‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 37 sur 215 · Id., p. 43 sqq · texte numérisé non relu

Id., p. 43 sqq

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moment : après chaque consultation royale, l'idole, si elle goûtait la résolution suggérée, marquait son approbation par une lourde saccade de la tête1. On conçoit quelle suprématie exerçaient dans l’État le sacerdoce d’Amon et surtout le Premier Prophète, interprète légal du dieu : Ramsès lit était mort depuis quelques années à peine, et déjà le Pre-

i^a déesse-serpent de Thèbes.

mier Prophète Ramsèsnakhouitou était sans rival auprès de Ramsès IV2. Le fds de Ramsèsnakhouitou, Aménôthès, était presque l’égal des Ramsès suivants, et il consacrait des monuments en son nom, comme s’il eût été déjà souverain3. Et il ne suffisait pas à leur ambition d’avoir fait d’Amon lui-

1. Maspero, Notes sur quelques points de grammaire et d'histoire , dans Je Recueil , t. I, p. 156 sqq. — 2. Lepsius, Denkm ., III, pl. 219. — 5. C’est le prophète d’Amon qui présidait aux travaux de la commission d’enquête dont il est question au Papyrus Abbott : voy. plus haut, p. 326. Sur Aménôthès, voir Mariette,' Karnak , pl. 40.

même un instrument de domination. Amon, le maître des dieux, était trop éloigné de l’humanité pour entrer aisément en communication avec le vulgaire : on introduisit comme médiateur entre lui et l’homme le troisième membre de la

triade, Khonsou. Ramsès 111 avait commencé la restauration du temple de ce dieu à quelque cent mètres au sud du sanctuaire de Karnak • ses successeurs continuèrent le travail avec amour, et les prêtres, désireux d’avoir pour leur divinité favorite des titres de noblesse antique, ne craignirent pas de forger des pièces officielles constatant des miracles qu’il aurait opérés jadis. Ils fabriquèrent une grande stèle où ils racontaient que Ramsès II, après avoir reçu comme otage la fille d’un chef syrien, i'épousaet en fit sa première femme.

Quelques années plus tard, la sœur de cette reine, Bintroshit, fut atteinte d’une maladie qu’on attribua à la malice d’un esprit possesseur, et dont Thotemhabi, chef des magiciens royaux, ne réussit pas à la guérir. Après de longues souffrances, le père de la princesse réclama un secours plus efficace. Ramsès II se prosterna devant Khonsou, le supplia d’intervenir, et fit porter devant la statue principale une seconde statue du dieu : « Inspire-lui ta vertu divine et je l’enverrai pour qu’elle guérisse la fille du prince de Bahktan. » Khonsou y consentit, et la statue partit pour Bakhtan, où elle arriva après un voyage solennel d’un an et cinq mois. Le prince sortit à sa rencontre avec ses soldats et ses généraux, et s’étant prosterné : « Tu viens donc vers nous, tu descends u chez nous par les ordres du roi d’Égypte, le soleil sei-

Ivlionsou.

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a gneur de justice, approuvé du dieu Râ. » Voici que ce dieu se rendit chez Einstroshit; lui ayant infusé sa vertu, elle fut soulagée à l’instant. L’esprit qui demeurait en elle dit, en présence de Khonsou, le conseiller de Thèbes : « Sois le bienvenu, grand dieu qui expulses les rebelles; « la ville de Bakhtan est à toi, ses peuples sont tes « esclaves, moi-même je suis ton esclave. Je m’en retou r- « ncrai vers les lieux « d’où je suis venu,

« pour satisfaire ton « cœur sur le sujet de g ton voyage. Que Ta « Majesté veuille or- « donner seulement « qu'une fête soit célé- « brée en mon hon- « neur par le prince « de Bakhtan! » Le dieu daigna dire à son prophète : « Il faut que « le prince de Bakhtan « apporte une riche « offrande à cet es- « prit. » Pendant que ces choses s’accomplis saient et que Khonsou, le conseiller de Thèbes, conversait avec l’esprit, le prince de Bakh- Hrihorou.

