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HIST. ANC. DE L’ORIENT

MaSFERO.

afin de recruter des bandes fraîches. Il comptait sur une résistance sérieuse, mais la flotte éthiopienne, trompant la vigilance des assiégés, s’introduisit dans le port et y captura les vaisseaux des Saïtes, tandis qu’une divison de pionniers et d’archers se coulait le long de la rivière et pénétrait dans la ville par les quais. Après deux jours de bataille dans les rues, la garnison mit bas les armes. Piônkhi s’empara des forteresses voisines et ne s’arrêta qu’un instant à Héliopolis pour y célébrer le sacrifice royal. « 11 monta l’ escalier qui conduit au grand adyton pour y voir le dieu qui réside dans Hâbenbon, lui, lui-même. Tout seul, il tira le verrou, ouvrit les battants, contempla son père Râ dans Hâbenbon, ajusta la barque Mâdit de Râ, la barque Sokt'it déShou; puis il ferma les battants, plaça la terre sigillaire et y imprima le sceau royal. » Osorkon de Rubaste le reconnut aussitôt pour son suzerain légitime ; un mouvement des Éthiopiens décida les autres princes du Delta à se conformer à cet exemple. Tafnakhti, abandonné par ses vassaux, implora l’a paix, et Piônkhi la lui accorda sans conditions. Après avoir reçu l’hommage, non loin d’Athribis, au cœur même de la Basse- Égypte, il rentra dans Napata, chargé de gloire et de butin, «°d’or, d’argent, de bronze et de vêtements précieux, de tous tes bons produits des pays du nord, de toutes les denrées de la Syrie et de l’Arabie 1 » .

Pour la première fois depuis deux cents ans 1 empire des Pharaons était reconstitué des sources du Nil Bleu aux bouches du fleuve, mais non plus au profit de l’Égypte. L’Ethiopie, si longtemps vassale, dominait à son tour : Napata était reine à la place de Thèbes et de Memphis. On ne sait combien de temps ce premier asservissement dura : peut-être autant que la vie de Piônkhi, peut-être moins. La victoire des Éthiopiens n’avait pas détruit les germes de discorde qui fermentaient dans le pays. Les petits rois, tout en appelant l’étranger à leur aide, ne s’étaient pas livrés sans féserve : ils avaient voulu garder leur indépendance et ils la gardè-

t. La grande stèle de Piônklii, publiée par Mariette, Monuments divers, pl. I-VIll, a été traduite, en français j>ar E.,de Rpugé (Chresiomathie égyptienne, IVe fascicule), en allemand par MM. Laüth et Ëiugscli, en anglais par M. Cook.

LE SECOND EMPIRE ASSYRIEN

rent en effet, sous des apparences de vasselage. Tafilakhti avait été vaificu, mais non réduit à l’impüissance; il avait meme gagné à sa défaite la reconnaissance de son pouvoir. Ce n’était plus seulement un avëntürier heureux, un chef militaire sans autre titre que ses hauts faits, sans autre droit que le droit du plus foPt. Piônkhi, en l’accueillant à merci, lui avait octroyé l’ihvestiture officielle pour lui et pour sa famille. Il s’arrogea les cartouches* la couronne, les insignes de la royauté souveraine et il régna désormais à Sais aussi légitimement qu’Osorkon IIÏ à Bubaste, Nâmaroti à Khmounou, Pefââbastit à Khninsom et les autres princes dans les autres villes1. L’Éthiopie était loin, la dynastie tanite sans force et sans prestige ; il ne dut pas tarder à redescendre dans la licé.

Les événements favorisèrent son ambition. Piônkhi mourut quelque temps après son retour d’Égypte, et nous trouvons à sa place un certain Kaslito, dont le nom trahit une origine étrangère à la lignée des prêtres d’Amon2. Kashto était roi par son mariage avec une princesse encore inconnue de la famille thébaine, peut-être avec une fille de Piônkhi : son autorité demeura confinée dans la Haute-Égypte, et Tafnakhti, suzerain réel du Delta, resta pour les étrangers le véritable représentant de la puissance égyptienne. C’est à lui probablement que HoShéa s’adressa lorsqu’il se vit acculé à la bataille suprême, et peut-être fut-il tenté d’intervenir : il n’eut pas le temps dé conrimétlre cette imprudence. Les négociations, si secrètement menées qu’elles fussent, n’avaient pas échappé à l’attention des Assyriens. Salmanasar, informé de ce qui se passait, manda Hosliéa près de lui* et l’Hébreü, déconcerté par ce message, obéit à son suzerain. S’il avait espéré pouvoir justifier sa conduite, il fut déçu cruellement : il fut jeté dans un cachot dès son arrivée, et il y ) disparut pour toujours. En même temps l’armée assyrienne

1. Stèlë d’Athènes de l’an VIII dé Tafnakhti, découverte et publiée par J Mallet dans le Recueil de travaux t. xvm, p. 1-6. — 2. Sur Kaslito, voy.

