LES SA RG ON IDES
sieurs d’entre eux (669), mais contraignit le maître à la réflexion. Convaincu qu’il était impossible de maintenir iNinive et Babylone pendant longtemps sous l’administration d’un même prince, il se décida à diviser son empire : il donnerait l’Assyrie à Assourbanabal, et la Babylonie à Shamashshoumoukîn sous la suzeraineté de son frère. La meilleure manière d’assurer l’exécution de ses volontés était de les accomplir lui-même : les révoltes qui éclatèrent soudain au delà de l’isthme lui en fournirent soudain l’occasion.
Les vingt petites principautés en lesquelles l’Égypte s’était démembrée n’avaient pas toutes accepté la domination de l’Assyrie en 670. Le grand fief théocratique de Thèbes élait demeuré virtuelle- Stèle d Assourbanabal.
ment sous l'autorité
de l’Éthiopie, et les baronies de l’Égypte moyenne, Thinis, Siout, Hermopolis, Héracléopolis, n’ayant pas été touchées par l’invasion, avaient admis très superficiellement la suzeraineté du maître nouveau. Seuls les seigneurs du Delta, qui vivaient en contact perpétuel avec les garnisons étrangères, pouvaient être considérés comme obéissant réellement à l’Assyrie, mais leur esprit inquiet et tuburlent
rendait leur fidélité très douleuse. Deux familles se disputaient l’hégémonie parmi eux : l’une à l’Orient, représentée alors par Pakrourou, chef du nome arabique ; l’autre à l’Occident, qui descendait de Bocchoris en droite ligne. Stéphinatès, prince de Sais et de Memphis1, était mort vers 680, et son fils Néchepsô, qui lui avait succédé, n'avait pas eu l’occasion de se distinguer : c’était, si l’on en croit la tradition classique, un bon devin et un excellent astronome2, mais qui demeura l’humble vassal des Éthiopiens sa vie durant (680- 674). Néchao 1er, qui le remplaça, était au pouvoir depuis trois ou quatre ans, quand l’arrivée des Assyriens le délivra de l’Éthiopie. Les documents contemporains nous le laissent entrevoir actif, remuant, prêt à tout oser pour atteindre le but que l’ambition de ses ancêtres poursuivait depuis un siècle, la restauration de l’ancienne monarchie égyptienne sous les auspices de leur maison. L’étendue de ses domaines et par-dessus tout la possession de Memphis lui assurant une supériorité réelle sur ses rivaux, Àsarhaddon le considéra comme leur chef; il l'inscrivit au premier rang .sur la liste des vassaux égyptiens et il eut bientôt à se féliciter d avoir eu confiance en lui. Taharqou n’avait pas accepté sa défaite : dès qu’il eut recruté une armée fraîche, vers le milieu de 669, il reprit l’offensive, et il rentra à Memphis presque sans coup férir, mais Néchao et les princes du Delta, au lieu de le joindre, firent cause commune avec les Assyriens contre lui. Asarhaddon était malade gravement lorsqu’il en reçut la nouvelle. Il n’en convoqua pas moins ses troupes aussitôt, mais, avant de partir, il mit à exécution le projet que le complot de l’année précédente lui avait suggéré : il proclama Shamashshoumoukîn roi de Babvlone, Assourbanabal roi d’Assyrie et chef de l’empire, puis il se mit en route pour l’Afrique. Comme il traversait la Syrie, son mal empira, et il expira le 10 du mois Arakhsamna, dans la douzième année de son règne (668) 3.
i. Voir p. 528 de cette Histoire. — 2. Galien, De simpl. medicam. facult., IX, 2519; Firmicus, Astronom., VIII, 5. Ausone, Epigr. 19; cfr. Boucher- Leclercq, l Astrologie grecque , où ce qui traite de ce personnage est exposé et discuté en plusieurs endroits. — 3. Maspero, les Empires , p. 376-381.
