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APPENDICE
L’examen de ce tableau montre que la plupart des signe* peuvent exprimer plusieurs sons différents. Ce phénomène, qu’on a nommé polyphonie , est une des grandes difficultés du déchiffrement. Il ne m’appartient pas d’exposer ici les procédés que les assyriologues emploient pour arriver à des lecl tires certaines. Je me contenterai de donner la Lranscriplion et l’explication d’une phrase assyrienne, afin de montrer la manière dont se combinaient les éléments du système cunéiforme :
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Après lui. Naboukoudouroussour (I) les armement!
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de soi il porta aux défilés des frontières
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SA ASSUR A - NA KA - SA - DI IL - LI - KA dT Assour pour la conquête il vint.
On remarquera que les noms propres d’hommes et de pays sont précédés de signes spéciaux qui les annoncent. ] se met devant le nom de Naboukoudouroussour afin de montrer qu’il va être question d’un homme ; V devant le nom d’ Assour, pour montrer qu’il va être question d’un pays. Ncibou-koudour-oussour est formé de trois éléments significatifs, dont le premier est un nom divin, celui de Nebo: ce fait est annoncé par la présence du signe idéographique des dieux «—-J — , derrière le clou vertical | et devant le signe idéographique du dieu Nebo £■! . . Les deux autres élé¬
ments sont également idéographiques, mais leur valeur est prouvée par la variante purement syllabique, | |
^ f „ na-bi-uv-ku-du-ur-iu-ü-tsu-ur , des briques de bain loue. Le nom de l’Assyrie est écrit avec l’idéogramme îcu Assour précédé du déterminatif des pays
LES ECRITURES DU MONDE ORIENTAL
Les autres mots sont rendus syllabe à syllabe au moyen des signes ordinaires dont j’ai donné le tableau \
Le système cunéiforme fut employé à écrire, outre les dialectes sémitiques de l’Assyrie, plusieurs langues non ariennes '% les dialectes de la Chaldée 3, de la Médie \ de la Susiane5 et des contrées voisines6, de la Cappadoce \ et la langue des gens d’Ourarti 8, L’adaptation du syllabaire à tant d’idiomes différents ne se fit pas sans entraîner beaucoup de modifications dans la forme et même dans la valeur des caractères. L’agencement des clous varia selon les systèmes; diverses articulations qui n’existaient pas dans l’assyrien furent exprimées soit par des combinaisons de traits nouvelles, soit par l’application détournée des signes en usage à Ninive et à Babyione. Une certaine tendance à diminuer le nombre des homophones et à restreindre l’emploi de la polyphonie s’était manifestée dans les textes arméniens : vers le vi* siècle avant notre ère, les Iraniens firent, parmi les signes, un choix destiné à rendre les articulations de leur langue9. De cette opération sortit le système des cunéiformes ariens, le plus simple de tous et le
i. Pour Tétude de l’assyrien, voir Oppert, Expédition en Mésopotamie , t. II, et Grammaire assyrienne, 2e édit., Paris, 1867; J. Menant, le Syllabaire assyrien, in-4°, Paris, 1869-1872; Leçons d’épigraphie assyrienne, in-8°, Paris, 1874; Manuel de la langue assyrienne, in-8°, Paris, 1880; Sayce, Assyrian Grammar, in-12, Londres, *872; E. Schrader, Die assy- 1 ïscn- babYlonischen Keilinschnften , in -8°, Leipzig, 1872; Delitzsch, Assyrische Gramrnatik, Leipzig, in -8°, 1892. — 2. De là le nom de cunéiformes anariens qu on a donné aux systèmes dans lesquels sont écrites ces langues. — 3. Fr. Lenormant, Études accadiennes, i-2, Paris, in-4°, 1872-1874. — 4. H. Rawlinson , dans le Journal of the Royal Asiatic Society, t. X , p. 32-33 ; Norris , Memoir on the Scythic version of the Behistun inscription, dans le Journal of the Royal Asiatic Society, vol. XV, part, i; Oppert, Le peuple et la langue des Mèdes, Paris , in-8°, 1879. — 5. Oppert, Les inscriptions en langue susienne dans les Mémoires du Congrès des orientalistes de Paris, t. II, p. 179-216. — 6. M. Oppert avait signalé, dès son Expédition m Mésopotamie , des fragments où d croyait reconnaître la langue des ’Elamites. M. Fr. Delitzsch propose d’y voir la langue des Coaséens , voisins de la Susiane : Die Sprache der Kossâer , Leipzig, iii-8\ — >7. Les quelques documents rédigés en langue cappadocienne ont été découverts par M. Pinches ( Proceed . of the Soc. of Bibl. Archæol, , 1881, p. 11-18, 28-32). — 8. Hincks, On the Inscriptions of Van, dans le Journal ofthe Royal Asiatic Society, t. IX, p. 087-449; Sayce, The Canei-
form Inscriptions ofVan deciphered and translated, dans le Jour, of the Royal Asiatic Society, vol. XIV, p. 377-732 , elles nombreuses notes de S. Guyard dans le Journal, asiatique de Paris. — 9 Oppert, Journ. asiat. , 1874 , t. I
APPENDICE
plus facile à lire. La plupart des signes qui le composent sont alphabétiques; quelques-uns seulement sont restés syllabiques ou sont employés comme idéogrammes. Il n’a jamais servi à écrire que les inscriptions rédigées dans les dialectes iraniens de la Perse et de la Med e, mais il survécut longtemps à la chute des Ach< ménides : apparu avec Kyros, il était encore en usage sous les Arsacides.
