serment de fidélité et organisaient la résistance. Au nord, il devait contenir la convoitise des tribus cananéennes qui étaient demeurées en Syrie et l’ambition des conquérants élamites de la Chaldée 3. Shalati prit ses mesures en conséquence. Les Égyptiens, divisés et abattus par leurs revers, n’étaient plus à craindre pour le moment : il se contenta de semer aux points stratégiques de la vallée, des postes fortifiés, dont la possession lui assurait l’obéissance des nomes environnants, il concentra le gros de ses forces sur la frontière de l’isthme. Les immigrations pacifiques, si fréquentes au temps de la douzième dynastie, avaient déjà introduit dans le Delta oriental des populations asiatiques. Il fonda au milieu d’elles, et sur les ruines d’une ancienne ville, Hâouârou (Avaris), dont la légende se rattachait au mythe d’Osiris et de Typhon, un vaste camp retranché, capable de recevoir deux cent quarante mille soldats. Il s’y rendait chaque année en été pour assister aux exercices militaires, payer la solde et régler les distributions de vivres. Cette garnison permanente mit le nouveau royaume à l’abri des invasions et devint pour les suc-

1. Manéthon, édit. Unger, p. 140. — 2. On a cru retrouver le nom de Shalati dans le cartouche brisé du Sphinx de Teil-Mokhdam (Ëbers, Ægypten und die Bûcher Moses , p. 202; Ed. Meyer, Set-Typhon, p. 56; Lauth, Manetho, p. 249); maisNaville y a reconnu le nom Nahsirî d’un Pharaon de la xiv* Dynastie (le roi Nahasi dans le Recueil de Travaux , t. XV, p. 97-101). — 3. Manéthon les appelait improprement Assyriens.

cesseurs de Shatati une pépinière inépuisable d’excellents soldats, avec lesquels ils achevèrent la conquête de EÉgypte. U fallut plus de deux cents ans pour abattre les princes de Thèbes : a cinq rois, Bnôn, Apachnas, Apopi Ier, lannas », peut-être le Khayâni des monuments, Àssès, usèrent leur vie « à mener une guerre perpétuelle, désirant arracher jusqu’à la racine de l’Égypte1 ». Enfin Àssès renversa la quinzième dynastie et demeura seul maître de la vallée entière.

hes Égyptiens prêtaient aux tribus nomades de la Syrie te nom de Shous, Shasou, pillards , voleurs , qui convenait, alors comme aujourd’hui, aux Bédouins du désert, lis l’appliquèrent à leurs vainqueurs asiatiques : le roi des pays étrangers Hiq-satiou, se changea dans leur bouche en roi des Shasou, Hiq-shasou, dont les Grecs ont fait Hvkoussôs, Hyksôs?; quant au peuple, on l’appela d’une manière générale Menatiou, les pasteurs, ou Satiou, les archers. Le souvenir de leurs cruautés resta longtemps vivant dans la mémoire des Égyptiens et il exaltait encore, à vingt siècles de distance, le ressentiment de l’historien Manéthon. La haine populaire les chargea d’épithètes ignominieuses et les qualifia de maudits, de pestiférés, de lépreux5. Pourtant ils §e laissèrent apprivoiser assez rapidement. S’ils gardaient la supériorité dans l’ordre militaire et politique, ils se savaient inférieurs à leurs sujets en culture morale et intellectuelle. Leurs rois comprirent bientôt qu’il y avait plus de profit à exploiter le pays qu’à le pilier, et, comme aucun des envahisseurs n’aurait pu se débrouiller au milieu des complications du fisc, ils enrôlèrent des scribes indigènes au service du Trésor et de l’administration. Une fois admis à 1 école de l’Égypte, les barbares entrèrent rapidement dans la vie civilisée. La cour des Pharaons reparut autour des rois Pasteurs, avec toute sa pompe et tout son cortège de fone-

1 . Manéthon, édition Unger, p. 441. Devéria a cru retrouver leurs noms dans un fragment du papyrus royal de Turin (Lettre à M. Auguste Mariette sur quelques monuments relatifs aux Hyqr-S'ôs, dans la Revue arehéologiquç, 18ôf,t. III. p. 253-256; cf.Lauth, Ægyptische Chronologie , p. 136 s£[CI-b — 2. Manéthon, ihid., p. 442. Ilyksôs répond au singulier Hiqsbôsou, le roi des Shasou, Ilykoussôs au pluriel fliqou-shosou, les rois d.es Shasou, — 3- Chabas, Mélanges égyptologiques, 4r* série, p. 28-44.

