‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 69 sur 215 · Cf. plus haut, p. 194, de cette histoire · texte numérisé non relu

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LES SARGONIDES.

« les attend. Ni nip détruira leurs vies par l’épée, par le « feu, par la famine. » J’entendis ces paroles et je me fiai à la volonté de Sin, mon seigneur. » Les discordes du clan royal paralysèrent les forces de l’Élam. Khoumbanigash avait dépêché la fleur de son armée à Babylone. « Oundash, fils de Tioummân, roi d’Élam, Zazaz, chef de Billaté, Parrou, chef de Khilmou, Attamitoü, chef de ses archers, Nésou, son général ; même il avait dit à Oundash : « Ya, venge sur Assour le meurtre du père qui t’a engendré ! » Tammaritou, fils de Khoumbanigash, voyant son père demeuré presque seul en Élam, se révolta contre lui avec la complicité de son oncle Tammaritou, vice-roi de Khaïdalou. L’adhésion de ce dernier fit d’abord hésiter les Susiens ; on se rappelait qu’il avait combattu \ dans les rangs des Assyriens et tué Tioum-

mân de ses propres mains. 11 n’hésita pas à se parjurer pour dissiper ces inquiétudes : « Je n’ai pas coupé, dit-il, la tête « du roi d’Élam ; c’est Khoumbanigash, et Khoumbanigash « seul, qui a baisé la terre devant les messagers d’Assour- « banabal. » Khoumbanigash fut décapité avec la plupart des princes de sa famille. A la faveur de cette diversion inespéré, Assourbanabal vainquit Shamashshoumoukîn en

Stèle de Shamashshoumoukîn.

rase campagne et il cerna les débris de l’armée dans Babylone, dans Sippar, dans Barsip et dans Routa. Il assiégeait ces quatre places quand Tammaritou s’avança contre lui pour combattre. « J’adressai, dit-il, ma prière à Assour et « à Ishtar ; ils accueillirent mes supplications et ils enten- « dirent les paroles de mes lèvres. Son serviteur Indabigash « se déclara contre lui et le mit en déroute sur le champ « de bataille. » Tammaritou n’eut d’autre ressource que de s’enfuir à Ninive et de se livrer à la merci du roi d’Assyrie.

« Il embrassa mon pied royal et se couvrit la tête de pous- « sière devant l'escabeau de mes pieds. Moi, Assourbanabal, « au cœur généreux, je l’ai relevé de sa trahison, je l’ai « reçu, lui et les rejetons de la famille de son père, dans « mon palais. » Indabigash ne pouvait songer à prendre la campagne aussitôt après la révolution qui l’avait élevé au trône, et, d’autre part, il ne voulait pas traiter avec l’Assyrie ; il rappela ses troupeb de Babylonie, et c’était tout ce que les Assyriens attendaient de lui pour le moment (650). Shamashshoumoukîn, privé ainsi de son allié le plus efficace, ne pouvait plus compter sur la victoire. 11 résista du moins jusqu à la dernière extrémité : la famine fut telle, que les assiégés « en furent réduits, pour se nourrir, à « manger la chair de leurs fils et de leurs filles ». Les Arabes tentèrent vainement de se frayer un passage à travers les lignes ennemies. Leurs émirs se rendirent à condition qu’ils auraient la vie sauve, et leur défection, tombant sur une population démoralisée, acheva d’y briser les courages : elle se révolta contre ses chefs et elle entama des négociations en dehors d’eux.

Shamashshoumoukin ne voulut pas tomber vivant entre les mains de son frère : il mit le feu à son palais et il périt dans les flammes avec ses femmes, ses enfants, ses fidèles, au moment même où les Assyriens forçaient les portes. La répression fut impitoyable. « Ce qui ne fut pas brûlé avec « Shamashshoumoukîn, son maître, s’enfuit dans le tran- 6 chant du fer, l’horreur de la famine et les flammes dévo- « rantes, pour trouver un refuge. La colère des grands « Dieux, mes seigneurs, qui n’était pas éloignée, s’appesantit c sur eux ; pas un ne s’échappa, pas un ne fut épargné, ils

LES SARGONÏDES.

« tombèrent tous dans mes mains. Leurs chariots de guerre, « leurs harnais, leurs femmes, les trésors de leurs palais, « furent apportés devant moi : les hommes dont la bouche « avait tramé des complots perfides contre moi et contre « Assour, mon seigneur, j’arrachai leur langue et j’accomplis « leur perte. Le reste du peuple fut exposé vivant devant « les grands taureaux de pierre que Sennachérib, le père de « mon père, avait élevés, et moi, je les jetai dans le fossé, je « coupai leurs membres, je les livrai en pâture aux chiens, « aux bêtes fauves, aux oiseaux de proie, aux animaux du « ciel et des eaux. En accomplissant ces choses, j’ai réjoui « le cœur des grands Dieux, mes seigneurs. » C’était la deuxième fois, en moins d’un demi-siècle, que Babylone était saccagée par les Assyriens. Quand les soldats et le roi lui-même furent fatigués du massacre, « le reste des enfants « de Babilou, de Routa, de Sippar, qui avait résisté aux « souffrances et aux privations, reçut son pardon. J’ordonnai « qu’on épargnât leur vie. Je leur imposai les lois d’Assour « et de Beltis, les dieux du pays d’Assour, les tributs et « les redevances des provinces soumises à ma domination. » S’il eût été sage, il aurait poussé l’œuvre de destruction jusqu’au bout et il aurait rasé la cité turbulente ; le même respect religieux qui avait désarmé tant de ses prédécesseurs le retint, et il ne résista pas à la tentation de se faire roi de Babylone. Il saisit donc les mains de Bel et il assuma dans son nouveau royaume le nom de Kandalanou, puis il confia le gouvernement de Babylone à un officier assyrien, Shamashdanâni (648) 1 .

Une crise aussi violente et aussi prolongée ne pouvait se produire sans nuire quelque peu au prestige de l’empire. Les alliés et les sujets de vieille date ne bougèrent point, mais les provinces d’annexion récente et les royaumes indépendants rejetèrent la suzeraineté et l’amitié obligatoire qu’ils avaient été contraints de subir. L’Égypte s’était affranchie aussitôt que les affaires s’étaient embrouillées du côté de l’tilam,et ce fut Psammétique le Saïte, le fils de Néchao, qui mena la campagne contre son bienfaiteur: il

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