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Lui mort, la scission des deux moitiés de la monarchie s'opéra presque mécaniquement. Assourbanabal renvoya à Babylone la statue de Bel Mardouk qui était en captivité au temple de Ninive depuis Sennachérib; Shamashshoumoukin la reçut en pompe et, l’ayant introduite dans le sanctuaire restauré, il saisit les mains de Bel, et il se trouva par cette cérémonie traditionnelle intronisé régulièrement roi de la Chaldée. Le changement de règne ne provoqua aucune insurrection grave. A l'Est seulement, un petit chef montagnard, Tandaî de Kirbit, envahit le canton d’Yamoutbal, et se fit prendre : il fut déporté avec son peuple en Égypte, où le tartan, succédant à Asarhaddon dans le commandement de l'armée, venait de remporter de grands succès. Taharqou avait été battu près de Karbanit, et contraint d'évacuer Memphis (668). Pour en finir avec lui, les Assyriens se résolurent à l'aller relancer dans Thèbes et s'il le fallait jusqu’en Éthiopie ; ils convoquèrent les contingents des 101s Syriens et les vaisseaux des villes phéniciennes, puis ils remontèrent le Nil. Ils étaient déjà assez avant dans la Moyenne-Égypte, lorsqu'ils furent rappelés dans les nomes de la côte par la menace de troubles. Taharqou vaincu paraissait encore plus redoutable aux dynastes égyptiens que le monarque ninivite; ils nouèrent des négociations avec lui et ils conclurent un traité secret par lequel ils s’engageaient à le restaurer sur le trône des Pharaons à condition qu’il les laissât libres chez eux. Des dépêches interceptées ayant instruit les généraux assyriens de ces menées, ils rebroussèrent, saisirent les chefs de la conjuration, Sharloudari de Tanis, Paqrourou de Pisoupti et Néchao, qu’ils envoyèrent à Ninive chargés de chaînes ; ils saccagèrent, pour l’exemple, Saïs, Mendès et Tanis qui avaient été les premières du complot, et leurs succès arrêtèrent la marche de Taharqou. L’Éthiopien se retira à Napata, abandonnant Thèbes à son sort. La cité se racheta par la remise d'une moitié du trésor sacré que le temple d’Amon possédait, et Montoumhaît qui exerçait la régence au nom de la princesse Shapenouapit II fut nommé gouverneur pour l’Assyrie. La victoire fut si complète qu’Assourbanabal crut pouvoir user de clémence envers ses prisonniers. Après avoir mandé Néchao devant son
trône, il l’habilla d’un vêtement d’honneur, lui donna un cimeterre à fourreau d’or, un chariot, des chevaux, des mules; non content de lui restituer Sais, il lui octroya pour son fils aîné Psammétique le fief d’Athribis1. Néchao, de retour en Égypte, y fut réintégré dans son rang sous la surveillance d’un résident assyrien, et il se comporta désormais en vassal fidèle du souverain ninivite.
Les événements d’Égypte produisirent leurs effets ordinaires sur les peuples de la Syrie et de l'Asie Mineure. Les deux seules cilés phéniciennes qui affectaient encore des allures indépendantes, Tyr et Arvad, mirent bas les armes : Baâlou de Tyr fut confirmé dans la possession de son royaume moyennant l’obligation d’acquitter un tribut annuel, mais Yakinlou d’Arvad fut détrôné, emmené à Ninive et remplacé aux affai res par son fils aîné, Azibaal. Deux chefs du Taurus, Mougallou le Tabal et Sandasarmé, se firent pardonner leurs incursions par des dons de chevaux pour la remonte de la cavalerie assyrienne. L’insignifiance de,ces faits prouve combien les riverains de la Méditerranée s’étaient résignés à la domination étrangère. Ils avaient cessé de s’imaginer qu’une mutation de souverain était de nature à leur apporter des chances d’indépendance, et ils ne se considéraient plus comme Jes serfs d’un conquérant de passage dont la mort les délivrait : ils se sentaient les sujets perpétuels d’un empire dont la puissance ne reposait plus sur le génie ou sur l’incapacité d’un homme, mais se continuait de génération en génération par la vertu de son propre prestige quelles que lussent les qualités du souverain régnant. Les États indépendants de l’Asie étaient à la longue parvenus aux mêmes conclusions, et la nouvelle de l’avènement d’un roi d’Assvrie ne réveillait plus en eux des espoirs de conquêtes ou tout au moins de pillages: ce leur était devenu l’occasion d’ambasades envoyées pour féliciter le souverain nouveau et pour resserrer les liens d’amitié qui réunissent les deux États. Une de ces ambassades, qui arriva vers 667, suscita à Ninive un étonnement mêlé d’orgueil. « Gygès, le roi de Lydie, une con-
1. Psammétique prit par reconnaissance le nom assyrien de Naboushézibanni. — 2. Maspero, les Empires , p. 593-400.
LÈS sakgonides.