LA CHALDEE. 199

tionnaires petits et grands ; le protocole royal des Khéops et des Amenemhait fut adapté aux noms étrangers d’Iannas et

Fragment d’une statut de Khayâni.

d’Apôpi. La religion égyptienne, sans être adoptée officiellement, fut tolérée, et la religion des Cananéens subit quelques modifications, pour ne pas blesser outre mesure la suscepti-

bilité des adorateurs d’Osiris. Soutkhou, le guerrier, le dieu national des conquérants, fut identifié avec le Set égyptien. Tanis, élevée au rang de capitale, rouvrit ses temples et augmenta le nombre de ses palais. Un moment, Mariette crut y avoir retrouvé dans les ruines des sphinx et des statues, qui nous enseignaient ce que fut la sculpture au temps des Pasteurs. « Les yeux sont petits, le nez est vigoureux et arqué en même temps que plat, les joues sont grosses en même temps qu’ossseuses, le menton est saillant et la bouche se fait remarquer par la manière dont elle s’abaisse aux extrémités. L’ensemble du visage se ressent de la rudesse des traits qui le composent et la crinière touffue qui encadre la tête, dans laquelle celle-ci semble s’enfoncer, donne au monument un aspect plus remarquable encore1 *. » Des recherches postérieures ont démontré que ces monuments sont l’œuvre d’une école locale purement pharaonique, et que certains d’entre eux représentent Amenemhaît III de la douzième dynastie : si l’on y lit parfois les cartouches d’un Apôpi, cest qu’ils furent usurpés par ce souverain*. Les rares monuments qui leur appartiennent, le sphinx de Bagdad, la statue de Khayâni, sont du style ordinaire3. Cette civilisation nouvelle, moitié égyptienne, moitié sémitique, se développa sous une seconde dynastie des rois Pasteurs, que les historiographes nationaux se résignèrent à adopter et à considérer comme la seizième de leurs dynasties nationales4.

1. A. Mariette, Lettre à M. le vicomte de Rougé, sur les fouilles de Tanis, p. 9. Fr. Lenormant a découvert à Rome les fragments d’une statue égyptienne, qui lui a paru se rattacher au même type

[Frammento di statua di uno dei re pastori di Egitto, extrait du Bolletino délia Commissione Comunale di Rorna , 1877). — 2. Maspero, Guide du Visiteur au Musée de Boulag , p. 64-65, n° 107, et Archéologie Égyptienne, p. 216-217, Golénischetf, Amenemha III et les Sphinx de San , dans le Recueil de Travaux , l. XV, p. 131-136. — 3. Naville,

Bubastis , pl. XII, XXV a et p. 23-26 qui lit le nom Rayan. —

4. A cette époque appartient probablement l’Apôpi Aousirrî dont le nom se lit sur deux tablettes en bois du Musée de Berlin (Eisenlohr, An Ilistorical Monument, dans les Proceedings of the Society of Biblical Archœology, 1881, p. 97-98). Ce prince serait le même que F Aousirrî, dans la trente-troisième année duquel fut copié le traité de Mathémathiques du papyrus Rhind (Eisenlohr, Ein Mathematisches Handbuch , p. 7, 28).