; Mariette, Notice des principaux monuments, et Monuments divers , i pl. XLvIII, s; E. de Rdugé, Elude siir les monuments dû iègné de Tàhraka , dans les Mélanges d' archéologie égyptienne et assyrienne, t. I, p. 87-88.

faisait, irruption en Israël et elle mettait le siège devant Samarie pour la dernière fois. L’aristocratie éphraïmite, privée de son chef, ne désespéra point. Pharaon se gardant d’intervenir au profit d’alliés dont la cause paraissait si complètement perdue, le secours leur vint d’autre part. Tyr avait triomphé des Ki tiens, et son roi Louliva avait maintenant les mouvements libres contre l’Assyrie. Salmanasar laissa un corps d’armée devant Samarie et conduisit en Phénicie le gros de ses troupes. Le domaine de terre ferme des Tyriens tomba rapidement en son pouvoir, mais la ville elle-même, protégée par la mer, défiait tous ses efforts. U rassembla dans les arsenaux de Sidon, de Gebel et d’Arad soixante vaisseaux, sur lesquels il embarqua des troupes assyriennes, afin de tenter une descente dans file. Cette flotte fut détruite par une escadre de douze navires tyriens, - et cinq cents Assyriens demeurèrent aux mains de l’ennemi. Salmanasar renonça dès lors à l'attaque directe, et changea la guerre en une sorte de blocus continental, dans l’espoir que le manque d’eau obligerait Louliya à s’humilier devant lui1. 11 y usa les forces de son royaume et le reste de sa vie : le blocus de Tyr et celui de Samarie duraient déjà depuis deux ans quand il mourut d’une manière mystérieuse, sans laisser d’enfants. Sharouldn (Sargon), l’un de ses grands officiers, lui succéda dans le commandement de l’armée et dans L’administration de l’empire (722).

On ne feait trop quels droits il prétendait à la couronne : peut-être il se rattachait par quelque alliance lointaine à la famille qui venait de s’éteindre, peut-être il n’avait d’autres titres que sa valeur personnelle et l’éclat des services rendus pendant les règnes précédents. Héritier de Salmanasar à Ninive, il espérait l’être également à Babvlone, mais la Mésopotamie n’accepta point de lui obéir, sans avoir essayé au préalable de reconquérir sa liberté. En détruisant le Bit- Amoukkâni, Tiglatphalasar avait fait les affaires d’un autre État Araméen, le Bît-Iâkîn. Sitôt que le roi du Bît-Iàkîn, Mérodachbaladan, sut la mort de Salmanasar, il courut à Babylone et il y saisit les mains de Bel (722), puis il réclama

$. Ménandre d’Éphtfse dans i^sèphe, Ant. Jud.., IX, 14, 2.

LE SECOND EMPIRE ASSYRIEN

l’appui deTÉlam1. Khoumbanigash, qui régnait alors à Suse, accueillit sa requête avec d’autant plus de bienveillance que les progrès de l’Assyrie commençaient à l’inquiéter pour luimême. Sargon se trouva donc engagé, dès le début, sur deux fronts à la fois, en Susiane et en Syrie. La Syrie était loin de Ninive, une défaite aux bords de la Méditerranée ne compromettait pas l’existence de l’empire : il courut donc au plus pressé, mais il avait à faire à forte partie. S’il ne fut pas battu à Kalou, du moins il rencontra une résistance telle qu’il dut regagner l’Assyrie sans avoir rien gagné : Mérodachbaladan demeura maître de Babylone sous la demi-suzeraineté de Khoumbanigash, et les frontières de l’Assyrie furent reportées de ce côté à la ligne qu’elles suivaient dix ans plus tôt, avant que Tiglatphalasar eût détrôné Oukinzir (722). C’était un échec sérieux et qui ne fut pas compensé suffisamment par la prise de Samarie. Le général chargé de l’assiéger avait redoublé d’activité en apprenant les changements survenus dans la capitale : son attaque, menée vivement contre une garnison déjà épuisée par deux ans de blocus, aboutit bientôt à la chute de la place. Elle fut pillée et toute la population emmenée en captivité « à Kalakh et sur le Khabour, sur le fleuve de Gozan et dans les villes des Mèdes* ». Elle fut remplacée par des Chaldéens faits prisonniers à Kalou, et plus tard par des colons venus d’Hamath : un gouverneur assyrien s’installa dans

1. Sclirader, Die Keilinschriflen und clas Alte Testament , 1885, p.2G/- 269. Voici, autant qu’il est permis de le rétablir, le tableau de la seconde dynastie assyrienne :

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