tan était là avec son armée, saisi d’une crainte

profonde. Il prodigua les présents à Khonsou, le conseiller de Thèbes, ainsi qu’à l’esprit, et il improvisa une fête en leur honneur ; après quoi l’esprit s’en alla paisiblement où il voulut, sur l’ordre de Khonsou, le conseiller de Thèbes. Le prince fut transporté de joie, ainsi que toute la population de Bakhtan; puis il se dit en lui-même : « 11 fau- « drait que ce dieu pût séjourner à Bakhtan; je ne lelaisse- « rai pas retourner en Egypte. » Il y avait trois ans et

neuf mois que le dieu Khonsou demeurait à Bakhtan, lorsque le prince, reposant sur son lit, crut le voir quitter son naos; il avait la forme de 1 épervier d or et il planait au ciel dans la direction de l’Égypte. Le prince, s’étant éveillé, se trouva souffrant: il dit alors au prêtre de Khonsou, conseiller de Thèbes : « Le dieu veut nous quitter « et retourner en Égypte : faites partir son char pour ce « pays. » Khonsou rentra dans son temple de Thèbes chargé de présents1. 2

Sous Ramsès XI, ces divers moyens avaient déjà produit leur effet. Le roi était bien encore un Ramesside, mais le véritable maître de l’Égypte était le Premier Prophète d’Amon thébain, Hrihorou. Vice-roi d'Éthiopie après Pinahsi fils de Ramsès XI, général en chef des troupes nationales et étrangères2, Hrihorou avait tout du Pharaon, sauf la couronne et le protocole : sa mère était d’ailleurs de sang royal et lui avait légué des droits à la couronne3, qu'il fit valoir aussitôt après la mort de Ramsès XI. Il semble que ce prince ne laissa point d'héritier direct, car deux rivaux surgirent au Sud et au Nord pour recueillir son héritage. Au Sud, Hrihorou se déclara souverain des deux pays, et il adopta comme prénom le titre même de sa dignité, Premier Prophète d’Amon. Au Nord, un Tanite du nom de Smendès se proclama roi, et, reconnu d’abord dans le Delta ainsi que dans la Moyenne Égypte, il imposa bientôt sa suprématie aux contrées méridionales. Il fut toutefois obligé de tolérer 1 usurpation de Hrihorou et de lui confirmer la dignité royale, moyennant l’aveu de sa suzeraineté4. Désormais les domaines

1. Cette stèle, aujourd’hui conservée à la Bibliothèque Nationale, a été publiée, commentée et traduite par E. de Rougé, Étude sur une stèle égyptienne appartenant à la Bibliothèque Impériale. Elle a été considérée comme authentique, jusqu’au moment où M. Ermana prouvé qu’il fallait y voir une fraude des prêtres de Khonsou ( Die Bentreschstele, dans la Zeitschrift, 1883, p. 54-62); M. Floigl ( Gesckichte des Sem. Alterth., p. 50) a montré que le roi de la stèle était Ramsès II La belle découverte de M. Erman nous permet de rayer du canon royal le prétendu Sésostris II, dont on ne possédait que ce monument. —

2, Pleyte, Papyrus de Turin, p. 89-90. — 3. Naville, Trois reines de la XXIe dynastie, dans la Zeitschrift , 1878, p. 29-30. — Voici,

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d’Amon formèrent une principauté à demi indépendante qui comprenait le Sud de l’Égypte et de l’Éthiopie, et dont les chefs, élus dans la famille pontificale, tantôt se contentèrent du titre de grand-prêtre, tantôt furent rois par investiture

restitué aussi complètement qu’il est possible de le faire en ce moment, le tableau des XXIIIe, XIXe et XXe dynasties :

XVIIIe Dynastie (diospolitaine).

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