LA CHALDÉE

Si, du temps des Pharaons indigènes, les Syriens étaient accourus en foule sur cette terre d’Égypte, qui les traitait en sujets, peut-être en esclaves, l’attrait qu’ils éprouvaient pour elle dut être plus considérable du temps des rois Pasteurs. Les nouveaux venus trouvaient établis sur les bords du Nil des hommes de même race qu’eux, tournés en Égyptiens, il est vrai, mais non pas au point d’avoir perdu tout souvenir de leur langue et de leur origine. Ils furent accueillis avec d’autant plus d’empressement que les conquérants sentaient le besoin de se fortifier au milieu d’une population hostile. Le palais des rois s’ouvrit plus d’une fois à des conseillers et à des favorites asiatiques; le camp retranché d’Hâouârou hébergea souvent des recrues syriennes ou arabes. Invasions, famines, guerres civiles, tout semblait conspirer à jeter en Égypte, non pas seulement des individus isolés, mais des familles et des nations entières. La Bible raconte qu’une famille d’origine sémite avait quitté Our en Ghaldée, sous la conduite de Tharé. et s’était cantonnée sur la rive gauche du fleuve, près de Harrân en Mésopotamie. Bientôt après, elle avait franchi l’Euphrate avec Abram ou Abraham, et parcouru la Syrie dans toute sa longueur du nord au sud. Les gens venus avec Abraham auraient peuplé la partie méridionale du pays. Les uns aux ordres d’Abraham lui-même se seraient fixés, après mainte aventure, aux alentours de Kiriath-Arba et ils auraient rayonné de là sur la terre de Canaan. Les autres auraient filé par delà le Jourdain avec Lot, le neveu d’Abraham, et engendré les tribus de Moab et d’Ammon. D’autres encore se seraient enfoncés dans le désert méridional, où ils se mêlèrent aux Édomites. Le plus gros des bandes aurait adopté le nom d’Enfants d’Israël \ et, après avoir promené ses tentes à travers les plaines et les montagnes de Canaan, serait descendu en Égypte avec les biens de la tribu.

D’après la légende, le patriarche Jacob avait douze fils. Le plus jeune, Joseph, excita la haine de ses frères pour la préférence que son père lui témoignait. Ils le vendirent à une caravane de marchands qui se rendait en Égypte, et ils

1. Israël, celui qui lutte contre Dieu. C’est le surnom que Jacob prit, selon la légende, après sa lutte avec Dieu ( Genèse , XXXII, 24-32).

persuadèrent à leur père qu’une bête fauve avait dévoré son enfant bien-aimé. Mais Féf ernel était avec Joseph et le faisait prospérer. Vendu à Pun des grands officiers de la couronne, nommé Pétéphrê, il devint bientôt l'intendant du maître et le premier ministre de Pharaon. Une année que ses frères, rongés par la famine, étaient venus acheter du blé en Égypte, il se découvrit à eux et il les amena devant le roi, Alors celui-ci dit à Joseph : « Dis à tes frères : Faites ceci ; chargez vos bêtes et partez pour vous en retourner au pays de Canaan ; prenez votre père et, vos familles et revenez vers moi ; je vous donnerai du meilleur du pays d’Égypte, et vous mangerez la graisse de la terre1, » Israël s’exila donc avec tout, ce qui lui appartenait, « et les enfants d’Israël mirent Jacob, leur père, et leurs petits enfants et leurs femmes, sur les chariots que Pharaon avait envoyés pour les porter, Us amenèrent aussi leur bétail et leur bien qu’ils avaient acquis au pays de Canaan, et Jacob et toute sa famille avec lui vinrent en Égypte ? », Us s’installèrent entre la branche sébennytique du Nil el le désert, au pays de Goshen, où ils multiplièrent outre mesure3. La tradition assure que leur voyage eut lieu sous un des rois Pasteurs qu’elle appelle AphobisC évidemment l’un des Apôpi, peut-être celui-là même qui embellit Tanis et qui grava son nom sur les sphinx d'Amenembaît IIÏ.

Sous la domination de ses rois étrangers, comme sous celle de ses rois indigènes, l’Égypte avait continué d’être administrée féodalement. Les Pasteurs possédaient le Delta avec Memphis, Hâouârou et Tanis, mais, au sud de Memphis, leur autorité directe ne paraît pas s’être propagée plus loin que le Favoum, La Haute Égypte et la portion de la Nubie qui s’y rattachait étaient, comme au temps de la onzième dynastie, entre les mains de tyrans locaux astreints au tribut annuel, Thèbes» toujours prépondérante depuis Amenerohaït 1er, exerçait sur eux une sorte d’hégémonie, qui faisait de ses maîtres les rivaux naturels des souverains du Delta. Plus d’une fois pendant la durée de la seizième dynastie, les

1. Genèse, XLV, 17-18. — 2. Ibid., XLVI, 5 6. — 5. Sur l’étendue du pays de Goshen, consulter, avec quelques restrictions, l’ouvrage de G. Ebers, Durch Gosen zum Smai- — 4. Jean d’Antioche, fr- 39, dans Müller, Frqgm . il. (??•,, t. IY,