Si la decouverte d’une langue sémitique, déguisée par un appareil de traits et de clous, étonna les hébraïsants, celle d’un dialecte grec écrit en caractères syllabiques n’a pas causé moins de stupeur aux hellénismes Les inscriptions chypriotes leur réservaient ce1 te surprise. Il y avait longtemps déjà que Ton possédait quelques monuments provenant de Chypre et couverts d’une écriture inconnue, lorsque le duc de Luynes en essaya le déchiffrement. Il crut
deviner le nom de Salamme dans un groupe qui revient très fréquemment sur les monnaies chypriotes, reconnut par la comparaison des légendes que le système employé était composé pour la plus grande partie de caractères homophones, et rechercha, dans les différents alphabets du voisinage, le lycien, le phénicien, même dans l’assyrien, l’origine et la valeur de ces caractères1. Une seule- de ses conjectures était exacte, celle qui attribuait à Y' la lecture S; la tentative que fit Roth pour traduire l’inscription de la plaque de bronze dite tablette de Dali, du nom de l’endroit où elle avait été trouvée, fut moins heureuse encore 2, et celle d’Adolph Helfferich n’aboutit pas davantage3. C’est seulement en. 1872, après la découverte de nouveaux documents, et surtout d’une stèle bilingue en phénicien et en chypriote, que le problème fut résolu. M. Hamilton Lang c^émontra que le mot interprété Salamine par le duc de Luynes était l’équivalent
i.'Duc de Luynes, Numismatique et inscriptions cypriotes , in-folio» Paris, i852. — 2 Roth, Die proclamation des Amas is an die Cyprier, bel der Besitznahme Cypern durch die Ægypter, in-folio, Paris, 1 858. Selon Roth, l’inscription, rédigée en un dialecte sémitique, renfermerait une proclamation adressée par le roi égyptien Amasis aux habitants de llle. — 3. Ad. Helfferich, Die phônizisch-kyprische Lôsung , in-8°, Franc.fortsur-le-Mein, 1869. Les travaux de M. Joseph Halévy, couronnés par l’Académie des inscriptions et belles-lettres , sont demeurés inédits.
LES ÉCRITURES Dlî MONDE ORIENTAL
du titre de roi dans l’inscription bilingue; mais, trompé par des analogies lointaines avec l’alphabet lycien, il le transcrivit Seve l. George Smith s’attaqua aux groupes désignés qui répondaient à certains mots de la version phénicienne, roi , Mélékiathon, Cition, Idalion , en isola les d‘ sinences flexionelles, se confirma dans fopinion que les Chypriotes possédaient un syllabaire, non un alphabet proprement dit, et arriva à la conclusion que leur écriture cachait un dialecte grec2. 1 es recherches de Birch achevèrent la démonstration si bien commencée par Smith 3 : à la fin de 1872, le travail de déchiffrement était déjà fort avancé.
Il avait été mené jusqu’alors par des orientalistes de profession, les hellénistes le prirent en main et le perfectionnèrent. En 1 878 , Brandis corrigea plusieurs des lectures proposées par ses devanciers4. En 1874, Moriz Schmidt d’un côte 5, Deecke et Siegismund6 de l’autre, publièrent presque simultanément le résultat de leurs recherches. De ce moment on peut dire que la tâche était achevée : les travaux postérieurs ne trouvèrent à modifier que quelques détails7. Le syllabaire chypriote, tel qu’on l’a dresse aujourd’hui, se compose d’environ soixante signes, dont cinq voyeLes et douze consonnes, la plupart susceptibles de prendre cinq formes différentes selon la voyelle inhérente4 :
1. Hamilton Lang, On the Discovery of some Cypriote inscriptions , dans les Transactions ofthe Society of Biblical Archæptogy , 1872 , t. I , p. 1 16-1 28.
— 2. G. Su ith , On thereading of the Cypriote Inscriptions , ihid.,p. 129-1 44.
— 3. S. Rirch, On the reading of the' inscription on the bronze-plate ofDalt {Jdaliwn) , ibid. , p. 145-172. — 4- Le mémoire de .Johannes Brandis, Ver such zu.r Entzifj'erung der Kyprisçhen Schrift, a été publié, après la mort de l'auteur, par E. Curtius dans les Monatsberichte der K. Akad. der W sis. zu Berlin, 1573, p. 643-671. — 5. Dans deux articles de critique de la Jeuaer Literaturzeitnng (1874,7 février et 18 avril), et surtout dans sa brochure, Die Inschrift von Idalion und das Kyprische Syllahar; eine epigraphische Studie von Moriz Schmidt, léna, 1874, in-8°, 104 pages et une planche. — 6. Die wichtigsien kyprisçhen Inschriften, umschrieben und erlaiifcrt von IVilhelm Deecke undJuslus Siegismund, dans les Studien zur griechische und lateinische Grammatik de Georges Curtius, t. VIII , p. 217-264, et republiés à Leipzig en 1875. — 7. Le plus considérable est celui d’Ahrens, Zu den Kyprisçhen Inschriften, dans le Philo lo gus , t. XXXV, p. 1- 102, et XXXVI, p. i-2i, 1876. M. Schmidt a commencé la publication d’un Corpus des inscriptions chypriotes : Sanwüung Kyprisçhen Inschri/ten in epichorischer Schrift, lena, 1,876, in-folio. — 8. Le tableau du syllabaire chypriote est emprunté à la brochure de M. Bréal, Sur le déchiffrement des inscriptions chypriotes, p. 20,
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Voyelles .
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