trée d’au delà les mers, une terre lointaine, dont les rois, mes pères, n’avaient pas même entendu le nom, Assour, mon générateur divin, lui révéla mon nom en un rêve, disant : « As- « sourbanabal, le roi d’Assyrie, mets-toi à ses pieds, et tu « vaincras tes ennemis par son nom ! » Le même jour qu’il eut ce rêve, il envova ses cavaliers me saluer, et il me manda ce rêve qu’il avait eu, par l’entremise de son messager : Quand celui-ci parvint aux frontières de mon empire, mes gens lui dirent : « Qui donc es-tu, mon frère, toi dont le « pays n’a jamais été visité encore par un de nos courriers? » On l’expédia donc à Ninive, le siège de ma royauté, et on l’amena devant moi? Les langues de l’Orient et de l'Occident dont Assour m’avait donné plein les mains, personne de ceux qui les connaissaient ne savait son langage, et personne de ceux qui m’entouraient n’avait entendu son parler.. Dans l’étendue de mon empire je rencontrai enfin quelqu’un qui me comprit et me conta le rêve. » Assourbanabal agréa complaisamment l'hommage qu’on lui apportait de si loin, et pendant quelques années une sorte d’alliance exista entre l’Assvrie et la Lvdie : ce fut d’ailleurs une alliance toute platonique d’où chacun des deux contractants dériva fort peu d’avantage.
L’Ourartou était calmé, et ses rois Rousas II, puis Eriménas, ne songeaient plus qu’à construire des châteaux et des jardins de plaisance autour de leur capitale. Les Mèdes et les tribus bordières du plateau iranien continuaient à observer la paix comme sous le règne précédent. L’Élam entretenait des relations de bon voisinage avec Ninive et Babylone. Les tribus araméennes des embouchures de l’Euphrate et du Tigre se remuaient sourdement, mais rien ne transpirait encore de leurs complots. L’Égypte seule inspirait des craintes trop justifiées. Elle était placée de façon si excentrique par rapport au reste de l’Empire qu'elle devait échapper à l’influence ninivite sitôt qu’un accident se produirait qui obligerait le suzerain à relâcher un moment sa surveillance. L’Éthiopie d’ailleurs était là, derrière l’Égypte toujours prête à fomenter les troubles ou à redescendre dans la lice dès qu’elle en verrait l’occasion. Taharqou, immobilisé, dit-on, par un rêve qui lui ordonnait de ne plu^
s’éloigner de Napata 1 n’avait pas reparu au nord de la cataracte, mais son beau fils Tandamani était rentré à Thèbes et se préparait à marcher vers le Delta, quand il reçut en songe la prédiction de sa royauté prochaine (666). L’annonce de la mort de Taharqou lui parvenant aussitôt après, il courut se faire couronner au Gebel-Barkal, puis il s’embarqua sur le Nil pour reconquérir l’Égypte. La Thébaïde l’accueillit avec des démonstrations de joie sincère, disant : << Va en paix! « Sois en paix! Rends la vie à l’Égypte! Relève les temples « qui tombent en ruines, redresse les statues et les images « des divinités! Rétablis les fondations faites aux dieux et « aux déesses, les offrandes pour les Mânes! Remets le prêtre « à sa place pour accomplir toutes les cérémonies du culte. » Les troupes assyriennes et les contingents égyptiens commandés probablement par Néchao l’attendaient sous les murs de Memphis : il les battit, prit la ville et s’enfonça dans le Delta à la poursuite des vaincus. Néchao périt dans quelque escarmouche ou fut fait prisonnier et mis à mort2 : son fils Psammétique se sauva en Syrie, mais les princes se renfermèrent chacun dans sa citadelle pour y attendre des secours d’Asie, et une guerre de sièges interminable commença. Impatienté de leur résistance, Tandamani se replia sur Memphis^ et il ne savait comment sortir à son honneur de cette entreprise difficile, quand ils le tirèrent d’embarras : ils entrèrent en négociations avec lui. Pakrourou de Pisoupti, qui était leur chef depuis la disparition de Néchao, les amena au conquérant. « Ils dirent : « Accorde-nous les souffles de « vie, car il ne peut plus vivre celui qui te méconnaît? Nous « serons tes vassaux, ainsi que tu l’as déclaré dès le début, « le jour que tu devins roi? » Le cœur de sa majesté fut rempli de joie quand elle entendit ce discours : elle leur fit donner des pains, de la bière, toutes sortes de bonnes choses. » Après qu’ils eurent séjourné quelques jours à Memphis, ils dirent : « Pourquoi demeurons-nous ici, ô roi, notre « maître! » Sa majesté leur répondit : « Pourquoi? » Ils
1. Dans la légende citée par Hérodote (II, cnn), c’est Sabacon et non Taharqou qui évacue l’Égypte à la suite d’un rêve. — 2. Hérodote II, cuii, attribue le meurtre de Néchao à Sabacon.