LA CIÎALPEE,

Théi>aiiis durent essayer de secouer le joug» mais sans aucun succès : ce fut seulement après deux siècles de vasselage qu’une révolte décisive éclata. Âpdpi régnait alors à Tanis, et le maître de Thèbes, Saknounrî 1 Tiouâa Ier» qui plus tard fut roi (. soutonou ), n’était encore que prince (lüqou) des cantons du Midi. Les débuts de la rébellion ne nous sont pas connus, et les Égyptiens eux-mêmes paraissent n’avojr pas été beaucoup mieux renseignés que nous à cet égard. L’imagination populaire s’empara plus tard de l'événement et l’accommoda à sa guise, en y mêlant des éléments purement mythiques. On contait couramment, dès la dix-neuvième dynastie1, que la guerre avait eu pour motif une querelle religieuse. « Voici que le roi Apôpi se prit Soutkhou pour maître, et U ne servit plus aucun dieu qui était dans la Terre entière, si ce n’est South hou, et il construisit un temple en travail excellent et éternel, à la porte de son palais, et il se leva chaque jour pour sacrifier des victimes quotidiennes à Soutkhou, et les chefs vassaux du souverain étaient là, avec des guirlandes de fleurs, exactement comme on faisait pour le sanctuaire de Phrâ-Harmakhis. » Le temple terminé, il songea à imposer le culte de son dieu au prince de Thèbes, mais, au lieu d’employer la force, il recourut à la ruse, Il convoqua ses scribes et ils lui donnèrent le conseil que voici, <t Qu’un messager aille vers le chef de J a ville du Midi pour lui dire : « Le roi Uâ«Apôpi « t’envoie dire : Qu’on chasse sur l'étang les hippopotames « qui sont dans les canaux du pays, afin qu’ils ne troublent a plus mon sommeil la nuit et le jour, )) Il ne saura que répondre ni en bien ni en mal : alors tu lui enverras un autre messager : « Le roi Râ-Apôpi te fait dire : Si le chef « du Midi ne peut pas répondre à mon message, qu’il ne « serve d’autre dieu que Soutkhou! Mais s’il y répond et « qu’il fasse ce que je lui dis de faire, alors je ne lui prendrai « rien, et je n’adorerai plus d’autre dieu du pays d’Égypte a qu’Amon-M, roi des dieux » et divinité nationale des

1. Sur la lecture de ce nom, voir Maspero, Études égyptiennes, l. J, p( 199, note 2. 2. Le Papyrus Sallier n9 I, qui nous a conservé le

début de ce conte, a été écrit yers le milieu ou vers la fin de la dixneuvième dynastie.

Thébains. Le message nous paraît bizarre, mais la tradition orientale en met de pareils dans la bouche d’autres rois. C’est ainsi que le Pharaon Nectanébo' mandait par ambassadeur à Lycérus, roi de Babylone : « J’ai des cavales en Égypte qui conçoivent au hennissement des chevaux qui sont devers Babylone. » Le Babylonien, pour ne pas demeurer en reste, avait un chat qui allait étrangler les coqs à Memphis et qui revenait au matin1. Les hippopotames du lac de Thèbes, qu’il faut chasser pour que le roi de Tanis puisse dormir, sont proches parents des chevaux dont le hennissement s’entend jusque vers Babylone, et du chat qui accomplit en une nuit le voyage d’Égypte aller et retour. Le conte est malheureusement mutilé : Saknounrî se tirait sain et sauf de l’épreuve, et Apôpi, pris à son propre piège, était contraint de renoncer à Soutkhou pour adopter le culte d’Amon-Râ. Très probablement, il refusait de se soumettre à la loi que lui-même avait proposée, et il déclarait la guerre à son rival heureux2.

La guerre, une fois commencée, dura sans interruption pendant plus d’un siècle. Tiouâa Ier se proclama roi et londa la dix-septième dynastie (diospolitaine). Les chefs égyptiens se prononcèrent pour lui, et unirent leurs troupes aux siennes. Les Pasteurs furent débusqués successivement des positions qu’ils occupaient dans la Moyenne Égypte et refoulés sous Memphis. Après une lutte acharnée, un roi, que Manéthon appelle Alisphragmouthosis, délivra cette ville; les barbares, expulsés de la partie occidentale du Delta, lurent enfin acculés à leur camp retranché d’Hâouârou. Ils y résistèrent longtemps encore malgré les efforts des Thébains : Saknounrî III Tiouâken, Kamôsis et leurs vassaux vinrent échouer contre la forteresse des' Pasteurs. Ahmôsis 1er,

1. La vie d’Ésope le Phrygien, traduite par La Fontaine ( Fables de La Fontaine, édit. Lernerre, t. I, p. 41-45). — 2. G. Maspero, Etudes égyptiennes , t. I, p. 195-216; les Contes populaires de l’ Ancienne Egypte, p. 185-196. Je n’ai pas tenu compte du roi Noubîti, TOmbite, dont parle une inscription de Tanis (Mariette, la Stèle de l’an 400), et dont tous les égyptologues font un roi Pasteur : j’ai indiqué ailleurs que je reconnaissais, dans le passage où il est nommé, une allusion au dieu Typhon, considéré comme souverain de l’Egypte au temps de# dynasties divines (cf. Revue critique, 1880, t. I, p. 467).

LA CHALDÉE

successeur de Kamôsis, fut plus habile : dans la cinquième année de son règne, il réussit à s’emparer d’Hâouârou. Les débris de l’armée vaincue se retirèrent en Syrie, où les Égyptiens les poursuivirent et les forcèrent dans leurs derniers retranchements, près de Sharoubana1, après une lutte de six années. Après six siècles et plus de domination étrangère, l’Égvpte était libre, des cataractes aux abords de la Méditerranée2.

La guerre de l’indépendance avait duré plus de cent cinquante ans, elle avait désorganisé entièrement le pays et couvert le sol de ruines : Ahmôsis dut s’occuper avant tout de mettre l’ordre dans l’administration des affaires. Les petits princes qui l’avaient aidé furent réduits à la condition de gouverneurs héréditaires des nomes; pour les consoler, on leur laissa les honneurs et le titre de roi, que beaucoup d’entre eux s’étaient arrogés et qu’ils continuèrent de porter jusqu’à leur mort3. La Nubie n’avait jamais cessé de faire partie de l’empire, au moins nominalement; mais ses chefs ne se résignèrent pas à reconnaître du premier coup l’autorité directe de Pharaon. Tandis qu’Ahmôsis s’attardait encore en Asie, les tribus du Khonthonnofri envahirent l’Égypte et pénétrèrent jusqu’à une localité du nom de Tentoâ; elles furent battues à grand’perte et elles rentrèrent dans le devoir, mais leur invasion eut son contre-coup à l’intérieur. Les

4. Probablement la ville de Sharoukhen, dans la tribu de Siméon, Josué, xix, 6. C’est à Piehl ( Proceedings de la Société d’Archéologie Biblique, t. XV, p. 258) que nous devons l’explication de cette dernière partie de la guerre. — 2. Pour l’étude de cette époque, voir Lepsius, Chronologie ; Brugsch, A History of Egypt under the Pharaons , t. I, p. 198 sqq.; Maspero, Revue critique , 1870, p. 146, et Une Enquête judiciaire à Thèbes, p. 71-81; Erman, Zur Chronologie der Hyksos, dans la Zeitschrift, 1880; L. Stern, Die Hyksos, dans la Deutsche Revue, t. VII. Chabas avait réuni dans un ouvrage spécial à peu près tout ce qu’on sait des Pasteurs, les Pasteurs en Egypte, Amsterdam, 1868, in-4°; le P. di Cara a repris le sujet vingt ans plus tard dans Gli ffyksôs o Rie Pastori di Egitto. — 3. Birch, le Papyrus Abbott, p. 175 à. Les plus illustres de ces princes, ceux qui régnaient à Nekhabît, n’ont pas pris le cartouche; leurs tombeaux sont comparables pour la finesse du dessin aux meilleurs tombeaux de Béni-Ilassan. Les autres sont connus par de petits monuments ou par les listes conservées dans les tombeaux des domestiques de la nécropole thébaine (Lepsius, Denkm., III, pi. 2).