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dirent : « baisse-nous aller dans les villes que nous donnions « des ordres à nos gens et que nous t’apportions nos tri- « buts. » Ils revinrent bientôt avec les cadeaux qu’ils avaient promis, et Tandamani regagna Napata avec ses richesses1. Son autorité sur le Nord ne dura probablement que le temps de sa résidence à Memphis; mais Thèbes la reconnut deux ou trois années encore2.
Ce ne fut ni l’indolence, ni la crainte d’un échec qui empêcha Assourbanabal de châtier aussitôt l'audace de l’Éthiopien, mais des complications surgirent alors au Sud- Est qui le contraignirent à différer sa vengeance. L’Éîam était tout à coup rentré en scène, et Ourtakou, cédant aux instances des tribus araméennes, avait franchi le Tigre (665). Shamashshoumoukîn ne put que s’enfermer dans Babylone et appeler son frère à l’aide. Celui-ci accourut et l’envahisseur se retira devant lui : on s’attendait à ce qu’il revînt l’année suivante, mais il mourut soudain d’une attaque d’apoplexie, et comme il avait fait aux enfants de Khoumbankhaldashson frère, son plus jeune frère, Tioummân, fit aux siens. Chassés d’Élam, ils se sauvèrent à Ninive où ils furent reçus honorablement, en vue d’une intervention éventuelle dans les affaires de leur patrie. Assourbanabal saisit ce moment, où Tioummân était encore mal assuré sur le trône, pour se jeter sur l’Égypte. Tandamani concentra ses forces en Thébaïde, mais quand il vit arriver les Assyriens, il renonça à se défendre et il s’enfuit à Kipkip, en Éthiopie (664). Thèbes fut saccagée sans pitié, la population entière, hommes et femmes, partit en esclavage; « l’or, l’argent, les métaux et les pierres précieuses, tous les trésors des palais, les étoffes teintes en berom, » que le gouverneur Montoumhâit venait
1. Mariette, Monuments divers, pl. 7-8 et p. 2. Maspero, Mélanges de Mythologie , t. III, p. 5-18, 217-223. J’ai hésité longtemps à admettre l’identité du Tanouatamani des monuments égyptiens avec le personnage que les documents assyriens présentaient comme le successeur de Taharqou et dont on lisait le nom Ourdamani. La découvert de la lecture Tandamani a écarté tous les doutes (Steindorff, die Keilschriftliche Wiedergabe àgyptischer Eigennamen, dans les Beitràge zur Assyriologie, t. I, p. 356-359). — 2. Champollion, Monuments de l'Égypte et de la Nubie , t. IV, pl. cccxux, a signalé à Thèbes un monument qui porte la date de l’an III de son règne.
de placer dans le sanctuaire1, « deux obélisques du poids de cent talents » qui étaient à la porte d’un temple, furent transportés à Ninive2. Tlièbes ne se releva jamais du coup dont Assourbanabal l’avait frappée3. Appauvrie qu’elle était depuis longtemps, les peuples qu’elle avait malmenés si rudement aux jours de sa gloire avaient conservé l’habitude de la craindre et de la respecter : le bruit de sa chute retentit par tout l’Orient, et le remplit d’étonnement et de pitié, Un demi-siècle plus tard, le souvenir était encore présent à la mémoire des Hébrêux et le prophète Nahoum demandait à [Sinive si elle valait mieux que « No-Amon, sise sur les Nils, entourée d’eau,. qui avait une mer pour rempart et un lac pour muraille? L’Éthiopien était sa force, et les Égyptiens sans nombre, la Libye et les Nubiens venaient à son secours. Elle aussi cependant s’en est allée captive en exil; ses enfants aussi ont été écrasés: au coin des rues, ses nobles ont été tirés au sort et tous ses grands chargés de fers4. » Elle fut reconstituée à l’assyrienne et les vingt rois remom tèrent sur le trône, pour la troisième fois depuis six ou sept ans. Psammétique hérita de la principauté, mais non du rang de son père ; Pakrourou resta le chef de la ligue. Tandamani, réfugié en Éthiopie, ne reparut plus, et l’Égypte fut pour quelques années la vassale docile de l’Assvrie (665-660) 3.