seigneurs féodaux ne devaient pas considérer sans inquiétude cette exaltation soudaine du roi de Thèbes ; ils n’avaient pas chassé les Pasteurs pour accepter sans regimber le joug d’un de leurs pairs. La rébellion éclata au Sud, et un chef nommé Titi-ânou fit échec pendant quelque temps aux flottes royales1. Vaincu et prisonnier, la résistance tomba avec lui : Ahmôsis put se livrer désormais aux travaux ne la paix, Les rois des dynasties précédentes, trop affaiblis ou trop embarrassés, n’avaient pas continué à Thèbes les constructions commencées par leurs ancêtres de la douzième et de la treizième dynasties ; il répara le sanctuaire d’Aïtiort et il jeta les fondations de plusieurs autres édifices religieux moins importants *. Memphis, disputée longtemps entre les Égyptiens et les Pasteurs, avait souffert et ses temples tombaient en ruines : l’an XXII, il rouvrit en grande pompe lés carrières antiques de Tonrah et il entreprit la restauration du temple de Phtah3. Naturellement les prisonniers de guerre pasteurs et nubiens furent condamnés aux travaux : de manoeuvres qu’ils étaient sous Âpôpi, les Égyptiens passèrent contremaîtres, tandis que les Asiatiques se remettaient à tirer la pierre et à mouler la brique comme avant l’invasion, Manéthon rapportait que le roi, pour se débarrasser des restes de l’armée vaincue, lui avait accordé une capitulation aux termes de laquelle elle s’était retirée en Syrie4. Le gros de la nation, installé entre le désert et les branches^ orientales du Nil, préféra l’esclavage sur la riche terre d’Égypte aux chances de liberté que lui offrait une émigration. Les Pasteurs, et avec eut les tribus juives et syriennes auxquelles ils avaient accordé l'hospitalité, restèrent sur le sol, mais non plus en maîtres. Leur camp retranché d’Hâouârou fut détruit. La place de Zorou fut fortifiée, autant pour les Contenir que pour servir d avant-poste à [ frgyptè contre un retour offensif des populations asiatiques.

! anis, la capitale d’Apôpi, fut traitée en ennemie et laissée

1. Lepsiiïs, Ausiuakl , t . X fV , et Denkm . , 111,-37, î. 1 7-22 d’ê Finscription d Ahmôsis- si Àbina, — - % B. de Kougé, Élude sur tes monuments du massif de Kctrnak , dans tes Mélanges d! archéologie égyptienne, t. f. — 3; Fepsius, Denkm III, p{. 71 ; cf. Brugsch, Zeitschrift, 1867, p. 89- 93. — 4. Manéthon, édit. Unger, p. 156-151. •

LA CHALDÉE

dans l’état de désolation où la guerre l’avait mise : pendant plusieurs siècles, elle disparut entièrement de l’histoire L Ahmôsis Ier, le libérateur, demeura toujours en grand honneur auprès des Égyptiens ; ils le proclamèrent dieu et fondateur d’une dynastie nouvelle, la dix-huitième 2 . Il avait eu ses droits à la couronne du chef de sa femme Nofritari, fille du roi Kamôsis et de la reine Ahhôtpou IroS ; elle partagea les honneurs divins qu’on lui rendit, et elle le supplanta même dans la vénération des fidèles*. Leur fils Àménôthès Ier (Amanhatpou) 5 ne s’écarta point de la politique paternelle.- On ne sait guère ce qu’il osa du côté de la Syrie, mais, au Sud, il élargit les frontières de son empire. Une série d’expéditions heureuses conduisit les armées égyptiennes au cœur de l’Éthiopie et en acheva la conquête6. Désormais les Pharaons n’eurent plus de guerres sérieuses à diriger contre les régions du Midi : il leur suffit de quelques razzias rapides pour maintenir les tribus du désert dans une demi-obéissance et pour approvisionner Thèbes d’esclaves noirs en nombre convenable. La civilisation égyptienne recouvra et dépassa même de ce côté le

t. Mariette, Notice des monuments, p. 272-275.— 2. Le cercueil ef le corps du roi, de sa femme Nofritari, d’un de leurs fils et d’une de leurs filles morts én bas âge, ainsi que de plusieurs princes et princesses de leur famille, ont été découverts en 1881, dans la cachette de Béir-el- Bahar'î, et sont aujourd'hui âü Musée du Caire (Maspero, Guide du Visiteur au Musée du Caire , p. 317 sqq). — 5. Nofritari est quelquefois représentée avec la face noire (Champolliou, Notices , t. I, p. 520-525, 846 et p. 534), et l’on en a conclu qu’elle était la fille d’un prince nègre, qu’Ahmôsis aurait épousée pour s’assurer un allié contre les Pasteurs. Mais cette coloration noire, d’ailleurs assez rare, et qui échange quelquefois avec la couleur bleue (dans le tombeau de Kasa à Déir-el-Médinéh, Wiedemann. Ægypische Geschichte , t. I, p. 515), est donnée à la reine dans son rôle de déesse, et n’a qu’une valeur mythologique. — 4. Maspero, Rapport sur une mission en Italie dans le Reeueil , t. III, p. 109-110, etc. — 5. La forme Aménophis, adoptée généralement, est la transcription grecque du pom Amenemopit : la transcription grecque d'Amanhâtpou,Àmenhotpou, est Aménothès (Maspero, Notes sur quelques points de grammaire et d’ histoire^ dans la Zeitschrift , 1882, p. 128-129). — 6. Lepsius, Auswahl, t. XIV, et Denkm., 111,87, 1. 23-25 de l’inscription d’ Ahmôsis si Abina. Une stèle en bois du Musée de Turin proviendrait, dit-on, de Méroé (Gazzera, Descrizione dei Monumenti Egizü, pi. I, 8), et semblerait montrer qu’Amenôthès Ier avait porté ses armes jusque-là.

terrain que l’invasion lui avait fait perdre depuis la quatorzième dynastie; elle remonta le Nil jusqu à Napata et plus haut peut-être. Des colons s’installèrent à demeure sur les deux rives du fleuve, des villes et des temples s’élevèrent partout où la nature du terrain le permettait; la langue, les mœurs, le culte des Thébains, s’enracinèrent solidement entre la première et la quatrième cataracte1. L’Égypte couvrit réellement la vallée du Nil depuis les plaines de Sennaar jusqu’à la côte du Delta.

Mais la guerre de l’indépendance et les expéditions qui l’avaient suivie avaient éveillé dans la nation l’esprit militaire, dans les princes l'amour delà conquête. Par une sorte de réaction contre l’oppression brutale qu’elle avait subie pendant tant de siècles, l'Égypte fut saisie d’une force d’expansion qu’elle n’avait jamais eue, et elle sentit le besoin d’opprimer à son tour. Du côté du Sud, l’œuvre de colonisation était terminée, mais vers l’Orient, dans ces contrées asiatiques dont les soldats du premier empire thébain avaient à peine entamé la lisière, il y avait matière à des exploits profitables en même temps que glorieux. Les légions égyptiennes s’ébranlèrent lourdement sur les chemins de l’Asie, que les débris des Pasteurs leur avaient ouverts : elles ne les oublièrent plus. Dès lors ce ne fut plus, des sources du Nil Bleu aux sources de l’Euphrate, sur toute l’Éthiopie et sur toute la Syrie, que bataille et pillage perpétuels. Un jour, on apprenait à Thèbes la défaite des nègres du Soudan, l’arrivée solennelle du prince de Koush, de son butin, de ses soldats : des processions fantastiques de girafes menées au licol, de cynocéphales enchaînés, de panthères et d’onces apprivoisés, s’allongeaient indéfiniment dans les rues. Le lendemain, victoire remportée à l’occident du Delta sur les Libyens et leurs alliés : les barbares du Nord, coiffés de casques étranges ou la tête encadrée dans le mufle d’une bête fauve dont la peau flottait sur leurs épaules, étalaient aux yeux des Égyptiens brunis leurs grands corps blancs ornés de peintures et de tatouages. Puis c’était un succès sur les Pioutonou, et la prise d’une plaœ forte, entrepôt du commerce

1. Lepsius, Ueber die widderkôpfigen Gôttcr Ammon und Chnumit , dans la Zeitschrift , 1877, p. 8 sqq.

LA CHALDÉE

syrien. Le défilé recommençait aux fanfares du clairon et aux roulements du tambour; les acclamations de la multitude et les chants des prêtres saluaient partout le cortège triomphal de Pharaon. C’était le temps des fortunes rapides : le fils d’un fellah s’en allait simple soldat, et revenait général. Il fallut cinq siècles de guerres pour calmer l’humeur belliqueuse des Égyptiens. Jeter les Pasteurs sur l’Égypte, et par contre-coup l’Égypte sur l’Asie, tel fut donc le résultat de l’invasion qui renversa le premier empire chaldéen. Avec l’entrée des Égyptiens en Syrie, une nouvelle époque s’ouvre dans les destinées des nations antiques : l’histoire des peuples isolés finit, l’histoire du monde commence.

XVe Dynastie.

Dans le Delta.

lr* dynastie des Pasteurs.

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