Assourbanabal en avait à peine fini de ce côté que d’autres ennemis se levèrent à l’autre extrémité de son empire : Les Mannaï s'insurgèrent, mais bientôt, se sentant incapables de tenir, ils tuèrent leur roi Akhshéri et le remplacèrent par son fils Oualli qui se hâta de faire sa soumission. Ce n’était là, toutefois, qu’un épisode ordinaire de la vie de frontière : le danger sérieux venait de l’Élam. Tioummân, assis solidement sur le trône, avait commencé aussitôt ses préparatifs de guerre et envoyé des émissaires aux Araméens du T igre pour les
1, 2. E. de Rongé, dans les Mélanges d'archéologie égyptienne et assyrienne , t. I, p. 17-20. — 2. G. Smith, History of Assurbanipal , p. 84-99. — 3. Ammien Marcellin, XVII, 4, attribue le sac de Thèbes aux Carthaginois. — 4. Nahoum, III, 8-10. — 5. Le canon des Limmou assyriens cesse brusquement en 605 à la troisième année d’Assourbanabal. A partir de ce moment il devient difficile d’établir pour l’histoire de l’Assyrie une chronologie certaine.
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exciter à se joindre à lui. Ils déclinèrent ses avances, mais les Gomboulou les accueillirent et leur roi Dounânou conclut une alliance avec lui. Restait un prétexte à provoquer les hostilités : Tioummàn le trouva dans l’hospitalité que ses neveux recevaient à Ninive. 11 envoya en réclamer l’extradition : la requête, présentée par deux de ses principaux offà-
Montoumhait, le régent de Thèbes.
ciers, Oumbadara et Naboudamiq, ne fut pas écoutée, et Assourbanabal y répondit par une déclaration de guerre. Les prodiges se multiplièrent en sa faveur. Le soleil s’éclipsa au matin; la déesse lshtar, consultée, prédit la ruine des Susiens et confirma l’oracle de sa statue par un songe prophétique. « Ne crains rien », dit-elle, et elle combla par là mon cœur de joie, « tu n’auras qu’à lever la main pour voir s’accomplir mon arrêt, car c’est la faveur que je t’accorde. » Cette nuit même où je l’invoquais, un devin s’endormit et rêva un rêve remarquable; lshtar lui parla et il me lépéta ses paroles. « lshtar. d’Arbèles m’est apparue, enveloppée dans sa gloire à droite et à gauche, 1 arc à la mam, la flèche
de guerre prête à partir, la ligure courroucée — « Je te lar- « Jerai, dit-elle, puis j’irai me reposer au temple de Nabo! « Mange donc, bois le vin, fais résonner la musique, glo- « ri fie ma divinité jusqu’à ce que je vienne et que ce mes- « sage soit accompli. Car je t’accorderai de satisfaire ton « cœur : l’ennemi ne te résistera pas, il ne s opposera pas à « ta charge. » Ne crains rien pour toi : au milieu de la bataille, elle veillera sur toi et culbutera les rebelles ». Tioummân se retira derrière l’Oulaï et se retrancha dans le bourg de Toulliz, la rivière en front, un bois sur ses derrières. Au moment de livrer bataille, le cœur lui faillit et il dépêcha un de ses généraux, Itouni, au camp assyrien, pour négocier une trêve. Les pourparlers étaient à peine commencés que les avant-postes des deux armées en vinrent aux mains : en quelques moments l’action s’engagea sur toute la ligne. Tioummân eut le dessous. Poursuivi à travers les arbres, son chariot se brisa, lui-même fut blessé et tué, après une courte défense, avec son fils aîné Tarnmaritou. Ses deux neveux, qui avaient combattu dans les rangs des Assyriens, furent proclamés, Tarnmaritou vice-roi de Khaïdalou, Khoumbanigash, roi de Suse et de Madaktou sous la suzeraineté d’Assour. Une expédition au pays de Gamboulou, contre le seigneur Dounânou, acheva la guerre. Les vaincus furent traités avec toute la cruauté assyrienne (660) % mais l’horreur causée par tant de supplices n’abattit pas le courage des Élamites : Khoumbanigash se laissa bientôt gagner à leurs haines et il devint l'ennemi acharné de ses anciens protecteurs.
Il attendit huit ans l’occasion de manifester ses sentiments. Shamashshoumoukîn avait vécu d’abord en bonne intelligence avec son frère. 11 avait complété les travaux qu Asar haddon avait commencés et ses constructions avaient absorbé toutes ses ressources. Il semble pourtant qu’après la victoire de Toulliz, Assourbanabal assuma à son égard des allures qui le remplirent d’inquiétude et qui lui inspirèrent des idées de révolte. « Les enfants de Babilou, je les avais « exaltés sur des trônes, je les avais revêtus de vêtements « superbes, je leur avais mis aux pieds des anneaux d’or: